Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
BRICH59
Publicité
7 juin 2007

Électoralistes énergies

Les habitants de Lambersart, dans la banlieue de Lille, sont de droit destinataires du magazine municipal, Lambersart Énergies. Publication de luxe pour ville bourgeoise - où Monsieur Marc-Philippe Daubresse, potentat sarkozien local, règne sans partage depuis pas mal de temps. Depuis trop longtemps. Et les élections locales ne sont pour lui, semble-t-il, qu'une simple formalité.
N'empêche ! On n'est jamais mieux servi que par soi-même !
Page 13 de la livraison de juin 2007 dudit magazine, on peut lire un reportage sur une expo réalisée dans la belle programmation des Transphotographiques 2007.

ScanImage001

Les amateurs du septième art apprécieront la photo ci-dessus et surtout sa légende !
N'y est même pas mentionnée Agnès Varda, grande dame du cinéma français, grande par le génie - trop grande peut-être pour la mesquinerie électoraliste qui veut que ce soit Marc-Philippe Daubresse, grand par la taille, grand aussi par le savoir-faire électoraliste, qui soit le seul cité des deux personnages !
Décidément, dans le droit fil de la rhétorique sarkozienne de l'envers, Marc-Philippe Sarkozy a tout simplement inverser l'ordre des grandeurs ! Moi, à leur place, je n'aurais pris que le haut de la photo ! Comme ça :

13981065

Petit, tout petit !


Publicité
2 juin 2007

Terribles rapprochements

Hier, vendredi 1er juin, La Voix du Nord, qui n'est pas ce qu'on appelle un journal de gauche, faisait sa page France|Monde (p.36) avec deux titres dont le rapprochement est saisissant :

VdNrecadr_

Ainsi, Nicolas Sarkozy court-circuite Xavier Darcos sur le dossier de l'Éducation !
Il était légitime de croire que Sarkozy méritait bien son surnom d'Iznogoud lorsqu'il était à la course à l'ambition personnelle, voulant montrer par monts et par vaux qu'il était capable de tout faire et agitant tout ce qu'il pouvait pour qu'on le remarque. On a tous autour de nous, au boulot notamment, des Iznogouds agités !
Le problème, c'est qu'aujourd'hui qu'il est parvenu à gravir la dernière marche, comme il dit, il devrait arrêter cette agitation ! C'était une stratégie (ou simplement une tactique) de confiscation du pouvoir à son profit.  Maintenant qu'il a tout ou presque (présidence de la République, élimination de la présidence du principal parti de la majorité, vague bleue qui risque fort de renforcer ce parti dont la pratique politique principale est celle du culte de la personnalité (de triste mémoire!), etc.), cette agitation iznogoudienne tourne à la pathologie : celle du tyran. La description du tyran en philosophie politique ne montre pas autre chose.

Sur l'autre côté de la page, on peut lire que les juges, les avocats et les droits-de-l'hommisme comme dit si chaleureusement Sarkozy, dénoncent l'impunité trop souvent décrétée pour les mésactions policières. En gros, cela signifie que le Ministre de l'Intérieur couvre des mésactions avérées de la part de ceux et celles qui sont placé(e)s sous son autorité. Mais, au fait, c'est qui ce ministre tant laxiste ? Vu qu'on parle de ce qui s'est passé en 2006 et début 2007, le ministre en question est ... Nicolas Sarkozy, Iznogoud soi-même ! Si l'on ajoute à cela tout ce que le juge Portelli a porté à la connaissance de tous en matière de résultats de la politique de cet Iznogoud-là, ça fait pas mal !

Le problème, c'est quand on rapproche les deux parties de la page : d'un côté un activiste qui veut tout faire car il sait tout faire, de l'autre un commis de la République qui a mal fait son boulot et qui a surtout voulu cacher qu'il faisait mal son boulot ; d'un côté quelqu'un qui disait vouloir tenir un discours de vérité et d'adéquation entre le dire et le faire aux Français béats d'admiration devant une si belle rhétorique, de l'autre un homme d'action qui mentait sur son bilan d'homme d'action... Vous allez me dire qu'il a dit avoir changé pour enfiler le costume présidentiel ! Ah ? Mais attention, qui sait changer une fois, peut changer toujours !! Qui se dit président républicain peut, pour d'insondables raisons d'efficacité, se muer en tyran Français, fossoyeur de la République !

Dans le même temps, bellaciao.org nous fournit quelques précisions sur le profil du va-t-en guerre Arno Klarsfeld, un bon excellent copain de Nicolas Sarkozy...

Tout cela est à pleurer !


17 septembre 2007

DOC en DIF

difcueepustlLes techniques documentaires ont intégrées l'offre de formation DIF que propose l'USTL. Elles y côtoient des modules qui concernent pour le moment les domaines suivantsdifustl1 :

  • Communiquer efficacement,
  • Développer son potentiel,
  • Transmettre son savoir et son savoir-faire,
  • Exercer autrement sa fonction de manager,
  • Langues,
  • Formation de tuteurs,
  • Informatique et applications, CAO et applications,
  • Management opérationnel en entreprises,
  • Chimie, Environnement.

L'offre de formation information-documentation, dans ce cadre, pourrait se présenter en forme de trèfle à quatre feuilles, une feuille pour chacune des activités topiques de la fonction information- documentation telle qu'elle est appelée à se développer dans les entreprises et les organisations : documenter, informer, surveiller, analyser.

tr_fle_de_la_documentation_en_entreprise

Chacune des formations proposées est immédiatement intégrable dans le DIF, dans les conditions d'application de ce Droit Individuel à la Formation. Bien sûr, de telles actions peuvent également être retenues par l’employeur dans le cadre du Plan de Formation ou intégrées au projet individuel du salarié formalisé dans le cadre d'un Congé Individuel de Formation (CIF).

Voici le développé de l'offre de formation en question :

Toutes ces formations se déroulent au CUEEP de Lille, rue Angellier, dans des salles équipées d'ordinateurs professionnels, selon un calendrier 2008 élaboré pour vous, exposé dans l'ordre chronologique :

  • Optimisez votre documentation par le classement
    = lundi 14 janv. au mercredi 16 janv. 2008
  • Traitez efficacement votre documentation
    = lundi 21 janv. au mercredi 23 janv. 2008
  • Recherchez l'information utile sur internet
    = lundi 4 févr., mardi 5 févr. et lundi 3 mars 2008
  • Traitez l'information pour la rendre efficace
    = mardi 4 mars 2008 et mercredi 5 mars 2008
  • Analysez et reformulez l'information
    = lundi 10 mars au mercredi 12 mars 2008
  • Indexez votre documentation avec un thésaurus
    = lundi 17 mars au mercredi 19 mars 2008
  • Organisez votre veille stratégique avec internet
    = lundi 24 mars, mardi 25 mars et jeudi 24 avr. 2008
  • Surveillez votre environnement concurrentiel
    = lundi 21 avr., mardi 22 avr. et jeudi 22 mai 2008
  • Organisez votre veille juridique
    = lundi 28 avr. et mardi 29 avr. 2008

Le calendrier général de l'offre DIF est sur le site du CUEEP.

informations mises à jour le 17 septembre 2007


9 décembre 2010

Finies les 35 heures !

moranot_teMadame la ministre de l'Apprentissage et de la Formation professionnelle clame que le gouvernement a "annulé les effets pervers" des 35 heures.

Dont acte.

Donc les 35 heures ne pourront plus être le bouc émissaire des misères de l'économie françaisemoranot_teb_che. C'est bien ça, non ?
Donc, si ça ne va pas bien, c'est à cause du gouvernement qui est pourtant si actif.

Ah ! Mais j'oubliais la crise !


16 novembre 2021

Migrations et accès au Droit : une commission d'enquête

 

Migration et accès au DroitLe rapport parlementaire sur "les migrations, les déplacements de populations et les conditions de vie et d’accès au droit des migrants, réfugiés et apatrides en regard des engagements nationaux, européens et internationaux de la France" est paru le 10 novembre dernier. La commission d'enquête comprenait une trentaine de députés, dont le président Sébastien Nadot, député inscrit au groupe parlementaire Libertés et Territoires (LT) et la rapporteure Sonia Krimi, inscrite au groupe parlemntaire LREM. Il est accessible ici (pdf, 451p.).

[Ce post s'attache à l'avant-propos du président Nadot. Le reste suivra...]

Dans sa contribution liminaire et néanmoins très engagée (p.9 à 44), le président Nadot, d'une part, déplore le "zinzin médiatique et le vertige électoral de quelques-uns" [plus loin le président Nadot note que "l’irrationnel politico-médiatique est devenu la seule réponse visible, laquelle prend forme d’un concours de flatteries des bas instincts."] mais surtout dénonce la non-application du droit national et du droit international concernant les migrants, les enfants et les femmes payant un lourd tribu à cette perte d'identité du pays des Droits de l'homme. Le constat s'impose selon lequel "la situation relative aux droits humains des migrants et leurs conditions de vie en France sont alarmantes". Bref, "en matière de respect des personnes, du droit national et international et des valeurs qui fondent notre République, les engagements de la société française vis-à-vis des étrangers ne sont pas tenus. Pire parfois : ils sont bafoués, avec des conséquences dramatiques."
L'aveu est cinglant et plusieurs fois énoncé : "Nous sommes à la dérive. Collectivement."

Et le président Nadot de pointer :

  • ces "théories de l’extrême droite, relayés par des candidats à l’élection présidentielle, autour du « grand remplacement », lesquelles ne tiennent pas la route à l’épreuve d’une analyse des données, d’une approche scientifique et raisonnée" ;
  • tout ce "groupe des bonimenteurs" qui, "à la recherche de suffrages", "ont choisi de surenchérir toujours davantage sur le péril migratoire", histoire de ne pas parler du reste ;
  • "les mensonges de ceux qui gouvernent, hier et aujourd’hui", mensonges proférés y compris devant la représentation nationale, mensonges qui, dans la foulée, finissent par  permettre au gouvernement d'assigner "des objectifs implicites illégaux à tous les agents du ministère de l’Intérieur et du ministère de la Justice".
    L'un des effets de ce comportement gouvernemental est la disparition de cette "interminable file indienne, impatiente mais silencieuse, devant les préfectures [...]. On pourrait s’en réjouir. En réalité, le numérique a gommé tous ces gens de l’espace public ! Les relations humaines ne se font plus que par proxy interposé, même quand il s’agit de se livrer à des échanges qui touchent à l’intime, comme ces témoignages de migrants LGBT devant l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ou la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ayant à prouver leur orientation sexuelle en quelques minutes, ou parfois par un mail et deux ou trois clics, pour espérer l’asile ! Petit à petit, les services publics se désengagent de toute proximité avec la personne humaine. Quand le contact humain reste néanmoins impossible à supprimer complètement, l’État sous-traite à des associations sous-dotées en moyens."


Y a-t-il une réponse à cette question terrible : "pourquoi la tolérance, la confiance dans la connaissance scientifique et ce que l’on appelle communément l’État de droit ont perdu tout crédit dans la classe politique, la haute administration et les médias dès lors qu’il s’agit de parler des étrangers ?"

Enfin, le président Nadot examine six points :

  1. Hébergement (force est de constater qu'il y a de nombreuses embûches pour "une politique publique qui [voudrait] vraiment aller vers un toit pour tout le monde") cherche solidarité (quand bien même le droit français reconnaît "la fraternité comme un principe à valeur constitutionnelle", "en pratique pèse un soupçon sur les aidants aux migrants"), solidarité parfois effective, par exemple au sein de l'association des villes et territoires accueillants, l'ANVITA, ou bien de "dispositifs associatifs de solidarité active pour l’hébergement" - le gouvernement ne sachant (voulant) pas se saisir de cette "force solidaire française – individuelle, associative et des collectivités"... Bref, il faudrait passer "d’une solidarité empêchée à une solidarité facilitée, encouragée et reconsidérée."
  2. Francophonie hasardeuse : le discours d'E.Macron, prononcé à l’Institut de France en mars 2018, fut intéressant mais sans aucun effet, malgré les actions menées, par ailleurs, au sein des universités, des associations et de quelques organismes de formation...
  3. Appel d’air et politique étrangère. Il y a d'abord, parce que c'est bien le plus odieux, le "discours de l’encadrement supérieur de l’administration française [qui affirme que] tout jeune migrant, parce qu’il est migrant, doit être regardé comme suspect" - malgré l'article 3-1 de la Convention internationale sur les droits de l’enfant du 20 novembre 1989. Il y a ensuite "cette mise en scène de la théorie de « l’appel d’air » [...] devenu un incontournable de l’argumentaire de toute politique publique « responsable » en matière migratoire dans notre pays. [...] Cette théorie est démentie par les travaux de recherche" ainsi que par les enquêtes de terrain. Car à bien regarder, "en somme, le jour où les conditions de vie en Tunisie seront celles de la France et inversement, le sens migratoire s’inversera. Ce n’est pas l’accueil en France aujourd’hui qui fait appel d’air. S’il faut chercher un appel d’air, c’est du côté de notre histoire et son instrumentalisation dans les discours de politique étrangère."
  4. Union européenne, tralala français et noyade. Côté Union européenne et présidence française (premier semestre 2022), "on peut s’attendre à quelques coups de communication sans lendemain, des jolis tralalas en français bien de chez nous, pour finalement ne pas s’atteler, une fois de plus, à la question migratoire à l’échelle européenne qui, tôt ou tard, risque fort de faire éclater l’UE." Pour ce qui est du secours en mer, le respect de la Convention pour la sauvegarde de la vie humaine en mer (Solas) de 1974 (selon laquelle les États côtiers ont l'obligation légale d'organiser et d'assister les recherches en cas de signal de détresse) n'est pas garanti et peut être contrarié par lesdits États...
  5. Des frontières physiques, des femmes et des hommes. Bien qu'il soit clair que, légalement, le contrôle aux frontières intérieures à l'UE ne se justifie plus, ce contrôle est aujourd'hui maintenu pour "lutter contre les flux migratoires irréguliers". Sa seule efficacité semble hélas être de gêner le passage (avec mise en danger des personnes) et surtout de jeter les migrants "entre les mains des passeurs".
    "Croire en la gestion migratoire par l’outil magique des frontières physiques est un leurre. Croire qu’on doit se préoccuper des flux sans s’inquiéter des personnes en danger est irresponsable. L’obstination européenne et française, après celle des États-Unis d’Amérique, n’a guère d’explications même si le salon Milipol à Paris – « Événement mondial de la sûreté et de la sécurité intérieure des États » – montre à quel point le contrôle des frontières est un business en expansion vertigineuse."
  6. L’administration et la justice pour fermer le robinet ? Un État de mauvaise volonté, mesquin et criminel...
    "La première chose extrêmement frappante en France est la suivante : quand on est un étranger, on ne peut pas obtenir de rendez-vous pour se signaler, pour faire une demande de titre de séjour." Par ailleurs, "quand on est dans une situation qui relève du droit d’asile, des délais interminables sont parfois fatals", et le parcours est sinueux, d'un guichet à l'autre. Pourquoi ne pas installer "un guichet de l’OFPRA aux points de frontière" ? D'autre part, et de façon plus générale, le non respect du droit par les autorités oblige les associations à lancer des "référés de suspension", ce qui encombre beaucoup les Tribunaux administratifs - ce dont les autorités se plaignent (ministère de l’Intérieur). Mais il n'y a pas que les démarches de demande de titre ou d'asile, il y a aussi l'accès au marché du travail, l'aide médicale de l'État... tous sujets où les services de l'État contreviennent aux lois de la Nation.


Ouvrir davantage les voies légales d’immigration ?
Six fois OUI :

  • Oui, "pour que l’essentiel des étrangers qui viennent sur notre territoire ne soient justement pas un poids supplémentaire pour nos politiques publiques de logement, de l’emploi et de la cohésion sociale".
  • Oui, pour mieux "« contrôler » qui vient sur notre territoire."
  • Oui, pour "permettre à ces gens de répondre aux dynamiques du marché de l’emploi."
  • Oui, pour être sûr que "les étrangers ne perdront pas tout leur argent dans les mésaventures de l’immigration irrégulière, alimentant la multinationale des mafias, et pourront l’utiliser à bon escient pour s’installer sur notre territoire."
  • Oui, "pour articuler notre identité nationale avec les maux du monde."
  • Oui, pour "renouer le dialogue avec tous ces pays d’Afrique en voie de sortie complète de notre sphère d’influence."

Un tel nouveau système "ne peut être pensé à l’échelle du ministère de l’Intérieur. Par définition, les phénomènes migratoires renvoient à l’étranger ! Il revient donc au ministère des Affaires étrangères de reprendre les commandes d’une situation qui dégénère et s’écarte de l’identité nationale mais universelle de notre pays."

NOTEZ LE SÉMINAIRE PUBLIC ORGANISÉ PAR LES CINQ ASSOCIATIONS LARGEMENT CITÉES DANS LE RAPPORT DE LA COMMISSION. Son titre ? Migrations : d'une commission d'enquête à des politiques respectueuses des droits fondamentaux. C'est le 2 décembre prochain.

à suivre


 

Publicité
25 mars 2021

Forcer l'État à appliquer et respecter la loi de la République

 

Change_ton_monde

Drôle de mission, non ? C'est celle que s'est donné, par la force des choses depuis 2016, Cédric Herrou, jeune agriculteur de l'arrière-pays niçois. C'est à lire dans cet ouvrage publié l'automne dernier par les éditions Les Liens qui Libèrent et préfacé par Jean-Marie-Gustave Le Clézio.

Côté face, un engagement proprement extraordinaire. Côté pile, un constat amer : l'État trop souvent n'applique ni ne respecte la loi de la République, à l'endroit des étrangers exilés. On voit comment "les discours racistes se [concrétisent] par des actes d'État" (p.93). On parle bien sûr des pauvres, ceux qui ont dû risquer leur vie, souvent dans la fuite de l'horreur... Je te laisse lire, lecteur attentionné !

L'État, c'est bien sûr, la Préfecture et son bras armé, la police. Le récit de Cédric Herrou est tout en nuances. Et c'est important. On voit par exemple que les gendarmes et les policiers n'ont pas la même relation avec les citoyens. On voit que l'État, déjà dur dans son comportement envers les migrants et ceux qui les aident à ne pas mourir, l'État se fait déborder par sa droite par des élus locaux, au premier rang desquels un certain Éric Ciotti - qui fait l'objet de pas moins de quinze mentions dans le récit. Complicité avérée avec les forces de police (pp.112 et 115), publication mensongère et diffamatoire dans la presse locale (tout le §26, p.118 et suivantes) et "discours haineux" (passim), l'élu de doite-extrême se fait tirer le portrait, parfois avec humour.

Je cite un passage très évocateur :
"Estrosi et Ciotti se tiraient la bourre. Le premier me traitait d'individu "qui nuit au travail des forces de l'ordre" et se complait dans le "profit de la misère humaine".  "L'État  doit faire cesser l'action de M. Cédric Herrou et de ceux qui le soutiennent, sans quoi il s'en rend complice"menaçait son meilleur ennemi, Éric Ciotti." Quand on comprend que Cédric Herrou ne cherche qu'une chose : que l'État respecte et applique le droit des étrangers, on mesure l'abîme, le fond du trou où la droite extrême se tient, avec ostentation !


9 février 2018

Chansons lilloises de carnaval

Sophie-Anne LETERRIER, professeur d'histoire moderne (Université de Lille) mène depuis quelque temps un projet de recherche intitulé "Musicarchives". Ce projet est mené en collaboration avec le CRLL et les archives départementales du Nord et du Pas-de-Calais. Il s'agit de "révéler et valoriser les fonds contenus dans les archives et les médiathèques de la région Nord - Pas-de-Calais relatifs aux musiques des sociétés populaires des XIXe et XXe siècles, en articulant la recherche historique, la documentation contextuelle et la mise à disposition sous forme de base de données et de ressources en ligne, à disposition des acteurs contemporains des musiques populaires. Il permettra ainsi de constituer un corpus scientifique ouvert et en open access qui pourrait servir de point d’appui pour des collaborations nationales et internationales."*

Ce projet a déjà donné lieu à manifestation scientifique et musicale, notamment avec l'organisation de conférence chantée. La prochaine est à la Bibliothèque municipale de Lille, le 17 février prochain à 16h.

20180217BMlille

http://crehs.univ-artois.fr/equipe/les-membres-titulaires/sophie-anne-leterrier ; voir aussi http://archivesdufolk59-62.blogspot.com.tr/search/label/Sophie%20Anne%20Leterrier.


 

20 avril 2017

Questions autour de la participation citoyenne en bibliothèque

couvVoilà des décennies que la politique de la ville vibre au diapason de la démocratie participative. Il y a exactement cinquante ans, expérience fondatrice, les habitants d'un quartier de Roubaix, l'Alma-Gare, se mobilisaient contre un projet de « rénovation urbaine » par lequel les « autorités » entendaient démolir l'habitat et déporter la population, par souci d'hygiénisme et de recomposition sociologique. Un « atelier populaire d'urbanisme », association de quartier, voyait le jour quelques années plus tard. L'expertise changeait de camp, les habitants proposaient leur propre projet - que l'autorité municipale dut accepter dans ses grandes lignes (1978). Expérience fondatrice mais rare. Voilà des décennies que l'usager-acteur est exhibé par les serviteurs de l'État et des collectivités locales, comme une vieille rengaine qui chante l'invivable frustration sur l'air d'un désir qui ne veut pas mourir.

À voir le nombre de manifestations organisées autour de la parution de l'ouvrage coordonné par Raphaëlle Bats, Construire des pratiques participatives dans les bibliothèques, les bibliothèques publiques se sont saisies de la problématique de la participation citoyenne. L'introduction de l'ouvrage se donne comme « mode d'emploi », et sa conclusion comme « memento ». « Mode d'emploi » parce que, par souci de cohérence entre le sujet traité et l'organisation de l'ouvrage, la lecture de ce dernier se doit d'être participative, au risque de s'y perdre - d'où la nécessité de proposer une carte de lecture qui dégage quatre itinéraires possibles et complémentaires. « Mémento »parce que, s'« il n'existe pas une seule bonne façon de mener un projet participatif », un « plan méthodologique » semble malgré tout nécessaire pour conduire des actions participatives capables de « réellement repenser la bibliothèque : ses services, ses pratiques, son rôle institutionnel ». Entre le mode d'emploiet le mémento se glissent de très intéressantes contributions, constructions théoriques ou relations d'expériences, signées de seize auteurs. L'ensemble est organisé en trois parties : « Repenser la bibliothèque ensemble », « Partager les savoirs », « Décider ensemble ».

Deux réflexions peuvent naître à la lecture. L'une concerne les publics et parle de dynamique territoriale. L'autre concerne les bibliothèques et évoque les conditions de possibilités d'une intelligence collective.

Tout d'abord, force est de constater que, comme la plupart du temps, l'innovation vient des marges, mais qu'ici il s'agit de marges si je puis dire internes à l'écosystème bibliothèque. De fait, si l'on veut construire ou co-construire des pratiques participatives dans les bibliothèques, le travail ne doit-il pas commencer en amont, sous peine de n'être que du marketing de surface ? Ainsi, mieux faire participer les publics déjà présents, voire potentiels (presque là), au fonctionnement de la bibliothèque, pour louable qu'en soit l'intention (l'usager au centre, etc.), est une chose. Inciter les non publics de la bibliothèque à participer à l'organisation de cette dernière en est une autre. L'innovation viendra à coup sûr avec la prise en compte de nouveaux publics, et de façon socialement plus marquée quand il s'agit de non publics, de publics a priori éloignés de la bibliothèque. Des expériences ont bien été menées. Je me souviens d'une collaboration entre la Bibliothèque départementale de prêt du Pas-de-Calais (à l'époque on disait Bibliothèque centrale de prêt), l'Université de Lille1 et une organisation d'éducation populaire. C'était dans les années soixante-dix/quatre-vingt : chaque partenaire avait outrepassé le cadre strict de son fonctionnement statutaire pour installer la lecture publique au cœur et à la main de la population du territoire. Le dépassement des limites institutionnelles comme facilitateur de participation des publics. Vaste sujet !

La seconde réflexion qu'inspire la lecture des contributions de notre ouvrage se formulera sous forme interrogative : les velléités de mise en place de pratiques participatives dans les bibliothèques sont-elles réellement possibles dans des institutions socio-professionnellement figées dans leurs stratifications ? En d'autres termes, cette mise en place ne suppose-t-elle pas un fonctionnement décloisonné, voire démocratique, au sein même des bibliothèques ? Aussi bien réglées que soient méthodologie et procédures, l'intelligence collective nécessaire à l'innovation peut-elle se déployer dans un milieu cloisonné, sur un terrain plein d'antagonismes sclérosant, hypothéquant tout accord préalable sur les pratiques, interdisant du coup que la bibliothèque se fasse communauté de pratiques ? Il est loin d'être sûr qu'un conservateur et un magasinier ou un adjoint du patrimoine, par exemple, vivent (dans) la même bibliothèque. Sur une telle différence conflictuelle, peut-on construire une intelligence collective, condition sine qua non de toute avancée organisationnelle significative et durable ?

Bref, le légitime désir de démocratie participative au sein des bibliothèques publiques peut-il, d'une part, s'interdire de bouger les lignes institutionnelles afin de privilégier une authentique prise en compte du territoire et, d'autre part, s'interdire de renégocier l'organisation interne de la bibliothèque afin de libérer le potentiel d'innovation que ne manquera pas de créer l'intelligence collective ?


 Note rédigée pour l'ADBS [pdf]

4 juillet 2016

Nord de France : les contrats d’apprentissage repartis à la hausse en 2015

Sans titre 1C'est ce que constatait en mai dernier la CCI Nord de France dans son bilan 2015 de l'apprentissage.
En effet, "après une chute de 6,8 % en 2014, les contrats d’apprentissage repartent à la hausse (+ 6,9 %) en 2015, selon le bilan annuel publié par la CCI Nord de France. Près de 4 200 entreprises ont ainsi eu recours à l’apprentissage (+ 10 % sur un an)" [
La Voix du Nord - 20/06/2016].

Voilà une bonne nouvelle, non ?

cciapprentissage

 

En tous cas, Xavier Bertrand et ses chasseurs ne pourront pas s'attribuer ce succès, dû à la politique pour l'apprentissage de l'équipe socialistes/écologistes qui était à la manoeuvre en 2015...

Et on attend avec impatience les chiffres 2016 qui devront tout (ou presque) à l'équipe droite extrême et extrême droite qui a pris le pouvoir sur la région...


 

16 septembre 2014

Note sur l'histoire des classifications

À propos de :
Guide historique des classifications de savoirs : enseignement, encyclopédies, bibliothèques / Claude-Michel Viry. - Paris : L'Harmattan, 2013. - 256 p.
[Une version courte de cette note est disponible sur le site de l'ADBS]
[L'auteur me signale par ailleurs un erratum : p. 101, § 3, il faut lire bien sûr Pierre Bayle et non Antoine Furetière]

 

Aborder l'histoire des classifications est chose fort délicate et peut se pratiquer de différentes façons tant cette histoire est complexe et la problématique qu'elle véhicule protéiforme.

Homo ordonator

On peut commencer par s’assurer des fondements humains trop humains de cette activité classificatoire, sur autant de registres qu'on veut ; et, pour y parvenir, scruter les fins fonds de l’homme et de l’humanité grâce à quelques témoignages indiscutables.

En appui sur un vieux texte mythologique de l'humanité, la Genèse, on peut en effet imaginer comment, dès l'origine, l'homme a dû distinguer entre tout ce qu'il trouvait autour de lui, nommant les espèces animales notamment, élaborant la prime nomenclature du vivant animal. Marcel Conche voyait dans ce texte biblique, si mes souvenirs d'étudiant sont fiables, l’indication de la nature nécessaire du langage. J'y décèle de surcroît aujourd'hui l'affirmation de la fonction discriminante, c'est-à-dire de la force classificatoire du langage[1]. Sur un autre registre, on peut lire le fameux « catalogue des vaisseaux » de la Grèce homérique[2] pour comprendre comment la classification est liée, dès l'aube de l'histoire, à la comparaison et au catalogage (inventaire structuré). S'appuyer, autre registre à nouveau, sur les travaux de Jean Piaget[3] permettra de voir comment l'activité classificatoire vient à l'enfant, comme pour résoudre les problèmes que lui pose son environnement immédiat. S’appuyant enfin sur une étude ancienne et fondatrice d’Émile Durkheim et Marcel Mauss, on peut décrire comment, chez un peuple dit premier, la classification des choses est déterminée par l’organisation sociale[4]. Quatre registres différents (et il y en a bien d'autres) sur lesquels se contextualise ostensiblement cette sorte d’obsession humaine qu’est la classification. On peut en effet prétendre, avec Claude-Michel Viry, que l'homme est immédiatement homo ordonator.

 ARISTOTE

À un tel inventaire des registres, on pourra préférer la recherche du moment originel où se nouent les fils majeurs de la problématique de la classification, c’est-à-dire, en l’occurrence, revenir une fois encore à ce bon vieil Aristote. Parvenir à la connaissance de ce qui est, sous le triple prisme de la définition, de la description et de la classification, telle est l’ambition aristotélicienne. Platon, certes - et sûrement d'autres savants/philosophes avant lui - avait déjà proposé une classification de ce qui est, classification des choses, classification des êtres. Mais avec Aristote, la problématique de la classification prend pour ainsi dire corps. Elle ne consiste plus en une sériation graduée en fonction d’un octroi de valeur ou de la plus ou moins grande proximité à un élément considéré comme premier dans le fonctionnement de l’univers. Avec Aristote, la pratique classificatoire devient plus dense, plus diversifiée, et surtout plus systématique. L’activité du Lycée devait être bien nombreuse et bien complexe pour que l’activité classificatoire prenne ses allures-là.

Aristote animait en effet tout un réseau de collaborateurs qui consignaient et rapportaient des observations, des descriptions pour enrichir la réflexion collective de l’école athénienne. Cette pratique aboutit pour une part à la confection de classifications des choses selon des critères conformes à la scientificité de l'époque. Nous avons là les premières classifications scientifiques - dont certaines seront utilisées jusqu'au XVIIIème siècle.

Mais, au Lycée, on ne s'est pas contenté de classer les animaux et autres objets empiriquement observables. Le Lycée était un vaste et tentaculaire laboratoire de recherche, en même temps qu’une école où s'enseignait la plupart des pratiques scientifiques. On peut imaginer que ce laboratoire-école disposait d’une bibliothèque fournie, où les chercheurs allaient notamment chercher les « opinions » (δόξαι, doxaï) des savants de naguère et d’autrefois. Les premières productions scientifiques internes au Lycée – notes de cours plus ou moins élaborées formellement dont des copies de copies nous sont parvenues et que la tradition attribue à Aristote lui-même le plus souvent - fourmillent de ces doxaï. Du coup, les hypothèses et les doctrines de la science pré-aristotélicienne sont consignées non plus seulement par auteurs mais aussi par « sujets », en fonction des thématiques travaillées. La première « doxographie » est thématique, l’organisation de l’ensemble des thématiques se calant sur une classification des sujets, sujets de préoccupation pour la recherche aussi bien que pour l’enseignement. Indissolublement, les savoirs en reprise (doxographie) et en construction (écriture scientifique originale) sont des savoirs enseignés.

Enfin, à côté de la classification des savoirs enseignés, va se mettre en place une classification des sciences selon des critères d’une autre nature. Aristote articule entre elles les différentes sciences en fonction de ce qu’elles mobilisent chez le savant : connaissance (sciences théorétiques diront les scholastiques : métaphysique, physique et mathématique), création (sciences poïétiques : rhétorique, poétique et dialectique) et action (sciences pratiques : morale, économie et politique).

Bref, avec Aristote et autour de lui, s’élaborent dans le même mouvement trois sortes de classifications : classification scientifique, classification des sciences et classification des savoirs enseignés. Et, à bien observer la suite des événements, ces trois sortes de classifications vont prendre des chemins distincts certes, mais non sans se croiser à plusieurs reprises, non sans se mêler parfois, par exemple lorsque le principe de la classification des sciences relèvera, comme chez Ampère, d’une analyse des faits et objets étudiés. De ce type d’entremêlements, naîtront pas mal d’ambiguïtés, notamment sur le statut des classifications bibliographiques (CDD, CDU) : ces classifications pointent-elles des objets scientifiquement élaborés (classification scientifique) ou bien articulent-elles des thèmes d’enseignement (classification des savoirs enseignés) ou encore déplient-elles les divisions des sciences constituées (classification des sciences) ? La question n’est ni simple ni factice.

L'attitude catégorielle

On pourra, troisième approche, étudier scientifiquement la classification « comme activité et pratique humaine – pas seulement humaine d’ailleurs : tout être vivant exerce une activité classificatoire, et l’« attitude catégorielle » lui est indispensable pour orienter son action dans son environnement »[5]. Nous entrerions alors dans les voies parfois difficilement praticables de la taxinomie ou taxonomie, ou systématique ou encore classologie (Joseph-Pierre Durand, 1899) voire taxilogie (Éric de Grolier, 1988 – terme repris par Claude-Michel Viry). Les pratiques électroniques de classement et de lecture socialisant et banalisant en quelque sorte l’« attitude catégorielle », cette approche prend aujourd’hui des dimensions nouvelles, par exemple avec l’apparition de classifications ouvertes (folksonomies), les classifications dont nous avons jusqu’à présent parlé étant caractérisées notamment par leur clôture. On trouvera dans une récente livraison de la revue Hermès des indications intéressantes sur ce point[6].

Chronologie des classifications (du savoir)

On peut, enfin, simplement passer en revue les différentes formes de classification élaborées tout au long de l’histoire de la pensée selon l'ordre chronologique. C’est ce que propose Claude-Michel Viry dans son Guide historique des classifications de savoirs.

viryQuel voyage ! Que d’escales ! Certes les escales sont plutôt courtes, rapides, mais elles sont toutes contextualisées au fil de la traversée sinueuse quoique globalement rectiligne, passant l’un après l’autre les quatre temps que l’auteur prend soin de délimiter. Une classification, rappelle l’auteur après Viviane Couzinet[7], révèle toujours la Weltanschauung de son concepteur, c’est-à-dire sa vision du monde, son idéologie. D’où l’extrême importance de la contextualisation, même en termes généraux. Les quatre périodes que délimite l’auteur sont classiquement[8] celle d’un monde clos cadencé par un temps cyclique (chapitre I : jusqu’à l’antiquité gréco-latine), celle d’un monde toujours clos mais rythmé par un temps linéaire et messianique (chapitre II : Vème-XVIème siècles), celle d’un monde infini rythmé par un temps linéaire ouvert (chapitre IV : XVIIème-XIXème siècles) puis celle d’un monde infini rythmé en accélération par un temps linéaire asservi par la technique (chapitre V : depuis le XIXème siècle). Le chapitre III propose une incursion dans les « civilisations extra-occidentales », balayant la période qui va du IXème jusqu’au XVIIIème siècle (Byzance, monde arabo-persan, monde juif, mais aussi Chine, Inde et Japon). Bref, tout le monde est convoqué, pour une analyse ou juste une présentation voire une simple mention[9].

L’ordre chronologique est en lui-même contextualisateur. Reste qu’il faut quelquefois pratiquer des raccourcis historiques pour la bonne compréhension du sujet. Aussi l’auteur n’hésite-t-il pas à enjamber les siècles, comme lorsqu’il marque la reprise – inversée – de Bacon par Dewey. L’auteur ne se contente pas de présenter dans l’ordre les classifications qui ont marqué l’histoire de la pensée. Une riche réflexion de fond sur les nombreux problèmes que pose la classification en général et des classifications particulières s’active sous la revue historique. L’auteur engage ainsi plusieurs discussions : le caractère éminemment historique des classifications (et, partant, des langages documentaires en général) ; le postulat de la globalité culturelle (le geste classificatoire n’est pas isolé, mais participe d’une cohérence culturel où œuvre d’art et « inventaire de l’univers » se côtoient) ; la classification des savoirs comme témoin d’un état stabilisé du savoir ; la question de la classe 0 des classifications décimales ; etc.

La seconde partie de l’ouvrage (Livre deuxième : tableaux et documents) constitue une grande annexe, exposant cinquante-cinq classifications, du plan d’études propédeutiques de Thierry de Chartres (XIIème) à la liste des sections du Conseil national des universités (1995). Nous saurons gré à l’auteur d’avoir rassemblé et de mettre ainsi à disposition des étudiants et des professionnels de tels documents. Suivent une bibliographie, l’index des noms de personnes puis celui des titres d’œuvres[10].

L’ouvrage de Claude-Michel Viry, avec ces deux parties, constitue sans conteste un excellent outil de travail pour qui veut s’attacher à la problématique de la classification et fouiller l’histoire des classifications des savoirs, du point de vue de l’organisation de l’enseignement aussi bien que de celui de la bibliothéconomie.


[1] Genèse, 2, 19 sq.

[2] L'Iliade, II, 484sqq.

[3] La psychologie de l'intelligence (1947), par exemple.

[4] De quelques formes de classification - contribution à l'étude des représentations collectives. Année sociologique, 6, (1901-1902), pp. 1 à 72.

[5] Éric de Grolier, Taxilogie et classification. Un essai de mise au point et quelques notes de prospective, Bulletin des Bibliothécaires de France, 33, 6 (1988), p. 468-489.

[6] Vincent Liquète & Susan Kovacs (coord.), Classer, penser, contrôler, Hermès, 66, août 2013.

[7] Organisation de la connaissance : dimensions idéologiques des classifications (2006, école d’été GDR Tic et société).

[8] Cf. les travaux d’Alexandre Koyré, notamment son Du monde clos à l’univers infini (From the closed world to the infinite universe, 1957 ; 1962 pour la trad. française) qui travaille le tournant que constitue le XVIème siècle (plus exactement du milieu du XVème au début du XVIIème).

[9] L’index des noms permet d’évaluer le nombre d’auteurs présentés (environ 500) et surtout complète utilement, avec l’index des titres d’œuvres citées, l’ordre chronologique qui préside au déroulement de ce Guide. On regrettera seulement que cet index des noms ne pointe que l’entrée principale concernant chaque auteur. On sait en effet que les accès secondaires et les chemins de traverses sont souvent semés d’indications significatives…

[10] Plus de quatre-cent œuvres sont citées.

Version imprimable du présent message


 

16 décembre 2015

Les poils dans la main de Monsieur Longuet

longuet

Monsieur Longuet est formel : les demandeurs d'emploi..., ah non pardon : les Français ont des poils dans la main. Pas un poil un seul, mais plein de poils.

Interrogé sur la formation professionnelle, l’ancien ministre de la Défense du roi d'Maubeuge préfère parler d’un problème de "motivation professionnelle" et de "Français qui ont des poils dans la main".

Peut-être a-t-il raison ! Quand on voit comment le chantage à l'emploi conduit les Français à réduire leur salaire horaire chez Smart, quand on voit comment les entreprises usent et abusent des petits contrats pour ne pas s'engager dans l'investissement humain, quand on voit comment la rentabilité - que le "progrès technologique" se donne trop souvent comme horizon - sacrifie toujours les salariés mais jamais les patrons, quand on voit..., les salariés équipés de "motivation professionnelle" semblent dérisoirement soumis, esclaves volontaires d'une caste économique dirigeante.

Celui qui fut ministre du roi d'Maubeuge après avoir été (parce qu'il avait été ?) l'un des fondateurs d'Occident (ancêtre d'Ordre Nouveau, mouvement de casseurs qui participa à la création du Front national), celui qui fut condamné (le 12 juillet 1967) pour complicité de "violence et voies de fait avec armes et préméditation" (des étudiants de gauche agressés, dont un dans le coma à la suite de l'agression), bref ce "libéral" pur jus vient donner aux Français des leçons politiques de motivation et d'action ! Il faut avoir un certain toupet ! Les arracheurs de chemise patronale, c'est du pipi de chat à côté de ce casseur de "gauchistes", non ? Vous me direz que tant que ce ne sont que des mots dans un micro qui certes vous plongent dans une émotion intellectuelle grave, ça fait fait toujours moins mal que des coups de matraques et autres armes de poing qui vous plongent dans le coma...

Hors ce triste sir, il y a toujours et encore cette rhétorique dont l'objet est de culpabiliser toujours davantage les victimes du système néolibéral où nous vivons et où un salarié est contraintXBertrand(à180) d'"accepter" d'être toujours plus exploité pour ne pas crever de faim et garder un toit et un couvert pour sa famille...

Relire Laurent Cordonnier serait ici bienvenu pour celles et ceux qui veulent comprendre l'inexorable mécanique sociale qui fonctionne ici. Bref la SERVITUDE VOLONTAIRE ne s'est jamais absentée de l'horizon politique.

Rebref, concrètement, les citoyens de la région NPdCP attendent que Xavier Bertrand, celui qui "veut mettre la région au travail" [=?], se positionne, dise "sa" vérité à lui sur cette question des raisons du non-emploi.

Monsieur le Président ?


 

29 septembre 2015

Des bibliothèques populaires à la lecture publique / sous la dir. d’Agnès Sandras

 

Des bib

L'histoire des bibliothèques populaires n'est pas un long fleuve tranquille, loin s'en faut, et notamment quand elles doivent amener à la lecture publique - ce qui est sûrement leur objectif le plus précieux.

Plus de trente-cinq ans après Les bibliothèques populaires[1] de Noë Richter, un colloque « Les bibliothèques populaires d'hier à aujourd'hui » s'est tenu début juin 2014 à l'Arsenal (BnF), à l'initiative de la Bibliothèque des amis de l'instruction du IIIe arrondissement de Paris[2], afin d'exposer le renouveau des recherches sur les bibliothèques populaires. Un curieux paradoxe justifiait l'entreprise de Noë Richter : écloses aux XVIII-XIXes siècles, les bibliothèques populaires vont favoriser l'émergence de la lecture publique dans la première moitié du XXe siècle, alors même qu'elles s'éteignent progressivement mais, surtout, que les historiens les boudent, voire oublient leur existence. Dans le direct prolongement de l'entreprise de Noë Richter (et de celle, contemporaine, de Jean Hassenforder qu'on oublie trop rapidement), un travail historien minutieux s'est engagé au plus près des archives locales, aujourd'hui de plus en plus accessibles en ligne. Ce travail permet de restituer les contextes, conflictuels ou apaisés, où les bibliothèques populaires ont pris leurs marques socioculturelles et sociopolitiques.

L'ouvrage dirigé par Agnès Sandras accompagnait le déroulement du colloque de 2014. Il en constitue les actes, enrichi de quelques articles. Rassemblant vingt-cinq contributions pour une vingtaine de contributeurs (historiens, sociologues, bibliothécaires et conservateurs des bibliothèques mais aussi jeunes doctorants et chercheurs confirmés), il comprend cinq parties. La première situe les enjeux et les difficultés de l'accès au livre au XIXe. La deuxième propose quelques études autour des Bibliothèques des amis de l'instruction. La troisième met en lumière les avancées culturelles et éducatives des bibliothèques populaires, toujours au XIXe siècle. La quatrième partie nous emmène à l'étranger visiter l'histoire des bibliothèques populaires anglaises, belges et argentines. La dernière partie négocie le passage du XIXe au XXe siècle - ce que quelques contributions des parties précédentes proposaient quelquefois. Une bibliographie indicative (plus de 80 références) invite à la lecture historienne. Enfin, un index des noms de personnes, lieux et institutions suit la liste des auteurs et celle des illustrations.

Si l'histoire de la bibliothèque populaire n'est pas un long fleuve tranquille, force est de constater avec joie que la lecture de l'ouvrage se pratique telle la descente d'un fleuve. On se laisser porter par les textes introductifs d'Agnès Sandras (une introduction générale puis une introduction à chaque partie), textes résultant d'une remarquable problématisation et d'une densité réflexive nourrissante. Descendant le fleuve, libre au lecteur de décider ou non une escale, de s'arrêter dans un de ces nombreux espace/temps qui habitent l'une et l'autre rives. De telles escales l'entraîneront en des contrées trop méconnues de la lecture publique et pourtant si riches de problématiques fondamentales.

En ces temps où la technologie et la matérialité en général encombrent notre capacité de réflexion, l'ouvrage (comme le colloque qui le justifie) est salutaire. Sa lecture ne peut qu'ouvrir notre regard, au-delà de l'horizon imposé de la technique et hors du tempo de sa course effrénée à l'innovation à tout prix, sur des interrogations où l'humain se dessine et où la société se pense en humanité. Peut-être la question fondamentale de l'ouvrage est-elle celle-ci : que reste-t-il de « populaire » dans ce qu'on appelle aujourd'hui la lecture publique ? Sortons de cette « connotation univoque et péjorative » de l'étiquette « populaire » dont parle Agnès Sandras ! Osons placer la bibliothèque dans la stricte perspective éducative et culturelle ! Relisons, une fois encore, Noë Richter quand, installant la bibliothèque dans l'orbite de l'éducation permanente, il voulait comprendre l'enchaînement qui conduit de la lecture populaire à la lecture publique[3]. Relisons Richter et inversons l'enchaînement : comment la bibliothèque favorise-t-elle le passage de la (simple) lecture publique à la lecture populaire ? Personne ne niera la perspective éducative de la bibliothèque. Elle est comme ancrée dans notre culture. Mais qui va jusqu'au bout du traitement de cette question ? Qui va poser la distinction, fondamentale, entre public et non public, et proposer une stratégie sociale pour faire venir à la lecture celles et ceux qui n'y ont pas objectivement accès, celles et ceux qui n'ont pas même idée de ce « plaisir incommensurable de la lecture » vanté par Agnès Sandras ?

Relisons, par exemple, ces Regards neufs sur la lecture que posaient dès 1949 Geneviève Cacérès[4] et avec elle tout Peuple et Culture ! Ces regards brillent encore !

----------

[1] Noë Richter, Les bibliothèques populaires, Paris, Cercle de la librairie, 1978
[2] Cette bibliothèque serait la dernière « bibliothèque populaire » encore existante (cf. http://bai.hypotheses.org)
[3] Noë Richter, Bibliothèques et éducation permanente. De la lecture populaire à la lecture publique, Bibliothèque de l'Université du Maine, 1981
[4] Geneviève Cacérès, Regards neufs sur la lecture, Éditions du Seuil, 1949. Une édition augmentée est parue en 1961, avec la collab. de Joffre Dumazedier, Georges Jean et Jean Hassenforder. http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb318961203/PUBLIC

-------------------------------------------------------
Note publiée initialement sur le site de l'ADBS - qui en propose une version pdf.
15 juin 2013

Situations de la veille et de l’intelligence économique

  • Intelligence économique et Knowledge Management / Alphonse Carlier. – Paris : AFNOR éditions, 2012. – 310 p. – ISBN 978-2-12-465367-6 :  €
  • Intelligence économique et management stratégique : le cas des pratiques d’intelligence économique des PME / Norbert Lebrument. – Paris : L’Harmattan, 2012. – 456 p. (Intelligence économique). – ISBN 978-2-296-56935-5 : 46 €
  • Intelligence économique et problèmes décisionnels / sous la dir. d‘Amos David. – Paris : Hermès Science Publications :   Lavoisier,   2010.   –   370 p.   –   (Traité   des   sciences   et   techniques   de   l’information.   Série Environnements et services numériques d’information, ISSN 2104-709X). – ISBN 2-7462-2503-9 : 99 €
  • Outils et efficacité d'un système de veille. Guide / réalisé par Archimag. - Paris : Serda édition-IDP, sd. - 92 p. - (Archimag Guide pratique, ISSN 0769-0975 ; 47) : 97 €

 Comme dit Michel Remize en ouvrant le Guide pratique n°47 d’Archimag (Outils et efficacité d’un système de veille), le paysage de la veille s’est « affirmé » en France. De fait, on ne peut que constater l’affluence de publications sur le sujet mais surtout nous sommes tous témoins plus ou moins impuissants d’une montée des préoccupations des professionnels de l’information et de la documentation à l’endroit de « la veille ». Que de discussions entre documentalistes sur ces nouveaux outils qui incitent à des pratiques censément nouvelles ! Que de confusion également, que d’amalgames et de mécompréhension autour de ce terme, objet de tous les fantasmes !

Mais, à bien regarder, la veille semble se contenter de revisiter la pratique documentaire. Elle la finalise d’une certaine façon, dans une autre compréhension du temps, tout en mobilisant l’ensemble des compétences constitutives du savoir-faire documentaliste. Bien sûr, la fameuse « chaîne documentaire » s’est vue bousculée, peut-être surtout par l’apparition du web dans le paysage et par son impact sur la boîte à outils. Mais tout est là et Paul Otlet ou Suzanne Briet s’y retrouveraient à coup sûr ! Reste à montrer comment et pourquoi à tous ces professionnels inquiets devant ce qui leur apparaît comme un nouvel enjeu, comme un nouveau défi. Reste à leur montrer comment et pourquoi ils peuvent fonder leur compréhension de la veille sur les fondamentaux de la documentation.

Une des façons de provoquer puis entretenir des fantasmes à propos de la veille peut consister à la placer dans une situation ambiguë par rapport à l’intelligence économique (IE), autre objet de fantasmes des professionnels de l’information et de la documentation. Je parle ici des professionnels ordinaires, « normaux » en quelque sorte, majoritaires en tous cas. Certes l’IE intègre la veille dans sa panoplie de pratiques – si ce n’est dans sa boîte à outils –, mais les deux se distinguent, quand bien même celle-là « emboîte » celle-ci. L’IE est clairement du côté de la compréhension stratégique de l’entreprise – de l’entreprise dans son rapport à son environnement prochain et lointain, sur un mode à la fois défensif et offensif voire agressif – et de l’action qui en découle. La veille, quant à elle, reste (trop souvent ?) dans le réduit du « back office » de l’entreprise – officine interne ou prestataire – qui œuvre pour que les décideurs et les gestionnaires disposent de ces « informations documentées » qu’évoque Paul Otlet au chapitre des « buts de la Documentation organisée »…

Bref, il est clair que la mise en place d’un « système » de veille nécessite un travail préalable d’explicitation de la stratégie et d’identification par cette stratégie des facteurs-clés de succès et donc des priorités tactiques de l’organisation. C’est à partir de ces éléments que le tableau de veille pourra se construire. En d’autres termes, la posture de veille intègre dans son système la stratégie que l’IE a contribué à construire : elle y inscrit en quelque sorte sa finalité. Dans l’autre sens, l’IE est impensable sans la fonction veille. Mais, si elles ne vont pas vraiment l’une sans l’autre, elles ne se confondent pas pour autant. Qui dit IE dit notamment veille ; l’inverse est loin d’être nécessairement vrai. Je parle ici de la réalité de la vie professionnelle. Reste que l’une des forces du documentaliste est sa capacité à exercer ses compétences sous les deux postures[1] : au sein d’une équipe plus large dans la posture IE – où il fournit des éléments informationnels à côté d’éléments d’un autre ordre comme la sécurité, l’analyse économique, le lobbysme ou l’activisme commercial –, mais éventuellement seul et suffisant dans la posture veille – où il fournit le relevé de ses investigations à la direction stratégique.

Larchimage guide pratique d’Archimag Outils et efficacité d'un système de veille consacre spécifiquement près de quatre-vingt-dix pour cent de ses pages à la veille. Cela va du constat que dresse Christophe Deschamps de la mouvance extrême dans laquelle les documentalistes veilleurs doivent construire leur méthode et déployer leur pratique[2] jusqu’aux retours d’expériences de veille au sein de moyennes et grandes entreprises, en passant par les conseils méthodologiques et les inévitables « solutions » de veille, auxquelles près d’un tiers des pages du guide est consacré. Concernant les conseils méthodologiques, on notera que c’est bien l’ensemble des questions qui est passé en revue, de l’analyse des besoins à la cartographie des informations, et de la méthodologie générale à la pratique des réseaux humains. Dans les huit articles consacrés à l’IE, on reconnaitra quelques grandes signatures de la veille (Christian Harbulot et Nicolas Moinet pour ne citer qu’eux) et quelques institutions pilotes (CCI, CIPE, Académie de l’IE, ACRIE Réseau, APIEC, SYNFIE). Ce petit tour d’horizon permettra de situer les principaux acteurs de l’IE en France. Christian Harbulot se plaint que cette dernière se refuse à penser conflit et que le rôle de l’influence n’y est pas suffisamment pris en compte[3]. Nicolas Moinet[4] se plaint, quant à lui, que les emplois en IE tardent à se mettre en place quand bien même les besoins sont flagrants.

L'carlierouvrage d'Alphonse Carlier est construit sur la dualité de son titre (Intelligence économique et Knowledge Management). La première partie s'intéresse donc à l'IE et comprend dix chapitres dont huit portent la veille en titre[5]. Ces huit chapitres offrent au lecteur une excellente introduction à la veille, sous différents aspects (normatif, technique, ingénierial). Mais, de fait, l'auteur emploie souvent quasi indistinctement les deux appellations d'IE et de veille, comme si elles étaient équivalentes. On a le sentiment, à cette lecture, que l'IE et la veille sont effectivement la même réalité mais travaillée par deux approches distinctes : le management de l'organisation parle d'IE – approche par la gouvernance –, alors que la veille est technique – approche par l'outillage. Relié fortement à la problématique du management des connaissances (KM) – qui fait l'objet de la seconde partie de l'ouvrage –, ce parti pris est à la fois cohérent et dérangeant : cohérent parce que l'auteur est bien dans une problématique globalement managériale bien qu'en appui sur l'équipement technique[6] mais dérangeant parce que la confusion entre veille et IE plane sournoisement. En fait l’auteur opte pour une approche globalisante où veille, IE et KM concourent à la réussite de la stratégie de développement de l'organisation. On commence par la technique (la veille) puis on finit par la gouvernance avec le KM - qui finalise en quelque sorte l'ensemble du montage.

C’Lebrumentest aussi sous la perspective de la gouvernance que Norbert Lebrument (Intelligence économique et management stratégique : le cas des pratiques d’intelligence économique des PME) place l’IE : celle-ci est d’emblée comprise comme une « démarche managériale à part entière ». L’ouvrage est issu de la thèse soutenue par l’auteur en 2008, intitulée La polyvalence stratégique des pratiques d’intelligence économique : une approche par les ressources appliquée aux PME[7]. C’est en effet en appui sur la théorie du management par les ressources que l’auteur interroge l’IE et exhibe sa « complémentarité stratégique » avec le KM. La première partie de l’ouvrage propose au lecteur un état de la question, la seconde expose la méthodologie de recherche (et le positionnement épistémologique), la dernière propose une grande étude de cas. D’un bout à l’autre, le modèle de la « polyvalence stratégique des pratiques d’intelligence économique » est passé au crible.

Dansdavid l’ouvrage dirigé par Amos David (Intelligence économique et problèmes décisionnels), on parle de « synergie » entre KM et IE (contribution de Bolande Oladejo et Adenike Osofisan) et l’on prend globalement l’IE du point de vue de la gouvernance (toute la seconde partie). Mais avec cet ouvrage, on change résolument de cap. On entre dans la recherche fondamentale et appliquée, œuvre d’un groupe d'experts soutenu par le CNRS, au sein duquel on trouve quelques grandes signatures de la veille stratégique et de l’intelligence économique. Les travaux présentés sont issus de recherches portant sur l'intelligence économique mais précisément dans la résolution de problèmes décisionnels. On y parle modèle, méthode et outil pour l'intelligence économique, considérée comme une « perspective » dans plusieurs types de configuration (laboratoire de recherche, unité de travail, entreprise, pôle de compétitivité, territoire[8]). La spécificité de cet ouvrage, dans le cadre de cette note, est sûrement d’introduire dans l’analyse des processus de veille et d’IE la dimension sémantique (chapitres 8 et 9 notamment).

Il y a vingt ans, j’organisais pour l’ADBS Nord un stage sur la veille appliquée au secteur éducation. Nous disposions à l’époque de relativement peu de littérature et Internet n’était pas encore sur tous les bureaux. La valeur phare que nous diffusions était alors celle du partage et de la collaboration au sein de réseaux institutionnels et humains, celle de l’ouverture la plus large en input aussi bien qu’en output. On partait de la position du documentaliste dans son organisation et l’on raisonnait selon une logique d'acteurs dans et hors l’organisation : ouverture au sein de l’entreprise pour une meilleure circulation de l’information entre collègues et échange entre organisations envisagées comme autant de ressources informationnelles. Il est clair que nous n’étions pas du tout dans un climat de guerre. Nous ne nous sentions pas concernés par l’ouvrage de Christian Harbulot, La machine de guerre économique, paru un an plus tôt et où apparaissait pour la première fois l’expression « intelligence économique » – qui voulait traduire la competitive intelligencedes Anglo-Saxons et était accompagnée de son acolyte obligé, l’influence. Organisant et co-animant le stage de 1993, je n’étais pas dans cette dynamique de la concurrence. Vingt ans après, après avoir lu nombre d’ouvrages sur la veille et l’IE parus depuis, le veilleur que je suis finit par se dire que la distinction fondamentale entre la veille et l’intelligence économique est peut-être tout simplement là, dans ce hiatus de 1993. La veille n’est pas en soi une arme de guerre. Elle est juste une posture de recherche, de recueil, de traitement et de diffusion de l’information capable d’aider à l’élaboration d’une intelligence collective. L’IE, elle, est une posture guerrière qui oblige dans le même mouvement à maximiser et valoriser l’input informationnel (ouverture à l’environnement, capacité à chercher/trouver l’information dite stratégique, etc.) et à verrouiller l’output (fermeture sécuritaire notamment), double mouvement paradoxal dont l’objectif est d’accroître l’influence de l’organisation sur un secteur donné. Et quand la veille est comprise comme arme de guerre, c’est que l’IE s’en est emparé.

Note de lecture rédigée pour Documentaliste. Sciences de l'information


[1] Ce potentiel documentaliste est construit sur la fameuse « double compétence » – dont on ne parlera jamais assez. 

[2] Article reproduit par son auteur sur son site Outils froids : http://www.outilsfroids.net/news/la-veille-dans-un-environnement-numerique-mouvant.

[3] Le Manuel d’intelligence économique dont il a dirigé l’édition (PUF, 2012) s’ouvre sur la mondialisation et sa série de « guerres » pour se refermer par une dernière partie consacrée à l’influence.

[4] Pour cet auteur, voir la note de lecture de Loïc Lebigre parue dans une précédente livraison de DocSI (vol.49, n°3)

[5] Les deux premiers chapitres de cette première partie (« management des connaissances », « intégration de la veille et du KM dans un système d’information ») peuvent être compris comme un développement, une excroissance de l’introduction, cet ensemble voulant présenter les démarches IE et KM.

[6] « Intégration de la veille et du KM dans un système d'information », dit le chapitre deux et passim.

[8] Cette dimension est traitée par Philippe Clerc dans le Guide d’Archimag. L’auteur a mis sa contribution en ligne.


10 janvier 2014

Rhétorique politique de la compétitivité

La vraie compétitivité c'est la capacité à produire dans de bonnes conditions, en respectant les conditions de travail et avec une organisation du travail qui soit humaine, vient de dire notre ministre du Travail, si l'on en croit le site du PS.

Le problème de cette sentence politique, c'est que, quel que soit le dictionnaire vers lequel on se tourne, elle est proprement mensongère, du moins erronée. Ce qu'il y a de commun à toutes les (bonnes) définitions de 'compétitivité', c'est la présence, comme en toile de fond, de l'idée de concurrence, voire simplement de compétition. La compétitivité ne saurait être quelque chose d'absolu : on est plus ou moins "compétitif" en fonction des autres compétiteurs, en fonction des concurrents.

Please-No-Dumping-Thank-YouC'est pourquoi, bien qu'interdit par le droit de la concurrence et dénoncé par la mauvaise conscience qui se cache sous l'habit du loyal-et-non-faussé, le "dumping" est très logiquement dans le droit fil de la compétitivité. Dumping commercial des entreprises, dumping fiscal des États, dumping social des États et des entreprises. L'objectif, par contre, est pour les entreprises toujours unique en dernière analyse : faire du profit - pour emplir les poches des "investisseurs" ou pour améliorer la compétitivité, c'est selon. En tout cas jamais pour améliorer l'emploi et les conditions de travail : la diminution de la masse salariale est une des principales variables d'ajustement pour augmenter la "compétitivité" (i.e. le profit, euh ! pardon la "rentabilité") ; par ailleurs, la qualité des conditions de travail a un coût certain. Du coup les États...

Bref, on baigne dans une concurrence régulièrement "faussée" et "déloyale" parce que nous sommes dans le grand bain de la compétitivité.

Alors pourquoi le ministre essaie-t-il de faire croire que la compétitivité est hors de ces eaux troubles de la concurrence ?

Ah ! Il parle de la "vraie" compétitivité ! Je n'avais pas bien lu le début de la sentence. La compétitivité dont parle les bons dictionnaire serait donc "pas vraie", fausse, mensongère ?

Vous m'expliquez, Monsieur le Ministre ? Et vous, les camarades du PS, vous ne publieriez pas un mot sur ce concept de compétitivité sur votre site ?


20 mars 2013

Angela pour l'Humanité

une-hq_36


L'Humanité a une rédactrice particulière aujourd'hui : Angela Davis ! Pas moins !

Ça me rappelle une chanson de mon enfance, écrite par je ne sais qui et chantée par Hugues Auffray, À propos d'un détail. Ce devait être au milieu des années soixante...

La chute de cette chanson est restée gravée dans ma mémoire et j'ai toujours pensé que cette chute parlait d'Angela Davis, la divine...

???

Je te laisse écouter, fidèle lecteur :


20 décembre 2012

Les documentalistes vont au Louvre-Lens !

L’ADBS Nord-Picardie et le Louvre-Lens vous proposent une journée d’étude ADBS :

Les ressources documentaires en musée :
rôle, place et prospective
.

Jeudi 21 mars 2013 de 9h à 17h30 au musée Louvre-Lens
Inscription en ligne sur le site ADBS à partir du 15 janvier 2013.

Coordination scientifique

  • Anne Lamalle, Directrice du centre de ressources, Louvre-Lens
  • Maryse Rizza, Chef de projet en gestion documentaire, Doctorante en SIC, Laboratoire GERIICO- Université de Lille 3

Argument
Les missions des musées se concentrent autour de quatre grandes thématiques :

  1. la conservation, l’enrichissement, la restauration et l’étude des collections ;
  2. l’accessibilité au public le plus large ;
  3. l’éducation et la garantie d’un accès égal à tous à la culture
  4. la contribution au progrès, à la connaissance et à la recherche.

Si, dans l’espace de l’exposition, les NTIC ont largement pris leur place, les musées accordent de plus en plus d’importance et de moyens à l’accès aux ressources documentaires qui accompagnent les collections.

GrandeGalerieChancelphoto : http://www.louvrelens.fr/

Programme provisoire

  •   9H00 : Accueil des participants
  •   9H30 : discours d’ouverture
  •   9H45 : « Du support papier au support numérique : rôle, place et organisation des services de documentation muséale »
  • 10H30 : Fonds documentaires numérisés en ligne au service de la médiation scientifique
  • 11H15 : Documentaliste du secteur culturel ; identité, formation et réseaux
  • 12H30 : Déjeuner sur place
  • 14H     : Ressources numériques et transmission du patrimoine public
  • 15H     : Ressources documentaires et espace de savoir ; le projet du Louvre Lens
  • 16H     : Visite du centre de ressources et du musée Louvre Lens
    Fin de journée 17H30

2 octobre 2012

Au nom de l'emploi, du fisc et du saint mépris

VdN

Un parlementaire apparenté UMP dénonce le projet de taxation de la bière au nom de l'emploi... Il va bientôt proposé que les usines se remettent à fabriquer de l'amiante ?

N'empêche ! Les gens malades de boire, de fumer, de travailler dans des conditions sanitaires déplorables, tous ces gens malades vont nécessiter la création ou le maintien d'emploi dans le secteur sanitaire...
Il aurait donc un peu raison, notre apparenté UMP de service !

Mais comment fait-il pour financer ces emplois ? Le point d'interrogation qui apparaît sur la page web de La Voix du Nord n'en dirait-il pas long sur cette question ...

Aïe ! Allez, on reboit une chope pour s'éclaircir les idées ?


 

28 mai 2012

L'occasion de se taire

lagarde3Extrait d'un article du quotidien Le Monde.

"Je pense qu'ils devraient s'aider mutuellement (...) en payant tous leurs impôts", a-t-elle dit dans une interview publiée ce week-end par le Guardian, en évoquant "tous ces gens qui tentent en permanence d'échapper à l'impôt". "Je pense davantage à ces petits enfants d'une école d'un petit village du Niger qui n'ont que deux heures de cours par jour, qui partagent une chaise pour trois et qui cherchent passionnément à avoir accès à l'éducation", poursuit-elle. "Je pense à eux en permanence, parce que je pense qu'ils ont davantage besoin d'aide que la population d'Athènes."
lefigaro-coverVous pouvez lire comment Le Figaro présente ça, mais ATTENTION certaines tournures peuvent choquer !

Classique de chez classique ! C'est comme quand le chômage, c'est à cause de la faute - pardon : de la très grande faute - des chômeurs. Laurent Cordonnier nous l'avait décrit minutieusement dans son bouquin sorti en octobre 2000 aux éditions Raisons d'agir, Pas de pitié pour les gueux. Sur les théories économiques du chômage. J'en avais rendu compte : la dévictimisation accusatrice est l'une des principales armes morales de l'etabishment capitalistique mondial contre les masses laborieuses. Et l'etablishment en question trouvera toujours des Kapos dans la population des victimes pour que la chaîne de commandement fonctionne au mieux, c'est-à-dire pour que le plan d'exploitation des masses laborieuses ait l'air aussi "naturel" que possible (cf. le travail d'Alain Accardo, Le petit-bourgeois gentilhomme. La moyennisation de la société, publié par les Éditions Labor et les Éditions Espace de liberté, à Bruxelles en 2003 - cf. ici).

img_0119Le tour de force du propos de la cheftaine du FMI, c'est qu'à la population d'Athènes rendue responsable des manquements de l'etabishment elle oppose d'autres vicimes de ce dernier, à savoir les enfants du Niger - qui, les pauvres petits, sont vraiment trop petits pour être responsables de quoi que ce soit. Elle veut faire pleurer nos bonnes âmes chrétiennes et charitables et se repentir les familles grecques SDF d'être si bien lôties, elle qui dirige l'institution mondiale sensée aider ceux qui ont besoin d'aide ... c'est-à-dire ... l'etabishment. Bon ! Mais du moment que Madame du FMI pense en premanence aux "petits enfants d'une école d'un petit village du Niger qui n'ont que deux heures de cours par jour, qui partagent une chaise pour trois et qui cherchent passionnément à avoir accès à l'éducation", tout va bien du côté de l'etablishment et la morale est sauve.
Écœurant, non ?


16 mai 2012

d'un côté l'autre...

lefigaro-cover


Vous je ne sais pas, mais moi la comparaison entre les unes du Fig et de Libé me parle...


Pour le journal de droite, le Président se dirige résolument vers la gauche et on s'étonne de ne pas voir un marteau et une faucille au bout du chemin, à l'extrême gauche de la page... Le journal de l'UMP nous invite d'ailleurs explicitement à une telle lecture de l'image.


liberation-coverPour Libé, à l'inverse, on s'étonnera de ne pas deviner en filigranes l'hologramme de Bayrou à l'extrême droite de la page...




Étonnant, non ?

3 mai 2012

Pauvreté, immigration, assistanat, fraude... : cassons les idées

Un message de delegation.nationale@atd-quartmonde.org

atd-Chers amis membres d'ATD Quart Monde et d'organisations partenaires,

Les personnes en situation de pauvreté et les personnes étrangères sont devenues un enjeu des derniers débats de notre campagne électorale. Comme elles n'ont guère de droit de réponse, de nombreuses idées fausses sur elles s'installent sans être corrigées. Nous pensons de notre responsabilité de vous communiquer ce document sur les idées reçues sur la pauvreté et l'immigration créé en partenariat avec la MRIE (Mission Régionale d'Information sur l'Exclusion de Rhône Alpes) et de vous demander de le diffuser le plus largement possible à vos carnets d'adresses électroniques. Ainsi vous contribuerez à ce que l'opinion publique ne se construise pas une représentation erronée des personnes en situation de pauvreté ou étrangères, qui met en danger durablement le respect de l'égale dignité de chacun, l'estime que nous nous devons les uns aux autres et notre capacité à vivre ensemble.


Nous vous remercions.


Véronique Davienne & Bruno Tardieu
Délégation Nationale ATD Quart Monde en France


29 avril 2012

Politique française aux USA

Vu dans une rue de New York ces jours-ci, ceci :

2012-04-26-01h30m03DSC_4681

... Ceux qui ont écrit puis affiché ça ne savent apparemment pas de quoi ils parlent (la vie en France)

Lu dans l'Empire States Building, cela :

Change begins here

... Version spaciale du mot d'ordre du candidat socialiste...

New York, ville contradictoire.


9 avril 2012

Désintoxiquez-vous !

logo_4_carreUn collectif tient un blog dont le rôle est de restituer la réalité des chiffres généralement utilisés par la hiérarchie de l'Éducation Nationale dans sa communication. Ces chiffres sont des vues de l'esprit, et ce blog tient à se reporter aux données officielles pour recentrer les informations :

http://www.cahiers-pedagogiques.com/blog/lesdechiffreurs/

29 juin 2011

Le point sur les messes de Josquin Després

Tu le sais bien, lecteur assidu, une intégrale des messes de Josquin est en cours de réalisation sous la direction de Maurice Bourbon.

À ce jour, cinq messes sont enregistrées : Mater Patris, Di dadi et la Missa ad fugam, ainsi que le Credo quarti toni autour duquel Régis Campo a construit sa Missa Amici.

JosquinRome1(200x180)Les deux messes de « L'Homme armé » font l'objet d'un CD diffusé par Calliope (CAL9441). L'autre nom de cet enregistrement est Josquin et Rome 1.

Le prochain enregistrement (cet été) concernera les messes Gaudeamus et La sol fa ré mi. Ces oeuvres, écrites dans la période romaine et la maturité resplendissante de Josquin, représentent le 4° volet de l'intégrale, intitulé Josquin et Rome 2.

Toute l'information est sur le site de l'association La Chapelle des Flandres qui met à l'écoute des extraits de ces enregistrements. Voir aussi l'article Josquin des Prés de Wikipedia (§ discographie).


 

17 février 2012

Fracassant ?

lefigaro-coverFracassante ! Fracassante !

Tu parles ! Les médias nous ont expliqué hier de long en large la première journée de campagne. Il a mangé je ne sais plus quoi au resto du coin et il a même pris le temps d'un café... Formidable, non ! Fracassant ?

En fait, s'il a fracassé quelque chose le Sarko, c'est bien la France qui prend l'eau de partout, où les cales de 5ème classe sont surpeuplées et les cabines du haut de plus en plus 1ère classe, etc.

Capitaine Fracasse la France, oui !


27 mai 2011

pour construire mon tableau actif de veille informationnelle

Je redonne, très légèrement modifé, mon schéma du 23 mars dernier, non par béatitude narcissique, mais parce que j'en aurai besoin, ainsi mis à jour, lors de l'assemblée annuelle de la délégation Nord-Picardie de l'ADBS... Mon ami OLD notera, je l'espère, que la mention des droits est correcte et bien visible !

CoTAVIv2

Version pdf (A3).


Publicité
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 > >>
Publicité
Archives
Visiteurs
Depuis la création 262 735
Publicité