dimanche 24 juillet

Nuisances sonores : quel volume à Nice ? LETTRE OUVERTE À MESSIEURS ESTROSI, CIOTTI, GONZALEZ & Cie

Lecteur assidu de Nice-Matin, j’ai lu avec attention le dossier "Nuisances sonores : quel volume cet été ?" paru dans l'édition du 15 juillet dernier. Malgré ce que son titre pourrait laisser penser, ce dossier ne limite pas la question de la nuisance sonore à la période estivale - ce qui est effectivement bien vu concernant nos villes bien bruyantes quelle que soit la saison. Ceci dit, le sujet est loin d'avoir été épuisé. Les éléments de cette problématique - qui relève de la santé publique - ne sont même pas tous juste pointés. Normal, me direz-vous, puisqu'il y a une espèce d'omerta (au moins niçoise) sur deux des sources de pollution sonore urbaine : l'activité commerciale et les climatiseurs.

Ces derniers sont relativement nombreux à Nice. Qui n'a pas été surpris un jour où, se promenant dans les rues, il reçut sur son crâne des gouttes d'eau tombées de climatiseurs installés sur des balcons ? Qui n’a jamais senti un souffle d’air chaud au ras du sol lui balayer les jambes en passant devant un établissement climatisé ? Qui surtout n'est pas gêné par le bruit produit pas ses engins ?
La nuit notamment, alors que des habitants veulent contribuer à la neutralité climatique et donc décident de ne pas s'équiper de climatiseur, préférant utiliser l'air de la nuit pour rafraîchir leur sommeil, les climatiseurs des voisins, installés sur un balcon ou simplement accrochés en façade, font un bruit tel qu'il est impossible de garder les fenêtres ouvertes, si du moins l'on veut dormir sans bouchon d'oreille. Ces tenants de la neutralité climatique, respectueux du bien commun, sont ainsi condamnés à crever de chaud sur leur lit pour éviter la pollution sonore des climatiseurs des voisins, climatiseurs qui, de plus, rejettent dans l'air beaucoup de chaleur. Ou bien vont-ils devoir s’enfermer chez eux et installer un climatiseur ? Infernale spirale ! Cercle vicieux plutôt : l'air ambiant est chaud, donc je refroidis l'intérieur de chez moi, c'est-à-dire que je réchauffe encore davantage l'air ambiant, donc je refroidis encore plus l'intérieur de chez moi, c'est-à-dire que...
Externalités négatives sur deux plans : le bruit et le climat. Pour bénéficier d'un intérieur rafraîchi, les possesseurs de climatiseurs réchauffent l'air extérieur (un bien commun, s'il en est) et polluent ce silence dont nous avons tous tant besoin, la nuit notamment. Bref, pour leur propre confort, ils rendent la vie de leurs voisins doublement inconfortables, abîmant au passage ces deux biens communs que sont le silence et le climat...

Autre pollution sonore dont on ne parle jamais, celle qui est causée par l'activité économique en ville. Exemple. En face de chez moi, se trouve la réserve d'un Carrefour City. Régulièrement, six jours par semaine entre 5h30 et 7h., et ce toute l'année, un énorme camion vient livrer des palettes de produits à stocker pour les vendre. Au bruit du camion, déjà impressionnant quand il arrive et repart, il faut ajouter le bruit des engins qui font passer les palettes du cul du camion à la réserve, engins qui doivent franchir une espèce de pont articulé en métal pour passer de la rue au trottoir, ce qui produit un bruit plus important qu'un TER sur ses rails. Dans cette rue assez étroite et sans végétation aucune, la réverbération de tous ces énormes bruits trouble (le mot est bien faible) la tranquillité des habitants qui, s'il se trouve, aimerait ne se réveiller qu'après 7h. Compte tenu de l’heure à laquelle cela se produit (avant 7h, heure avant laquelle les nuisances sonores sont considérées plus graves par la loi), je ne comprends pas que le gérant du Carrefour City ne fasse rien pour atténuer cette externalité négative majeure qui ressort de la santé publique, et ce malgré la demande expresse des habitants et malgré les éléments de langage de son enseigne [photo ci-dessous, prise depuis mon balcon le 07 août 2020, à 06h19].

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Bref, habitant depuis peu à Nice (Brich59 du Nord sur Canalblog est devenu BrichdeNice sur Instagram!), je m’étonne de ces dysfonctionnements publics très importants, mais surtout du silence dont on recouvre tout ce bruit.  
C’est comme si nous acceptions tous ces comportements auxquels nous sommes trop souvent confrontés : alcooliques et autres buveurs de rue jetant n’importe où leurs cannettes vides, fumeurs se délestant de leur mégot sur la voie publique, mâchouilleurs tapissant le trottoir de leur gomme à mâchouiller, automobilistes fumeurs vidant leurs poubelles par la fenêtre de leur belle auto, cracheurs encombrés se libérant la gorge sur les trottoirs devenus par ce fait dangereusement glissants, alcooliques et autres buveurs de rue se délestant de leur urine putride sur la voie publique, individus convaincus que pour se sentir exister il faut être bruyant et faire pétarader sa belle moto ou sa petite mobylette, mecs et nanas faisant profiter tous les passants de leur musique qui gueule à fond dans leur belle décapotable, personnes à trottinettes bousculant dangereusement les piétons sur les trottoirs, pratiquants de la malbouffe laissant à terre les emballages de leur obésité programmée, quatre-roues garés sur les espaces piétonniers (passages soit-disant protégés ou trottoirs), deux-roues motorisés se faufilant - bruyamment ou en silence mais toujours à vive allure - entre les piétons…, la liste est assez longue de ces incivilités reconnues comme telles par les autorités, locales et nationales, si soucieuses de notre sécurité. Pour revenir à notre question concerannt le bruit et le réchauffement, on peut légitimement se demander : quand les autorités commenceront-elles à considérer que la lutte contre la pollution sonore - problématique de santé publique - et la lutte contre le réchauffement climatique sont légitimes et doivent être menées urgemment et concrètement ?