jeudi 12 novembre

Le Clézio et le pays de Nice

Baie des anges(pt)C'est le titre de l'ouvrage de Martine Arrigo-Schwartz publié cette année aux éditions Baie des anges. Et pour moi qui débarque dans le pays niçois (Brich59 a muté en "Brich de Nice" !) et qui suis tombé en Le Clézio depuis ma lecture de Tempête (2014), cet ouvrage est du pain béni !

Il permet de découvrir le pays niçois en compagnie de JMG Le Clézio, non comme avec un guide touristique, loin s'en faut, mais avec le personnage-même de l'écrivain, son histoire certes, mais surtout ses souvenirs, ses émotions et ses ressentis.

L'ouvrage est une sorte de somme façon Aristote. Pour chaque thème, "mégathème" ou "microthème", l'auteure souvent campe en toile de fond le paysage littéraire des deux siècles passés (des années 1760 à 2000, pour être exact), mais plus précisément depuis que Nice s'est rattachée à la France (1860), ce qui permet de contextualiser la narration leclézienne. Ce contexte, Martine Arrigo-Schwartz le connaît bien, pour avoir soutenu il y a vingt ans à l'Université de Nice une thèse (2vol., 696 p. : Bibliogr. p.664-678 ; Iconogr. p.679-684 ; Index) intitulée Images et représentations de la ville de Nice dans les Lettres et les Arts de 1860 à 1914. On peut donc lire l'ouvrage de 2020 comme une riche doxographie sur le pays de Nice (les citations sont nombreuses). Trois des quatre pages de la bibliographie (p.218-221) pointent la soixantaine de références des ouvrages cités. De quoi "aller plus loin" pour avoir accès à ce que le pays de Nice a inspiré à de nombreux auteurs... Si le travail de Martine Arrigo-Schwartz nous laisse voir ce que JMG Le Clézio nous apprend de Nice et de son pays mais aussi ce qu'il en invente, il nous permet aussi de comprendre comment Le Clézio se situe, explicitement ou non, par rapport à la littérature passée et actuelle sur ce territoire.

L'ouvrage s'ouvre sur une lettre (ouverte) de l'auteure à JMG Le Clézio... On ne sait ce que le destinataire a répondu, ni même s'il a seulement répondu.
Le sommaire, proposé en p.217, c'est-à-dire avant la bibliographie, est pour le moins très ... sommaire. Les "impressions niçoises" occupent une bonne centaine de pages, suivies par le chapitre un peu plus court consacré aux "années grises" (la guerre et la libération). La troisième partie de l'ouvrage ouvre sur "la part du rêve chez le conteur"... En fait, JMG Le Clézio ayant disséminé sa vision de Nice et de son pays façon puzzle tout au long de son écriture, l'auteure redistribue les pièces du puzzle selon une autre logique que celle de la narration leclézienne, selon une logique "territoriale" quelquefois dans une perspective historienne, quelquefois dans une perspective géographe, quelquefois dans une perspective sémiologique, etc.

La quatrième de couverture présente ainsi l'ouvrage, en une belle condensation :

J.M.G Le Clézio qui entretient avec le pays de Nice des relations complexes, ce n’est pas un scoop, donne à voir dans ses œuvres, les lieux de sa jeunesse et de son enfance, revisités par une vision à rebours de son âge, dans une quête identitaire. S’il s’éloigne des mythes touristiques de la ville, il pointe les collines et la mer comme lieux privilégiés du passé et de l’ailleurs. Il se fait aussi le défenseur humaniste et tristement visionnaire des migrants et autres exilés et des laissés pour compte de la vie. Il met en lumière, à travers le récit des "heures grises" de la Seconde Guerre Mondiale, l’impact du génocide juif dans la région niçoise. La petite musique de ses textes et ses talents de conteur nous mènent aussi à la recherche de l’Eden oublié et de l’enfance perdue. Le pouvoir métaphorique qu’il accorde aux mots en font un grand rêveur de la littérature contemporaine et la mise en perspective de ses œuvres dans le contexte littéraire et historique régional permet d’en déceler toute l’originalité.

Bref, un ouvrage à lire, pour Nice ou pour JMG Le Clézio ou pour leurs vibrations communes ; un ouvrage qui me donne envie de replonger dans ces belles narrations que sont Étoile errante, Mondo... ; un ouvrage qui propose de voir, de sentir, de vivre Nice et son Pays autrement et en bien belle compagnie.

...

Vu mon passé encore récent de documentaliste, je n'ai pu m'empêcher de dresser un index des titres de Le Clézio cités par l'auteure, histoire de pouvoir retourner dans ce livre passionnant avec une autre entrée, non historico- ou géographico-thématique, mais bibliographique.
Une table des matières exhaustive sera également utile pour qui veut retrouver un lieu, un bâtiment, un thème...
Ceci dit, j'évoque mon passé récent de documentaliste, mais j'ai retrouvé des livres lus pendant mon adolescence copieusement annotés et aux dernières pages emplies d'index circonstanciés ou de tables des matières approfondies... On ne se refait pas !

L'auteure était invitée à présenter son ouvrage à la bibliothèque municipale de Nice le 30 octobre 2020. Les restrictions sociales imposées par le plan gouvernemental de lutte contre la pandémie ont eu raison de ce projet de rencontre. Souhaitons simplement que ce n'est que partie remise.

Posté par brich59 à 11:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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