mercredi 02 février

François Châtelet, Platon (1965)

En ce moment, je lis un ouvrage de François Châtelet, belle et rare entreprise d'approche de la démarche de Platon à partir de la question politique, ouvrage intitulé sobrement ... Platon (1965). J'ai lu ce numéro de la collection 'idées' de Gallimard il y a bientôt 50 ans, à l'orée de mes études de philosophie. Quel plaisir ! Quel bonheur de relire cet ouvrage, même pour qui connaît assez bien le philosophe grec ! Magnifique contextualisation de la démarche platonicienne dans l'écrin politique et social de la Grèce des Vème et IVème siècles. On ne peut que recommander cet ouvrage à tous les apprentis philosophes...

Au hasard de la lecture, quelques pensées parfois intemporelles.

  • Ainsi à la page 85 : "La démocratie telle qu'elle est pratiquée à Athènes ne développe pas la liberté : elle libère la violence." Plus loin, on comprend que, dans le fonctionnement de la doxa, de l'opinion qui ne fait que s'en tenir aux passions, aux pulsions de ceux qui la profèrent et la promeuvent, les discours se heurtent sans rien construire, "les opinions contradictoires s'entre-détruisent et laissent ce grand vide où s'épanouit la violence" (p.88)...
  • Ainsi à la page 107 : "L'expérience du dialogue [met] bien en évidence le fait qu'en parlant, et quand bien même resterait-il enfermé dans sa certitude, celui qui accepte de dialoguer se livre, en quelque sorte, à une exigence d'un autre ordre. En apprenant à entendre autrui, en se essayant de se mettre d'accord avec lui-même, il commence déjà à s'arracher à la fascination qu'exercent [sur lui] la passion et l'intérêt..."

 


 

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vendredi 29 octobre

Rhétorique dialectique politique...

Qui a dit "La souveraineté n’a jamais été un gros mot, l’identité nationale non plus. On a besoin des nations pour combattre les nationalismes"?


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mercredi 27 octobre

Domination...

 

Je ne voudrais sinon entendre comme il se peut faire que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations endurent quelquefois un tyran seul, qui n’a puissance que celle qu’ils lui donnent ; qui n’a pouvoir de leur nuire, sinon qu’ils ont pouvoir de l’endurer ; qui ne saurait leur faire mal aucun, sinon lorsqu’ils aiment mieux le souffrir que lui contredire.

Etienne de La Boétie, De la servitude volontaire ou le Contr'un
(écrit vers 154?, publié en français en 1576, ici éd. Bonnefon, 1922)

 

 

Le Mal est dans la chose même et le remède est violent. Il faut porter la cognée à la racine. Il faut faire connaître au peuple ses droits et l'engager à les revendiquer ; il faut lui mettre les armes à la main, se saisir dans tout le royaume des petits tyrans qui le tiennent opprimé, renverser l'édifice monstrueux de notre gouvernement, en établir un nouveau sur une base équitable. Les gens qui croient que le reste du genre humain est fait pour servir à leur bien-être n'approuveront pas sans doute ce remède, mais ce n'est pas eux qu'il faut consulter ; il s'agit de dédommager tout un peuple de l'injustice de ses oppresseurs.

Jean-Paul Marat, Les chaînes de l’esclavage
(1774, ici éd. 10/18 1992)

 

La question qui traverse l'œuvre [de Luc Boltanski] remonte au moins jusqu'à Étienne de La Boétie et se formule ainsi : "pourquoi les acteurs acceptent-ils l'existence factuelle d'inégalités alors que [...] il est très difficile de les justifier, même du point de vue d'une logique méritocratique ?".  (p.73) Ou pour le dire autrement :  " comment un petit nombre d'acteurs peut-il établir un pouvoir durable sur un grand nombre d'acteurs ? " (p.75). La réponse offerte par la sociologie pragmatique de la critique passe par le concept de domination.

Illán Hevia Gago Eikasia. Revista de Filosofía, no 87,‎ 2019, p. 387-393
à propos de l'édition espagnole de Luc Boltanski, De la critique. Précis de sociologie de l’émancipation, 2009 [De la crítica. Compendio de sociología de la emancipación, 2014]

 

 

 

 


 

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mardi 30 mars

Esprit, es-tu là ?

 

Je viens de lire le petit mais dense ouvrage de Myriam Revault d'Allonnes, L'Esprit du macronisme ou l'art de dévoyer les concepts*. Vivifiant, c'est petit mais c'est du lourd ! Enfin quelqu'une qui regarde ce qui fonctionne conceptuellement sous le capot Macron, ce qui le soutient le "macronisme" question idéologie, question agencement de concepts de philosophie politique voire d'anthropologie politique ! Je me permets d'en proposer en fin d'article l'index nominum, au cas où, cher lecteur, tu souhaiterais voyager en biais dans l'ouvrage...

Mais tout d'abord, voici ce que dit la quatrième de couverture, très éclairante.

Emmanuel Macron avait invité les chômeurs à « traverser la rue » pour trouver un travail. Comme si l’individu était un acteur rationnel, calculateur, seul responsable de ses actes et de leurs conséquences. Or, cet individu n’existe pas, personne n’est le coach de soi-même, et la nation n’est pas une « start up », sinon dans un certain discours managérial et comptable qui est au coeur de la rationalité politique d’Emmanuel Macron et qui induit au mirage d’un « nouveau monde ».

Car le sujet-citoyen n’est pas l’individu performant. Il n’est pas un bloc d’intérêts et de concurrence mais celui qui, sachant ce qui le relie aux autres, oeuvre au sein d’institutions justes à rendre possible telle ou telle option. L’autonomie, la responsabilité ou la capacité n’ont de sens que comprises comme porteuses d’une tension entre l’indépendance des individus et leur intégration dans la communauté. Il existe un endettement réciproque entre l’homme et le social. C’est pourquoi, loin d’être anodins, ces propos sur les chômeurs ou le « pognon de dingue » engendrent des lectures simplifiantes et univoques du lien social.

Devant un tel dévoiement, Myriam Revault d’Allonnes reprend à nouveaux frais ces notions fondamentales pour en montrer la profondeur, les paradoxes et la puissance ; une leçon de clarté et de rigueur, alors que, plus que jamais, dans la crise que nous vivons, le besoin d’un monde commun s’impose.

J'ai aimé lire ce livre pour sa structure précise et clarifiante : l'auteure, pour chacune des trois notions-clés qu'elle travaille (Autonomie, Responsabilité, Capacité), propose d'abord une sorte de doxographie faisant le point sur la problématique notionnelle, histoire de partager avec le lecteur de quoi elle parle exactement (sans quoi aucun dialogue ne serait possible, comme aimait à dire Paul Ricœur). Après quoi seulement, elle analyse la situation macronienne de la problématique en question.
Les trois notions-clés font chacune l'objet d'un chapitre et ces trois chapitres sont précédés d'une grande mise au point intitulée "La coexistence des hommes : les moeurs et les lois". Cette mise au point part de ce que peut vouloir dire "faire société", sollicitant les témoignages de Montesquieu, Rousseau, Mauss, Jonas, Arendt, Ricœur... C'est dans ce "faire société" qu'Autonomie, Responsabilité et Capacité prennent tout leur sens et se fortifient de tous leurs enjeux.

J'ai dévoré ce livre pour ce qu'il risquait d'apporter comme réponse à ma question d'il y a quatre-cinq ans : Mais pourquoi cet homme revendique-t-il le parrainage de Paul Ricœur ?

Quand j'ai vu arriver Emmanuel Macron sur la scène politique et se porter candidat à la Présidence de la République, je n'y ai pas vraiment porté attention, me disant qu'un clone mis à jour de Giscard d'Estaing faisait irruption au milieu d'un monde passablement enlisé et pour tout dire ennuyeux à force d'exhiber des impasses sociales et politiques. C'est quand il a parlé de Paul Ricœur qu'il a commencé de m'intéresser. J'avais lu jadis ce philosophe pour ses travaux passionnants sur la métaphore et sur l'herméneutique, notamment, et je ne voyais pas comment l'énarque banquier postulant à la Présidence pouvait ainsi se réclamer du philosophe. Il l'avait aidé pour l'édition (et non l'écriture !) d'un ouvrage. Bon, OK. Mais encore ?
Emmanuel Macron affirme que Paul Ricœur l'a "rééduqué sur le plan philosophique"**. Car il avait déjà été éduqué question philosophie. Lectures de Marcel Conche (dont l'accent corrézien rocailleux sonne encore à mon oreille tant il tranchait avec les façons professorales de parler en Sorbonne au début des années 70 !), Kant, Aristore, Descartes, Hegel. C'est Machiavel qui lui fit "abondonn[er] la métaphysique pour la philosophie politique"**. Puis c'est la rencontre avec Ricœur avec qui il a "lu et relu de la philosophie antique"** et surtout avec lequel il a, dit-il, bien dialogué... tellement dialogué que le philosophe l'aurait "poussé à faire de la politique, parce que lui-même n'en avait pas fait"**(?). De fait, certains trouveront dans sa démarche "le dialogue, la bienveillance, autant de notions ricœuriennes qu'il a fait siennes pendant son ascension vers l'Élysée"***, d'autre verront dans "sa proximité avec le philosophe Paul Ricœur, avec la revue Esprit, son intérêt pour la chose intellectuelle" une authentique "disruption"**** par rapport à l'air ambiant... On dirait bien que, faisant le récit de son compagnonnage avec Paul Ricœur, Emmanuel Macron s'octroye son titre de créance philosophique", comme disait Marc Lambron*****.
Donc, qu'une personnalité philosophique, qui plus est membre du conseil scientifique du Fonds Ricœur et fine connaisseuse du philosophe (elle a par exemple dirigé avec François Azouvi le Cahier de l’Herne Paul Ricœur de 2004, réédité au Seuil trois ans plus tard dans la coll. Points Essais), qu'une telle personnalité philosophique donc travaille l'idéologie macronienne, cela ne pouvait me laisser indifférent !
Ceci dit, le parrainage Ricœur qu'exhibe Emmanuel Macron a été largement contesté par les intellectuels proches de Paul Ricœur. Plusieurs articles publiés par Le Monde et un communiqué de presse du Fonds Ricœur atteste d'une polémique à ce sujet... En tous cas, tout cela "marque la distance prise par les intellectuels ricœuriens avec celui qui fut, entre 1999 et 2000, assistant éditorial de Paul Ricœur" (Le Monde le 3 décembre 2019). C'est dit ! Mais Myriam  Revault d'Allonnes permet de comprendre comment le discours néolibéral du Président tord les concepts sur lesquels il prétend fonder son action politique, finissant par ne plus duper personne.

Dans cet ouvrage, largement salué dans les médias, je sens comme une rigueur philosophique imparable, produisant un discours sans ambiguïté, à la Ricœur ! Et cela ne grandit pas l'image philosophique du Président. C'est qu'il y a quand même une différence entre faire de la philosophie et faire le philosophe, comme disait Kant.

Index Revault d'Allonnes (2021)------

* Paris : Éditions du Seuil, 2021. - Coll. La Couleur des idées (EAN 9782021465075).
** Entretien avec Fottorino, Greilsamer et Van Reeth publié dans Le1, 8 juillet 2015.
*** Éric Fottorino, "Macron, un roman français", Le1, 10 mai 2017.
**** Pascal Perrineau, "Il est l'homme de l'accélération du temps politique", Le1, 6 décembre 2017.
***** Marc Lambron, "Un ludion ? Non, un hybride", Le1, 13 septembre 2016.


 

Trainée de poudre...

Requête Google "François Grenier" le 28 mars 2021, 9h30 : plus d'une cinquantaine sites reproduisent l'information sur son décès, des médias people aux medias spécialisés musique, des médias du Nord à ceux d'Haïti... Même les sites d'extrême droite s'y mettent, comme gilbertcollard.fr (pitoyable récup'raccolage !) ! Voici les 50 premiers : 7sur7.be ; alvinet.com ; amomama.fr ; beesbuzz.com ; bonnewshaiti.com ; bvoltaire.fr ; cultinfos.com ; dailymotion.com ; Diapsonmag.fr ; flipboard.com ; fr.news.yahoo.com ; fr.news-front.info ; fr.sputninews.com ; fr.topfash.org ; francais.rt.com ; francemusique.fr ; fr-mb.theepochtimes.com ; gala.fr ; gilbertcollard.fr ; gitebonsamis.fr ; gossip-addict.com ; harmoniasacra.com ; journaldesfemmes.fr ; lalettredumusicien.fr ; lavoixdunord.fr ; ledauphine.com ; lefigaro.fr ; lessentiel.lu ; letribunaldunet.fr ; libramemoria.com ; lifeintunisia.com ; msn.com ; musebaroque ; news.freeads.world ; news.knowledia.com ; non-stop-people.com ; nordeclair.fr ; nordlittoral.fr ; nouvelobs.com ; novellstar.com ; ouest-france.fr ; programme-tv.net ; reddit.com ; resmusica.com ; scoopnest.com ; tsugi.fr ; verietyinfo.com ; video-streaming.orange.fr ; voici.fr ; etc.

Deux problèmes :

  1. La plupart de ces sites se moquent la plupart du temps éperdûment du sort des musiciens, hors showbiz. Alors pourquoi cet engoûment soudain pour un claveciniste et chef de choeurs si discret ? Faire du buzz pour accroître un malaise social, au prix d'un impudeur...
    Quelques fois, mais rarement, il ne s'agit que d'amis profondément émus qui, voulant partager leur émotion, reproduise le contenu de la Lettre du musicien sans trop prendre garde à ce qu'ils reproduisent. Mais c'est juste quelques fois !
  2. Les raisons d'un suicide n'ont que très très rarement à être divulguées sur la place publique. Le geste de François n'était pas un geste politique ! Laissons-lui ses justifications !

Le cri accusateur de Benjamin Chalat est bienvenu !


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dimanche 29 novembre

Désobéissant.e.s !

Face à l’urgence climatique, une frange de la jeunesse a fait le choix de la désobéissance civile. Sur Arte, les documentaristes Alizée Chiappini et Adèle Flaux proposent le récit, en immersion, de cette mobilisation.

Présentation sur https://reporterre.net/Desobeissant-e-s


 

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mercredi 05 février

Extrême droite française

Depuis 2011, La Horde publie une cartographie de l’extrême droite française, présentée dans toute sa diversité. Depuis plus d'un mois, la dixième version [hiver 2019-2020] est disponible. La voici :

Schema-ED-LaHorde-hiver2020-2


 

dimanche 16 avril

Même pas en rêve !

L'autre jour, dans ma boîte aux lettres (sur laquelle est inscrite que je ne souhaite aucune publicité), ceci :

JWSi j'ai bien compris ceux qui se prétendent "témoins de Jéhovah" prônent une lecture approfondie de l'Écriture sainte, de la Bible. Au verso de cette image, deux citations, une de l'ancien testament (Isaïe) et une du nouveau testament (Luc). Le site de cette multinationale religieuse (Watch Tower Bible and Tract Society of Pennsylvania) ne se contente pas de planter ses vigiles aux coins des rues ("La tour prend garde", "Réveillez-vous", etc.) ni d'envoyer des frappeurs de portes importuner les citadins. Elle farcit aussi nos boîtes aux lettres... Vont-ils un jour nous laisser en paix ?! Ils veulent faire rêver de la paix, mais n'en sont pas capables...
Je trouve qu'une société multinationale américaine qui prône la lecture sacrée et qui fourre ses sales papiers dans des boîtes aux lettres qui écrivent vouloir rester indemne de saleté publicitaire, je trouve que ça pose un problème : en fait, ILS NE SAVENT PAS LIRE !

C'est la première fois que j'ai ça chez moi. D'habitude ce sont les agences immoblières qui n'arrêtent pas d'inonder les boîtes aux lettres de leurs saletés. J'ai fini par en prendre mon parti et jette sans lire leurs immondices.
Dernier en date : un certain Didier Roux, conseiller immobilier, a laissé sa carte de visite. Poubelle ! Reste qu'un agent immoblier qui ne sait pas lire, ça aussi ça pose un grave problème. Comment lui faire confiance quand on négocie avec lui ou par son intermédiaire ? Poubelle !


 

dimanche 09 avril

Tirer la chasse très régulièrement

Sujet : Refonder notre politique familiale
De : =?UTF-8?Q?Fran=C3=A7ois_Fillon?= <info@emv.information-consommateur.fr>
Date : 09/04/2017 04:02

Début de l'entête d'un message non demandé tombé ce matin dans ma boîte aux lettres électronique.

Message :

CaptureRenseignements pris, l'expéditeur envoie aussi des messages de publicité de pinards, etc. L'équipe Fillon ne recule devant aucune outrance ! À moins que ce ne soit un coup du cabinet noir... De toutes façons, ça finira immédiatement aux chiottes, avec tous ces spams qui y courent déjà automatiquement... Le porno, le Fillon, les outils de jardin... il faut savoir tirer la chasse très régulièrement !


 

dimanche 20 novembre

Droitier ? Mais non !

Dans un quotidien hier, Mr Sarkozy se plaint qu'on le traite de "très droitier". C'est le 'très' qui le gène. 

Deux remarques  :

  1. Sarkozy est de droite. Je remarque ça au cas où il s'appuyerait encore sur Jaurès ;-)
  2. Son argument est qu'il n'est pas "très droitier" parce que le Front National en fait sa "cible prioritaire" (?)

De deux choses l'une. Soit le roi d'Maubeuge prend ses futurs sujets pour des cons, soit il ne sait pas réfléchir. 

C'est parce qu'ils sont sur les mêmes thèmes et avec les mêmes termes que Marine Le Pen veut marquer sa différence avec le "très  droitier" Sarkozy. Logique, non ?