dimanche 24 juillet

Nuisances sonores : quel volume à Nice ? LETTRE OUVERTE À MESSIEURS ESTROSI, CIOTTI, GONZALEZ & Cie

Lecteur assidu de Nice-Matin, j’ai lu avec attention le dossier "Nuisances sonores : quel volume cet été ?" paru dans l'édition du 15 juillet dernier. Malgré ce que son titre pourrait laisser penser, ce dossier ne limite pas la question de la nuisance sonore à la période estivale - ce qui est effectivement bien vu concernant nos villes bien bruyantes quelle que soit la saison. Ceci dit, le sujet est loin d'avoir été épuisé. Les éléments de cette problématique - qui relève de la santé publique - ne sont même pas tous juste pointés. Normal, me direz-vous, puisqu'il y a une espèce d'omerta (au moins niçoise) sur deux des sources de pollution sonore urbaine : l'activité commerciale et les climatiseurs.

Ces derniers sont relativement nombreux à Nice. Qui n'a pas été surpris un jour où, se promenant dans les rues, il reçut sur son crâne des gouttes d'eau tombées de climatiseurs installés sur des balcons ? Qui n’a jamais senti un souffle d’air chaud au ras du sol lui balayer les jambes en passant devant un établissement climatisé ? Qui surtout n'est pas gêné par le bruit produit pas ses engins ?
La nuit notamment, alors que des habitants veulent contribuer à la neutralité climatique et donc décident de ne pas s'équiper de climatiseur, préférant utiliser l'air de la nuit pour rafraîchir leur sommeil, les climatiseurs des voisins, installés sur un balcon ou simplement accrochés en façade, font un bruit tel qu'il est impossible de garder les fenêtres ouvertes, si du moins l'on veut dormir sans bouchon d'oreille. Ces tenants de la neutralité climatique, respectueux du bien commun, sont ainsi condamnés à crever de chaud sur leur lit pour éviter la pollution sonore des climatiseurs des voisins, climatiseurs qui, de plus, rejettent dans l'air beaucoup de chaleur. Ou bien vont-ils devoir s’enfermer chez eux et installer un climatiseur ? Infernale spirale ! Cercle vicieux plutôt : l'air ambiant est chaud, donc je refroidis l'intérieur de chez moi, c'est-à-dire que je réchauffe encore davantage l'air ambiant, donc je refroidis encore plus l'intérieur de chez moi, c'est-à-dire que...
Externalités négatives sur deux plans : le bruit et le climat. Pour bénéficier d'un intérieur rafraîchi, les possesseurs de climatiseurs réchauffent l'air extérieur (un bien commun, s'il en est) et polluent ce silence dont nous avons tous tant besoin, la nuit notamment. Bref, pour leur propre confort, ils rendent la vie de leurs voisins doublement inconfortables, abîmant au passage ces deux biens communs que sont le silence et le climat...

Autre pollution sonore dont on ne parle jamais, celle qui est causée par l'activité économique en ville. Exemple. En face de chez moi, se trouve la réserve d'un Carrefour City. Régulièrement, six jours par semaine entre 5h30 et 7h., et ce toute l'année, un énorme camion vient livrer des palettes de produits à stocker pour les vendre. Au bruit du camion, déjà impressionnant quand il arrive et repart, il faut ajouter le bruit des engins qui font passer les palettes du cul du camion à la réserve, engins qui doivent franchir une espèce de pont articulé en métal pour passer de la rue au trottoir, ce qui produit un bruit plus important qu'un TER sur ses rails. Dans cette rue assez étroite et sans végétation aucune, la réverbération de tous ces énormes bruits trouble (le mot est bien faible) la tranquillité des habitants qui, s'il se trouve, aimerait ne se réveiller qu'après 7h. Compte tenu de l’heure à laquelle cela se produit (avant 7h, heure avant laquelle les nuisances sonores sont considérées plus graves par la loi), je ne comprends pas que le gérant du Carrefour City ne fasse rien pour atténuer cette externalité négative majeure qui ressort de la santé publique, et ce malgré la demande expresse des habitants et malgré les éléments de langage de son enseigne [photo ci-dessous, prise depuis mon balcon le 07 août 2020, à 06h19].

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Bref, habitant depuis peu à Nice (Brich59 du Nord sur Canalblog est devenu BrichdeNice sur Instagram!), je m’étonne de ces dysfonctionnements publics très importants, mais surtout du silence dont on recouvre tout ce bruit.  
C’est comme si nous acceptions tous ces comportements auxquels nous sommes trop souvent confrontés : alcooliques et autres buveurs de rue jetant n’importe où leurs cannettes vides, fumeurs se délestant de leur mégot sur la voie publique, mâchouilleurs tapissant le trottoir de leur gomme à mâchouiller, automobilistes fumeurs vidant leurs poubelles par la fenêtre de leur belle auto, cracheurs encombrés se libérant la gorge sur les trottoirs devenus par ce fait dangereusement glissants, alcooliques et autres buveurs de rue se délestant de leur urine putride sur la voie publique, individus convaincus que pour se sentir exister il faut être bruyant et faire pétarader sa belle moto ou sa petite mobylette, mecs et nanas faisant profiter tous les passants de leur musique qui gueule à fond dans leur belle décapotable, personnes à trottinettes bousculant dangereusement les piétons sur les trottoirs, pratiquants de la malbouffe laissant à terre les emballages de leur obésité programmée, quatre-roues garés sur les espaces piétonniers (passages soit-disant protégés ou trottoirs), deux-roues motorisés se faufilant - bruyamment ou en silence mais toujours à vive allure - entre les piétons…, la liste est assez longue de ces incivilités reconnues comme telles par les autorités, locales et nationales, si soucieuses de notre sécurité. Pour revenir à notre question concerannt le bruit et le réchauffement, on peut légitimement se demander : quand les autorités commenceront-elles à considérer que la lutte contre la pollution sonore - problématique de santé publique - et la lutte contre le réchauffement climatique sont légitimes et doivent être menées urgemment et concrètement ?


 


jeudi 07 juillet

Vox populi ?

Aurore Berger, cheffe de file des députés Macron, critique sévèrement ceux qui voudraient selon elle "contester dans la rue" les résultats des élections (intervention à l'Assemblée le 6 juillet, après le discours de politique générale de la première sinistre).

Que dire alors de la contestation systématique des résultats électoraux finement analysés ?
Ça a commencé en 2002-2007, quand Chirac mène une vraie politique de droite après avoir été élu avec les voix des gauches qui ne voulaient pas adhérer au projet chiraquien mais faire barrage à l'horreur brune. Il y eut aussi le referendum sur le traité européen de 2004 que les électeurs refusèrent en 2005 mais fut malgré tout adopté de force par le Parlement trois ans plus tard. Puis il y a eu Xavier Bertrand lors des régionales (Nord-Pas de Calais) en 2015 : même parti politique, même entourloupe. Puis Emmanuel Macron en 2017 et cette année 2022. Ce n'est plus le même parti, mais c'est bien toujours cette droite française dite républicaine, Macron faisant moins penser à Chirac qu'à Giscard - qui rêva d'unir sous son panache les deux tiers des Français mais n'y parvint pas...

Une simple lecture arithmétique des résultats des dernières élections présidentielles permettra de comprendre cette entourloupe que nous impose la droite française. Au premier tour, Macron a recueilli 38,5% des voix des inscrits ; ce qui veut dire que non seulement il a été élu au second tour grâce à des voix qui le honnissent mais aussi qu'il n'a pas recueilli une majorité de voix des Français inscrits pour voter. Si l'on s'en tient aux votes exprimés lors du premier tour, on en est à 27%, à peine plus du quart des français ayant exprimé leur choix.

Ceci étant, Macron et ses suiveuses et suiveurs n'ont de cesse d'affirmer que le projet macronien fait l'objet d'un désir majoritaire. Histoire de minimiser la débâcle des législatives, histoire surtout de contester les résultats des urnes... Encore faut-il analyser sincèrement ces résultats et ne pas en rester à des formalités de premier niveau ! Hélas, la sincérité ne semble pas faire partie de l'arsenal moral de notre droite française - qui aujourd'hui ne se cache pas de préférer l'extrême-droite à la gauche républicaine à l'Assemblée. Mais c'est un autre sujet.

Étonnez-vous après cela que des parlementaires - ceux qu'on rêve de réduire au silence - vocifèrent ! Étonnez-vous après cela que des Françaises et des Français pensent à manifester leur opposition dans la rue !


 

lundi 13 juin

1984 fait encore des vagues ... chez les dictateurs !

 1984 fait encore des vagues chez les dictateurs !

"Retirer de la vente toutes les versions du livre Orwell 1984" ordonne le gouvernement biélorusse en mai dernier.

Le roman a été traduit en biélorusse par Siarhei Shupa en 1992, lorsque la première édition a été publiée. En 2020, le roman a été republié par la maison d'édition Yanushkevich. Et en 2021, une édition supplémentaire de l'ouvrage a été publiée. Il est devenu un leader des ventes dans de nombreuses librairies... Dans le réseau public Belkniga, il occupait la 4ème place dans la liste des best-sellers. Un cas rare pour un livre sorti il ​​y a plusieurs décennies. Et un reflet de la façon dont les gens perçoivent les processus qui se déroulent dans le pays. Avant-hier, le 16 mai, la police politique de GUBAZiK a arrêté l'éditeur Andrei Yanushkevich. Cela a été précédé par la création de rapports commandés avec des faits falsifiés dans les chaînes TG Azaronka et Gladka, qui sont utilisés par des services spéciaux pour justifier les pogroms. Dans les rapports sur le raid sur la librairie nouvellement ouverte Book, les opérateurs de services spéciaux se sont concentrés sur les étagères avec le livre 1984 [source Nasha Niva  traduit par BiblioMonde].

Quand je lis tout ça, je ne peux m'empêcher de faire le rapprochement avec les cris d'orfraie et autres éructations mensongères de la droite française à l'encontre de l'Union populaire qui rassemble les forces de gauche politiquement responsables... J'espère que la suite des événements me démentiront !


 

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jeudi 26 mai

Pour que l’accueil digne des migrants soit la règle, pas l’exception !

Une vingtaine d’associations dont la Cimade, Médecins du monde, Action contre la faim, le Samu social de Paris, Emmaüs, le Secours catholique ou encore Utopia 56 et une quarantaine de chercheurs ou universitaires interpellent "la future Assemblée nationale", dans une lettre ouverte publiée jeudi 26 mai par franceinfo. Les signataires demandent aux députés qui seront élus le 19 juin de prendre "des mesures immédiates et durables pour l'accueil des personnes exilées". Ils soulignent que les mesures prises pour accueillir les réfugiés ukrainiens ont été "salutaires" mais que "toutes les personnes exilées doivent pouvoir bénéficier de conditions d’accueil à la hauteur de leurs besoins de protection". Dans leur lettre ouverte, ils réclament à la future Assemblée nationale de "garantir l’accès aux droits, de permettre à tous·te·s un accès immédiat aux soins et de porter au niveau national et politique l’ambition d’un accueil digne pour tous·te·s".

Après le rapport parlementaire sur "les migrations, les déplacements de populations et les conditions de vie et d’accès au droit des migrants, réfugiés et apatrides en regard des engagements nationaux, européens et internationaux de la France",

après le rapport d'enquête sur Les oubliés du droit d’asile, et le séminaire inter-associatif qui s'en est suivi,

après la Lettre ouverte aux candidat·e·s à l'élection présidentielle de 2022, après l'édito du numéro de mars 2022 de Plein Droit, la revue du GISTI,

cette tribune, signée par une trentaine d'association et une cinquantaine d'universitaires, pointent quatre conditions sine qua non pour une politique d'accueil digne et respectueux de la personne humaine : "garantir l’accès aux droits", "assurer des conditions dignes d’hébergement", "permettre à tous un accès immédiat aux soins" et "porter au niveau national et politique l’ambition d’un accueil digne pour tous". Hélène Quéau, responsable de l'antenne France d'Action contre la faim et porte-parole du collectif qui signe la tribune, s'en explique rapidement sur France-Info ce matin...


mercredi 25 mai

D'un édito à l'autre...

Hier, je saluais comme il se doit l'édito de Valérie Toranian en en exibant les partis-pris idéologiques qui, pour n'être pas affichés en tant que tels, n'en sont que plus prégnants ... et détestables pour le discours interlope qu'ils produisent. Aujourd'hui je veux saluer l'édito de Victorine de Oliveira qui avoue sa "naïveté" à l'occasion de l'intronisation d'Élisabeth Borne. Le collier de perles s'est bien oxymoriquement constitué ! Voyons :

1 - égalité femmes/hommes, comme "grande cause du quinquennat" ;

2 - dédicace par Élisabeth Borne de son tout nouveau poste de Première ministre aux "petites filles" ;

3 - gouvernement qui "semble faire la part belle aux hommes à la réputation douteuse lorsqu’il s’agit de leur comportement avec les femmes", ne serait-ce que ce si bon Darmanin qui bénéficie d'une "confiance sans faille" du Président ;

4 - "affaire Damien Abad" au sujet duquel est avancée "la présomption d’innocence – concept juridique ô combien dévoyé, qui indique seulement que la charge de la preuve incombe au ministère public. Mais depuis le 21 mai, les langues se délient pour reconnaître qu’“on savait”, comme toujours dans ces affaires. Damien Abad avait lui aussi la réputation d’être lourdingue (pardon, “séducteur”), et ça ne l’a pas empêché d’être nommé ministre. Et c’est justement ça le problème." Et Victorine de Oliveira d'appeler à nos mémoires Platon et Aristote qui pensaient que "l’exemplarité est une notion fondamentale pour la bonne tenue de la cité"...

En conclusion, l'éditorialiste écrit : "pour l’instant, ce second quinquennat signale encore aux petites filles qu’elles doivent serrer les dents (et les fesses) quelque temps." Triste époque, tristes survivances d'un temps qu'on voudrait révolu. 
Il m'arrive d'avoir honte d'être un mec !


 


mardi 24 mai

Réunir des mondes...

J'ai lu hier l'édito de Valérie Toranian d'hier (23 mai) et constate que, décidément, cette éditorialiste n'en rate pas une quand il faut contrer le vent nouveau ! Ceci m'incite à relancer ma "Chronique de la révolte tranquille"...

Ce 23 mai, c'est Pap Ndiaye - le tout nouveau ministre de l'Éducation Nationale -  qui en prend pour son grade. La compagne de Franz-Olivier Giesbert, qui fit ses armes au magazine Elle (piges à partir de 1989, directrice de la rubrique beauté de 1994 à 1998, rédactrice en chef de 1998 à 2002 puis directrice de la rédaction de 2002 à 2014, date à laquelle elle devient directrice de la Revue des Deux Mondes) semble animée d'une espèce de hargne irrépressible contre tout ce qui pourrait perturber sa zone de confort idéologique.

Certes, on savait ce périodique conservateur - sous couvert d'un humanisme revendiqué à ses débuts. Le premier numéro de la Revue des Deux Mondes, recueil de la politique, de l’administration et des mœurs (juillet 1829) portait un avertissement solennel : "L’esprit de parti est une folie de beaucoup d’hommes au profit de quelques-uns" (citation d’Alexander Pope). Force est de constater qu'aujourd'hui cependant, 193 années après, la revue semble bien rouler pour quelques partis politiques. Ceux de la droite, sans qu'on arrive à savoir s'il s'agit de la droite dite républicaine ou de l'extrême-droite. On parlera de droite extrême, par commodité.

Et pourtant, aujourd'hui encore la revue prétend avoir le souci "d’incarner l’esprit humaniste de ses débuts, à distance des adhésions idéologiques dont les bilans désastreux parlent pour eux-mêmes" (https://www.revuedesdeuxmondes.fr/qui-sommes-nous/). Il y a quand même des adhésions qui collent à la peau, qui sont tellement intégrées au système intellectuel qu'elles ne s'aperçoivent même plus qu'elles ne sont qu'adhésion idéologique bien marquée.
Dans son projet, cette revue voulait constituer un pont intellectuel entre les deux rives de l'Atlantique (Tocqueville n'est pas loin). Mais soyons précis : s'il y a pont aujourd'hui, c'est peut-être entre les deux rives, mais plus précisément entre le parti des Républicains américains (ce cher Trump dont la Marine briguait la poignée de mains) et les partis de la droite extrême anti-droits-de-lhommistes de notre beau pays des Droits de l'Homme, non ?


mercredi 02 février

François Châtelet, Platon (1965)

En ce moment, je lis un ouvrage de François Châtelet, belle et rare entreprise d'approche de la démarche de Platon à partir de la question politique, ouvrage intitulé sobrement ... Platon (1965). J'ai lu ce numéro de la collection 'idées' de Gallimard il y a bientôt 50 ans, à l'orée de mes études de philosophie. Quel plaisir ! Quel bonheur de relire cet ouvrage, même pour qui connaît assez bien le philosophe grec ! Magnifique contextualisation de la démarche platonicienne dans l'écrin politique et social de la Grèce des Vème et IVème siècles. On ne peut que recommander cet ouvrage à tous les apprentis philosophes...

Au hasard de la lecture, quelques pensées parfois intemporelles.

  • Ainsi à la page 85 : "La démocratie telle qu'elle est pratiquée à Athènes ne développe pas la liberté : elle libère la violence." Plus loin, on comprend que, dans le fonctionnement de la doxa, de l'opinion qui ne fait que s'en tenir aux passions, aux pulsions de ceux qui la profèrent et la promeuvent, les discours se heurtent sans rien construire, "les opinions contradictoires s'entre-détruisent et laissent ce grand vide où s'épanouit la violence" (p.88)...
  • Ainsi à la page 107 : "L'expérience du dialogue [met] bien en évidence le fait qu'en parlant, et quand bien même resterait-il enfermé dans sa certitude, celui qui accepte de dialoguer se livre, en quelque sorte, à une exigence d'un autre ordre. En apprenant à entendre autrui, en se essayant de se mettre d'accord avec lui-même, il commence déjà à s'arracher à la fascination qu'exercent [sur lui] la passion et l'intérêt..."

 


 

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vendredi 29 octobre

Rhétorique dialectique politique...

Qui a dit "La souveraineté n’a jamais été un gros mot, l’identité nationale non plus. On a besoin des nations pour combattre les nationalismes"?


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mercredi 27 octobre

Domination...

 

Je ne voudrais sinon entendre comme il se peut faire que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations endurent quelquefois un tyran seul, qui n’a puissance que celle qu’ils lui donnent ; qui n’a pouvoir de leur nuire, sinon qu’ils ont pouvoir de l’endurer ; qui ne saurait leur faire mal aucun, sinon lorsqu’ils aiment mieux le souffrir que lui contredire.

Etienne de La Boétie, De la servitude volontaire ou le Contr'un
(écrit vers 154?, publié en français en 1576, ici éd. Bonnefon, 1922)

 

 

Le Mal est dans la chose même et le remède est violent. Il faut porter la cognée à la racine. Il faut faire connaître au peuple ses droits et l'engager à les revendiquer ; il faut lui mettre les armes à la main, se saisir dans tout le royaume des petits tyrans qui le tiennent opprimé, renverser l'édifice monstrueux de notre gouvernement, en établir un nouveau sur une base équitable. Les gens qui croient que le reste du genre humain est fait pour servir à leur bien-être n'approuveront pas sans doute ce remède, mais ce n'est pas eux qu'il faut consulter ; il s'agit de dédommager tout un peuple de l'injustice de ses oppresseurs.

Jean-Paul Marat, Les chaînes de l’esclavage
(1774, ici éd. 10/18 1992)

 

La question qui traverse l'œuvre [de Luc Boltanski] remonte au moins jusqu'à Étienne de La Boétie et se formule ainsi : "pourquoi les acteurs acceptent-ils l'existence factuelle d'inégalités alors que [...] il est très difficile de les justifier, même du point de vue d'une logique méritocratique ?".  (p.73) Ou pour le dire autrement :  " comment un petit nombre d'acteurs peut-il établir un pouvoir durable sur un grand nombre d'acteurs ? " (p.75). La réponse offerte par la sociologie pragmatique de la critique passe par le concept de domination.

Illán Hevia Gago Eikasia. Revista de Filosofía, no 87,‎ 2019, p. 387-393
à propos de l'édition espagnole de Luc Boltanski, De la critique. Précis de sociologie de l’émancipation, 2009 [De la crítica. Compendio de sociología de la emancipación, 2014]

 

 

 

 


 

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mardi 30 mars

Esprit, es-tu là ?

 

Je viens de lire le petit mais dense ouvrage de Myriam Revault d'Allonnes, L'Esprit du macronisme ou l'art de dévoyer les concepts*. Vivifiant, c'est petit mais c'est du lourd ! Enfin quelqu'une qui regarde ce qui fonctionne conceptuellement sous le capot Macron, ce qui le soutient le "macronisme" question idéologie, question agencement de concepts de philosophie politique voire d'anthropologie politique ! Je me permets d'en proposer en fin d'article l'index nominum, au cas où, cher lecteur, tu souhaiterais voyager en biais dans l'ouvrage...

Mais tout d'abord, voici ce que dit la quatrième de couverture, très éclairante.

Emmanuel Macron avait invité les chômeurs à « traverser la rue » pour trouver un travail. Comme si l’individu était un acteur rationnel, calculateur, seul responsable de ses actes et de leurs conséquences. Or, cet individu n’existe pas, personne n’est le coach de soi-même, et la nation n’est pas une « start up », sinon dans un certain discours managérial et comptable qui est au coeur de la rationalité politique d’Emmanuel Macron et qui induit au mirage d’un « nouveau monde ».

Car le sujet-citoyen n’est pas l’individu performant. Il n’est pas un bloc d’intérêts et de concurrence mais celui qui, sachant ce qui le relie aux autres, oeuvre au sein d’institutions justes à rendre possible telle ou telle option. L’autonomie, la responsabilité ou la capacité n’ont de sens que comprises comme porteuses d’une tension entre l’indépendance des individus et leur intégration dans la communauté. Il existe un endettement réciproque entre l’homme et le social. C’est pourquoi, loin d’être anodins, ces propos sur les chômeurs ou le « pognon de dingue » engendrent des lectures simplifiantes et univoques du lien social.

Devant un tel dévoiement, Myriam Revault d’Allonnes reprend à nouveaux frais ces notions fondamentales pour en montrer la profondeur, les paradoxes et la puissance ; une leçon de clarté et de rigueur, alors que, plus que jamais, dans la crise que nous vivons, le besoin d’un monde commun s’impose.

J'ai aimé lire ce livre pour sa structure précise et clarifiante : l'auteure, pour chacune des trois notions-clés qu'elle travaille (Autonomie, Responsabilité, Capacité), propose d'abord une sorte de doxographie faisant le point sur la problématique notionnelle, histoire de partager avec le lecteur de quoi elle parle exactement (sans quoi aucun dialogue ne serait possible, comme aimait à dire Paul Ricœur). Après quoi seulement, elle analyse la situation macronienne de la problématique en question.
Les trois notions-clés font chacune l'objet d'un chapitre et ces trois chapitres sont précédés d'une grande mise au point intitulée "La coexistence des hommes : les moeurs et les lois". Cette mise au point part de ce que peut vouloir dire "faire société", sollicitant les témoignages de Montesquieu, Rousseau, Mauss, Jonas, Arendt, Ricœur... C'est dans ce "faire société" qu'Autonomie, Responsabilité et Capacité prennent tout leur sens et se fortifient de tous leurs enjeux.

J'ai dévoré ce livre pour ce qu'il risquait d'apporter comme réponse à ma question d'il y a quatre-cinq ans : Mais pourquoi cet homme revendique-t-il le parrainage de Paul Ricœur ?

Quand j'ai vu arriver Emmanuel Macron sur la scène politique et se porter candidat à la Présidence de la République, je n'y ai pas vraiment porté attention, me disant qu'un clone mis à jour de Giscard d'Estaing faisait irruption au milieu d'un monde passablement enlisé et pour tout dire ennuyeux à force d'exhiber des impasses sociales et politiques. C'est quand il a parlé de Paul Ricœur qu'il a commencé de m'intéresser. J'avais lu jadis ce philosophe pour ses travaux passionnants sur la métaphore et sur l'herméneutique, notamment, et je ne voyais pas comment l'énarque banquier postulant à la Présidence pouvait ainsi se réclamer du philosophe. Il l'avait aidé pour l'édition (et non l'écriture !) d'un ouvrage. Bon, OK. Mais encore ?
Emmanuel Macron affirme que Paul Ricœur l'a "rééduqué sur le plan philosophique"**. Car il avait déjà été éduqué question philosophie. Lectures de Marcel Conche (dont l'accent corrézien rocailleux sonne encore à mon oreille tant il tranchait avec les façons professorales de parler en Sorbonne au début des années 70 !), Kant, Aristore, Descartes, Hegel. C'est Machiavel qui lui fit "abondonn[er] la métaphysique pour la philosophie politique"**. Puis c'est la rencontre avec Ricœur avec qui il a "lu et relu de la philosophie antique"** et surtout avec lequel il a, dit-il, bien dialogué... tellement dialogué que le philosophe l'aurait "poussé à faire de la politique, parce que lui-même n'en avait pas fait"**(?). De fait, certains trouveront dans sa démarche "le dialogue, la bienveillance, autant de notions ricœuriennes qu'il a fait siennes pendant son ascension vers l'Élysée"***, d'autre verront dans "sa proximité avec le philosophe Paul Ricœur, avec la revue Esprit, son intérêt pour la chose intellectuelle" une authentique "disruption"**** par rapport à l'air ambiant... On dirait bien que, faisant le récit de son compagnonnage avec Paul Ricœur, Emmanuel Macron s'octroye son titre de créance philosophique", comme disait Marc Lambron*****.
Donc, qu'une personnalité philosophique, qui plus est membre du conseil scientifique du Fonds Ricœur et fine connaisseuse du philosophe (elle a par exemple dirigé avec François Azouvi le Cahier de l’Herne Paul Ricœur de 2004, réédité au Seuil trois ans plus tard dans la coll. Points Essais), qu'une telle personnalité philosophique donc travaille l'idéologie macronienne, cela ne pouvait me laisser indifférent !
Ceci dit, le parrainage Ricœur qu'exhibe Emmanuel Macron a été largement contesté par les intellectuels proches de Paul Ricœur. Plusieurs articles publiés par Le Monde et un communiqué de presse du Fonds Ricœur atteste d'une polémique à ce sujet... En tous cas, tout cela "marque la distance prise par les intellectuels ricœuriens avec celui qui fut, entre 1999 et 2000, assistant éditorial de Paul Ricœur" (Le Monde le 3 décembre 2019). C'est dit ! Mais Myriam  Revault d'Allonnes permet de comprendre comment le discours néolibéral du Président tord les concepts sur lesquels il prétend fonder son action politique, finissant par ne plus duper personne.

Dans cet ouvrage, largement salué dans les médias, je sens comme une rigueur philosophique imparable, produisant un discours sans ambiguïté, à la Ricœur ! Et cela ne grandit pas l'image philosophique du Président. C'est qu'il y a quand même une différence entre faire de la philosophie et faire le philosophe, comme disait Kant.

Index Revault d'Allonnes (2021)------

* Paris : Éditions du Seuil, 2021. - Coll. La Couleur des idées (EAN 9782021465075).
** Entretien avec Fottorino, Greilsamer et Van Reeth publié dans Le1, 8 juillet 2015.
*** Éric Fottorino, "Macron, un roman français", Le1, 10 mai 2017.
**** Pascal Perrineau, "Il est l'homme de l'accélération du temps politique", Le1, 6 décembre 2017.
***** Marc Lambron, "Un ludion ? Non, un hybride", Le1, 13 septembre 2016.