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BRICH59
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17 avril 2006

Amnesty International invente la pétition-portrait

amnestyAmnesty International propose une nouvelle forme de pétition en ligne : la pétition par portrait.

Pour sa campagne de contrôle des armements, l'association, alliée à Oxfam et Iansa (International Action Network on Small Arms), propose de signer la pétition par le dépôt d'un auto-portrait. Parvenir à un million de visages devrait sûrement aider à mettre en place une convention cadre sur les transferts internationaux d’armes !

Cliquez sur l'image !

controlarms


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2 mars 2006

Refusons le projet de loi sur l'immigration (CESEDA) !

logo_jetableLe collectif

"Uni(e)s contre une immigration jetable"

appelle à la mobilisation citoyenne contre la réforme CESEDA qui, si elle était adoptée, ferait des étrangers en France, réguliers ou irréguliers, une population de seconde zone, privée de droits, précarisée et livrée pieds et poings liés à l’arbitraire du patronat, de l’administration et du pouvoir.

Une pétition est à la signature de tous :


17 février 2006

Des USA sans noirs ?

Une histoire qui tourne dans les boîtes aux lettres électroniques ces temps-ci,
une histoire signée d'une certaine Ursule Nziengui, que je ne connais pas,
une histoire qui me plait bien...


On raconte une histoire très amusante et très révélatrice à propos d'un groupe de Blancs qui en avaient marre des Noirs. Ces Blancs avaient décidé, d'un commun accord, de s'évader vers un monde meilleur. Ils étaient donc passés par un tunnel très sombre pour ressortir dans une sorte de zone nébuleuse au coeur d'une Amérique sans Noirs, où toute trace de leur passage avait disparue. Au début, ces Blancs poussèrent un soupir de soulagement.

plantatEnfin, se dirent-ils, finis les crimes, la drogue, la violence et vive le bien-être social ! Tous les Noirs ont disparu. Mais soudainement, ils furent confrontés à une toute autre réalité, la nouvelle Amérique n'était plus qu'une grande terre aride et stérile. Les bonnes récoltes étaient rares car le pays s'était jusque là nourri grâce au travail des esclaves noirs dans les champs.

Il n'y avait pas de villes avec d'immenses gratte-ciel, car Alexander Mills, un Noir, avait inventé l'ascenseur et, sans cette invention, on trouvait trop difficile de se rendre aux étages supérieurs.

Il n'y avait pratiquement pas d'automobiles, car c'était Richard Spikes, un Noir, qui avait inventé la transmission automatique.

Joseph Gammel, un autre Noir, avait inventé le système de suralimentation pour les moteurs à combustion interne, et Garret A.Morgan, les feux de circulation. En outre, on ne trouvait plus de réseau urbain express, car son précurseur, le tramway, avait été inventé par un autre Noir, Elbert R. Robinson. Même s'il y avait des rues où pouvaient circuler automobiles et autres rames ferroviaires express, elles étaient jonchées de papier et déchets, car Charles Brooks, un Noir, avait inventé la balayeuse motorisée.

Il y avait très peu de magasines et de livres car John Love avait inventé le taille-crayon, William Purvis, la plume à réservoir, et Lee Burridge, la machine à écrire, sans compter W.A. Lovette avec sa nouvelle presse à imprimer. Vous l'avez deviné ? Ils étaient tous des Noirs. mailMême si les Américains avaient pu écrire des lettres, des articles et des livres, ils n'auraient pu les livrer par la poste, car William Barry avait inventé le tampon manuel et Phillip Downing, la boite aux lettres.

Le gazon était jaunâtre et sec, car Joseph Smith avait inventé l'arrosoir mécanique, et John Burr, la tondeuse à gazon. latimer_lewisLorsque les blancs entrèrent dans leurs maisons, ils trouvèrent que celles-ci étaient sombres. Pas étonnant ! Lewis Latimer avait inventé la lampe électrique, Michael Harvey, la lanterne, Grantville T. Woods, l'interrupteur régulateur automatique.

Enfin leurs maisons étaient toutes sales car Thomas W. Steward qui avait inventé la vadrouille (balai), et Lloyds P. Ray, le porte-poussière ; leurs enfants les accueillirent à la porte pieds nus, débraillés et les cheveux en broussaille, à quoi fallait-il s'attendre ? Jan E. Matzelinger avait inventé la machine à formes de chaussures, Walter Sammons, le peigne, Sarah Boone, la planche à repasser, et George T.Samon, la sécheuse à linge.

Les Blancs se résignèrent finalement à prendre une bouchée, dans tout ce chambardement, mais pas de chance, la nourriture avait pourri car c'était un autre Noir, John Standard, qui avait inventé le réfrigérateur.

N'est-ce pas étonnant ?
Que serait le monde moderne sans contribution des Noirs ?

mlkjrMartin Luther King Jr. a dit un jour "Quand vous êtes prêts à partir pour le travail, sachez que la moitié de toutes les choses et de tous les appareils dont vous vous êtes servis avant de quitter votre maison a été inventée par des Noirs". Tout ça pour vous dire, fidèles et attentifs lecteurs, que l'histoire des Noirs ne se résume pas à l'esclavage.

bob_marleyQuand nous pensons à Fréderik Douglass, Martin Luther King Jr, Malcolm X, Marcus Garvey et Du Bois...


Diffusez ceci à tout le monde afin que tous sachent la vérité, c'est le minimum que nous puissions faire pour leur rendre hommage.

Comme disait Bob Marley,
"
Time will tell"  (le temps le dira).


17 février 2006

de la part de Juliette...

adbs_nord_picardieL’ADBS Nord Picardie propose depuis environ 6 mois une newsletter de veille emploi régionale, à destination des adhérents de l’ADBS.
Cette lettre est envoyée ponctuellement, en fonction des offres reçues par l’ADBS et/ou collectées sur différents supports de diffusion d’offres d’emploi.
Pour en bénéficier, il suffit de s’inscrire auprès de Juliette Taisne Tilly (juliette.taisne@icl-lille.fr), commission emploi de l’ADBS Nord Picardie, et de préciser son numéro d’adhérent et l’adresse électronique à laquelle sera reçue la newsletter.

Pour plus d’information, consulter
le site web de la délégation Nord-Picardie.

adbs_nord_picardie2

Cordialement,
Juliette Taisne Tilly


16 février 2006

"La dernière heure" de Johnny

Terrible nouvelle pour Johnny, fils de belge !

Tous les journaux gratuits s'en font l'écho.

20 minutes est très distant :

20_060216p25

LillePlus nous fait un peu rire.

Mais le coup de la frite quand ça fume belge, c'est réchauffé !

lilleplus060216p4

Quant à Métro, je trouve qu'ils sont bons : je ne sais pas s'ils l'ont voulu, mais la mise en page est excellente ! Dans la série "les rapprochements terribles " :

m_tro060216p2

No comment !


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15 février 2006

débauche et bénéfice

m_tro060215p6Orange va très bien. Merci !

La preuve ?

Orange va réduire ses effectifs.

Il suffit de lire les journaux aujourd'hui... les gratuits (ici 20' et Métro) et les pas gratuits... Cliquez donc sur les images ci-contre pour lire. C'est très instructif !

20_060215p10Il y a quelques années, j'ai compris que, dans la logique libérale capitalistique, "dégraisser" ses effectifs était un signe de bonne santé d'une entreprise. Et qu'une entreprise en bonne santé attire le boursier qui, voulant ainsi s'enrichir personnellement, enrichit l'entreprise... enfin pas l'entreprise mais ses propriétaires ou ses gérants...

Sauf que je n'admets toujours pas que la bonne santé d'une entreprise se retourne contre ceux qui y produisent la "valeur".

Sauf que j'ai du mal à comprendre que personne ne réagisse à cette contradiction flagrante entre le bonheur du capital et le bien-être du travailleur !

Qui va me convaincre ?


17 janvier 2006

Rapid elearning

Le rapid elearning consiste à transformer et diffuser rapidement du contenu existant (par exemple un cours en Powerpoint) sous forme multimédia, grâce à des outils variés caractérisés par leur simplicité d'utilisation et malgré son nom ne s'applique pas seulement au elearning. Éric Delcroix en parlait déjà l'an dernier...
Cette année, Éric nous organise trois conférences sur le sujet
Ce sera le

vendredi 20 janvier de 14 à 17 h
au C2RP, Immeuble Le Vendôme
50, rue Gustave Delory - 59800 LILLE
.

Trois conférences offertes dans la cadre du projet des étudiants du Master IDEMM de Lille 3 (UFR IDIST) : la création d'un site dédié au Rapid elearning.

Lpub_carrees intervenants sont:

Le tout sera animé par Eric Delcroix ‹ Les zed

Grâce à Speechi live les conférences seront diffusées gratuitement en direct sur Internet (présentation et audio avec une possibilité d'interrogation à distance) et également en MP3 Live.

Dans la soirée, les bloggers et les non bloggers qui désirent découvrir la blogosphère se retrouveront dès 19 h au Pain Quotidien (35, place Rihour 59000 Lille) pour des échanges variés et non dirigés

Pour plus d'informations sur blog en nord, cliquez ou écrivez à cette adresse.

Cette nouvelle reprend un message d'Éric Delcroix


4 janvier 2006

Un nouveau droit du travail et de l'emploi

"Un nouveau droit du travail et de l'emploi", numéro spécial (décembre 2005) de la revue Droit social, dirigée par Jean-Jacques Dupeyroux, directeur de la revue, qui note en introduction :

revue_droit_socialÀ l'heure où les actionnaires sont les maîtres du jeu, au moins dans les grandes entreprises, et où ceux qu'ils placent à la tête de ces entreprises sont les gérants dociles de leurs seuls intérêts financiers, le monde du travail, dont le chômage, la précarité, le sous-emploi défont la capacité de résistance, risque d'enregistrer défaite sur défaite. Avec au bout la situation américaine avec ses working poor (travailleurs pauvres) : ils ont un emploi mais couchent dans la rue... L'horizon est noir.

Déjà, dans la livraison de mars dernier, cette revue avait publié une contribution de Jacques Rigaudiat : "À propos d'un fait social majeur : la montée des précarités et des insécurités sociales économiques"... dont rendait compte Laurent Mauduit dans l'édition du 07 avril 2005 du Monde, avec un papier intitulé "Les nouvelles métamorphoses de la question sociale"...

Mais tout ça, c'était avant les vœux de monsieur Chirac !


31 décembre 2005

Sarkozus, collusionis rex, collusionarum collusio

Vous je ne sais pas, mais moi je suis extrêmement choqué par les déboires des gens qui ont comparé le programme sarkosien et le programme frontiste...
sarkozy030209La lecture d'un récent article de Catherine Corol- ler publié dans Libération de ce 30 décembre a ré- activé dans mon cerveau secoué (par ladite lecture bien sûr !) la profondeur contemporaine du mot 'collusion'. Et comme je doute toujours (en général - posture philosophique - et en particulier - j'ai la mémoire qui flanche...), j'ai ouvert mon Littré, qui dit ceci :
collusion,  s. f.
(kol-lu-zion. Lat. collusio)
Intelligence de deux parties qui plaident, mais qui ne laissent pas de s'entendre pour tromper un tiers. Dans le langage général, entente secrète entre deux ou plusieurs parties, pour faire préjudice ou simplement pour tromper
.
lib_30d_cMagie des dictionnaires qui fonctionnent hors du temps, hors des tempora- lités contingentes : Littré est bien vieux déjà et ce qu'il dit s.v. collusion m'éclaire sur le compor- tement de celui qui monte dans la politique française !
sarkozy_afp040225En effet, voilà un homme - un petit peu plus jeune que moi, ce qui me donne une petite avance sur lui en matière d'expérience de vie ! -, qui est tout à la fois second du gouvernement de la République française, premier du principal parti politique français et candidat au poste de premier de la République française... J'en passe, ne retenant que ses principales attributions qui sont en même temps les plus visibles.

sarkozy_guignolsEt ce qui saute aux yeux à la lecture de l'article de Libé, c'est qu'on a ici un système de collusion permanente entre les trois fonctions. Quand une des fonctions est mise en cause, voire mise à mal, l'une des autres fonctions vient à la rescousse pour sauver la mise... Dans le cas qui nous intéresse aujourd'hui, le candidat et le premier du premier parti politique sont malmenés par voie d'affiches placardées sur les murs franciliens, et c'est le second du gouvernement qui intervient, comme si dire ce qu'on pense du candidat-président constituait une atteinte caractérisée à l'ordre publique - dont le second du gouvernement est garant...

sarkozy_salutOn aurait même ici une sorte de collusion au carré ! Littré dit que la collusion est une entente entre deux personnes qui veulent, ensemble, rouler un troisième... Ici les deux personnes ne sont que deux visages d'une même personne !

esprit_des_loisJ'ai déjà dénoncé ce type de confusion volontaire, de collusion systématique dans le milieu de la recherche en sciences de l'éducation et de la politique formation (souvenez-vous : c'était à propos d'une méthode se drapant dans les critères de la scientificité et baptisée "recherche-action de type stratégique"). Je vois que c'est une façon de faire profondément ancrée dans la pratique politique... et qu'à chaque fois cela a un goût amer de totalitarisme.

Montesquieu reviens, ils sont toujours aussi fous !

Bonne année ! quand même !
En 2006 soyons plus vigilants que jamais!


29 novembre 2005

Pauvres de nous ! Pauvres gueux !

Dans la série "les pauvres n'ont que ce qu'ils méritent", on peut se passer un épisode à peine décalé : je veux parler du bouquin que Laurent Cordonnier a sorti en octobre 2000 aux éditions Raisons d'agir, Pas de pitié pour les gueux. Sur les théories économiques du chômage, dont voici le texte de la quatrième de couverture :

gueuxPourquoi y a-t-il du chômage ? Parce que les salariés en veulent toujours trop… parce qu’ils recherchent la sécurité, la rente et se complaisent dans l’assistanat… parce qu’ils sont roublards, paresseux, primesautiers et méchants, etc. Voilà ce que racontent, en termes certes plus choisis, et avec force démonstrations mathématiques, les théories « scientifiques » élaborées par les économistes du travail.
L’auteur se livre ici à un véritable travail de traduction en langage littéraire des théories savantes, au terme duquel il apparaît que leur signification, « une fois défroquées de leurs oripeaux savants, frôle souvent l’abject, à un point dont on n’a généralement pas idée ».
C’est justement pour en donner idée que ce livre est écrit.

Plutôt que de paraphraser maladroitement l'auteur, par ailleurs très clair à la fois dans ses intentions et dans son écriture, je vous donne le texte intégral de son introduction (p.7 à 12) :

Milton Friedman, le chef de file du monétarisme, a peut-être raison : la meilleure chose que l'on puisse faire avec les pauvres, c'est de les laisser tranquilles. Ils n'ont que ce qu'ils méritent, et qu'ils ont bien cherché.
C'est en tout cas ce que tente d'accréditer le grand mythe de l'économie du travail. Selon ce mythe, les pauvres et les chômeurs sont les seuls responsables de leur infortune. C'est leur propension à vouloir s'élever sans relâche au-dessus de leur condition qui les fait sans cesse retomber plus bas. Revendiquant toujours au-delà de leur médiocre productivité, recherchant la sécurité, la rente et l'assistance, opportunistes de nature, paresseux en diable, les salariés, qui ne savent accepter leur lot, décident par là même de leur sous-emploi. Le chômage, dans cette perspective, est simplement le sacrifice auquel ils consentent pour se payer, en toute connaissance de cause, l'illusion qu'un pauvre peut s'enrichir. Ce qui apparaît d'emblée à tout homme doué de logique comme une simple contradiction dans les termes (un pauvre qui s'enrichirait...), ne s'éprouve en réalité, pour le pauvre, qu'à travers la pratique répétée de ce sacrifice qu'est le chômage, pratique à laquelle il ne cesse de s'adonner rationnellement. On verra comment c'est possible : les mythes ont toujours une cohérence structurale.
L'objet de ce livre est de donner à voir et à comprendre comment l'économie, la "science économique", et en particulier l'économie du travail, traite du chômage. Ce faisant, et pour reprendre une formule fort en usage autrefois, l'auteur espère que le spectacle de ce que les intellectuels osent raconter sur les salariés et les chômeurs "contribuera à l'édification des masses".
En restant sur ce plan, il s'agira simplement de décrypter les théories économiques qui alimentent la rhétorique des experts, des commentateurs, et (bien souvent) des hommes politiques, concernant la "nécessaire flexibilité du marché du travail". On pourrait donc y voir un manuel d'économie du travail, dans la mesure où il procède à une traduction en termes littéraires de théories savantes dont la caution de scientificité la plus prisée est l'hermétisme du langage mathématique.
Cependant, en montrant à quelles sources puisent ces experts, commentateurs, gourous, politiques, etc., ces lignes aimeraient aussi contribuer modestement à susciter le trouble. L'économie du travail constitue en effet aujourd'hui une véritable fabrique, rationnelle et méthodique, d'outils de domination intellectuelle et de transformation du monde, drapés dans les apparences du discours scientifique. Non que le sérieux de sa méthode et la rigueur de ses raisonnements soient en cause - ce livre est plutôt, sur ce plan là, un hommage à la rigueur formelle de la théorie néoclassique. Mais l'on sait sans doute que tout peut être exact, sans que rien ne soit vrai. En montrant comment, en partant d'hypothèses en apparences plausibles, on peut parvenir à des conclusions aux relents souvent douteux, nous espérons en fournir une nouvelle preuve. Dans les constructions doctrinales de l'économiste, le raisonnement logique et le langage mathématique produisent une partie de l'effet torpide recherché. L'usage systématique de la métaphore et de l'euphémisme (à travers le recours à des termes comme utilité, bien-être, optimum, rationalité, décision, action, etc.) en produit une autre part. Le reste, l'essentiel à vrai dire, provient du non-démontré, de l'assertion péremptoire : le travail est une marchandise comme les autres, objet d'une transaction strictement commerciale entre des individus purement marchands se rencontrant sur un marché. Et si les choses ne sont pas ainsi, du moins voilà ce qu'elles devraient être ! Face à ce postulatum, l'impressionnante rigueur formelle de la théorie néoclassique et les connotations chatoyantes de son lexique servent principalement d'excipient ou d'adjuvant hallocinogène à l'administration de ce message : les salariés se rendent coupables de faire obstacle à l'institution d'un "véritable" marché du travail, et ils le payent au prix du chômage. Notre objectif en procédant à ce travail de traduction des théories savantes, est de dévoiler les procédés qui conduisent assez systématiquement le savant à conclure, au terme d'un raisonnement parfaitement logique : "Pas de pitié pour les gueux".
Si ce projet "pédagogique" réussit, on s'étonnera peut-être alors de ce qu'une vaillante armée de "penseurs", doués de la faculté de raisonner et dotés de la liberté d'expression, se livre pieds et poings liés à la rhétorique d'un pouvoir qui ne leur a rien demandé. Qu'un quelconque régime totalitaire en soit venu à exiger, de ces mêmes âmes raffinées, d'ânnoner en coeur, par exemple, que "le chômage est le produit de la paresse des travailleurs", et nul doute qu'il se serait trouvé quelques courageux pour résister. Qu'une démocratie laisse libre cours à la production intellectuelle (ce que l'on ne saurait trop défendre), et les mêmes slogans sont vociférés dans la joie et la bonne humeur. Comme on le verra, la signification profonde de ces théories, une fois défroquées de leurs oripeaux savants, frôle souvent l'abject, à un point dont on n'a généralement pas idée. C'est justement pour en donner une idée que ce livre est écrit.
Cet ouvrage s'adresse donc - chose que l'on jugera peut-être incongrue de la part d'un économiste - ... à ses lecteurs. Il peut répondre à la curiosité de ce lecteur du Monde, par exemple, qui s'étonne de certains propos tenus par Alain Minc dans un "point de vue" du même journal, quelques jours auparavant. M. Minc écrivait : "Chacun sait qu' il existe des chômeurs par choix rationnel, c'est-à-dire des individus qui, compte tenu des systèmes d'aide et des effets de seuil au moment du retour sur le marché du travail, préfèrent s'inscrire à l'ANPE, quitte à exercer une activité partielle au noir". Indignation de notre lecteur : "Comment peut-on utiliser de tels mots envers des gens qui sont pour la plupart dans la désespérance, mais qui contrairement à ce que pense M. Minc désirent trouver du boulot ?". Répondre encore à cet autre lecteur du Monde, qui s'étrangle quelques semaines plus tard à la lecture d'un compte rendu de colloque organisé par des "proches" du président de la République, où l'on prête ces propos à M. Christian Saint-Etienne : "L'assistance engendre la paresse. [...] les RMIstes sont des maximisateurs de profits". "Comment peut-on qualifier ainsi des gens qui ne touchent que 2 500 francs par mois ?", s'insurge le lecteur. Comment ? C'est ce qui ne devrait plus poser problème à qui aura bien appris son économie du travail.
Pour s'en convaincre, nous commencerons par présenter la théorie de la décision qui fait d'un salarié un offreur de travail, et du capitaliste un demandeur de travail (chapitre 1). Puis nous examinerons le "fonctionnement" de ce marché, où se confrontent l'offre et la demande de travail, confrontation d'où résultent le niveau de l'emploi et le montant du salaire (chapitre 2). Il deviendra "évident" que le chômage ne peut provenir que d'une perturbation du fonctionnement harmonieux du marché du travail... ce que les salariés, munis d'une rationalité économique sans faille, n'hésitent jamais à provoquer, si tel est leur intérêt. Le SMIC et les syndicats, en tant que dispositifs mis en oeuvre rationnellement par les salariés pour maximiser leur bien-être, sont bien responsables du chômage volontaire des intéressés (chapitre 3). Il en va de même des dispositifs d'aide ou d'assurance grâce auxquels ils s'octroient des allocations de toutes sortes, et que nous aurions sottement tendance à envisager comme des protections contre le risque du chômage. En réalité, encourageant l'indolence et l'oisiveté, ces dispositifs sont la cause même du chômage (chapitre 4). A moins que cette cause ne réside dans les vices de la classe laborieuse elle-même. Poltrons, roublards, primesautiers, paresseux et méchants, les salariés n'ont que ce qu'ils méritent (chapitre 5). Ces théories n'étant pas exclusives les unes des autres, on indiquera en conclusion comment elles s'épaulent pour justifier finalement une "intégration" macro-économique, qui fait du chômage une caractéristique "naturelle" du marché du travail... cependant pas si "naturelle" que cela. Car l'on comprendra alors qu'il revient aux banques centrales d'entretenir le stock de chômeurs qui est juste suffisant pour protéger les intérêts des capitalistes. La lutte des classes ayant en quelque sorte, et pour un temps sûrement, rejoint ses quartiers d'hiver sous les lambris dorés des hôtels de la monnaie.

laurent_cordonnierCe qui me plaît dans cet ouvrage, c'est l'entreprise de décryptage, travail d'explicitation du sous-texte. Travail qui montre assez bien le fonctionnement de l'idéologie naturalisante, de l'idéologie aux relents théologiques, pour qui veut bien sentir comme il faut... Ou plus précisément ici de l'idéologie téléologisante : la finalité étant établie comme peut l'être un axiome, le discours soit-disant scientifique va s'employer à la justifier coûte que coûte dans l'ordre du discours à usage politique. La "science" économique comme superstructure, etc.

Bref, un livre à conseiller à nos dirigeants, à Monsieur le Maire UMP de Levallois-Peret et à tous ses confrères élus. Et puis aussi à tous ces gens qui pourraient bien un jour devenir de ces gueux dont parlent les économistes mais colportent ces mots-là pour les autres qu'eux, perpétuent ce regard du mépris libéral vers le monde qui les entourent, ce regard qui les aveuglent.


25 novembre 2005

Pauvres de nous !

Quand on lui parle des pauvres, voici ce que répond le maire UMP de Levallois-Perret :

pauvres_fau14"Ce que vous appelez les pauvres, je suis désolé de vous le dire, c'est des gens qui gagnent un peu moins d'argent. Mais comme ils gagnent moins d'argent, ils ont les mêmes logements que les autres, sauf que eux les payent moins cher. Et ils vivent très bien. Nous n'avons pas de misère en France. Il n'y a pas ce que vous [l'interviewé pense s'adresser à des américains] appelez les pauvres. Bien sûr, il y a bien quelques sans domicile fixe qui eux ont choisi de vivre en marge de la société. Et même ceux-là, croyez moi, on s'en occupe: il y a des foyers d'accueil parce que en hiver en France aussi, il fait froid et il n'est pas question de laisser dehors les gens qui sont dans la misère donc nous leur donnons des asiles (...) on leur donne tout ce dont ils ont besoin. Mais ce sont des gens relativement rares qui ont décidé une bonne fois pour toute qu'ils étaient en marge de la société, qu'ils ne voulaient pas travailler ou qu'ils avaient été rejetés par la société."

Source : Le Nouvel Observateur du 23 nov.

No comment !


13 novembre 2005

Automnale, concert vocal

tract_r tract_v

Concert vocal
au Couvent des Dominicains

7 avenue Salomon à Lille
dimanche 20 novembre
à 17h.


Cliquez sur les images pour lire les deux
faces du tract d'annonce de ce concert :
vous pourrez lire au verso les prochaines
manifestations auxquelles l'Association
La Chapelle des Flandres vous invite...

Quatre musiciens compositeurs, "maîtres des notes",
quatre sculpteurs de voix, sculpteurs de choeurs
sont à l'honneur lors de ce concert vocal et spatial tout à la fois,
dirigé par l'un d'eux :

JOSQUIN DES PRÉS
(v.1440-1521)
CLÉMENT JANEQUIN
(1485-1558)
GREGORIO ALLEGRI
(1582-1652)
MAURICE BOURBON


ATTENTION : IL Y A UNE  NOUVEAUTÉ

Les billets sont en prévente jusqu’au 15 novembre au prix de 7€ au lieu de 12€ le jour du concert. Profitez-en, c'est on ne peut plus simple ! Il vous suffit d'envoyer un chèque à l’ordre de La Chapelle des Flandres, à l’adresse suivante :

Chapelle des Flandres
Nicole Bonnardel
170 rue du Quesne
59700 Marcq en Barœul

Vous aurez pris soin de noter au dos du chèque le nombre de places demandées ainsi que le nom sous lequel vous réservez ces billets... Ces derniers seront mis à votre disposition à l’entrée, le jour du concert. Il vous suffira de dire le nom que vous avez inscrit au dos du chèque (pas d’envoi à domicile)...


3 novembre 2005

Où est le problème ?

lib_J'ai eu le temps de lire Libération version papier et in extenso pour une fois ce jeudi 3 novembre : je suis en villégiature parisienne et, dans le métro, je savoure d'avoir le temps de lire...). Lisant, quelque chose m'a chiffonné : les heurts banlieusards sont en début de journal, avec les commentaires politiques des jeux entre amis de longtemps au sein du gouvernement et de la majorité parlementaire. La Une y est consacrée, puis la totalité des pages 6, 7 et 8.

C'est seulement en arrivant page 18, rubrique Société, que l'on apprend que l'alcoolisme fait des ravages dans la police, avec ce petit article (moins de 350 mots !) intitulé « Ils étaient alcoolisés, comme à chaque fois ». Qui a frappé Nourredine lors de sa garde à vue à Toulouse ? La police des polices enquête...

Où est le problème ?


26 octobre 2005

Il y a cinquante ans, Rosa Parks

rosa_parksMon ami Grégoire a envoyé un mot a pas mal de gens pour signaler la mort, avant-hier, de Rosa Parks, celle par qui Martin Luther King est arrivé. Elle avait quatre-vingt- douze ans. Voici ce qu'on peut lire sur le blog Grioo.com (je me permets de reproduire, à quelques retouches près).



Une date, une personne:
Rosa Parks, 1er Décembre 1955

Par Hervé Mbougue

Le 1er Décembre 1955
Il s’agissait d’une journée de travail comme Rosa Parks en avait vécu des centaines dans sa vie, puisqu’elle était âgée de 42 ans déjà. Elle monte dans le bus, paie sa place. A cette époque, la règle était tragiquement simple. Les bus étaient divisés en trois parties :

  • L’avant était réservé aux blancs. Les noirs n’avaient même pas le droit de rester debout dans l’allée correspondante.

  • L’arrière était réservé aux noirs. Il n’y avait pas toujours de places assises

  • Une aile « charnière » était accessible aux blancs et aux noirs, mais un noir devait se lever dès qu’un blanc en avait besoin.

Pour rentrer dans le bus, les noirs payaient d’abord, descendaient, et remontaient par l’arrière. Il n’était pas rare que le chauffeur n’en ait cure et redémarre avant qu’ils ne soient tous montés, les laissant sur place.

Ce 1er Décembre 1955, Rosa Parks était assise dans l’aile « charnière », et contrairement aux autres passagers, elle a refusé de se lever quand des blancs ont eu besoin de s’asseoir. Elle était « fatiguée ». Mais contrairement à ce que dit la légende, elle n’était pas physiquement fatiguée, disons pas plus qu’un jour de travail ordinaire. Elle était fatiguée de subir ces traitements depuis des décennies, et a estimé qu’il y en avait assez. A cette époque, elle militait déjà dans des associations de défense des droits civiques.

Le chauffeur, qui l’avait déjà faite descendre d’un bus 12 ans plus tôt lui a renouvelé l’ordre de céder sa place. Elle a refusé. Il est devenu rouge de rage, est descendu, puis est revenu avec un policier qui a arrêté Rosa Parks.

Sans le savoir, il venait de donner une impulsion décisive au mouvement des droits civiques qui allait révéler au monde un nouveau leader pacifique…

Le procès et le boycott
Comme c’était la coutume à l’époque, Rosa Parks a été jugée coupable, et elle a été condamnée à payer une amende de 15 dollars.
Ce que la police n’avait pas prévu, c’est qu’un mouvement très fort se créerait autour d’elle. Très rapidement, il fut décidé de boycotter la compagnie de bus, jusqu’à ce qu’elle arrête ses pratiques ségrégationnistes.
Un jeune pasteur populaire fut choisi pour diriger la campagne de boycott, il s’agissait de Martin Luther King jr, qui n’était pas encore un leader mondialement connu.

La communauté noire, qui représentait 75% des clients de la compagnie de bus, s’est organisée de façon très solidaire. Certains n’ont pas hésité à marcher. Des taxis ont fait leur apparition, qui transportaient les gens pour 10 cents, prix pratiqué par la compagnie de bus.
Le boycott n’a pas été sans mal, puisque Martin Luther King et d’autres se sont fait molester alors qu’ils ne faisaient que se poster dans les rues pour voir les effets du boycott.
La maison de Martin Luther King a même été victime d’un attentat à la bombe, alors que sa femme Coretta Scott King et leur bébé de deux mois étaient à l’intérieur.

En apôtre de la non-violence, Martin Luther King a demandé à ses sympathisants de ne pas réagir violemment, et à continuer à se montrer pacifiques.

Pendant ce temps, la Cour Suprême a été interrogée sur la validité constitutionnelle de la condamnation de Rosa Parks, et Martin Luther King a continué à défendre les revendications de la communauté à la compagnie de bus :

  • Que les blancs et les noirs puissent s’asseoir de façon indifférente dans les bus

  • Les chauffeurs doivent être courtois à l’égard de tous les passagers

  • Des chauffeurs noirs doivent être engagés.             

La compagnie a refusé, même si elle n’a pas tardé à ressentir les effets du boycott, puisqu’elle a été contrainte d'augmenter ses tarifs de 10 à 15 cents, ainsi qu’à diminuer le nombre de bus en circulation.
Le 13 Novembre 1956, la Cour Suprême a rendu son verdict : les lois ségrégationnistes de Montgoméry ont été déclarées illégales.
Après 382 jours de boycott, la communauté noire avait gagné son pari, et obtenu le droit à un traitement équitable dans les bus.
Ces événements auront permis au monde de découvrir Martin Luther King jr...

Une vie tournée vers les droits civiques

La victoire fut amère pour Rosa Parks qui a dû déménager vers Détroit dans le Michigan compte tenu des menaces qui pesaient sur elle.

Elle a naturellement participé à la marche de Washington de 1963 et à celle de Montgoméry en 1965.

Rosa Parks aura eu une vie tournée vers la défense des droits civiques. Elle fut toujours membre du NAACP, ou National Association for the Advancement Of Colored People, dont elle faisait déjà partie en 1955 quand elle s’est faite arrêter.

Elle consacra énormément de temps à l’association Rosa and Raymond Parks Institute for Self Development (Raymond étant son défunt mari) qui offre à des jeunes des voyages en bus à travers les Etats-Unis afin qu’ils puissent découvrir l’histoire de leur pays, ainsi que l’histoire du mouvement pour les droits civiques.

Un film sur la vie de Rosa Parks a naturellement été tourné avec la talentueuse Angela Basset dans le rôle de Rosa Parks.

En 1999 elle a reçu des mains de Bill Clinton la médaille du congrès américain. Il s'agit de la plus haute distinction pouvant être décernée par le gouvernement américain.

Bill Clinton a notamment déclaré « de bien des façons, Rosa Parks a permis à l’Amérique de redevenir ce que nos pères-fondateurs avaient rêvé ».

Elle avait déjà reçu en 1996 la « Presidential Medail for Freedom »



Le web regorge de ressources sur Rosa Parks. On pourra en particulier consulter :

  • http://www.rosaparks.org/ le site officiel de l’association Rosa and Raymond Parks Institute for Self Development

  • une biographie sur l'excellent grioo.com cité dans ce message (que dis-je ! littéralement "pompé" !)

  • une biographie de Rosa Parks se terminant par une longue interview de celle-ci.

  • une interview en anglais donnée par Rosa Parks, où elle parle de sa vie, son enfance, et de son combat pour les droits civiques.

  • http://www.naacp.org le site officiel de la National Association for the Advancement Of Colored People, dans laquelle Rosa Parks militait déjà avant son arrestation en 1955.


6 juillet 2005

Mathématiques et illettrisme

Mathématiques & illettrisme 
Une action de formation de formateurs sur la durée

t_typogenerator_1119590770Communication de Jean-Pierre Leclère lors de la Rencontre Internationale Francophone du 5 au 7 avril 2005 à Lyon, organisée par l'Agence Nationale de Lutte Contre l'Illettrisme, dans le cadre de la mise en place du Forum permanent des pratiques des intervenants de la lutte contre l’illettrisme. Rubrique : Démarches et outils d’apprentissage en formation de base : quels choix pour quels usages ? Cette communication a déjà fait l'objet d'une présentation dans ces colonnes.

Groupe régional Nord Pas de Calais

 

Résumé :

Le « chantier Maths & illettrisme » est né de l'inscription dans un projet EQUAL (Région mobilisée contre l'illettrisme, Nord-Pas-de-calais) de l'opérationnalisation possible de travaux de recherche universitaire qui tendaient à montrer qu'une formation en mathématiques dans le cadre des ateliers de lutte contre l'illettrisme permet de développer tous les modes de communication qu'ils soient oraux, écrits ou physiques... Des formateurs de formation de base de la région Nord-Pas-de-Calais et de Belgique francophone se sont réunis pour définir des progressions modularisées à partir d’une bonne connaissance de ce que sont les mathématiques et en redessinant la relation maths/illettrisme, puis élaborer des supports pédagogiques en respectant quelques principes d’écriture.

 Parmi ces derniers, on notera la détermination de la spécificité des outils pédagogiques par la nature des publics, l'appui sur la réalité épistémologique des mathématiques ainsi que sur la « théorie des registres », enfin la prise en compte ce que savent et comment savent les personnes en formation.

Au fil de l'expérimentation, il apparaît que la pratique développée a un réel impact sur le rapport à soi des apprenants (réassurance, avec effet biographique et effet psycho­sociologique), leur rapport à la communication écrite et orale et, bien sûr, leur rapport aux mathématiques. Les formateurs engagés sur ce chantier de trois années ont eux aussi bénéficiés des effets de leur propre travail collectif.

 

PLAN DU DOCUMENT

1 EQUAL et Sciences de l’éducation

2 Les parties en présence

3 Quiproquo et parti pris

4 Les grandes périodes de la vie du groupe

5 Des principes d'écriture pédagogique

6 Effets et impacts


EQUAL et Sciences de l’éducation

« La lutte contre l'illettrisme intègre souvent la capacité à savoir compter dans ses objectifs de formation. Mais, dans ce cadre, les mathématiques occupent une place assez ténue quand elle n'est pas absente, remplacées qu'elles sont par du numérique algorithmique. Le travail de recherche qu'a conduit Jean-Pierre Leclère[i] visait à montrer qu'une formation en mathématiques dans le cadre des ateliers de lutte contre l'illettrisme pouvait aider efficacement à sortir d'une telle situation. En particulier, les mathématiques (et non pas uniquement le "compter") permettent de développer tous les modes de communication qu'ils soient oraux, écrits ou physiques. 
« Une formation en action de formateurs intervenant dans le domaine des mathématiques, en région Nord-Pas-de-Calais et en Belgique, apparaissait, pour ces raisons, tout à fait justifiée dans le cadre d'une réflexion générale sur la lutte contre l'illettrisme... »

C’est en ces termes que le « chantier Maths & illettrisme » s’est ouvert. C’est ainsi du moins que le responsable du projet EQUAL Région mobilisée contre l’illettrisme – RÉMO[ii] en présente le volet qui nous concerne… Ce chantier devait permettre, à partir de l'important travail de Jean-Pierre Leclère, de définir des progressions modularisées et des supports de cours. Sa participation, par ailleurs, à l’élaboration d’un référentiel comparable au référentiel linguistique de base qui fait aujourd’hui cruellement défaut aux formateurs n’est pas étranger à notre chantier. L’innovation en vue est de portée nationale, voire internationale puisque certains de nos collègues belges francophones nous ont rejoints.

La recherche engagée par Jean-Pierre Leclère veut associer mathématiques et illettrisme : il semble clair que, lorsque l'on associe mathématiques et apprentissage de la lecture et de l'écriture dans un atelier de lutte contre l'illettrisme, les adultes en formation progressent plus rapidement. La recherche a voulu confirmer cette conviction générale, et celle, en particulier, qu'il est possible de faire faire des mathématiques à un public en difficulté de lecture et d'écriture, le tout en appui sur trois axes : l'enseignement et l'acquisition de savoirs, l'accueil, et la création d'outils pédagogiques.

L’action que nous présentons est ainsi directement dans la perspective de ce travail de recherche en Sciences de l’éducation, avec ses deux grands objectifs :

  • définir des progressions modularisées, mais à partir d’une bonne connaissance de ce que sont les mathématiques ;

  • élaborer des supports pédagogiques, mais en respectant quelques principes d’écriture.

Les parties en présence

Depuis 1996, afin de résoudre une série de difficultés anciennes (offre de formation ponctuelle, non articulée ; ciblage des publics incertains ; peu d'outils de repérage ; opacité des contenus de formation ; etc.), la région Nord-Pas-de-Calais, qui compte une importante population en situation d’illettrisme, s’est configurée en une quinzaine de « dispositifs permanents pour la maîtrise des savoirs de base » - DPMSB. C’est sur cette carte régionale que se repèrent les parties en présence dans notre action.

Les organismes de formation impliqués dans le chantier œuvrent dans divers lieux du Nord-Pas-de-Calais et de la Belgique francophone. Ils relèvent pour la plupart du secteur associatif.

Le groupe des participants est hétéroclite, du point de vue des fonctions : responsables de centres, coordinateurs, formateurs. À noter que certains n’ont jamais enseigné les mathématiques…

Les adultes en situation d'illettrisme en mathématiques sont des adultes qui éprouvent d’importantes difficultés à donner du sens à des nombres exprimant des quantités et des mesures, des évolutions et des durées, des identifications et des numéros. Ils ne parviennent pas non plus à réaliser des sériations et des classifications ; il leur est très difficile d'opérer des inclusions et des combinatoires. Pour ces raisons, il ne leur est pas aisé de distinguer entre un caractère continu et un caractère discret, et les difficultés à intégrer les concepts de longueur, de masse, d'aire et de volume en sont la conséquence. De même il leur a été très difficile, voire impossible d'acquérir la numération décimale… Au cours de sa recherche, Jean-Pierre Leclère a pu repérer certains indices spécifiques à l'illettrisme en mathématiques. Ce sont par exemple :

  •  l'incapacité de se repérer durablement dans le temps ou l'espace (les lectures de plan, de tableau, de représentations iconiques),
  •  une énorme difficulté à indiquer un effectif au-delà de 60 par comptage ou calcul,
  •  la non maîtrise des opérations soustraction et multiplication,
  •  la difficulté de situer deux nombres par rapport à un troisième,
  •  la confusion entre situation présente et situation passée ou à venir,
  • l'incapacité à traiter un problème à texte rédigé (caractéristique commune au repérage linguistique).

Ces indices apparaissent comme pertinents pour identifier un public en situation d’« illettrisme en mathématiques », mais il est prudent de ne pas en faire des critères de repérage inébranlables…[iii]

Quiproquo et parti pris

Le « chantier Maths & illettrisme » s’est ouvert sur un malentendu : les formateurs et leurs organismes pensaient qu'ils allaient avoir des outils et un référentiel...

Non seulement ils n'ont pas eu de référentiel, mais ils se sont rendus compte que les outils qu’ils utilisaient n'étaient pas vraiment des outils, pas des outils au "sens fort", du moins pas utilisés comme il convenait...

Le quiproquo a tourné à la désillusion et la désillusion à l’engagement sur un parti pris solide qui se décline en trois mouvements :

  •  une nouvelle conception des maths et de la relation maths/illet­trisme ;
  •  un esprit collaboratif fort, d’où primauté accordée à l’échange entre les participants, esprit collaboratif d’autant plus efficace et producteur de richesse que le groupe est hétérogène à de nombreux points de vue ;
  •  un objectif de production collective, où la production (écriture) d'outils pédagogiques est le « ciment » de la vie du groupe.

Les grandes périodes de la vie du groupe

Démarrée en 2002, l’action en est aujourd’hui à sa troisième année…

La première année fut une année de « formation de base Maths & illettrisme » : en appui sur des apports théoriques, les participants ont pu découvrir des activités susceptibles d’être mises en place avec un public adulte en situation d’illettrisme, utiliser différentes méthodes pour trouver un résultat, tester des supports existants et les améliorer si nécessaire, créer de nouveaux supports pédagogiques, confronter leurs outils de repérage et élaborer des tests de positionnement de niveau 1 et 2, échanger leurs pratiques et leurs expériences...

La plus grande partie des apports théoriques est issue du travail de recherche en Sciences de l’Éducation, mené par Jean-Pierre Leclère, et a tendu vers un travail définitionnel autour de la notion de savoirs de base en mathématiques.

La deuxième année vit le début de la production collaborative d’un outil pour adultes. On commença par déterminer collectivement les grands domaines mathématiques que doit couvrir l’outil nouveau : on en trouva six, à savoir numération, opérations, problèmes, géométrie, mesures et logique. Vu l’effectif du groupe de formateurs, on décida de constituer trois groupes de production qui traiteront de trois domaines. Chaque groupe commença alors par lister compétences clés, objectifs et niveaux de difficulté (linguistique notamment). Après quoi s’enclencha un travail en autonomie, sous le contrôle et avec les conseils de J.-P. Leclère… Il faut reconnaître un certain tâtonnement collectif, les groupes cherchaient leur méthode de production…

La troisième année, la production se poursuivit, d’un pas plus assuré. Le groupe de travail a opté pour l’appellation de l’outil : Mathématiques à la carte pour adultes, MACPAD. Chaque fiche est codée ainsi : compétence travaillée - niveau de lecture/écriture – n° de la fiche. Certaines fiches furent sélectionnées et utilisées en situation : toutes les difficultés rencontrées par les apprenants lors de l’expérimentation firent l’objet d’un retour auprès du groupe, pour analyse collective.

Des principes d'écriture pédagogique

Cinq grands principes d’écriture pédagogique furent adoptés par le groupe et leurs implications guidèrent le travail de création.

Détermination de la spécificité des outils pédagogiques par la nature des publics

Parce que les adultes ne sont pas des enfants, parce qu’ils sont au contraire très « marqués » par leur culture, et par leur expérience de vie, il n’est pas possible que des outils pédagogiques créés, pensés pour des enfants leur soient adaptés. Le principe 4 ira plus loin dans cette idée, la déclinant du strict point de vue des mathématiques…

Appui sur la réalité épistémologique des mathématiques

C’est la prise en compte de la réalité épistémologique des mathématiques qui a guidé l’identification des objectifs d’apprentissage : dénombrement des champs mathématiques dans les savoirs de base pour déclinaison en sous-champs puis en niveaux de compétence… (cf. deuxième année).

Appui sur la « théorie des registres » (Raymond Duval)

Raymond Duval s’intéresse au concept de registre de représentations sémiotiques en particulier dans le cadre des activités mathématiques : face à un énoncé de problème, par exemple, on peut opérer deux transformations, le traitement, transformation de la représentation dans le même registre - par exemple, la reformulation simple (même langage) de l’énoncé de problème -, et la conversion, transformation de la représentation dans un registre différent - par exemple, la traduction algébrique d'un énoncé. L'idée est que la compréhension n'émerge qu'avec la coordination d'au moins deux registres de représentation et que, par conséquent, l’apprentissage est directement facilité par la conversion, notamment quand il n’y pas congruence ...

Prise en compte ce que savent et comment savent les personnes en formation

Les personnes en situation d’illettrisme ne sont pas « mathématiquement vierges » quand elles arrivent en formation.

Par contre elles ont pu développer une vision réduite des mathématiques (du fait de leur expérience scolaire, par exemple). D’où la nécessité de désinhiber les apprenants (compter sur les doigts par exemple, c'est aussi faire des maths) ; d’où la nécessité de passer des maths formelles, scolaires à des maths à portée de mains[iv].

Plus positivement, il y a bien nécessité de prendre en compte leurs conditions de vie matérielle - jusque dans ses répercussions d’ordre symbolique -, de prendre en compte les dimensions sociales et culturelles de leur expérience de vie. Ce qui nous mène vers une « éthno-mathématique ».

Double validation

La validation s'est déroulée en deux temps : d'abord entre pairs dans le grand groupe, après le travail en groupe de production, puis dans le cadre de l'expérimentation par les formateurs du groupe et leurs collègues sur le terrain. Après cette double validation seulement, pourra s’effectuer le transfert à d'autres organismes.

Effets et impacts

Cette action et les pratiques qui s’y développent semblent avoir eu un impact fort sur les personnes en formation et les formateurs en formation et en expérimentation.

Les personnes en formation

Rapport à soi (réassurance), rapport à la communication écrite et orale et, bien sûr, rapport aux mathématiques : tels sont les trois registres sur lesquels la pratique développée semble avoir un impact réel.

Rapport à soi (réassurance)

Au cours d’une action de formation engageant une telle pratique, le rapport à soi des apprenants peut se trouver modifier de deux façons. Nous distinguerons un effet biographique et un effet psychosociologique (au sens de la psychosociologie de la formation).

Effet « biographique » : 
cette nouvelle façon d’appréhender les mathématiques va produire chez l’apprenant le désir de revisiter sa propre vie, notamment octroyer un nouveau sens à ce qui touche au rapport au savoir (école, travail…), revalorisant certains savoir-faire autrefois dénigrés, certaines compétences jusque là occultées.

Effet psychosociologique global (représentation de la formation) : 
du coup, c’est tout le rapport à la formation qui s’en trouve changé. La formation n’est plus perçue comme un inaccessible, comme un interdit, mais comme un possible, comme une réussite possible.

Rapport à la communication écrite et orale

En situation de formation, l’apprenant sera appeler à développer sa compétence communicationnelle de deux façons : dans le cadre de l’apprentissage lui-même (parler les mathématiques) et dans celui de la relation pédagogique (parler des mathématiques).

Parler les mathématiques, cela signifie convertir au sens de R.Duval (cf. les registres sémiotiques), par exemple lorsqu’un apprenant énonce une opération, il passe d’un langage formel au langage dit naturel…

Parler des mathématiques, cela signifie communiquer, par exemple dans le groupe d’apprenants ou tout simplement avec le formateur, au sujet du travail mathématique que l’on vient d’effectuer.

Rapport aux mathématiques

Cette capacité à parler des mathématiques associée à une réassurance en soi vont modifier significativement le rapport aux mathématiques. Un tel changement pourra s’extérioriser de deux façons : par la demande de formation et dans la relation pédagogique.

Demande de formation : 
cette capacité, nouvellement consolidée voire acquise, à parler des mathématiques va rendre possible l’expression d’une demande de formation relativement explicite et peut-être en termes de désir.

Conflit pédagogique : 
du coup, l’apprenant n’acceptera peut-être plus de travailler avec des outils pédagogiques de la formation initiale pour enfants, même « adaptés », ni de faire des mathématiques déconnectées de son propre horizon socioculturel, etc.

Les formateurs

Côté formateurs également, les effets et impacts sont importants. Nous en avons distingués cinq.

effet « humilité » du formateur

L’une des caractéristiques du « chantier Maths & illettrisme », c’est bien son double niveau : niveau formateur et niveau apprenant. Et les formateurs n’ont pas manqué de développer le parallèle jusque dans les confins de la psychologie personnelle : ils ont été avec leur formateur, Jean-Pierre Leclère, en situation de stagiaire. D’où la conscience d’une certaine « humilité ».

effet didactique

« moi, formateur, je maîtrise mieux la « matière » et, du coup, je suis plus à l'aise pour inventer des situations pédagogiques (jeux, etc.)… Maintenant je m'autorise à créer… »

effet méthodologie

Le travail accompli en pédagogie des mathématiques dans le cadre du chantier (cf. les principes énoncés plus haut) est, aux yeux des formateurs, transférable à d'autres disciplines, de toutes façons à la formation de base en général.

effet relation pédagogique

La pédagogie développée dans le chantier est très concrètement une pédagogie de la « réussite » - ce qui ne peut qu’avoir un impact fort sur la relation pédagogique elle-même.

effet prosélytisme

Après la « révélation » de la vraie place des maths dans la lutte contre l'illettrisme – du moins est-ce ainsi que parlent certains participants -, risque de contamination positive de l'entourage professionnel…


Ont participé à ce travail pour la région Nord Pas de Calais :

  • Michel BAIL, ID-Formation, Lille
  • Frédéric BARY, CZ AFP2I, Arras
  • Serge CAILLEUX, CREFO, Saint-Omer
  • Francine DECOBERT, NORD DEFIS, Dunkerque
  • Joëlle DEHAYNIN, CREAFI, Lille
  • Ahmed ERCHOUK, Culture & Liberté, Lewarde
  • Serge ÉVRARD, CUEEP, Lille
  • Jean-Pierre LECLERE, CUEEP, Lille
  • Chantal LEFEBVRE, ALEC, Cauroir
  • Simone MALVILLE, FORMINTER, Sin-le-Noble
  • Amar MOKHTARI, UFCV, Roubaix
  • Régine OLIVA, Lire & Écrire, Charleroi Belgique
  • Smaïne OULD BOUAMAMA, INSTEP, Lille

Expert : Bruno RICHARDOT, responsable ingénierie documentaire au CUEEP-Lille (rédacteur de ce texte final)
Référente : Latifa LABBAS, chargée de mission régionale illettrisme


 

[i] J.P.Leclère, professeur certifié à l'Université Lille1, est tout à la fois conseiller en formation au département Mathématiques du CUEEP et docteur en Sciences de l'Éducation (laboratoire Trigone). Formateur de formateurs dans le domaine « mathématiques et illettrisme » et concepteur de la filière modulaire mathématique de niveau VI du CUEEP, il est coauteur de Lettris. Sa thèse s’intitule : Faire faire des mathématiques à un public en situation d'illettrisme, le contraire d'une utopie.

[ii] Cf. https://equal.cec.eu.int/equal/jsp/dpComplete.jsp?cip=FR&national=NPC-2001-10159.

[iii] Ces notes concernant le public reprennent plus ou moins fidèlement un passage de la thèse de Jean-Pierre Leclère.

[iv] Importance de la manipulation : utiliser tout ce qui constitue le micro-espace de l’apprenant (ce qu'il a à portée de main), voire le méso-espace (ce qu'il a à portée de regard).



3 octobre 2005

Pourquoi je blogue

Je ne sais pas si le verbe 'bloguer' est très correct, mais je l'emploie. Il dit bien ce qu'il veut dire. Bloguer, c'est, peut-être tout simplement, tenir un journal sur le web.

3205Le mercredi 28 septembre, Éric delcroix m'avait invité à la manifestation Blogs en Nord, qu'il organisait avec Lille3 (merci Éric pour cet après-midi là). La veille, j'écrivais dans cette colonne :
« Ce soir, je sais à quoi ça sert un blog : ça sert à râler, à râler en écriture, c'est-à-dire à râler structuré, si je peux me permettre cette drôle d'expression. Ce soir, malgré la fatigue, je râle ! ». Alors j'ai râlé contre des comportements ministériels pour le moins douteux voire scabreux... Après coup, j'ai vu que d'autres que moi avaient râlé de la sorte. Certains avec beaucoup plus de pertinence et d'humour que moi, d'ailleurs.

Bref, un blog, ça peut servir à râler en public... Mais il n'y a heureusement pas que ça. De nombreux blogs sont en fait nés de la volonté de partager une passion, un goût, un désir. Et sous cet aspect-là, les blogs d'aujourd'hui sont un peu comme les pages personnelles d'hier. La différence immédiatement visible, c'est que le blog est forcément d'abord structuré chronologiquement... d'où ce côté "journal". Je passerais volontiers des heures à fouiller, à visiter, à contempler tous ces temples des passions ordinaires... passions des gens, d'untel et d'untel...

Ce blog est bien un BLOG PERSO. Derrière chaque blog, disait Thierry Klein le 28 septembre à Pont de Bois, "il y a une question d'ego". Certes. Et s'il n'est pas un "journal intime exhibé" - ce à quoi on voudrait trop souvent assimiler les blogs -, mon blog se comprend sur le fonds de ma personnalité, sur le cours de mon histoire. D'où l'intérêt pour le lecteur de savoir qui je suis. Le 28 septembre, dans un bel amphi de Pont de Bois, je me suis présenté comme :

  • Conseiller en Formation continue depuis vingt cinq ans dans le secteur Formation permanente au CUEEP (mots-clés : USTL, bas niveau de qualification, approche territoriale de la formation)

  • Conseiller en Ingénierie de l'Information-Documentation (au CUEEP et à l'ADBS)

  • Formateur en techniques documentaires (mon dada = thésaurus & indexation + travail de l'écriture en documentation - que du ringard quoi !)

  • Musicien amateur (chanteur dans un ensemble vocal, éditeur de partitions, philologue du dimanche pour les textes chantés par l'ensemble [cf. La Bataille de Marignan de Janequin])

  • Citoyen non inféodé, mais sensible à l'importance du respect des droits de l'humain, quels que soient leurs formes et leurs lieux...

Chaque message que je laisse sur le blog s'appuie sur l'une de ces identités-là, quelquefois sur deux ou plusieurs à la fois.
canalblog250Avec l'idée aussi que cette surface éditoriale qui m'est offerte par Canalblog  merci Canalblog ! me permets de donner une seconde vie à des contributions, déjà publiées ou inédites, dont j'ai la faiblesse de penser qu'elles peuvent intéresser des étudiants (en documentation, en sciences de l'information ou en sciences de l'éducation), des professionnels de l'information-documentation ou de l'éducation, des musiciens ou tout simplement des gens curieux de toutes ces choses-là. Il peut alors s'agir de textes déjà publiés ou des textes inédits.

Le caractère perso du blog peut inciter certains de ceux qui ne sont pas en accord avec ce que je dis et qui se sentent viser par ce que j'écris à croire que je "règle mes comptes". Comme si régler ses comptes était infamant et discréditait automatiquement la validité de ce qui est écrit... D'ailleurs, ce que je trouve de très très intéressant avec le format blog, c'est que le lecteur peut "commenter", c'est-à-dire, le cas échéant, contester, approuver, demander etc. Pour l'heure, depuis un an et demi (j'ai ouvert ce blog le lundi 17 mai 2004), je ai eu de l'approbation (un peu, notamment après mon message du mercredi 20 avril, Pensée du travail et Liberté de penser) et surtout de la demande (de partitions). De contestation, aucune. Et c'est bien dommage, car mes propos souvent provocateurs appellent au débat... qui ne vient pas. Peut-être faudrait-il changer de style ? Mais je vous ai dit que ce blog était perso. Et le style, c'est perso, non ?

afp1201Réglement de compte ! Comme si toute notre vie n'était pas un vaste régle- ment de compte, avec nous-même et les autres, avec nos phantasmes et nos obsessions... J'en connais des enseignants-chercheurs qui sont deve- nus ce qu'ils sont pour précisément régler leurs comptes avec leur famille, leur entourage, leur vie d'avant. J'en connais qui ont fait une thèse juste pour prouver qu'ils avaient l'âge d'en faire une, malgré les apparence de l'état civil. Oui, mon travail sur la recherche-action de type stratégique comme méthode d'évaluation a été existentiellement motivé par le senti- ment d'être victime de notables universitaires qui, sous scientificité en trompe l'œil (le professeur Louis Marmoz était plus dur que moi, qui parlait de "recherche interlope" [in Les Sciences de l'Éducation, 1992, 3/4, p.143-150]), ont arrangé leurs petites affaires à trop bon compte (et ce compte-là, ce trop facile arrangement, ce trop bon compte, il faut le régler, c'est sûr !) ! Oui, peut-être bien que, si mon institution n'avait pas couvert les mésactions du trompe-l'œil, cautionnant ainsi la malversation scientifique, je n'aurais jamais écrit cet article... Oui, peut-être bien que si...

Sauf que le travail est là, la réflexion s'est construite en écriture, et l'écriture a été validée par un éditeur. Sauf que, n'en déplaise à quelques notables du savoir étriqués dans leur peau de notables embourgeoisés après avoir tenu haut les banderolles évoquant Mao ou Trotsky (mais c'était il y a longtemps !), je revendique une qualité d'analyse et d'écriture dans cet article publié en 1992 par la très sérieuse revue qui s'adresse aux professionnels du secteur de la formation continue, Actualité de la Formation Permanente, n°120. Qu'on se rassure ! Ce périodique ne prétend pas publier de la recherche, pas plus qu'il n'est pris en compte pour le calcul scientométrique en sciences de l'éducation.

Mon problème essentiel, avec ce blog, c'est que je ne sais pas baudelaire_par_nadarfaire court. Toujours ce besoin de justifier par des arguments... Question de perfectionnisme mal placé peut-être. Je ne peux m'empêcher de relire pour correction, de rajouter des précisions par correction... Question de compétence d'écriture aussi : Charles Baudelaire ne disait-il pas - je ne sais plus où - que le plus difficile, c'était de faire court ?


11 septembre 2005

et Vive la République !

Deux exemples de la sarkofolie ambiante... 

Un message est passé par ma boîte aux lettres, qui contenait un document pdf relatant deux exemples de situations vécues dans notre bonne République, mère des droits de l'homme, à ce que l'on dit.
Je ne peux pas ne pas vous le donner à lire !charter_tignous

Il est là : 050829_PlanckeR.pdf

J'en profite pour vous informer de l'existence du Réseau Éducation sans frontières dont le site informe de l'un des visages les plus odieux de la sarkofolie ambiante...

Bonne lecture à tous


1 juillet 2005

Histoire de globe-formateur

sncf_tgv27 Juin.
Lille Europe 12h17 -> 15h05 Lyon-Part Dieu 15h27 -> 15h45 Vienne (en France !). Ce devait du moins être comme ça. Mon GO préféré m'avait proposé cet horaire, que j'avais accepté. Je pourrais ainsi flâner à Vienne, ville inconnue pour moi. À peine avais-je entendu parler de son festival de jazz, fin juin-début juillet, dont l'affiche 2003 avait fait scandale à l'évêché : le visuel parodiait en diablotin un enfant Jésus tétant la Vierge sa mère ("Vierge noire") ! Cette affaire avait fait provoqué des nauséabonds relents de censure inquisitoriale jusque dans les rangs des élus du Conseil régional, jusque dans les allées de l'exécutif de la Région... En fait le TGV est arrivé chez le Primat des Gaules avec une bonne demie heure de retard. Le TER qui devait me conduire jusqu'à Vienne a donc commencé son office avant que je ne puisse monter à son bord.


jazzaviennebArrivé en gare de Lyon-Part Dieu, je cherche l'horaire du prochain train pour Vienne. Il démarre à 15h47 mais de Lyon-Perrache. Il fait 36°. À peu près. Ma valise et mon sac sont lourds. Je ne suis qu'un quinqua peu clinquant. Je ne connais pas trop bien le trajet d'une gare à l'autre. Je décide d'attendre le prochain départ pour Vienne de Lyon-Part Dieu.

Sortant de la gare, je vois plusieurs terrasses couvertes, prêtes à m'accueillir. J'en choisis une, celle qui a l'air la plus fraîche (?). J'ai le temps. Le train démarre dans presque deux heures. Le temps de déguster goutte à goutte une bière bien fraîche, une Kro quasi glacée. D'ordinaire, j'ai horreur de la bibine glacée, mais là ! Mieux qu'un régal ! Une salubrité privée ! Lyon, capitale des Gaules vend Le Monde dès le début d'après-midi. J'ai ainsi plus d'une heure pour lire Le Monde, version papier journal. Voilà un siècle que ça ne m'est pas arrivé !

lemondefr_grdOn est lundi. Le quotidien que j'ai entre les mains est donc daté de mardi. Dans le supplément hebdomadaire économique, une page entière est consacrée au projet de loi transposant le droit communautaire à la fonction publique, projet de loi adopté en première lecture en mars-avril, et devant passer en seconde lecture au Sénat en juillet. Souviens-toi, camarade contractuel, de ce projet de loi excluant du bénéfice d'un CDI dans la fonction publique - finalement excluant tout court - des personnels aujourd'hui en CDD exerçant des missions d'insertion et de formation, alors même que leur activité permet de satisfaire un besoin pérenne, reconnu par la loi s'agissant de l'apprentissage et de la formation continue... Bref, je lis tranquillement cette page, dans l'espoir de trouver une information rassurante sur le sort que l'on te réserve en haut lieu. Rien. Je ne trouve rien pour étancher ma soif d'info ! Le débat est ailleurs, centré sur le statut de ceux qui ont déjà un statut - et qui font bien de se battre pour qu'il ne soit pas mis à mal !
...
train_compartement17h32. Le TER entre en gare. C'est un train avec des compartiments huit places. Comme quand j'étais petit et que je faisais Paris-Besançon pour les vacances. Il est à peine en retard. L'air est rare dans le compartiment. La clim' envoie une méchante odeur... Une demie heure et je suis à Vienne. Je tire ma lourde valise hors du train. Puis hors de la gare. Puis hors de Vienne. Je franchis le Rhône sur une passerelle réservée aux piétons à valises à roulettes, aux cyclistes et aux autres piétons. Un grand panneau indique "Rhône en fête". En fait, je ne vois rien qui ressemble à ce qu'indique le panneau, pourtant grand. Plus de trace visible du Rhône en fête. C'était il y a une dizaine de jours... De la passerelle, la vue est sympa : on est comme suspendu au dessus du creux central d'un pays aux bords relevés et parsemés de vestiges médiévaux et Renaissance. Romantique ! J'imagine Chateaubriand décrivant le tableau circulaire...


srgPassé la passerelle, je traverse Sainte Colombe puis arrive à Saint Romain en Gal, où se trouve l'hôtel que mon GO m'a choisi et le lieu de la formation que je dois animer du 28 au 30. L'hôtel s'appelle Le Terminus et habite avenue de la Gare. Celle-ci est une vieille bâtisse désaffectée aux pierres jaunies. Quand j'entre dans le bar-hôtel, une femme âgée m'accueille de derrière le comptoir. Je me présente, disant que je viens de Lille. Elle me répond, invoquant le nom de mon GO. Je dis que c'est ça, le nom de mon GO. Nous discutons un peu. Elle est la mère du patron. Elle retravaille depuis aujourd'hui seulement, après une période de maladie et de douleur. Je la questionne sur les conditions d'hébergement et de repas. Elle ne sait pas trop. Je verrai avec son fils. Elle me conduit à ma chambre, montant les escaliers avec peine et souffrance. Elle s'excuse de n'avoir pas allumer les ampoules du couloir. Je lui dis que ce n'est pas grave, qu'on y voit assez et que c'est plutôt agréable par contraste avec la lumière aveuglante du dehors. Elle ajoute, maugréant, que ça permet de ne pas voir la poussière. Elle ouvre la porte de ma chambre, et y jette un regard circulaire, feignant de ne pas voir l'étonnante oblique de la tringle à rideaux. La chambre est assez grande. Deux lits deux places pour moi tout seul ! Les plaques du faux plafond menacent. Quelques toiles d'araignée ont capturé des moutons de poussière, des petits moutons suspendus. Les toilettes sont sur le palier. Il n'y a que six chambres en tout. Posée à droite de la télévision, une bombe "Kapo insectes rampants + 25% gratuit". Je regarde dans les coins et au bas des murs. Beaucoup de poussière. Avant de m'attaquer, les cafards auront à faire le ménage ! Il n'y a pas de gel douche sur le lavabo. J'en parle à la dame qui semble étonnée que je fasse ce constat-là. Je lui dis que je vais aller en acheter. Elle me parle du Casino pas loin...
...
van_der_aa_1725_vienne_palace1Je sors me balader. Je descends vers le Rhône et prends la passerelle. J'erre au hasard des rues de Vienne. C'est tout petit Vienne. C'est tout joli. Tous les volets sont clos. Mais les fenêtres doivent être ouvertes derrière les volets de bois. On entend les bruits familiaux dans les petites rues.


20h. La dame m'avait dit que c'était l'heure du dîner. Je suis ponctuel. Dans la salle à manger, les plaques du faux plafond menacent aussi. Des affiches "Jazz à Vienne" s'étalent en collection sur les murs (série complète 1988-2004). Je revois, non sans un "malin" plaisir, celle de 2003. Le repas se laisse manger. C'est le fils de la dame qui cuisine. Il est sympa. On discute un peu. Il m'explique les conditions d'hébergement et de restauration. La demie pension, ça vaut le coup; ça vous met le repas du soir à cinq ou six euros ! Je vais enfin pouvoir participer au redressement financier de mon institution ! Un tout petit peu. Je veux dire qu'on discute un tout petit peu, le fils de la dame et moi. Car il a à faire : six personnes ! Tout l'hôtel est là, à table(s). Tous les convives, chacun à sa table, sont installés de façon à voir l'écran de télévision extra plat, seul objet de quelque nouveauté dans l'arrière-bar. Dans le poste Monsieur Sarkozy dit que "les faits parlent d'eux-mêmes ". Il n'a toujours pas compris, le pauvre, que les faits ne parlent pas ! Il les fait parler et il dit qu'ils parlent, les faits ! Il est fou ! Fou ? Il sait sûrement trop bien ce qu'il dit, hélas ! Ça manque d'air, tout ça ! Toutes les portes du resto-bar sont ouvertes en quête d'un improbable courant d'air.
...
boug1Il y a quinze jours, quand je suis allé à Beaune pour animer la même formation, mais pour des agents de missions locales de la région Bourgogne, je n'ai pas manqué d'air ! Je me suis laissé aller à dîner façon dégustation de ... Bourgogne. Comme à midi je mangeais pour cinq euros, ça faisait une moyenne honnête, eu égard au "forfait" remboursable... Mais on m'a fait remarquer que mes notes du soir dépassaient les 15,25 euros ! Alors à Saint Romain en Gal, près de Vienne, je fais au plus juste. Tout le monde sans exception aucune dans notre belle institution se serre la ceinture. Il n'y a pas de raison que je n'en fasse pas de même.

J'ai manqué d'air toute la nuit. Température excessive. De plus, il n'est pas question que je dorme fenêtre ouverte. Tout à coup s'incruste sur mon petit écran intérieur une image vue à plusieurs reprises dans les livres scolaires de ma jeunesse, celle où l'on peut voir tous les modes de transports : le long d'un fleuve, une route conduit vers un aéroport d'où décolle un avion, la route longeant un temps une voie ferrée sur laquelle glisse un train plein d'enfants partant en vacances... Je me sentais, quant à moi, cette nuit-là, au beau milieu d'un tel ensemble, parce que j'ai fini par ouvrir la fenêtre pour échapper à une mort lente par suffocation-transpiration : route juste en dessous de ma fenêtre avec voitures sonorisées et mobylettes pétaradantes dessus, autoroute tout en haut avec trafic intense, voies ferrées entre les deux avec trains dessus qui roulent lentement mais lourdement. Tout en bas du tableau coule le Rhône, sans un bruit, mais trop loin pour que je goûte le plaisir de son calme souverain et puissant...

lyceeLe lendemain matin, je rencontre mes stagiaires trihémérides. Enfin ! Je sais que ça ne va pas être de la tarte, ces trois jours d'initiation aux tech- niques documentaires... C'est encore une fois un groupe hétérogène sous plein d'aspects : compé- tence en techniques documentaires, pratiques de la fonction documentaire, ancienneté dans le réseau Missions Locales, rôle et fonction dans la Mission Locale, niveau de formation générale, motivation à suivre cette formation de trois jours, etc. Tout ceci devant être considéré comme un système de données préalablement connues (j'adresse systématiquement un questionnaire préalable aux stagiaires et obtient un taux de réponse important), j'ai le sentiment de détenir une bonne part des rennes de la situation, de pouvoir influer sur le cours et la nature des événements pédagogiques qui vont advenir, de disposer des moyens de, tout à la fois, répondre au besoin collectif de bases méthodologiques en techniques documentaires et prendre en compte l'individualité de leurs motivations et de leurs attentes. Ça me contraint parfois à un grand écart didactique, quelquefois très périlleux. Mais la fonction information-documentation n'est pas suffisamment bien placée dans le rang des priorités des Directeurs de Missions Locales (comme dans les organismes de formation, quoi !) pour que je fasse la fine bouche !

Le premier contact est relativement agréable et la journée se déroule comme prévu, même si je sens que "l'hétérogénéité sous de multiples aspects" est bien au rendez-vous. Dès l'abord, transparaissent des désirs individuels de paroles, paroles de plaisir de sortir le nez de dedans le guidon, paroles de soif de contact hors le bureau du quotidien, paroles de besoin de reconnaissance dans ce qu'on fait, dans qui on est... Les trois journées de formation s'enchaînent tant bien que mal... Ici, comme à Beaune il y a trois semaines, la sagesse est venue parasiter la prestation. Je m'explique.

Les commanditaires - ici les animations régionales des missions locales - attendent de moi que j'établisse une relation privilégiée avec un groupe de personnes désignées, afin que je leur communique les rouages d'une technique déterminée qui se résumerait sous l'appellation "Documenter", et en trois jours s'il vous plaît. Sauf que, malgré tous les efforts didactiques ou pédagogiques qu'on voudra, la technique n'existe pas hors des conditions matérielles et intellectuelles de son déploiement. Quant à l'acte pédagogique en lui-même, il est purement impossible hors des conditions matérielles et intellectuelles de l'expression de sa nécessité. D'où, dans un premier temps, l'incontournable travail initial sur les attentes des stagiaires aux-mêmes, travail relativement approfondi qui permet au groupe stagiaires-formateur de prendre ses marques intérieures et provisoires. Mais, la porte ainsi ouverte à l'expression de soi pour les stagiaires ne se referme pas de sitôt ! On assiste notamment, au fil de la formation, à l'émergence automatique et systématique des questions concernant les conditions de possibilités de la fonction documentaire. Celles-ci ne relèvent pas du champ de la documentation, de la technique documentaire, mais du champ de l'organisation et de la stratégie des organisations, aux quatre niveaux : mission locale, antenne de mission locale, mais aussi animation régionale, voire niveau national. La formation apparaît alors comme triple travail de conscientisation :
  • des prérequis organisationnels et stratégiques,
  • de la professionnalité de la fonction documentaire,
  • des prérequis d'ordre technique et matériel.
Et quand je dis que la sagesse vient parasiter la prestation, je veux dire que, dans le temps même où il prend conscience que la fonction documentaire n'est pas fatalement occupée par des bricoleurs mis au placard, loin s'en faut, le groupe de stagiaires est amené, comme par la force des choses, à défaire ce qu'une décennie de technocrates aidés de leurs soldats universitaires a patiemment construit, je veux parler de l'industrialisation de la formation, de cette idée toute libérale, trop libérale, de la formation-marchandise qui veut que la formation (ne) soit (que) prestation déconnectée de ses conditions concrètes d'usages hormis ce qui peut se dire en termes de rentabilité immédiate, voire de profit mécanique. Et ce ne sont pas les récentes modifications du droit de la formation qui vont contrarier cette tendance lourde, que ces modifications s'appellent simplification ou autrement ! Voyez le tout récent Journal Officiel n°152 de ce 1er juillet 2005 p.10870 sqq., avec un rapport et une ordonnance : il suffit maintenant d'un ... bon de commande (ordonnance n°205-731 du 30 juin 2005) !
Avez-vous remarqué qu'ici le commanditaire et le bénéficiaire de la formation sont différents, que les attentes de l'un - qui est donneur d'ordre, qui prescrit une prestation - et de l'autre - qui "suit" la formation - sont fatalement différentes, voire contradictoires quelquefois. S'élabore ainsi un curieux ménage à trois - prescripteur, bénéficiaire et formateur. Le prescripteur aura beau, d'une part, avancer sans cesse sa qualité de passeur de commandes, et, d'autre part, entretenir du lien hiérarchique avec ceux et celles qui seront bénéficiaires de la formation commandée, il ne pourra empêcher les bénéficiaires réels et la personne du formateur d'établir entre eux une relation humaine, trop humaine. La politique technique gère des marchandises, la politique hiérarchique distribue des pouvoirs, quand la politique humaine cherche de la signification. Et cette quête de signification ne va pas sans la capacité à mettre en cause les certitudes de la technique et les certitudes de la hiérarchie...


affiche_2005Le 29 après la formation, je me hâte de traverser le Rhône, pour aller m'atta- bler sur la place de l'hôtel de ville, face à un podium installé pour le festival de jazz... Vienne est un vaste big-band. À tous les coins de rues ça chante et ça swingue... Ça fait rudement du bien : savourer de la musique en goûtant une bière à l'ombre d'un parasol... Laurence, de la Mission locale du Genevois, vient un temps s'asseoir à ma table. Nous parlons de choses et d'autres, un peu. Nous écoutons ensemble l'orchestre de jazz, un peu. Puis elle est partie retrouver quelques autres membres du groupe. Elles ont pris rendez-vous entre elles devant un hôtel pour vivre ensemble une soirée jazz. Quant à moi je reprends vers 19h45 la route de Saint Romain en Gal. Mon repas du soir m'y attend et je ne le manquerais pour rien au monde. Pas même une note de musique endiablée ! Et puis, il est tombé quelques gouttes aujourd'hui. Peut-être arriverai-je à vivre fenêtre fermée, et à dormir... J'ai hâte d'y être !

En discutant avec Nadine et Linda, deux autres stagiaires, je me rends compte qu'il y a, tout près de l'hôtel où je n'arrive pas à dormir, un hôtel normal, avec climatisation notamment... Il y a une dizaine d'euros à dire...

Ça vaut combien le temps de la reconstitution de la force de travail ?




24 juin 2005

Biscantor!

   

biscantor8L’association roubaisienne La Chapelle des Flandres, qui développe les activités de Cœli et Terra, ensemble vocal d’adultes amateurs de haut niveau, et de Métamorphoses, ensemble vocal professionnel, vous informe de la

création d'un choeur régional de jeunes
(18-28 ans) à la rentrée 2005

Biscantor!

Biscantor! se veut une véritable pépinière pour des jeunes du Nord – Pas-de-Calais qui ont un fol appétit de chanter de la musique chorale à un haut niveau, d’acquérir une forte expérience en technique vocale polyphoniste, pour le plaisir, pour devenir choriste d’excellence ou polyphoniste professionnel.

Biscantor! : un retour aux sources

Le biscantor est cet acteur fort du patrimoine régional, le chantre franco-flamand rompu à toutes les difficultés musicales et vocales.

Sous la direction pédagogique et artistique de Maurice Bourbon, Biscantor! abordera des répertoires volontairement très différents, du chant a cappella de la Renaissance aux musiques actuelles (intervenante: Nadège Romer).

Première saison : octobre 2005 - juin 2006

Recrutement sur audition en juin et en septembre 2005

Contact : La Chapelle des Flandres
23 Grand'Place 59100 Roubaix

T. 03 20 73 18 94
chapelleflandres@nordnet.fr

www.lachapelledesflandres.euro.st
biscantor1
document de présentation : Biscantor.pdf
document pédagogique :  Biscantor_P_dago.pdf
30 janvier 2005

Coeli et Terra recrute

Cœli et Terra, chœur de chambre, a comme mission, à sa création en 1987, la restitution de la musique franco-flamande. Depuis, son répertoire s’est considérablement élargi avec le baroque (Monteverdi, Schütz, Du Mont, Lotti, Bach), le 19° siècle (Brahms, liturgies orthodoxes) et le 20° siècle (Poulenc, Martin). Son parcours a été ponctué de quelques 100 concerts et de 7 enregistrements de CD (voir la discographie).

Ses prochains grands projets sont, entre autres : 

  • aux côtés des solistes de Métamorphoses, restitution des messes méconnues de Josquin des Prés (à partir de 2005 ; un enregistrement fin 2005
  • aux côtés des solistes de Métamorphoses, interprétation du théâtre musical Nymphes des Bois (automne 2005)
  • production de deux programmes du 19° siècle : Chœurs profanes et sacrés de Mendelssohn, Brahms, Tchaïkovski, Strauss / Chœurs d’opéras de Verdi (à partir de mars 2005)

Répétitions principales: 12 WE dans l’année (samedi de 17h à 22h ; dimanche de 9h30 à 13h).

La diversification de ses activités a poussé Cœli et Terra à ouvrir trois nouveaux "pétales" :

  • en 2000 : la musique contemporaine (Cavanna, Bacri, Ohana, Riley, Vasks, Ligeti, Bourbon; nombreuses créations mondiales, nationales ou régionales ; collaborations avec divers partenaires, tels que Ars Nova); en 2005, ce pétale s’enrichit d’un atelier d’improvisation;
  • en 2001 : voix de femmes (romantiques allemands, Caplet, Roussel, Schmitt, Duruflé-Chevalier);
  • en 2005 : voix d’hommes (franco-flamand, romantiques allemands, Schmitt).

Répétitions : certains jeudis soirs, exceptionnellement certains vendredis soirs.

Pour toutes ces activités, Cœli et Terra RECRUTE, en nombre limité :

  • sopranos (en nombre très limité)
  • contraltos
  • contre-ténors
  • ténors
  • barytons
  • basses

NB1. Les chanteurs de Cœli et Terra peuvent choisir de participer ou non à certaines productions.

NB2. Les postulants au recrutement doivent être ou bons lecteurs ou capables de travailler seuls leurs partitions avant les répétitions, réservées à la mise en place harmonique et rythmique, et à l’interprétation.

Candidatures : les adresser, de préférence par courriel accompagné d’un CV musical à  Maurice Bourbon ou par voie postale à

La Chapelle des Flandres
recrutement Cœli et Terra
23 Grand’Place - 59100 ROUBAIX


Discographie de Cœli et Terra

BACH Intégrale des motets, a cappella - ARION, ARN 68305 (1994) - DIX DE RÉPERTOIRE

BACH Te Deum, chorals pour chœur et orgue  - CALLIOPE, CAL 9722 (2000)

MARTIN / VAUGHAN WILLIAMS Messes - STUDIO SM, D2868SM  62 (2000)

MONTEVERDI Madrigaux du IIIème livre  - ARION, ARN 68348 (1997)

SCARLATTI Messe de Madrid / MONTEVERDI Messe in Illo tempore - ARION,  ARN 68292 (1995)

OCKEGHEM Requiem, Messe de l'homme armé  - ARION, ARN 68149 (1991)

VIVAT ! Un demi siècle de chansons  roubaisiennes LE NON LIEU, LNL 0401 (2004)


    

 

10 octobre 2006

Refuser la misère à Lille

oct172Ce mardi 10 Octobre 2006 à 11 h 30 dans le Salon d'honneur de la Ville de Lille, mon amie Latifa Kechemir, adjointe au Maire déléguée à la lutte contre les exclusions, expliquera comment la bonne ville de Lille prend part à la journée du 17 octobre, i.e. la
Journée mondiale de refus contre la misère.

À Lille, cette grande journée commencera avec son « lancement symbolique » depuis l'hôtel de Ville, en présence des associations impliquées et des citoyens de la Ville. Durant la semaine, de nombreuses initiatives seront développées dans chaque quartier de la ville : repas solidaires dans les Mairies de quartier, découvertes des associations qui agissent au quotidien pour combattre les exclusions, rencontres des habitants pour échanger sur des thèmes liés à la solidarité... Un village associatif se tiendra également Place Rihour le Samedi 21 octobre de 10h à 16h, village dans lequel de nombreuses associations présenteront leurs actions quotidiennes pour combattre les exclusions, apporter aide et soutien aux personnes dans leur parcours d’insertion sociale et professionnelle.


15 avril 2006

Les Josephonies, à Roubaix

9156_fly_1er_maiL’église Saint Joseph, classée monument historique et située à Roubaix, au cœur du quartier de l’Alma en pleine mutation, accueille les Josephonies, festival vocal autour des musiques du monde. Ce festival débutera le 1er mai 2006 et comprend 4 dates clés : 1er Mai, 20 Mai, 17 Septembre, et 3 Décembre 2006.
Le festival des Josephonies est une initiative de l’association laïque des Compagnons de l’Église Saint Joseph, présidée par Véronique Lenglet, pour faire vivre culturellement le lieu toute l’année.
Les Josephonies débutent avec la journée du 1er Mai « Le festival du travail », moment de découverte et d’échange unique avec des chanteurs, cinéastes, travailleurs, artistes,…
Le festival du 1er Mai est un événement humain et artistique déjà mis en place depuis 2 ans, ayant lieu pour la 3ème année consécutive, mais il s’inscrit cette fois dans le festival des Josephonies.


Déroulement de la journée du 1er mai 2006 :

À partir de 14h
Démonstrations : illustrations et calligraphie gothique
Animation décalée
Projection

  • Film dédié aux travailleurs roubaisiens de Jérémy Moncheaux (2004)
  • Film « La marche des machines » d’Eugène Deslaw (1929)

Stands

  • Culture italienne
  • Souscription pour la publication d’un livre d’art et d’histoire sur St Joseph
  • Jeux flamands
  • Ateliers culturels des Josephonies
  • Collectif de l’Union

Toutes ces animations et expositions sont en accès libre tout au long de la journée

16h
Concert : Rituels mécaniques

  • 1ère partie : Mémoire du fil, spectacle vidéo théâtral par les anciens salariés de la Tossée
  • 2ème partie : Missa Ex Machina (création) de Maurice Bourbon par le chœur mixte Cœli et Terra

9156_fly_1er_mai__600x422_Située dans le quartier de l’Alma, et classée monument historique depuis juin 1993, l’église est une perle du style néogothique. L’intérieur est un véritable chef d’œuvre des arts décoratifs ; dorures et peintures polychromes ornent les murs, la nef et les colonnes. L’église offre une acoustique excep- tionnelle, propice aux concerts.
Au cœur de la future zone de l’Union  (le plus Grand Projet Urbain de la Mé- tropole depuis Euralille), le quartier de l’Alma profite aujourd’hui d’une dyna- mique visant à en faire un pôle de développement autour de l’image et des textiles innovants (implantation de bureaux et logements prévue). Bordé par le canal, il connaîtra dès 2008 la réouverture au tourisme fluvial.
Les Josephonies sont organisées en partenariat avec la ville de Roubaix, le Conseil général du Nord, Api restauration et l’agence « Quelle belle idée ! ».

Prix des places : 5 € en vente sur place
Renseignements : 06 68 60 39 79  - 03 20 11 16 97
Eglise Saint Joseph, 125 rue de France à Roubaix.


Contact Presse :
Alternative RP - Fabienne Lemaître
86 Avenue de la Marne  59700 Marcq en Baroeul
Tél : 03 20 98 59 36 / 06 86 78 49 53


22 novembre 2006

Nymphes des bois

afficheNdB
Avec

CŒLI ET TERRA - chœur
la CIE COQUELICOT - comédiens
Bogdan Nesterenko - accordéon


Nymphe des Bois est un spectacle à la mémoire de Josquin Desprez, le plus grand compositeur de la Renaissance.

Après la première à La Condition Publique de Roubaix en mai dernier,

DEUX REPRÉSENTATIONS en DÉCEMBRE 2006

Mardi 12 décembre 20H30 à WASQUEHAL
Salle Gérard Philipe (Résa. 03 20 01 08 20)   

Jeudi 21 décembre 20H30 à TEMPLEUVE
Eglise (Résa. 03 20 05 97 63)

Si vous avez manqué la première représentation de ce spectacle musical original, vous pouvez vous rattraper... Voici quelques photos de la première.

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6 novembre 2006

Toiles & voix

josdepres_recadr_x400 Chant
polyphonique
et peinture
flamande

au Palais des
Beaux Arts de Lille

Dimanche
12 novembre 2006

de 16h. à 18h.




  • 16 heures
    Visite guidée du Département du Moyen Âge et de la Renaissance du Palais des Beaux Arts de Lille

  • 17 heures
    Concert Josquin des Prés & Venise : Messes Mater Patris et Di Dadi par l'Ensemble vocal Métamorphoses, dir. Maurice Bourbon

Un hommage au grand maître de la polyphonie franco-flamande...

Josquin Desprez est à la fois un sculpteur et un architecte de musiques, et un grand mathématicien. Au service de l’émotion et du drame…
Sculpteur, il travaille la pierre de la musique vocale dans une infinité de phrasés, inventant sans cesse de nouveaux volumes: envolées lyriques, suspensions aériennes, ornements vertigineux, déclamations hachées...
Architecte, il mêle les lignes et combine les ensembles dans de magnifiques édifices.
Mathématicien par essence, il s’impose pour ses compositions des "canons", règles techniques obligées, comme c’était l’usage à l’époque dans la musique franco-flamande, d’une complexité qui ne fut égalée ensuite que, deux siècles plus tard, par Johann-Sebastian Bach.
 
La messe Mater Patris occupe une place à part dans les messes de Josquin, par l’emploi réitéré de passages simples homophoniques (une syllabe par note et simultanée dans toutes les voix), alternant avec les savants mélismes (entrelacements de vocalises) propres à l’auteur. Elle est construite sur le motet à 3 voix d’Antoine Brumel Mater Patris et Filia. Contrairement à la messe Di Dadi et à beaucoup d’autres messes de Josquin, elle n’est pas construite sur une teneur, et la voix de tenor est traitée comme les autres voix.
 
La messe Di Dadi, aussi appelée N’auray-je jamais parce qu’elle est construite sur le tenor d’un rondeau du même nom de Robert Morton, est dominée par l’emploi d’une teneur répétitive, confiée le plus souvent au tenor, et exceptionnellement, alors baissée d’une quarte, au bassus. Le terme Di Dadi signifie "des dés": le début de la voix de teneur est en effet le plus souvent illustrée par deux dés, donnant la proportion, évidemment variable d’un mouvement à l’autre, entre la pulsation de la teneur et celle des autres voix.
Fantaisie mathématique éblouissante... Au service de l’émotion et du drame: la messe Di Dadi présente deux moments exceptionnels, le qui tollis peccata mundi, dans le Gloria, magnifique errance dans le royaume des ombres, et la fin du Credo, à partir du Crucifixus, morceau d’anthologie de cinq minutes, d’une intensité et d’une tension sans cesse croissante qui jette l’auditeur, épuisé et haletant, devant la porte du monument suivant, le Sanctus.
 
« Josquin & Venise », titre de ce programme musical, nous a été inspiré par les relations qu’entretenait Josquin Desprez avec le célèbre éditeur vénitien Ottavio Petrucci. Jusqu’à la fin du XVe siècle, les œuvres musicales sont copiées dans des manuscrits à l’usage des cours et chapelles d’Europe. Précurseur de l’imprimerie musicale, Petrucci publie en 1502, 1504 et 1514 trois recueils de messes de Josquin, soit quinze des dix-huit messes du compositeur. Cet hommage est révélateur du talent et de la notoriété de Josquin de son vivant. Nombre de ces messes sont par ailleurs copiées dans plusieurs manuscrits. Mais les seules sources d’époque contenant les messes Mater Patris et Di Dadi sont les éditions Petrucci qui ont déjà publié en 1501, dans le recueil ‘Odhecaton’, le motet Mater Patris de Brumel, œuvre inspiratrice de la messe homonyme de Josquin. 
Métamorphoses emploie pour ce programme six chanteurs: un contre-ténor (Christophe Laporte), un ténor aigu (Vincent Lièvre-Picard), un ténor (Eric Raffard), un baryton (Christophe Gautier), un baryton-basse (Maurice Bourbon), une basse (Philippe Roche). Les deux messes sont écrites la plupart du temps pour 4 voix, parfois pour 2 ou 3, exceptionnellement pour 5 (Agnus 3 de la messe Mater Patris). Ce nombre permet aux chanteurs un certain confort, grâce aux relais qu’il rend possibles. Mais il autorise surtout des changements de couleurs bienvenus au service de l’interprétation et de la musique, comme par exemple dans l’alternance de quatuors opposés: l’un, dit plus léger, avec contre-ténor, deux ténors et un baryton, l’autre, dit plus lourd, avec un ténor en superius, deux barytons dans les voix centrales, et la basse en bassus. Toutes les voix sont tenues par des solistes, sauf occasionnellement, ici ou là, pour obtenir certains effets. C’est le cas en particulier de la teneur de la Di Dadi, toujours confiée à deux chanteurs. 
Souhaitons à l’auditeur qu’il partage notre plaisir... Plaisir de l’interprète, empreint de respect, d’avoir le droit d’évoluer au sein de ces pages magistrales...

Maurice Bourbon


Tarifs : 10€ / 5€ ; pré-achat possible aux caisses du musée.


15 novembre 2006

Dieu dans l'isoloir et Nicolas dans le confessionnal...

lib_rationLu la semaine dernière dans les pages Livres de Libération (9 novembre), l'article d'Olivier Wievorka, « Dieu est dans l'isoloir. Comment l'Église catholique a pesé au XIXe siècle sur le suffrage universel », qui présente notamment le dernier ouvrage d'Yves Déloye, jeune professeur de science politique à Paris1, Les voix de Dieu. Pour une autre histoire du suffrage universel : le clergé catholique et le vote. XIXe-XXe siècles. On y apprend par exemple comment le clergé manipulait les foules au nom du Dieu commun, allant jusqu'à condamner à l'Enfer les "mécréants qui votent mal"...
lemondeLu, quelques jours plus tard, dans Le Monde daté du 14 novembre, le point sur les propositions du projet législatif UMP tel que soumis aux conseillers nationaux du mouvement mené de mains de fer par le couple d'enfer Sarkozy/Fillon - où je lis, au chapitre de la politique familiale, "suppression de la dette pour les familles honnêtes mais surendettées"...

Le rapprochement de ces deux lectures s'impose à moi sans qu'aucune once de mon impertinence foncière et native n'y soit pour quoi que ce soit !
Beau mélange des niveaux de réalité, en vérité : le clergé du XIXe fricotait sévère avec la politique terrestre, le politique d'aujourd'hui et de demain fricote sévère avec la morale. Même confusion. Même amalgame.
Ce qui est très grave dans les deux cas, c'est d'abord la manipulation des foules, de la crédulité des foules. Et puis, que vient faire cette notion éminemment morale dans le discours de la technique politique ? Qui jugera de l'honnêteté de telle ou telle famille ? Un homme politique style Chirac, Pasqua et consort ? Quels seront les critères retenus pour évaluer l'honnêteté ? Le bulletin de vote ?

Bon, il est tard. Je viens d'un concert où l'ONL donnait pour les 40 ans des IUT la grande symphonie d'Olivier Messiaen. Superbe. Mais peut-être n'aurais-je pas dû rédigé ce billet avant de plonger dans les doux bras de Morphée ! Au lieu de rêver aux accents soit-disant indiens de Messiaen, je vais peut-être refaire ce cauchemar où l'Inquisition ...


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