Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
BRICH59
Publicité
4 août 2022

Indignons-nous jusqu'au bout, Monsieur le Ministre !

À l'adresse des députés français, le 2 août dernier, le ministre Dupond-Moretti s'écrie : "S'en prendre à un Juif, c'est s'en prendre à toute la République". Au passage, il aligne l'interdiction du boycott sur la lutte contre l’antisémitisme, confondant ainsi l'ensemble des personnes se réclamant de la religion juive (ce que certains appellent le "Peuple Juif") et l'État d'Israël. Une telle confusion entre Juif et Israélien est gravissime et répand insidieusement une fausse information : selon le bureau central des statistiques (CBS) israélien, la population juive vivant en Israël ne représente pas la moitié de l'ensemble de la population juive mondiale. L'équation Juif = Israélien ne tient pas et relève d'un parti-pris pour l'État d'Israël dans sa guerre colonisatrice contre les Arabes de Palestine. L'équation antisionisme (désaccord avec l'État d'Israël) = antisémistisme (racisme visant la population juive) ne tient donc pas davantage... Mais bon, restons-en là car je crois qu'il y a un dialogue de sourds sur cette question, dialogue de sourds gagné par ceux qui crient le plus fort. Par contre, rien ne nous interdit de pousser d'un cran l'indignation légitime du ministre Dupond-Moretti et écrions-nous, à l'adresse de la communauté internationale (dont l'État d'Israël, créé par cette communauté, fait partie) : "S'en prendre à un Palestinien en Israël, à un Ouïgour en Chine, à un Rohinga au Myanmar, s'en prendre à un réfugié en Europe, etc., c'est s'en prendre à toute l'Humanité".


 

Source: Externe

Publicité
13 mai 2021

JOSQUIN L'EUROPÉEN, le projet arrive à son terme... Encore un effort !

Inauguré avec un premier enregistrement intitulé Josquin & Venise paru il y a tout juste quinze années, le grandiose projet JOSQUIN L'EUROPÉEN consiste à offrir à l'écoute, en une dizaine de CD, l'intégrale des messes du grand polyphoniste que fut Josquin Desprez. Le site de La Chapelle des Flandres vous dit tout sur le projet et sur le dernier pas que l'équipe franchit en ce moment.

C'est pour le franchissement de ce dernier pas que l'équipe, dirigée par Maurice Bourbon, a besoin de vous : un appel à financement participatif est lancé depuis quelques jours et vous pouvez y participer ! Les contreparties sont intéressantes et le geste, de toutes façons, est un beau geste pour la culture !  Un beau cadeau à ceux qui aiment Josquin Deprez dont nous fêterons le cinq-centième anniversaire de la mort le 27 août prochain ! Si vous aimez Josquin et la musique vocale de la Renaissance franco-flamande, c'est cadeau pour vous ! Alors participez à l'aventure !

Flashez le code et vous en saurez plus ! flashcodeJosquin10

 

14 mars 2012

Quand les journalistes du Figaro écriront correctement...

figSarkozy prône le "droit à la formation" dit aujourd'hui lefigaro.fr - qui poursuit ainsi : Le chef de l'Etat a de nouveau défendu sa réforme de la formation. "Je veux un droit à la formation professionnelle quel que soit l'âge".

Le journal du Président sortant voudrait ainsi nous faire croire que cette idée d'un "droit à la formation professionnelle quel que soit l'âge" est sienne. Il se l'est peut-être appropriée - et c'est tant mieux bien qu'un peu tard -, mais en tous cas là n'est pas SA réforme. Cette idée d'un "droit à la formation professionnelle quel que soit l'âge" est vieille comme la Révolution Française et sa mise en oeuvre légale n'a pas moins de quarante ans passés, sa mise en oeuvre disons sociale datant du XIXème siècle !
Même que, depuis quelques années, les Européens - Français compris - appellent ça la formation tout au long de la vie.
Je crois que le Président sortant ne connaît ni l'histoire ni même la vie réelle actuelle de son pays qu'il dit pourtant tant aimer.
Non cette idée n'est décidément pas sienne. Lui appartient seulement la volonté de cacher le chômage par la formation - ce qui a été, il est vrai, la tentation de tous les gouvernements. Sauf que, derrière la manoeuvre, se cache la culpabilisation des demandeurs d'emploi en même temps que la réduction de la formation des adultes à un instrument de "politique" de l'emploi. Même le patronat va jusqu'à demander qu'on n'oublie pas les salariés qui doivent se former, le gouvernement ayant déjà largement piqué dans les caisses de la formation professionnelle des salariés (cotisations des entreprises), caisses gérées paritairement par les partenaires sociaux, patronat et syndicats de salariés ensemble.

Le journal du Président sortant poursuit en écrivant que La formation est l'un des sujets que le candidat a mis au coeur de son projet présidentiel. Il était temps ! Parce qu'avant il s'en foutait comme de ses dernières guignes (c'est pour ça qu'il y a mis la Nadine).

Suite : Il a annoncé que chaque chômeur recevrait une formation, à l'issue de laquelle il devra accepter le premier emploi proposé correspondant à cette formation. Culpabilisation dont je parlais tout à l'heure : grâce à la formation, tout sera résolu et, si rien n'est résolu, ce sera à cause de la faute du méchant chômeur de mauvaise volonté.

Fin : En cas de désaccord des partenaires sociaux, il soumettra, s'il est réélu, cette question à référendum.Populisme effreiné et justification a priori du vol dans la caisse des partenaires sociaux. Quoi qu'il en soit, le Roi d'Maubeuge déteste les partenaires sociaux - surtout quand ils ont du fric. Il aime leur mettre la pression. Il nous avait déjà fait le coup en 2008-2009 s'agissant des négociations qui ont fini par aboutir à la loi du 24 novembre 2009. En 2008-2009, il ne s'agissait pas de referendum (en ce temps, on sait ce que le roi d'Maubeuge faisait de la vox populi...), mais juste de l'initiative de l'exécutif brandie comme une menace. J'avais fait un schéma (arrêté en décembre 2009).

Bref, on pourrait à loisir démonter la rhétorique du Figaro et montrer comment l'organe de presse malmène la réalité et la vérité à des fins partisanes. Mais qui croit encore le Figaro ?


17 novembre 2011

Gaudeamus ! Un concert JOSQUIN DESPREZ

AfficheGaudeamusLille_petit.

L’association La Chapelle des Flandres organise un concert pour fêter le lancement du dernier enregistrement de  Maurice Bourbon consacré aux Messes La sol fa re mi et Gaudeamus de Josquin Desprez (1450-1521) .

Pour ce lancement, les trois ensembles vocaux dirigés par Maurice Bourbon sont  mobilisés : Métamorphoses, Coeli et Terra et Biscantor !

Après Josquin & Venise, Josquin & Cambrai et Josquin & Rome 1, voici donc Josquin & Rome 2 .

.


Gaudeamus ! Un concert
dimanche 27 novembre 2011, 17h.
Notre-Dame de Consolation
Rue Colbert, LILLE


tarif normal : 13€ (10€ en prévente auprès d'un chanteur)
tarif réduit : 8€ (seniors, étudiants, demandeurs d’emploi)
enfants moins de 16 ans : 5€


27 novembre 2023

Les violences policières, condition des personnes exilées

Nous ne sommes là ni sur le registre des faits divers (aussi dramatiques soient-ils) - faits divers recouverts, ensevelis, enterrés sous les commentaires infinis plus ou moins spécieux voire carrément fallacieux - ni sur celui de la dénégation gouvernementale systématique. Ce sont des "faits" (sur cette notion de "fait", lire absolument le dernier ouvrage publié par Géraldine Muhlmann*) : les violences policières existent. Pas juste un fait ("la violence policière existe"), mais des faits délivrés sous forme de récits, de témoignages directs, de signalements documentés, autant de "données" compilées par le Collectif Accès au Droit, créé en début de cette année, "association qui milite pour l’accès au droit des personnes qui en sont exclues".

"Nul n'est censé ignorer la Loi" proclame un adage fameux sinon fumeux dans la mesure où il repose sur une fiction juridique. Peut-être faudrait-il préférer un autre adage : nul n'est censé ne pas avoir accès au Droit. Nombreuses sont les associations citoyennes qui approchent les "personnes exclues" pour donner corps à cet adage-là. Et, de fait, les personnes exilées sont trop souvent, dans notre beau pays des Droits de l'Homme, comme déchues de leur humanité, de ce qu'elles ont en commun avec moi, avec toi, avec vous, avec nous, avec nous tous...

Nul n'est censé ne pas avoir accès au Droit, donc. Un adage qui devient un impératif catégorique (comme aurait pu dire Kant) quand on constate que le Droit est bafoué par l'État lui-même, dont le chef, le président de la République, doit veiller au respect de la Constitution qui fonde l'État en Droit. Le chef de l'État assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics... Bref, la constitution affirme que le président de la République incarne l’autorité de l’État. Mais cette incarnation prend assez souvent le visage de ce qu'on appelle "les forces de l'ordre" - ces dernières étant composées de l'ensemble des agents chargés de faire régner l'"ordre public" et de "faire appliquer la loi". Une République bienveillante ne devrait donc pas supporter que des personnes, sur son territoire, n'aient pas accès au Droit, voire soient victimes d'un rejet hors de la sphère juridique. Une République cohérente ne devrait pas supporter que les forces de l'ordre pratiquent continûment des violations du Droit, à plus forte raison à l'encontre des personnes en situation de fragilité existentielle extrême.

C'est pourtant ce qu'on observe depuis de trop nombreuses années. Du haut de mes 69 ans, ma mémoire est intacte de l'indigne assaut de l'église Saint-Bernard de la Chapelle, dans le quartier de la Goutte-d'Or le 23 août 1996. Le tollé avait été général dans la population, à la mesure de la brutalité, de la sauvagerie des "forces de l'ordre" dirigées par un certain Jean-Louis Debré (qui présida ensuite la représentation nationale puis le Conseil Constitutionnel [!]) : portes de l'église brisées à la hache, etc. pour déloger quelque deux cents Africains sans papiers (hommes, femmes et enfants) hébergés là par la prêtrise humaine trop humaine de Saint-Bernard depuis quelques semaines (depuis la fin du mois de juin).

CAD2023

Qui a oublié la brutalité des "forces de l'ordre" sur la place de la République en novembre 2020 ? "Il y a 3 ans, les violences quotidiennes que vivent les personnes exilées à Paris ont été mises au grand jour lors de l'évacuation brutale d'un campement de 500 tentes place de la République, entraînant des condamnations au plus haut niveau de l'État" (p.2). C'était le 23 novembre 2020 et, comme pour fêter ce triste anniversaire, le Collectif Accès au Droit publie, le 23 novembre 2023, un rapport d'enquête : La condition des personnes exilées à Paris. 8 années de violences policières et institutionnelles. 2015-2023. Le collectif "mène un travail d'observation des expulsions et des violences policières commises à l'encontre des personnes exilées à Paris et dans sa proche périphérie, avec la triste conviction que l'approche des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris va accélérer ces pratiques et ce nettoyage social de l'espace public" (p.2). Je te passe, attentif lecteur, le détail statistique de tous ces méfaits, tout est dans le rapport. Pour le Collectif, "ces violences constituent [...] la condition des personnes exilées à Paris. On ne peut les comprendre que dans leur dimension systémique, dans un continuum de violences institutionnelles qui entrave l'accès à leurs droits les plus fondamentaux. [...] Les condamnations des collectifs citoyens, des associations, de chercheur-ses ou encore d'institutions sont unanimes. Pourtant, la situation continue de se dégrader, et la seule réponse apportée est une logique sécuritaire et un tri des vulnérabilités, qui en définit des bonnes et des mauvaises, des légitimes et des illégitimes, dans le plus grand mépris des principes humanitaires et de l’inconditionnalité de l’aide. Pire encore, elle se double d’entraves et d'attaques qui visent le travail des habitant-es, des collectifs et des associations. Nous avons ainsi recensé de multiples témoignages de contrôles, d'amendes contre ces dernier-es, jusqu’au récent arrêté anti-distributions alimentaires (octobre 2023) que la justice a fini par suspendre" (p.4).

On touche là du doigt les manifestations du conflit entre fonction d'"ordre" et fonction de justice - antagonismes qui laissent penser que les "forces de l'ordre" adoptent une politique du harcèlement. Les juges des Tribunaux Administratifs, par exemple, ont beau casser les arrêtés préfectoraux, l'État dans sa définition policière émet comme par routine les mêmes interdictions. Ce faisant, les forces de l'ordre harcèlent non seulement les victimes des interdictions, mais aussi les tribunaux qui auraient bien d'autres chats à fouetter (les "forces de l'ordre" ne se plaignent-elles pas des lenteurs de "la justice" ?).

cad3-2

À un autre niveau, les militants associatifs enregistrent les récits de personnes exilées faisant état d'un harcèlement policier très concret, très factuel (p.9, 14, 22, 30sq., 34, 38 et 44).

Qu'on soit à l'étage administratif ou au rez-de-trottoir, toujours ce penchant marqué pour le harcèlement, là en direction des magistrats, ici en direction des personnes exilées (qui, du coup, n'osent plus chercher à accéder à leurs droits) et de celles qui veulent les aider dans leur légitime quête du Droit. Le harcèlement peut-il constituer une politique de l'ordre ? Le harcèlement comme pratique d'intimidation des plus vulnérables, avec, en ligne de mire, l'arme de dissuasion que peut être l'OQTF. Harcèlement-dissuasion pour dissuader les vulnérables d'accéder à leurs droits, mais aussi pour décourager les associations citoyennes qui luttent pour l'accès inconditionnel au Droit...


* "À l’heure d’un tout-info bavard et abêtissant, il faut en revenir au fait, matière première du journalisme et de la pensée, plaide la philosophe Géraldine Muhlmann dans un livre stimulant", écrit Thomas Legrand (Libération du 23 novembre). Il s'agit de Pour les faits, édité par Les Belles Lettres (158p.- ISBN 978-2-251-45508-2 - 9,90€) sorti en octobre dernier.


 

Publicité
29 juillet 2020

Récapitulations et compléments...

 À propos du mythe d'Er, 15
(épisode précédent)

Épisodes 12 à 14

 

récapAinsi le détour, que d’aucuns jugeront prolixe et sans intérêt, mais que nous avons effectué dans le but de chercher le sens des mots qu’emploie Platon pour nous présenter le personnage d’Er, ce détour nous a permis de mieux cerner ce personnage que les critiques ont, dans l’ensemble, laissé dans l’ombre d’un hasard postulé. À l’inverse, nous avons posé comme principe de lecture que chaque mot a une véritable charge sémantique et apporte au texte sa part de déterminations. Ainsi l’analyse du jeu de mots qui ouvre le mythe nous a laissé entrevoir l’intention de Platon, l’optique où il se place en écrivant le mythe d’Er, et, en même temps, la complexion générale de la personnalité d’Er. Puis, nous attachant à la détermination d’Er comme ἀνήρ, nous avons vu ce qu’Er a de commun avec l’"évadé de la caverne". Dans un troisième temps, nous avons pu noter comment la détermination d’Er comme (bon) guerrier lui octroie la qualité de (bon) citoyen. Ensuite, nous avons découvert que son nom désigne et atteste sa fonction. Enfin, une courte analyse de son origine nous a conduit à l’affirmation, renouvelée, de la virilité comme qualité essentielle de notre personnage. Si jamais notre principe de lecture ne suffisait pas à justifier notre enquête préparatoire sur le personnage d’Er, les résultats de cette enquête pourraient à eux seuls manifester a posteriori la raison d’être et, disons-le, la nécessité d’une telle recherche.

Épisodes 4 à 9

Quant au mythe lui-même, c’est-à-dire au récit de ce qu’Er a fait, vu et entendu "là-bas", nous l'avons contextualisé dans la globalité de la problématique eschatologique platonicienne, pour enfin en dévoiler la structure. Il s'est avéré, lors de l'épisode 5, que celle-ci est "poréïologique" : le récit que fait Er est celui d'un voyage.

Ceci dit, il est impropre de parler directement de mythe : c’est seulement après que le récit d’Er est terminé que Socrate parle de mythe (Rép.X, 621b8 sqq.). Avant qu’Er ait pris la parole (en fait, c’est Socrate qui dit ce qu’Er a dit : il s’agit d’un discours indirect), Socrate parle d’un récit (ἀπόλογος) : "dès qu’il fut revenu à la vie", dit Socrate, "[Er] dit [ἔλεγεν] ce qu’il avait vu là-bas" (Rép.X, 614b7-8). Pour que l’on sache bien que c’est, en fait, Er l’auteur du récit, Socrate parsème le rapport qu’il en fait de verbes tels que λέγειν (ib. 614b7 donc, mais aussi 615c2 et 616d2 : ἔλεγεν), φάναι (ib. 614b8, 615a6, 615c5, 615d2 et 619b7 : ἔφη), διηγεῖσθαι (ib. 615c4 : διηγεῖτο. Sur la διήγησις, cf. Rép.III, 392c6-398b9 où Platon distingue la διήγησις en général [ce que dit le poète et le "mythologue", en tant que forme du discours, λέξις] et la ἁπλῆ διήγησις [sorte de λέξις, elle s’oppose à la μίμησις, parce que le poète y parle en son nom propre]. Cf. aussi G.Genette, "Frontières du récit", dans Communications, Seuil, Paris 1966, 8, p.152 et suivantes. D’autre part, il faut remarquer que, dans notre texte, διηγεῖσθαι est aussi employé pour désigner l’activité des âmes lorsqu’elles se font entre elles le récit de leur voyage de mille ans [614e6 et 615a4]. Ce récit est dû au souvenir d’un "vécu" récent [cf. 615a1 : ἀναμιμνῃσκομένας]. Enfin une dernière occurrence de ce verbe semble signifier que la διήγησις implique la longueur du récit détaillé, alors que la φάσις [de φάναι] désignerait un récit qui ne livre que l’essentiel [615a4-6]) et enfin ἀγγέλειν (Rép.X, 619b2 : ἤγγελλε. Ce passage est un rappel de 614d1-3), verbes dont le sujet grammatical est toujours Er.

Ainsi le récit d’Er se situe entre la partie qui le prépare et celle où il est appelé "mythe" par Socrate. Il semble donc que ce soit ce récit qui permette le passage d’ἀπόλογος à μῦθος (Pour L.Robin [qui contrevient ici à sa règle de traduction énoncée op.cit. p.XVII] et L.Saint-Michel, il semble qu’il n’y a pas de passage, puisqu’ils traduisent ces deux termes par un même mot [L.Robin donne "récit", et L.Saint-Michel "histoire"] - ce qui est tout à fait injustifié). Mais ici il faut distinguer, dans ce qui sépare les deux parties (préparatoire et concluante), ce qui relève du récit d’Er et ce qui en constitue le commentaire par Socrate. En effet, le récit d’Er est coupé à deux reprises par des paroles que Socrate prononce non plus exclusivement en tant que rapporteur du récit, mais en tant que sage qui réfléchit sur la signification philosophique de ce récit (Rép.X, 618b6-619b1 et 619d7-e5 ; nous verrons dans un prochain épisode le statut d'exégète de Socrate). Cette structure n’est pas sans rappeler celle du mythe eschatologique du Gorgias (523a1-527e7) dont le plan se laisse déterminer par l’alternance du mythe et du commentaire. Mais, si dans ce mythe l’alternance ne laisse subsister aucun ambiguïté, dans notre texte de la République, il est un passage où le récit et le commentaire semblent s’entrelacer, se mélanger (Rép.X, 619b7-d7). D’autre part, alors que dans le Gorgias l’alternance est constitutive de la structure, dans la République elle n’est ni assez nettement marquée, ni suffisamment répétée pour cela. C’est donc à un autre type de critère que nous devrons recourir pour dégager la structure de notre texte. Tout ce que nous savons, c’est qu’il y a deux hors-récit (ib. 614b2-8 et 621b8sqq.) et que le récit est coupé par le commentaire de façon plus ou moins marquée.

Il s'est avéré que la structure du mythe d'Er est "poréïologique" (néologisme construit sur le terme πορεία, voyage), avons-nous dit : le récit que fait Er est bien celui d'un voyage. Et c'est grâce à une analyse des verbes de mouvement, que nous avons pu restituer la structure du mythe, lors de l'épisode 9.

Épisodes 10 et 11

Il y a dans le récit que fait Er un moment très particulier qui conduit à un paroxysme puissant, le moment où l'on évoque le sort d'Ardiée, tyran absolu. Nous avons vu comment ce moment peut être considéré comme l'une des clés de voûte du mythe d'Er. Il y aura d'autres clés de voûte !

Épisode 3

Relisant un vieux document (soutenu en 1894 et publié en 1896), nous avons inauguré une série de relectures ou tout simplement de lectures centrées sur notre mythe...

Les prochains épisodes seront consacrés à :

  • ce que voit toutes les âmes, dans le lieu "pan-oramique" (Rép.X, 616b1 sqq.) ;
  • la distribution des rôles entre les acteurs de ce qui s'y joue, sachant que nous avons commencé ce travail en présentant le narrateur (épisodes 12 à 14) ;
  • les trois grandes fonctions de notre mythe : guerrière, religieuse et politique ;
  • enfin, comme en annexe disséminée, quelques lectures et relectures qui donnent plusieurs point de vue sur le mythe d'Er.

(épisode suivant)


 

 

2 avril 2020

Eschatologie platonicienne, 1 : assemblage textuel

À propos du mythe d'Er, 5
(épisode précédent)

Nous avons vu à la fin du précédent épisode, que quatre textes principaux permettaient de dresser un tableau complet de l'eschatologie platonicienne :

  1. Gorgias 523a1-527e7 ; cf. aussi 492e7-493d4.
  2. Phédon 107d5-115a3 ; cf. aussi 80d5-82c1.
  3. République, X, 614b2-621d3 ; cf. aussi I, 330d4-331c1.
  4. Phèdre 246a3-249b6.

La fin de l'Apologie de Socrate (40c4-42a5) peut être prise en considération, avions-nous précisé.
Les quatre textes principaux sont listés ici dans l'ordre chronologique de leur écriture, chronologie relative admise par l'ensemble de la critique semble-t-il.
Tentons une analyse comparée des structures de ces textes.

Le premier des quatre mythes eschatologiques est celui du Gorgias. Si la date de ce dialogue ne fait pas l’unanimité, tous les critiques reconnaissent qu’il ne peut être qu’antérieur aux trois autres dialogues qui contiennent les mythes eschatologiques. La structure de ce mythe est déterminée par le jeu de l’alternance entre le mythe proprement dit et le commentaire. En effet, après une courte introduction (523a1-3), vient la première partie du mythe (523a3-524a7), où nous sont présentés la loi du temps de Cronos et le discours réformateur de Zeus ; suit le premier commentaire (524a8-d7) qui travaille à une définition de la mort. Le mythe reprend avec le jugement des âmes (524d7-525a7), interrompu par un deuxième commentaire qui traite des châtiments (525b1-c8) et de la puissance politique (525d1-526b4). Le mythe s’achève avec la suite du jugement des âmes (526b4-d2). Enfin Socrate tire la leçon pratique du mythe (526d3-527a4) et conclut sur les raisons de croire à ce dernier (527a5-c7). On le voit, ce mythe est exclusivement et entièrement consacré au jugement des âmes et à l’exécution des sentences prononcées par les juges qui sont nommés (Éaque, Minos et Radamanthe, conformément à la tradition ; à noter que l'Apologie de Socrate, antérieure au Gorgias, ajoute un quatrième juge, Triptolème, sans qu'on sache trop pourquoi, sachant que, sur certains vases attiques, Triptolème siège à la place de Minos).

C’est après le Gorgias et avant la République que semble se placer le Phédon. Ici la structure du mythe est différente. Elle n'en est pas moins manifeste et équilibrée : en effet, le mythe se divise en quatre grandes parties dont les deux extrêmes sont proprement eschatologiques, et les deux centrales géographiques. La première partie (107d5-108d3) nous parle du chemin d’Hadès (107d6-108a6) et montre la différence qu’il y a entre le chemin parcouru par une âme juste et celui parcouru par une injuste (108a 6-d3). La seconde partie contient une description de la terre (108d4-111c2) et la troisième de ses régions intérieures (111c3-113c8). Enfin la dernière partie détaille les différentes sortes de salaires que reçoivent les âmes dans l’au-delà (113d1-114c6). Le mythe est suivi d’une conclusion sur son utilité morale (114c6-115a3). À la différence du Gorgias, le Phédon ne parle qu’à peine du jugement même des âmes, mais s’attache surtout à décrire les lieux où les sentences de ce jugement seront exécutées – d’où les parties géographiques du mythe.

charon fantômatiquePour la fin de la République, les choses sont plus complexes, notamment à cause d'un système narratif double. Socrate n'y est plus le seul à parler. Il doit en effet se faire porte-parole d'un homme, Er le Pamphylien, qui était mort sur un champ de bataille mais ressuscita et "raconta ce qu'il avait vu là-bas", c'est-à-dire au royaume des morts (614b8). On se trouve donc avec un témoin direct de ce qui se passe dans la mort, et dont Socrate rapporte le récit. Et la difficulté venait du fait que l'âme du témoin faisait un bout de route avec les autres âmes, mais sans jamais leur être mêlée. Pour notre mémoire soutenu en 1977, nous avions donc dû, pour nous y retrouver, construire une analyse des verbes de mouvement mobilisés dans le texte du mythe d'Er. Nous aboutissions à trois classes de verbes : tout d’abord les verbes dont le sujet est la totalité des âmes, celle d’Er comprise ; ensuite ceux qui ont pour sujet la totalité des âmes mais celle d’Er exclue ; enfin ceux qui indiquent un mouvement de l’âme d’Er seulement. Cette analyse nous avait permis, entre autres, de reconstituer la structure eschatologique du mythe en trois phases successives.

  1. La première phase de l’itinéraire est constituée d’abord par le voyage qui conduit au lieu du jugement et ensuite par ce qui se passe en ce lieu, où se déroulent trois sortes d’évènements : premièrement le jugement des âmes (et l’octroi à Er de sa mission) ; deuxièmement le départ de ces âmes, qui coïncide avec l’arrivée d’autres âmes jugées mille ans auparavant ; troisièmement l’assemblée générale de ces âmes dans la prairie où elles racontent leur voyage de mille années.
  2. La deuxième phase est constituée d’abord par le voyage qui, ayant la prairie pour point de départ, conduit à cette lumière que les âmes avaient déjà aperçue au cours du voyage précédent ; ensuite par ce qui se passe en ce lieu où elles sont arrivées. Il s’y passe deux choses bien distinctes : premièrement la vision du fuseau de Nécessité, deuxièmement le choix avec ses préparatifs et son contexte philosophique.
  3. La troisième phase est constituée d’abord par la confirmation du choix, puis par le retour au monde du devenir.

Après le Gorgias, le Phédon et la République, vient le Phèdre. Le mythe qu’il nous propose est différent des trois autres en ce qu’il ne paraît pas de prime abord eschatologique : il s’agit de "se faire une conception vraie de la nature de l’âme, tant divine qu’humaine". C’est pourquoi Socrate commence par donner une image de l’âme (246a3-d3) ; ensuite il parle de la procession céleste des âmes (246d3-247c2) puis décrit ce qui se passe dans le "lieu supracéleste"(247c3-248a1) et montre ce qu’il arrive aux âmes non divines lorsqu’elles tentent d’y accéder (248a1-c2) ; enfin c’est le "décret d’Adrastée" qui constitue le passage proprement eschatologique du mythe (248c2-249b6). Il reste que ce passage est préparé par ce qui le précède, de même que l’eschatologie platonicienne dans son ensemble repose sur cette préparation. En d’autres termes, l’eschatologie platonicienne tient ses fondements dans la doctrine platonicienne de l’âme et, plus profondément, dans l’épistémologie platonicienne. Bref, le Phèdre nous présente, selon l’heureuse expression de L.Robin (dans l'introduction à son éd. et trad. du Phèdre de la collection Budé, p.LXXXVI ; voir aussi son Platon, p. 137), "une double eschatologie" dont la première partie s’intéresse à la vie "pré-humaine", et la deuxième seulement à sa vie "humaine", c’est-à-dire une fois le cycle vie-mort commencé.

Voilà comment peuvent s'assembler les quatre textes eschatologiques de Platon. Cet assemblage n'est pas sans poser questions. Notamment au sujet des différences constatables d'un texte à l'autre. Également au sujet d'une évolution présumée de la pensée eschatologique platonicienne pendant la vingtaine d'années qui sépare l'écriture du Gorgias et celle du Phèdre.

(épisode suivant)


 

1 avril 2020

Sur l'eschatologie

À propos du mythe d'Er, 4
(épisode précédent)

 

académie françaiseL'eschatologie, disait la huitième édition du Dictionnaire de l'Académie française (1932-1935), s'intéresse aux "idées, doctrines théologiques ou philosophiques relatives à la destinée de l'homme après la mort". L'édition suivante (t.1, 2005 ... t.4 en cours) précise ceci :

Composé d'eschato-, du grec eskhatos, "qui se trouve à l'extrémité, dernier", et de -logie, du grec logos, "discours, traité". Partie de la philosophie ou de la théologie qui étudie les problèmes posés par les fins dernières de l'homme et la fin du cosmos tout entier. L'eschatologie des Évangiles traite de la fin du monde et du jugement dernier.

Une telle définition est fort restrictive. Elle ne prend en compte que l'eschatologie biblique, et ne fonctionne que pour les trois grandes religions du Livre. Ces religions ont la particularité, par rapport aux autres religions notamment les religions grecques, d'inscrire la vie de l'homme dans une histoire linéaire, celle du Monde dans son ensemble. L'eschatologie judéo-chrétienne par exemple implique une Apocalypse, une fin du Monde tel qu'il est maintenant, une fin marquée par l'avénement d'un Messie. À l'intérieur de ce temps messianique, l'individu pense sa mort comme lieu du jugement et du châtiment/récompense... L'individu mort, son âme est "condamnée" à rejoindre telle ou telle région de l'Au-delà en fonction de son comportement, de sa piété et/ou de ses péchés, etc. On pourrait analyser et distinguer les différentes religions en fonction de l'articulation qu'elle organise entre ces deux aspects de l'eschatologie, destin post mortem de l'individu et fin du monde.
Très tôt, du moins aussi loin que l'on peut remonter, les Grecs pensent que l'âme, le souffle (psychè) continue de vivre une fois que le corps est mort. Notons au passage que tout cela postule un dualisme net entre le corps et l'âme. Chez Homère on trouve maintes scènes se déroulant dans l'au-delà, maints discours évoquant ou décrivant cet au-delà. On y voit par exemple Achille se lamenter... C'est le versant "destin post mortem de l'individu" qui s'impose. L'aspect "fin du monde" est passé sous silence pour la simple raison que, chez les Grecs, le monde n'a pas de fin. C'est un monde cyclique, le temps de l’histoire est cyclique. Voyons comment Platon explique ça.

 

cercle"À intervalles réglés" (Platon, Timée, 23a7), un cataclysme survient qui ne laisse survivre que quelques hommes "illettrés et incultes" (Ibid. 23a8-b1). Ces hommes ont quelques souvenirs de l’époque antécataclysmique, époque où le niveau de civilisation était élevé. À la suite de ce cataclysme, ce niveau brusquement chute ; il ne reste du logos de l’époque antécataclysmique que des bribes, des miettes, des éclats ; ce sont les mythes à leur état premier, que les poètes bientôt vont recueillir (plus ou moins) pêle-mêle. Donc, premier temps de l’époque postcataclysmique : les mythes en miettes ; deuxième temps : la poésie comme recueil plus ou moins organisé de mythes. Le troisième temps est celui de la théologie, réflexion (encore mythique) sur la poésie mythique (Cf. V.Goldschmidt "Theologia", Revue des Études Grecques, LXIII, 1950). Ensuite vient le temps des (sept) sages, dont la sophia est une production de préceptes moraux tirés de la théologie. À un certain moment, cette sophia devient l’occasion d’un conflit. D’un côté, la sophistique considère le fond de la sophia – qui est "doxa" – comme la totalité transparente du logos, du vrai. De l’autre, la philosophie (Socrate) considère ce fond comme insuffisant et ressent la nécessité de la dialectique comme propédeutique en vue du logos. Enfin vient Platon, qui poursuit l’entreprise socratique préparant l’avènement du logos dans sa transparence.

S'il y a bien une tension, une progression vers un avènement, il ne s'agit pas de l'avènement d'un Messie "qui jugera les vivants et les morts dans son avènement glorieux, et dans l’établissement de son règne" (Deuxième épître à Timothée, 4,1, trad. Lemaistre de Sacy, 1855), mais de celui du logos, de la raison philosophique. Il ne s'agit pas d'un avènement au sens d'une apparition (le grec dit ἐπιφάνεια, 'épiphanie'), mais d'un avènement progressif, obtenu de haute et longue lutte. Il ne s'agit pas d'un moment unique d'apocalypse et de "jugement dernier", mais d'une période de déploiement de la raison.
Pour comprendre la doctrine eschatologique de Platon, il convient de commencer par ce qui se passe avant et pendant le premier assemblage âme-corps, à l'occasion de la première naissance. Puis seulement après, on peut engager la grande eschatologie. Selon l’heureuse expression de L.Robin (dans son éd. et trad. du Phèdre de la collection Budé [1933], p.LXXXVI ; et dans son Platon [1968], p.137sq), "une double eschatologie" dont la première partie s’intéresse à la vie "pré-humaine", et la deuxième seulement à la vie "humaine", c’est-à-dire une fois le cycle vie-mort commencé.
Quatre textes principaux :

  1. Gorgias 523a1-527e7 ; cf. aussi 492e7-493d4.
  2. Phédon 107d5-115a3 ; cf. aussi 80d5-82c1.
  3. République, X, 614b2-621d3 ; cf. aussi I, 330d4-331c1.
  4. Phèdre 246a3-249b6.

On peut leur adjoindre la fin de l'Apologie de Socrate (40c4-42a5).

(épisode suivant)


 

20 avril 2017

Les 500 mots métiers. Bibliothèques, archives, documentation, musées

Une porte d'entrée lexicale dont les professionnels tireront grand profit

couvLe premier mérite de ce lexique est de couvrir les quatre écosystèmes du document, ceux que Suzanne Briet, par exemple, avait déjà regroupés en marquant la convergence du trio « A, B, M : Archives, Bibliothèques, Musées » vers la documentation. Quant au Palais mondial de Paul Otlet, ce « fondateur » qui pointa si finement les ambitions des métiers de la documentation (qui sont toujours aujourd'hui les nôtres), n'était-il pas tout à la fois centre d'archives, bibliothèque et musée ?

Aux temps d'Otlet et de Briet, la question se posait en termes dynamiques (convergence chez Briet, évolution en synthèse chez Otlet). Aujourd'hui, on peut légitimement faire l'hypothèse que les quatre métiers forment bel et bien un vaste chantier cohérent - quand bien même une telle cohérence se dissimule sous un plus ou moins joyeux fatras d'innovations métiers, de secousses technologiques et de révolutions managériales. Nos professions ne se retrouvent-elles pas régulièrement depuis des décennies pour se questionner mutuellement sur ce qui les distingue et/ou les réunit, employant pour ce faire un langage commun ? Bref, mêler, comme font Jean-Philippe Accart et Clotilde Vaissaire-Agard, les quatre métiers pour en dresser l'inventaire lexical est du meilleur aloi, dans la mesure précisément où il permettra au professionnel de l'archive de se familiariser avec le langage du professionnel de la bibliothèque, par exemple, participant ainsi concrètement au tissage de la cohérence dont nous parlions.

Le second mérite de l'ouvrage est précisément d'être un lexique, c'est-à-dire un recueil de termes mais un lexique à jour, proposant pour les termes utiles à nos métiers des définitions précises et contextualisées. La sociologie des professions a toujours mis en avant, à juste titre, le rôle structurant de la terminologie professionnelle. Cet ouvrage constitue ainsi une porte d'entrée lexicale dont les futurs professionnels tireront grand profit, leur permettant de se familiariser avec la terminologie de la profession où ils entrent. C'est seulement ensuite que, spécialisant et affûtant leurs pratiques, ils iront chercher les lexiques plus pointus. De tels outils existent. Ce qui manquait, c'est ce socle lexical que constitue Les 500 mots métiers.

Le troisième mérite de ce recueil de mots-métiers est son traitement du multilinguisme. Les auteurs ne sont pas tombés dans le piège grossier de l'anglicisation globalisante aussi stupide que violente que nous connaissons, hélas, depuis quelques années, voire quelques décennies dans nos métiers. Les lemmes sont français et les auteurs proposent systématiquement les équivalents extralinguistiques après le lemme (en l'occurrence anglais, allemand). Les entrées en langue étrangère sont par ailleurs regroupées par ordre alphabétique en annexes - ce qui permettra à nos cousins germanophones ou anglophones de se frayer un chemin dans ce dédale linguistique fort riche d'où émergera peut-être une certaine idée francophone de nos métiers mais où le respect linguistique laissera de toute façon le champ libre à la fructifiante activité qui consiste à « penser entre les langues ».


 Note rédigée pour l'ADBS [pdf]

3 février 2011

Salon régional des métiers et de la formation tout au long de la vie

Les professionnel(le)s de l'information et de la documentation seront au Salon des métiers qui se tient à Lille du 10 au 12 février prochain. Petit avant-goût en cliquant sur l'image ci-dessous :

imageSALON

Reste que rien ne remplacera jamais le contact humain et le dialogue chaleureux, avec des enseignants de l'UFR IDIST de Lille3, des documentalistes de la Région Nord-Pas de Calais et des membres de la délégation régionale de l'ADBS.

À bientôt !


8 septembre 2008

Adieu "Thésaurus ou Thesauri" ! Vive le "Thésauro-annuaire" !

Mes étudiants de la formation initiale et mes stagiaires de la formation continue connaissent l'outil que j'ai confectionné à leur intention. Dans le cadre de la formation à la pratique d'indexation avec thésaurus, il est indispensable de s'y coller et d'indexer des documents présentant telle ou telle particularité ayant un impact sur leur indexation, voire d'indexer à la volée juste pour s'entraîner. Depuis une quinzaine d'années, on voit apparaître des thésaurus sur le web, soit tout seuls (et, dans ce cas, ils peuvent être directement manipulables en ligne ou bien il faut télécharger le(s) fichier(s) en .doc, .rtf, ou .pdf, voire en .xml) soit adossés à une base de données. Bref, plutôt que de m'imposer le transport d'un nombre important de thésaurus dans leur édition papier, j'avais pensé qu'il était plus commode - pour mes petits bras - de se connecter...
Cet annuaire de thésaurus francophones et gratuits a d'abord été hébergé chez Mylinea - que je remercie sincèrement. Mais l'irruption de la pub envahissante 1(les fameuses "annonces Google" et l'inévitable popup, que semble imposer le modèle économique de la toile marchande), les réglages des pare-feux scolaires (dictés par le principe de protection que l'Institution doit aux "jeunes gens", comme on disait dans le temps) et quelques bugs m'ont incité à rapatrier cet outil pédagogique et technique sur ce bon vieux Tard-Bourrichon - qui n'existait pas lorsque j'ai construit l'annuaire dans sa première version.

Bref, vous allez sur Tard-Bourrichon.

Quand vous arrivez sur la page d'accueil, vous trouvez le pavé d'orientation.

Quand vous passez sur la case INFORMATION DOCUMENTATION, elle se déplie et vous propose (en fin de liste) l'accès au Thésauro-annuaire. Comme ça :

2

Arrivé dans à la page d'accueil du Thésauro-annuaire, vous trouverez, à ce jour, de quoi visualiser 49 thésaurus manipulables en ligne, 30 thésaurus adossés à des bases de données bibliographiques et 30 thésaurus téléchargeables - ce qui ne signifie pas que le Thésauro-annuaire pointe 109 thésaurus (ou thesauri), puisque certains sont et manipulables en ligne et téléchargeables, par exemple. Ces chiffres étant bien évidemment fatalement provisoires dans la mesure où la mise à jour du Thésauro-annuaire est continue...

Pour compléter l'ensemble, un petit moteur de recherche sur le Thésauro-annuaire est proposé...

Bien sûr, je ne revendique pas l'exhaustivité, l'impossible exhaustivité ! Mais si vous trouvez un thésaurus francophone gratuit sur le web, je vous serai reconnaissant de me le signaler par un petit message à cette adresse-là.

Merci d'avance et bonne indexation !


30 mars 2021

Esprit, es-tu là ?

 

Je viens de lire le petit mais dense ouvrage de Myriam Revault d'Allonnes, L'Esprit du macronisme ou l'art de dévoyer les concepts*. Vivifiant, c'est petit mais c'est du lourd ! Enfin quelqu'une qui regarde ce qui fonctionne conceptuellement sous le capot Macron, ce qui le soutient le "macronisme" question idéologie, question agencement de concepts de philosophie politique voire d'anthropologie politique ! Je me permets d'en proposer en fin d'article l'index nominum, au cas où, cher lecteur, tu souhaiterais voyager en biais dans l'ouvrage...

Mais tout d'abord, voici ce que dit la quatrième de couverture, très éclairante.

Emmanuel Macron avait invité les chômeurs à « traverser la rue » pour trouver un travail. Comme si l’individu était un acteur rationnel, calculateur, seul responsable de ses actes et de leurs conséquences. Or, cet individu n’existe pas, personne n’est le coach de soi-même, et la nation n’est pas une « start up », sinon dans un certain discours managérial et comptable qui est au coeur de la rationalité politique d’Emmanuel Macron et qui induit au mirage d’un « nouveau monde ».

Car le sujet-citoyen n’est pas l’individu performant. Il n’est pas un bloc d’intérêts et de concurrence mais celui qui, sachant ce qui le relie aux autres, oeuvre au sein d’institutions justes à rendre possible telle ou telle option. L’autonomie, la responsabilité ou la capacité n’ont de sens que comprises comme porteuses d’une tension entre l’indépendance des individus et leur intégration dans la communauté. Il existe un endettement réciproque entre l’homme et le social. C’est pourquoi, loin d’être anodins, ces propos sur les chômeurs ou le « pognon de dingue » engendrent des lectures simplifiantes et univoques du lien social.

Devant un tel dévoiement, Myriam Revault d’Allonnes reprend à nouveaux frais ces notions fondamentales pour en montrer la profondeur, les paradoxes et la puissance ; une leçon de clarté et de rigueur, alors que, plus que jamais, dans la crise que nous vivons, le besoin d’un monde commun s’impose.

J'ai aimé lire ce livre pour sa structure précise et clarifiante : l'auteure, pour chacune des trois notions-clés qu'elle travaille (Autonomie, Responsabilité, Capacité), propose d'abord une sorte de doxographie faisant le point sur la problématique notionnelle, histoire de partager avec le lecteur de quoi elle parle exactement (sans quoi aucun dialogue ne serait possible, comme aimait à dire Paul Ricœur). Après quoi seulement, elle analyse la situation macronienne de la problématique en question.
Les trois notions-clés font chacune l'objet d'un chapitre et ces trois chapitres sont précédés d'une grande mise au point intitulée "La coexistence des hommes : les moeurs et les lois". Cette mise au point part de ce que peut vouloir dire "faire société", sollicitant les témoignages de Montesquieu, Rousseau, Mauss, Jonas, Arendt, Ricœur... C'est dans ce "faire société" qu'Autonomie, Responsabilité et Capacité prennent tout leur sens et se fortifient de tous leurs enjeux.

J'ai dévoré ce livre pour ce qu'il risquait d'apporter comme réponse à ma question d'il y a quatre-cinq ans : Mais pourquoi cet homme revendique-t-il le parrainage de Paul Ricœur ?

Quand j'ai vu arriver Emmanuel Macron sur la scène politique et se porter candidat à la Présidence de la République, je n'y ai pas vraiment porté attention, me disant qu'un clone mis à jour de Giscard d'Estaing faisait irruption au milieu d'un monde passablement enlisé et pour tout dire ennuyeux à force d'exhiber des impasses sociales et politiques. C'est quand il a parlé de Paul Ricœur qu'il a commencé de m'intéresser. J'avais lu jadis ce philosophe pour ses travaux passionnants sur la métaphore et sur l'herméneutique, notamment, et je ne voyais pas comment l'énarque banquier postulant à la Présidence pouvait ainsi se réclamer du philosophe. Il l'avait aidé pour l'édition (et non l'écriture !) d'un ouvrage. Bon, OK. Mais encore ?
Emmanuel Macron affirme que Paul Ricœur l'a "rééduqué sur le plan philosophique"**. Car il avait déjà été éduqué question philosophie. Lectures de Marcel Conche (dont l'accent corrézien rocailleux sonne encore à mon oreille tant il tranchait avec les façons professorales de parler en Sorbonne au début des années 70 !), Kant, Aristore, Descartes, Hegel. C'est Machiavel qui lui fit "abondonn[er] la métaphysique pour la philosophie politique"**. Puis c'est la rencontre avec Ricœur avec qui il a "lu et relu de la philosophie antique"** et surtout avec lequel il a, dit-il, bien dialogué... tellement dialogué que le philosophe l'aurait "poussé à faire de la politique, parce que lui-même n'en avait pas fait"**(?). De fait, certains trouveront dans sa démarche "le dialogue, la bienveillance, autant de notions ricœuriennes qu'il a fait siennes pendant son ascension vers l'Élysée"***, d'autre verront dans "sa proximité avec le philosophe Paul Ricœur, avec la revue Esprit, son intérêt pour la chose intellectuelle" une authentique "disruption"**** par rapport à l'air ambiant... On dirait bien que, faisant le récit de son compagnonnage avec Paul Ricœur, Emmanuel Macron s'octroye son titre de créance philosophique", comme disait Marc Lambron*****.
Donc, qu'une personnalité philosophique, qui plus est membre du conseil scientifique du Fonds Ricœur et fine connaisseuse du philosophe (elle a par exemple dirigé avec François Azouvi le Cahier de l’Herne Paul Ricœur de 2004, réédité au Seuil trois ans plus tard dans la coll. Points Essais), qu'une telle personnalité philosophique donc travaille l'idéologie macronienne, cela ne pouvait me laisser indifférent !
Ceci dit, le parrainage Ricœur qu'exhibe Emmanuel Macron a été largement contesté par les intellectuels proches de Paul Ricœur. Plusieurs articles publiés par Le Monde et un communiqué de presse du Fonds Ricœur atteste d'une polémique à ce sujet... En tous cas, tout cela "marque la distance prise par les intellectuels ricœuriens avec celui qui fut, entre 1999 et 2000, assistant éditorial de Paul Ricœur" (Le Monde le 3 décembre 2019). C'est dit ! Mais Myriam  Revault d'Allonnes permet de comprendre comment le discours néolibéral du Président tord les concepts sur lesquels il prétend fonder son action politique, finissant par ne plus duper personne.

Dans cet ouvrage, largement salué dans les médias, je sens comme une rigueur philosophique imparable, produisant un discours sans ambiguïté, à la Ricœur ! Et cela ne grandit pas l'image philosophique du Président. C'est qu'il y a quand même une différence entre faire de la philosophie et faire le philosophe, comme disait Kant.

Index Revault d'Allonnes (2021)------

* Paris : Éditions du Seuil, 2021. - Coll. La Couleur des idées (EAN 9782021465075).
** Entretien avec Fottorino, Greilsamer et Van Reeth publié dans Le1, 8 juillet 2015.
*** Éric Fottorino, "Macron, un roman français", Le1, 10 mai 2017.
**** Pascal Perrineau, "Il est l'homme de l'accélération du temps politique", Le1, 6 décembre 2017.
***** Marc Lambron, "Un ludion ? Non, un hybride", Le1, 13 septembre 2016.


 

26 octobre 2017

Journée de "partage autour des réseaux" et visite de LILLIAD Learning Center innovation

lilliad

L'ADBS Hauts-de-France organise sa prochaine journée de "partage autour des réseaux" le 22 novembre 2017 en collaboration avec l’Université de Lille et la DRAC Hauts-de-France. Cette manifestation se déroulera dans un premier temps à LILLIAD Learning Center innovation, au centre de la Cité scientifique de Villeneuve d'Ascq, puis, l'après-midi, sur le campus de Pont de Bois, dans la salle de séminaire de l'IRHiS (A1 - 152).

MATIN : Université Lille, Sciences et technologies (LILLIAD LCi)

  • 10h : Accueil des participants à Lilliad – rapide présentation
  • 10h30 : Visite commentée de Lilliad, Learning Center innovation

12h00 : PAUSE DÉJEUNER - Départ pour l’Université des sciences humaines et sociales

APRÈS-MIDI : Université Lille, Sciences Humaines et sociales (Salle de séminaire de l'IRHiS /A1 152)

  • 14 h-14h30 : un exemple de réseau interne : le SCD de l’université de Lille par Christophe Hugot, responsable de la bibliothèque des sciences de l’Antiquité, UdL
  • 14h45-15h15 : un exemple de réseau externe : Nordoc’ Archéo : par Karine Delfolie, Chargée d'études documentaires à la Drac Hauts-de-France (Lille) et Christophe Hugot
  • 15h30-16h : Le réseau SUDOC-PS et la conservation partagée des périodiques : signalement et partage des périodiques en Nord - Pas de Calais

[chacune de ces interventions sera suivie d'échanges à partir de vos questions]

L’ADBS remercie "LILLIAD Learning Center innovation" de nous accueillir gracieusement.

PARTICIPATION GRATUITE sous réserve d'inscription (attention : nombre de places limité).
Le FORMULAIRE D'INSCRIPTION ci-joint est à renvoyer avant le 09.11.2017 à region.nord-picardie@adbs.fr.

Espérant vous rencontrer lors de cette manifestation,
Bruno Richardot, délégué régional ADBS Hauts-de-France.

22nov17

9 avril 2017

Tirer la chasse très régulièrement

Sujet : Refonder notre politique familiale
De : =?UTF-8?Q?Fran=C3=A7ois_Fillon?= <info@emv.information-consommateur.fr>
Date : 09/04/2017 04:02

Début de l'entête d'un message non demandé tombé ce matin dans ma boîte aux lettres électronique.

Message :

CaptureRenseignements pris, l'expéditeur envoie aussi des messages de publicité de pinards, etc. L'équipe Fillon ne recule devant aucune outrance ! À moins que ce ne soit un coup du cabinet noir... De toutes façons, ça finira immédiatement aux chiottes, avec tous ces spams qui y courent déjà automatiquement... Le porno, le Fillon, les outils de jardin... il faut savoir tirer la chasse très régulièrement !


 

23 décembre 2014

Pauvre Zemmour ! Pauvres de nous !

Contre-Zemmour-72-dpi

Zemmour "fait de la politique et il doit assumer les critiques", a dit Stéphane Le Foll - qui a également laissé entendre que les propos de l'auteur du Suicide français  "ne resteraient pas sans réponse".

Une réponse - et quelle belle réponse ! -, a pourtant déjà été apportée par  Noël Mamère et Patrick Farbiaz qui ont écrit ensemble Contre Zemmour, Réponse au "Suicide français" (éd. Les Petits Matins).

Ce petit livre devrait être entre toutes les mains.

Pourquoi diable le ministre et porte-parole du gouvernement ne l'a-t-il pas mentionné ?


28 avril 2012

Oeil pour oeil...

NKMbPour défendre la fumeuse théorie sarkozienne (pardon pour le pléonasme) sur la formation professionnelle, NKM clame que le président bientôt sorti "préfère créer de l’emploi ailleurs qu’au pôle emploi".

C'est malin ! Comme s'il y avait une seule personne sensée qui ne souhaite pas privilégier l'emploi ailleurs qu'au Pôle Emploi ! Ceci dit, à mon sens, la théorie de "l'armée de réserve" fonctionne toujours très bien : les employeurs - ceux qui rétribuent la force de travail - ont objectivement intérêt à la rareté de l'emploi, non ? Car la valeur de l'emploi (plus l'emploi est rare, plus il a de la valeur - pour celui ou celle qui veut travailler) est inversement proportionnelle à la hauteur de la rétribution de la force de travail exigée pour ledit emploi...

À cette chère NKM - qui ne sait pas vraiment de quoi elle parle -, nous devons tous répondre que, concernant la relation entre formation et emploi, la seule certitude est que la formation crée des emplois ... de formateurs.


 

30 août 2011

La rente éditoriale du Figaro

couvJe n'étais pas parti en vacances que le Figaro commençait déjà sa litanie du PS qui pète, qui explose, qui implose, etc. (cf. mon dernier post).

À peine suis-je revenu que je vois que la rente de situation est entretenu avec zèle comme le montre les unes d'hier.

Et mon petit doigt me dit que ce n'est pas prêt de cesser ;-)

No comment !


10 septembre 2010

INTERNET : Recherche d'info & veille

Le CUEEP épaissit progressivement son offre de formation s'agissant de la culture numérique.

CataCUEEPIl a notamment mis à son catalogue deux courtes formations mobilisant des compétences documentaires :

Ces stages de trois jours (deux jours contigus puis une journée environ un mois plus tard) s'adressent à tout professionnel - professionnel de l'information et de la documentation ou non - devant effectuer des recherches d’information sur Internet et/ou réaliser la veille stratégique pour son entreprise.
Les seuls pré-requis sont de savoir utiliser un navigateur et de maîtriser les fondamentaux d’Internet, un environnement informatique et des outils bureautiques classiques.
Deux sessions par an sont programmées : la première en octobre/novembre, la seconde en mars/avril. Nous sommes bientôt en octobre, alors n'attendez plus pour vous inscrire...

Pour accéder au catalogue complet du CUEEP, il suffit de cliquer sur l'image ci-dessus. Vous aurez ainsi une idée de la richesse et de l'actualité de l'offre de formation de cet organisme public né à la fin des années 60...
À très bientôt...


18 juin 2009

la dissert et la règle de trois...

φ Selon les termes de l'agence AEF, une quarantaine de professeurs de philosophie de l'académie de Lille, réunis en assemblée générale mercredi 17 juin 2009, ont décidé de ne pas corriger l'ensemble des copies du baccalauréat qui leur seront remises, alors que l'épreuve de philosophie a lieu ce matin, jeudi 18 juin. Ils demandent un délai supplémentaire d'une journée et demie pour restituer les notes, au nom de la qualité de la correction. « Il ne faut pas exagérer, on doit arriver à corriger une centaine de copies en huit jours », réagit ce matin Xavier Darcos sur i-Télé.

darcos_r_glede3« Ils ont 24 heures de moins qu'ils n'avaient l'an dernier », admet le ministre de l'Éducation nationale. « Ils ont généralement une centaine de copies à corriger chacun alors que les cours sont arrêtés par ailleurs. Ils sont payés 5 euros par copie. Il y a beaucoup de Français qui seraient contents de toucher 500 euros pour corriger cent copies en huit jours. »

On notera la finesse du propos ! Son sens politique ! Son côté langage de vérité surtout pas démago... ! La droite française contemporaine, celle que les Français ont installé au pouvoir, nous a habitué à cette détestable rhétorique.
Ceci dit, je pense que Monsieur Darcos n'a jamais corrigé de copies de philo ! Là, il sort la calculette pour répondre à une question qui relève de la déontologie et de la qualité professionnelle. Soit ! Mais qui se dévoue pour lui dire qu'une dissertation de philosophie, c'est plus complexe qu'une règle de trois, même composée ?

Regle_de_trois


15 juillet 2009

Police politique & Journalisme politique

Le Monde a mis en ligne hier, en ce jour de Fête nationale où la France  des Droits de l'homme est unie dans la célébration de sa démocratie - ou plutôt de sa démocratisation (non achevée) -, une drôle d'histoire :

LeMonde13juillet09

AI2009
Le jeune journaliste raconte.... On dirait vraiment que nous sommes partis dans un engrenage où les forces de l'ordre du  roi d'Maubeuge ont eu pour consigne d'avérer le triste bilan dressé par Amnesty International il n'y a pas si longtemps, alors même que les autorités avaient à l'époque dénoncé un rapport quasi mensonger...

Dans le récit du jeune journaliste, on entend les policiers traiter les jeunes de "sales gauchos". À part ça, la police de Sarkozy-Hortefeux n'est pas une "police politique" ...

La police politique se porte donc bien.
Le journalisme politique également.

TVMagSur ce registre, on appréciera la tonalité quasi hagiographi­que, comme dit si bien Benoît Hamon, de l'émission À visa­ge découvert diffusée lundi soir et consacrée à notre bon roi d'Maubeuge. Pour le moins, on jugera que les journalistes ne risquaient pas de se retrouver en garde-à-vue, eux... Christian Malard, l'un des deux journalistes interviewers, s'est offert un sauf-conduit à vie, si on lit bien l'entretien qu'il accorde à TV-Mag ! À moins que TV-Mag ne fasse partie du groupe Figaro-Dassault... Non ! Je dis n'importe quoi : ce doit être de la pédagogie politique ! Nuance !

Par contre, il y en a qui ne donnent pas dans la nuance ! Je veux parler de Libé et du Monde, par exemple, lorsqu'ils rendent compte des festivités démocratiques. Quand ce dernier titre Deux entretiens du 14-Juillet valent mieux qu’un pour Nicolas Sarkozy, je trouve qu'Arnaud Leparmentier est pour le moins virulent de sarcasmes ... qui me plaisent bien. Il est vrai que, si Le Monde n'est pas vraiment "gaucho" (pour reprendre la terminologie raffinée des policiers), c'est un fait qu'il n'appartient pas au maire déchu de Corbeil-Essonnes, par ailleurs propriétaire du Figaro, TV Mag, etc. De là à mettre les journalistes stagiaires (= jeunes) du Monde en garde à vue...


8 mai 2009

Misère de la politique, politique de la misère

Un jeune adulte sur cinq est pauvre en France. C'est dans Le Monde du 6 mai. Un ménage sur deux vit avec moins de 2260 euros par mois. C'est dans Le Figaro du même jour. Le tout sur la base du document INSEE intitulé Inégalités de niveau de vie et mesures de la pauvreté en 2006 récemment publié mais utilisant donc des données 2006.

filetsOn comprend que tant de gens aient été pris dans les filets tendus, en 2006/2007, par l'UMP et son fringant et frétillant candidat à l'élection présiden­tielle ! Et qu'ils le regrettent aujourd'hui... Sauf qu'aujourd'hui le roi d'Maubeuge pourra toujours prétendre que c'est la faute à la crise : les mailles des nouveaux filets sont en train d'être fabriquées... Comme disait ce bon Charles de Secondat baron de la Brède et de Montesquieu (1689-1755), "dans une monarchie bien réglée, les sujets sont comme des poissons dans un grand filet, ils se croient libres et pourtant ils sont pris" (dans Mes pensées, posthume).


7 mai 2009

TF1 : la collection capillaire !

Décidément, les copains du roi d'Maubeuge font tout pour me plaire !

pommecroqu_eDernier événement en date : TF1 colporte sans sourciller les ragots les plus éculés sur la fonction documentaire à l'Éducation nationale, fondés sur ce que j'appelle tristement le péché originel de la documentation... Certes, il y eu un temps où il pouvait sembler aller de soi que les enseignants de collège et de lycée en difficulté relationnelle dans le "face à face pédagogique" pouvait valoriser leurs talents et surtout respirer un peu au centre de documentation. C'était le temps où la pratique documentaliste ne relevait d'aucune compétence énoncée explicitement ni valorisée institutionnellement. C'était avant la circulaire de mission de 1986 et surtout, un peu plus tard, avant la pratique du recrutement des documentalistes scolaires sur concours, sur un concours de même rang que les autres concours de recrutement des enseignants, des professeurs de disciplines, comme disent les documentalistes. Qui plus est, ce CAPES insiste, peut-être bien plus que les autres CAPES, sur la dimension pédagogique et sur la connaissance de l'institution éducative ! Bref, je vous conseille de voir et revoir l'enquête du 20 heures, quatre minutes de reportage sur les enseignants dépressifs ("Malades d'enseigner") que la chaîne du copain, que dis-je : du frère Martin a passé mardi dernier (il me semble : je ne suis pas un inconditionnel de TF1 et n'ai donc pas vu ce reportage moi-même à la télé...). Le reportage dure quelque quatre minutes et onze secondes et c'est dans les toutes dernières secondes que l'on entend que des profs "malades d'enseigner" vont, au sortir de l'établissement de soin, suivre une formation de documentalistes... C'est bel et bien la conclusion du reportage, c'est l'idée qui restera à jamais associée à l'état sanitaire des personnels enseignants... Quand on sait qu'un recteur d'académie peut aller jusqu'à ignorer que cela fait depuis vingt ans que la pratique documentaliste requiert, à l'Éducation nationale, de passer un concours de même rang que pour les disciplines traditionnelles, cela fait comme un choc qui nous fait tomber de dévalorisation en mépris. Ce mépris tout gouvernemental est passé chez TF1 comme par capillarité... par consubstantialité, si je puis me permettre cette métaphore théologienne.

Aujourd'hui, je lis dans Libé qu'un salarié de la maison télévisuelle de frère Martin se fait lourder parce qu'il n'est pas dans la ligne stratégique de sa boîte, laquelle est, en l'occurrence, la ligne stratégique du gouvernement, à savoir tout faire pour valoriser le projet de loi dit Hadopi. Je résume en reprenant le chapeau de Libé :pomme2_croquee Un cadre de TF1 hostile à la loi Hadopi a écrit à sa députée, Françoise de Panafieu. Qui a fait suivre à la ministre de la Culture. Qui a transmis à la chaîne. Qui l’a licencié.

Édifiant, non, cette capillarité entre frère Martin et la cour du roi d'Maubeuge ?

C'est quoi l'histoire du péché originel, déjà ?


13 septembre 2008

Les blogs, la liberté d'expression et le Maroc

724067_868026Depuis son bureau de Londres, Amnesty International appelle à la remise en liberté immédiate et sans condition de Mohamed Erraji, vingt-neuf ans, blogueur, condamné le 8 septembre à deux années d'emprisonnement et à une amende de 5000 dirhams (environ 430€) par le tribunal de première instance d'Agadir pour « manquement au respect dû au roi », lit-on dans un communiqué de presse reçu par eMarrakech Info.
Lire le communiqué d'eMarrakech Info du vendredi 12 Septembre 2008.

Pour suivre l'évolution de cet événement (liberté provisoire etc.), c'est .
Pour comprendre globalement la situation marocaine, c'est ici.


5 juin 2007

Encore la rhétorique du retournement !

Moi, je trouve que le premier sinistre est très fort : encore la rhétorique du retournement ! L'avocat Sarkozy a donc ses clones : le premier d'aujourd'hui semble bien être ce cher Fillon.
Par exemple quand il dit ceci (Lyon, le 4 juin) :
"Il faut rompre, pour rejeter l'imposture morale de cette gauche qui joue à colin-maillard avec l'Histoire, la gauche des grandes âmes sèches, qui pratique la justice sociale comme on offre un caramel mou, du bout des doigts, à la sortie des kermesses dominicales".
On appréciera le travail métaphorique ! Décidément le national- libéralisme s'est outillé côté discours ! Et comme toute métaphore met en tension des différences et pointe positivement mais en creux, il y aurait beaucoup à analyser avec cette phrase à rallonge qu'elle n'en peut plus de taper sur l'adversaire... Mais pas le temps maintenant.
fillonJuste pour pointer, quant à moi, qu'on a ici, encore une fois, la fameuse rhétorique du retournement : tout ce que Fillon, dans sa posture de prêtre qui prêche (voyez la photo ci-contre), reproche à la gauche peut être (doit être) compris comme la description fidèle et acerbe de ce qu'est la droite. Relisez la phrase à rallonge en changeant juste 'gauche' par 'droite', et vous verrez que ça veut vraiment dire quelque chose, non plus sur le registre de  l'effet de manche, mais sur celui de la description la plus honnête possible de la réalité...


1 mai 2007

Travail

brinmuguetCe 1er mai d'entre deux tours d'une élection présidentielle dont la "campagne" nous abreuvent de "valorisation" du travail, on ne peut éviter de se demander ce que c'est que le TRAVAIL.

Tout d'abord, le travail, c'est ce qui entrave.
Le terme 'travail' vient en effet du terme de bas latin 'tripalium', instrument de torture romain, avant de désigner une machine dans laquelle on immobilise pour les assujettir les animaux (chevaux, bœufs, etc.). Tripalium signifie, quand on le décompose, quelque chose comme machin fait de trois pieux...

Ensuite, le travail, c'est une activité humaine exigeant un effort soutenu, qui vise à la modification des éléments naturels etc. Définition classique de la philosophie qui relève de l'imagerie ancienne, datant de l'époque agricole de l'Europe, où l'on voit l'agriculteur travailler la terre pour que la graine lève et produise ses fruits. Image très romantique de l'homme, manches retroussées, aux prises avec les éléments naturels... Et, si Monsieur Sarkozy m'autorise cette référence, Marx a très bien décrit tout ça, tout en reconnaissant en la matière sa dette auprès d'Hegel, faisant du travail l'acte par lequel l'homme se produit lui-même...

Du coup le travail, c'est ce qui confèrerait à l'homme sa dignité d'homme. Sans qu'on sache pourquoi d'ailleurs. Sans doute un stéréotype créé pour entraver la liberté fondamentale et assujettir l'homme productif selon les besoins de celui qui possède l'outil de travail... C'est ici que la rémunération entre en jeu.
Plutôt que de parler de dignité, en effet, parlons concret et disons "échange de valeurs" : en échange de son assujettissement, le travailleur reçoit de l'argent ou un substitut d'argent, bref une valeur. Mais l'échange est un échange de dupe : ce n'est pas le travailleur qui fixe la valeur de son travail, ni même qui le négocie. C'est celui qui possède l'outil de travail. Ce dernier intègre la valeur travail dans un ensemble plus grand qui intègre d'autres coûts, dont l'amortissement des machines, mais aussi la fameuse "plus-value".
L'ultime raison de l'investissement capitalistique étant la plus-value, le travail humain est compris positivement en termes de "productivité" (capacité à produire de la plus-value) et négativement en termes de coûts salariaux, et, l'unité de base du salaire étant l'heure travaillée, le temps de travail est un problème crucial pour celui qui attend la plus-value. D'où l'idée que la rationalité (capitalistique) du travail se décline en termes de productivité de l'heure travaillée. L'intérêt du gérant de l'outil de travail est d'exiger une productivité toujours plus grande ; l'intérêt du travailleur est d'exiger un salaire toujours plus important. On voit l'écartèlement de la situation, d'autant plus  que chaque partie tend vers le "toujours plus". On connaît aussi le déséquilibre du rapport de force, on sait que ce déséquilibre se dégrade gravement pour les travailleurs... - ceci justifiant l'existence des syndicats de travailleurs et exigeant qu'ils changent pour toujours mieux rétablir le rapport de travailSARKOZYforce.

Quand Monsieur Sarkozy parle travail, voilà, sur la droite, l'essaim conceptuel qui fonctionne :
on voit apparaître effectivement la valeur, mais aussi

 

  • la crise (les travailleurs ne travaillent pas assez, pas assez bien, il y en a même qui ne veulent pas travailler et qui ne pensent qu'à se lever tard, etc.);

  • la liberté, liberté d'assujettir toujours davantage;

  • le mérite, c'est-à-dire le jugement de valeur que l'autorité capitalistique assène sans discussion, comme de droit divin, dans un paternalisme d'un autre temps où l'homme de basse condition est traité comme un enfant (au hasard : "La République pour moi c’est le travail récompensé", discours du 12 octobre 2006 à Périgueux);

  • etc.

travailROYAL

 

Quand Madame Royal parle travail, voici, sur la gauche, l'essaim conceptuel qui fonctionne :
on voit apparaître effectivement la valeur, mais aussi

 

  • les conditions de travail, c'est-à-dire la réalité du travail...

  • les salariés eux-mêmes, c'est-à-dire ceux qui sont assujettis...

  • la précarité en face du capital, comme le mendiant posté au seuil de l'église à la sortie de la messe du dimanche...

Bon ! j'arrête ! Il faut aller défiler...


Publicité
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 > >>
Publicité
Archives
Visiteurs
Depuis la création 262 735
Publicité