BRICH59

mercredi 13 mai

Avril en musique avec l'association La Chapelle des Flandres

Depuis le 11 avril, l'association La Chapelle des Flandres (http://www.lachapelledesflandres.fr)  met en ligne des extraits de concerts ou d'enregistrements, un tous les deux jours en règle générale. Voici la liste pour le mois d'avril. Bonne écoute


** Musiques en ligne (11) **
- 30 avril 2020
Ce sont encore et encore les chanteuses de l'ensemble vocal Coeli et Terra
qui régalent, sous la direction de Maurice Bourbon...
-> http://lachapelledesflandres.fr/musiques-en-ligne-11.html

** Musiques en ligne (10) **
- 28 avril 2020
Ce sont encore les chanteuses de l'ensemble vocal Coeli et Terra qui, sous
la direction de Maurice Bourbon, vous régalent aujourd'hui. Concert du 7
janvier 2004 à l'Opéra de Lille.
-> http://lachapelledesflandres.fr/musiques-en-ligne-10.html

** Musiques en ligne (9) **
- 25 avril 2020
Après les chansons qui évoquent la guerre, rafraichissons-nous à la
belle gaité pédagogique de Jean de La Fontaine, dont les fables sont bien
connues dans les chaumières...
-> http://lachapelledesflandres.fr/musiques-en-ligne-8.html

** Musiques en ligne (8) **
- 24 avril 2020
Pour terminer le chapitre des musiques renvoyant à la guerre, quatre
courtes pièces données lors du concert du 7 janvier 2004 à l'Opéra de
Lille. La guerre en question, cette fois-ci, est celle de 39-45...
-> http://lachapelledesflandres.fr/musiques-en-ligne-8-354.html

** Musiques en ligne (7) **
- 22 avril 2020
Après la chanson des Trois beaux oiseaux du paradis composée au début de
la Grande Guerre, nous vous proposons une chanson composée par Joseph De
Leeuw au sortir de la guerre de 1870, intitulée tout simplement La Guerre.
-> http://lachapelledesflandres.fr/musiques-en-ligne-7.html

** Musiques en ligne (6) **
- 20 avril 2020
Aujourd'hui, La Chapelle des Flandres vous invite à écouter une belle
chanson composée par Maurice Ravel en 1914/1915, Trois beaux oiseaux du
paradis. Elle fut donnée en concert à l'Opéra de Lille le 7 janvier 2007
par l'ensemble Coeli et Terra sous la direction de Maurice Bourbon.
-> http://lachapelledesflandres.fr/musiques-en-ligne-6.html

** Musiques en ligne (5) **
- 18 avril 2020
Cette fois-ci, c'est une plage de CD enregistré que vous offre La Chapelle
des Flandres. Il s'agit du CD Vivat ! que nous avons produit en 2004. La
chanson de ce jour est La navette en fête, paroles de Denyse Soubrie et
musique de Jean Prez, accordéonniste, et bien sûr harmonisé par Maurice
Bourbon.
-> http://lachapelledesflandres.fr/musiques-en-ligne-5.html

** Musiques en ligne (4) **
- 16 avril 2020
Aujourd'hui, La Chapelle des Flandres vous offre une belle chanson de
Clément Janequin (1485-1558), Toutes les nuictz. Coeli et Terra avait
donné cette pièce lors d'un concert à l'Opéra de Lille le 7 janvier
2004.
-> http://lachapelledesflandres.fr/musiques-en-ligne-4.html

** Musiques en ligne (3) **
- 13 avril 2020
Aujourd’hui, La Chapelle des Flandres vous offre l’enregistrement
d’un nouvel extrait des Vêpres de Rachmaninov, toujours issu du concert
donné par Coeli et Terra le 14 décembre 2008 à Roubaix (église Sainte
Bernadette).
-> http://lachapelledesflandres.fr/musiques-en-ligne-3.html

** Musiques en ligne (2) **
- 12 avril 2020
Aujourd’hui, La Chapelle des Flandres vous offre l’enregistrement d'un
extrait des Vêpres de Rachmaninov, chanté par Coeli et Terra lors du
concert du 14 décembre 2008 à Roubaix (église Sainte Bernadette).
-> http://lachapelledesflandres.fr/musiques-en-ligne-2.html

** Musiques en ligne (1) **
- 11 avril 2020
Aujourd'hui, La Chapelle des Flandres vous offre l'enregistrement de LA
VALSE DU BONHEUR, chantée par Coeli et Terra lors du concert de ses 20 ans
à Roubaix (église Saint Joseph), le 11 novembre 2007...
-> http://lachapelledesflandres.fr/musiques-en-ligne.html


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mardi 05 mai

10 ans avec Hayao Miyazaki

"10 ans avec Hayao Miyazaki" sur le site de la NHK en 4 épisodes

Un documentaire exclusif en 4 parties relatant le processus de création du légendaire réalisateur japonais Hayao Miyazaki. La série de reportages le décrit comme artisan passioné, pionnier inconditionnel et père de qui se confronte à son fils.

  1. Ponyo est là
    Un regard exclusif sur les coulisses du génie du plus important réalisateur japonais vivant, Hayao Miyazaki, créateur de certains des longs métrages d'animation les plus emblématiques et les plus durables dans le monde aujourd'hui. Miyazaki a autorisé un réalisateur de documentaires à le suivre dans son travail, alors qu'il imaginait des personnages et des intrigues pour ce qui allait devenir son blockbuster de 2008, "Ponyo sur la falaise". Miyazaki explore les limites de ses capacités physiques et de son imagination pour faire apparaître des protagonistes inoubliables.
    49mn. Disponible jusqu’au 24 février 2026
  2. Dessiner le réel
    Le réalisateur de films d'animation Hayao Miyazaki a autorisé un seul réalisateur de documentaires à l'observer dans son travail, sur ce qui allait devenir son blockbuster de 2008, "Ponyo sur la falaise". Tout en imaginant les personnages et les intrigues, le réalisateur se souvient de sa défunte mère afin de s'en servir comme fil conducteur pour son histoire. Selon Miyazaki, "les films montrent qui vous êtes", "peu importe combien vous essayez de le cacher".
    49mn. Disponible jusqu’au 30 mars 2026
  3. Aller de l'avant - La menace
    Le légendaire animateur et réalisateur japonais Hayao Miyazaki, a autorisé un seul réalisateur de documentaires à le suivre durant une décennie. Les étincelles commencent à luire alors que lui et son fils Goro - réalisateur en devenir - travaillent sur le film "La Colline aux Coquelicots" (2011). Durant la dernière phase de production, un gigantesque tremblement de terre et une catastrophe nucléaire qui a suivi ont secoué le Japon et laissé son équipe sous le choc. Au milieu des pannes de courant, ils décident de suspendre leur travail. C'est alors que Hayao met à l'épreuve la détermination de son fils en tant que réalisateur.
    49mn. Disponible jusqu’au 21 avril 2026
  4. Pas d'excuses faciles
    À 72 ans, le légendaire réalisateur et producteur de films d'animation japonais Hayao Miyazaki relève un nouveau défi, qui deviendra son œuvre très appréciée "Le Vent se Lève" (2013). C'est le premier film de Miyazaki sur un personnage historique. Le réalisateur s'aperçoit que transformer un simple concept en film est un périple long et difficile. Au cours de ce processus, Miyazaki fait face aux questions difficiles : le vieillissement, et ce que signifie production d'un film d'animation au moment de la crise.
    49mn. Disponible jusqu’au 26 mai 2026

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lundi 27 avril

Guerres et musiques...

CTencage4Poursuivant sa mise à disposition gratuite d'extraits de concerts ou d'enregistrements, La Chapelle des Flandres a proposé quelques pièces musicales renvoyant aux époques guerrières.

Tout d'abord il y eut le magnifique Trois beaux oiseaux du paradis de Maurice Ravel - bien connu des ensembles vocaux - composé au début de la "Der des Der". Puis ce fut cette "petite cantate de chambre" musicalement et poétiquement magique qu'est Un soir de neige de Poulenc, sur un texte de Paul Éluard, évoquant le temps de la Seconde guerre mondiale. Enfin, ce fut le poignant La Guerre de Joseph de Leeuw composée au sortir de la guerre de 1870 et harmonisé avec grand talent par Maurice Bourbon au début des années 2000. Ces trois pièces étaient chantées par l'ensemble vocal Coeli et Terra sous la direction de Maurice Bourbon.

Cerise sur le gâteau, je vous annonce en avant-première que Réhabilitation de Loïc Cousin, donné en concert le 11 novembre 2018 en l'église Sainte-Catherine à Lille par l'ensemble vocal Coeli et Terra dirigé par François Grenier, sera publié sur le site de La Chapelle des Flandres le 8 mai prochain... Patience !

Loin de moi l'idée de valoriser la guerre. Comme dit la chanson de Joseph de Leeuw, "maudite soit la guerre"! Mais Dieu que ces musiques sont belles !


 

 

 

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vendredi 17 avril

Musiques en ligne

 

CTencage4L'association La Chapelle des Flandres, depuis plusieurs semaines et pour quelques autres encore, est empêchée d'organiser des concerts - ce qui est l'une de ses vocations.

Alors nous avons pensé que nous pourrions continuer à partager avec notre public mais aussi tout le monde nos bons moments musicaux, enregistrements ou captations de concerts.

Nous avons décidé de les distiller au cours des jours à venir sur notre site. Suivez ce lien http://lachapelledesflandres.fr/-programme-.html pour retrouver les ensembles de La Chapelle des Flandres !

Musicalement vôtre,
toute l’équipe de La Chapelle des Flandres.


 

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jeudi 16 avril

Le juste et l'injuste

À propos du mythe d'Er, 11
(épisode précédent)

L’opposition terme à terme
Jean Starobinski, présentant l'ouvrage de Maurice Olender sur Les langues du Paradis. Aryens et Sémites : un couple providentiel (Gallimard-Le Seuil, Paris 1989), notait l'"attrait des antinomies", la "séduction de la symétrie", qui permet trop facilement de stigmatiser des différences en en faisant des contraires. Jean Starobinski signait là un article intitulé "Archéologie de l'antisémitisme" (in Liber, 2-1, mars 1990, p.14sq.) et l'on sait les dégâts de telles pratiques mises entre les mains de groupes enclins au racisme. Le titre de l'ouvrage présenté par l'historien suisse décédé en mars 2019 en dit suffisamment. Une telle pratique de fabrication de séries d'opposés était pratique courante dans les écoles philosophiques grecques des V-IVèmes siècles. Aristote évoque la συστοιχία (systoichia), la "liste" que certains pythagoriciens dressaient et où s'opposaient le fini à l'infini, l'impair au pair, l'unité à la pluralité, la droite à la gauche, etc. (Aristote, Métaphysique, A, 986b22sqq.; cf. aussi fgt Rose2 195). Et, qu'Aristote attribue cette liste à certains pythagoriciens ne saurait constituer la preuve que seuls les pythagoriciens travaillaient à de telles séries. Par exemple, d’après le fragment 8 (vers 53-59) de Parménide et une scholie de Simplicius, R.Baccou a pu dresser un tableau d’oppositions (Histoire de la science grecque de Thalès à Socrate, Aubier, Paris 1951, p.173 note).
C'est avec une méthode similaire que Platon, dans le mythe d'Er, ouvre la distinction entre le juste et l'injuste.

opposés

Les termes antagonistes y sont, pour la majorité, écrits ; et des constructions impliquant parallélisme absolu (cf. J.Carrière, Stylistique grecque, Kliencksieck, Paris 1967, §87) de type μέν...δέ..., τε...καί... sont souvent là pour souligner l’opposition. Il y a de rares exceptions qui sont de deux sortes : premièrement, le terme manquant dans telle occurrence d’une opposition est présent ailleurs, dans une autre occurrence de la même opposition ; deuxièmement, l’opposition où l’un des termes manque (qui est mis entre parenthèses dans le tableau ci-dessus) n’apparaît qu’une fois. Pour cette sorte d’exception, c’est la logique de l’opposition qui joue, autant que le contexte – à la fois du point de vue du sens et de celui de la syntaxe – le permet.

Ainsi, les lamentations et les pleurs provoqués par le souvenir qu’ont les âmes injustes de leur voyage (615a1) n’ont pas d’opposé explicite ; mais on peut aisément sous-entendre la jubilation provoquée par le souvenir qu’ont les âmes justes de leur voyage. Rétablir cette opposition, c’est prolonger l’opposition entre le voyage des âmes injustes et celui des justes : les injustes y ont souffert et assisté à des spectacles terrifiants, alors que les justes y ont trouvé de la jouissance et ont assisté à des spectacles inconcevables quant à leur beauté. D’autre part, la construction μέν...δέ... de 615a1/3 laisse sous-entendre la jubilation des justes. Deuxième cas : ce que voient les âmes injustes au cours de leur voyage n’est pas déterminé avec précision (615a2), alors que les spectacles auxquels les âmes justes ont assisté au cours de leur voyage sont expressément dits "inconcevables quant à leur beauté" (615a4). Nous verrons, lors de l’analyse que nous ferons plus loin de la troisième modalité de la relation juste/injuste, qu’il faut sous-entendre que les spectacles auxquels les âmes injustes ont assisté sont inconcevables quant à leur aspect terrifiant. Mais, dès maintenant, nous pouvons imaginer leur caractère terrifiant, uniquement en considérant ce que leur souvenir provoque.

Une fois ces quelques exceptions réintégrées dans le rang, il est clair que cette première modalité de la relation juste/injuste nous livre un exemple de ces séries d’opposés dont l’élaboration semble pratique courante dans les écoles philosophiques grecques des V-IVèmes siècles. En dressant cette liste en parallèle, Platon montre comment l’opposition du juste et de l’injuste fonctionne avec rigueur dans le temps des sanctions d’outre-tombe. Ce premier mode de fonctionnement nous fournit un canevas à partir duquel il nous sera aisé de comprendre les deux autres modes.

L’analogie
Le deuxième mode de fonctionnement s’apparente à l’analogie de type mathématique. Le passage du mythe où ce mode joue est bref (Rép.X, 615a6-c1) et le mécanisme est manifeste. Ce passage se laisse – comme il se doit – diviser en deux parties fort inégales. La première (ib. 615a6-b6), qui est aussi la plus longue, contient les deux termes du premier rapport et la raison géométrique de ce dernier. La formule qui énonce le mieux ce rapport est celle-ci : le châtiment est le décuple de la faute commise (cf. ib. 615b1-2 et 5-6). Platon s’y prend à deux fois pour nous l’énoncer, la deuxième étant présentée comme une illustration par des exemples (d’abord 615a6-b2, puis b2-6 : καὶ οἷον etc.). Quant à la deuxième partie du passage (ib. 615b6-c1), elle contient l’un des termes du rapport, la "bonne action" (615b6) qui s’oppose à la faute du premier rapport, et l’indication que la raison du rapport est inchangée. Il est alors aisé de comprendre ce que peut être le "salaire" dont nous parle Platon sans autre précision (ἀξία). Et grâce au premier mode de la relation juste/injuste, nous supposons qu’il sera l’opposé du salaire des injustes. Ceci dit, nous n’avons guère de renseignements précis qui nous en apprennent davantage sur la nature des salaires (récompenses et châtiments) : nous avons seulement appris comment la durée du salaire se calcule.

Le point vide
C’est la fonction de l’épisode d’Ardiée (cf. notre épisode précédent) que de nous donner quelques détails sur la nature du salaire. Avant d’en venir là, Platon, en une phrase qui opère la transition entre la deuxième modalité de la relation juste/injuste et la troisième, élargit le rapport (action commise/salaire) d’une façon indéterminée. Rép.X, 615c2-4 : l’homme pieux envers les dieux et ses parents aura un salaire "plus grand", de même que l’impie et l’assassin. Si l’on comprend cette phrase dans le prolongement de 615a6-c1, μείζους signifiera "plus grand que les salaires mérités par ceux qui ont (simplement) commis des bonnes actions ou, au contraire, des injustices". Mais, en même temps, on peut comprendre cette phrase comme une introduction à l’épisode d’Ardiée et, dans cette perspective, μείζους sera passible d’une autre traduction : les châtiments qu’endurent ces âmes et celle d’Ardiée ne sont pas seulement "plus grands" que d’ordinaire, ils sont aussi "trop grands" pour être seulement concevables. Platon élargit le rapport (action commise/salaire) d’une façon indéterminée, certes, mais toujours symétriquement par rapport à un point où la relation juste/injuste ne fonctionne pas – parce qu’elle n’a pas le temps de fonctionner [Il s’agit des limbes (615c1-2) : l’enfant mort-né ou mort en bas âge n’est en lui-même ni juste ni injuste. Ce qu’Er en a dit n’est "pas digne de mémoire" parce que justement la relation juste/injuste n’y fonctionne pas. Cependant Platon évoque rapidement ce point neutre, "point mort", par souci de symétrie.]. Les termes des deux rapports tendent vers plus d’intensité et nous conduisent ainsi à ce que nous appelons l’épisode d’Ardiée.

La direction de l’impensable
Le mode de fonctionnement de la relation juste/injuste qui joue dans l’épisode d’Ardiée est différent des deux autres : Platon n’y oppose plus le juste et l’injuste, il ne parle plus que de l’injuste. Mais il ne s’agit pas de n’importe quelles âmes injustes : ce sont des tyrans et des particuliers qui ont commis de grandes fautes (Rép.X, 615d6-e1). Leurs âmes ne sont pas seulement injustes, elles sont impies : le tyran est parricide (cf. par exemple Rép.VIII,569b6, à rapprocher de Rép.X, 615c8), donc impie (voyez aussi dans notre texte, où l’impiété et la piété renvoient aux dieux autant qu’aux parents – 615c2-3). Quant aux particuliers, leur présence auprès des tyrans laisse supposer que leurs grandes fautes sont du même ordre. Ces âmes impies subissent donc (en vertu de l’élargissement évoqué plus haut) des châtiments "plus grands" que les peines des injustes "ordinaires". Mais ce n’est pas là le tout de l’épisode, car ces âmes impies ne font qu’accompagner Ardiée qui est ce personnage quasi impossible dont la fonction est de commettre l’acte impie. Les châtiments qu’endurent ces âmes et celle d’Ardiée ne sont pas seulement "plus grands" que d’ordinaire, ils sont aussi "trop grands" pour être concevables ; et ce que l’on en sait ne nous en donne qu’une petite idée. Précisément, l’épisode d’Ardiée est là pour nous donner une idée de l’inconcevable. Inconcevabilité de ce qu’est, dans sa totalité, le châtiment d’Ardiée et de ses pareils. Mais la portée de l’épisode ne s’épuise pas dans cette seule inconcevabilité. Si nous inscrivons cette dernière sur le canevas que nous a livré le premier mode de fonctionnement de la relation juste/injuste, qu’inscrirons-nous en face, dans la colonne du juste ? Pour répondre à cette question, il faut noter, tout d’abord, que l’épisode d’Ardiée fut, pour l’âme qui le raconte, un spectacle (cf. Rép.X, 615d3-4), un spectacle parmi les "terrifiants spectacles" auxquels les âmes injustes assistent lors de leur voyage. À ces spectacles-là s’opposent les "spectacles inconcevables quant à leur beauté" (ib. 615a4) auxquels les âmes justes ont assisté durant leur voyage. En réponse à la question posée plus haut, il faut donc reconnaître qu’aux spectacles terrifiants qui donnent l’idée d’un châtiment inconcevable, s’opposent des spectacles qui, étant déjà en eux-mêmes inconcevables, doivent donner l’idée de récompenses encore plus inconcevables. On voit bien ainsi la véritable portée de l’épisode d’Ardiée : nous faire entrevoir l’inconcevable le plus inconcevable, l’archi-inconcevable – au sens où cet inconcevable est aussi inconcevable que cette "archè" dont le soleil n’est qu’une image (cf. Rép.VI, 509a6, b9, etc. ). Superlatif non pas en tant que degré de comparaison, mais en tant que degré d’intensité maximale (cf. J.C.CHEVALIER, C.BLANCHE-BENVENISTE, M.ARRIVÉ et J.PEYTARD Grammaire Larousse du français contemporain, Larousse, Paris 1964, p.197) – degré seulement imaginé. Ainsi l’âme qui est pieuse, qui a été pieuse envers les dieux et les parents (cf. Rép.X, 615c2-4) doit-elle jouir d’une vue imprenable, imprenable dans les filets du logos.
Cette conclusion de notre analyse renforce l'hypothèse que le mythe, chez Platon notamment, est une porte vers l'indicible, comme le laisse penser Brigitte Boudon, dans son billet intitulé Les mythes platoniciens. Dans cet écrit, déjà cité, l'animatrice des Jeudis Philo marseillais écrit que, pour Platon, le mythe "est la seule façon de suggérer l'inexprimable", que, dans le mythe platonicien, se raconte l'indicible. Prolongeant cette réflexion, pourquoi ne pas prétendre que, d'une certaine façon, ce passage du mythe d'Er en est le noeud, la quintessence mythique. Je dis bien "d'une certaine façon". Il pointe son paroxysme. Les clefs de voûte de la cathédrale gothique ne sont pas toute la cathédrale. Elles donnent aux voûtes leur stabilité, leur définition architecturale. L'édifice ne se réduit pas à elles, mais, sans elles, il s'effondre. De la même façon, le mythe d'Er ne se réduit pas à l'épisode d'Ardiée, mais, sans lui, le mythe perd sa perspective...

Tel est le fonctionnement de la relation juste/injuste qui, pour commencer, oppose, dans un terme à terme rigoureux, la série du juste et celle de l’injuste, et finit par décrire partiellement le châtiment suprême, maximum, de l’injuste absolu, pour nous suggérer la récompense indescriptible du juste absolu.
Tel est ce voyage que l’âme d’Er n’effectue pas, mais dont les autres âmes garderont un souvenir tenace, jusqu’à ce qu’elles n'arrivent aux rives du fleuve Amélès – voyage qui s’inscrit dans le schéma dégagé dans un épisode précédent, sans toutefois le perturber.

(épisode suivant)


 

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