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BRICH59

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14 décembre 2004

So ell encina

 

Une partition pour Coeli et Terra, qu'il suffit de demander par courriel...
 
 
 

       
  • So ell encina (anonyme espagnol XVI°), libre, pdf, 2p.
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14 décembre 2004

Quel fanciullin

 

Une partition pour Coeli et Terra, qu'il suffit de demander par courriel...
 
 
 

       
  • Quel fanciullin (Lauda spirituale natalizia - anonyme XVI°), © La Chapelle des Flandres 2001 (éd.Richardot), pdf, 1p.
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14 décembre 2004

Hopina Hop

   

Une partition pour Coeli et Terra, qu'il suffit de demander par courriel...
 
 

     
  • Hopina Hop (traditionnel arménien), sans ©, pdf, 5p.

 
 
 



 

14 décembre 2004

Dors, ma colombe

 

Une partition pour Coeli et Terra, qu'il suffit de demander par courriel...
 
 
 

       
  • Dors, ma colombe (Noël populaire alsacien / Berthier Paul harm.), © La Chapelle des Flandres octobre 2001 (éd.Richardot), pdf, 1p.
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14 décembre 2004

La delaissado

   

Une partition pour Coeli et Terra, mais qui appartient à Maurice Bourbon (harmonisation)...
 
 
 

       
  • La delaissado, Canteloube / Bourbon Maurice harm., © La Chapelle des Flandres (éd.Richardot), pdf, 2p.
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14 décembre 2004

¿Con qué la lavare?

 

Une partition pour Coeli et Terra, qu'il suffit de demander par courriel...
 
 
 

       
  • ¿Con qué la lavare? (Cancionero de Upsala - anonyme espagnol XVI°), libre, pdf, 2p
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25 novembre 2004

Maurice Bourbon : La « Chapelle des Flandres » à Roubaix

                             

En 1980, il est encore ingénieur en géologie et parisien. En 1987, il devient chef de choeur, et dans le Nord... Voici l'histoire d'une passion pour l'art vocal et le Nord de la France, qui ont fait basculer Maurice Bourbon. Également chanteur (baryton basse) et compositeur, il est, pour notre région, un exemple vécu d'attraction des talents...

      

      

Maurice Bourbon n'aura pas  attendu Lille 2004 capitale européenne de la culture et ses  bénéfiques effets d'image pour s'implanter dans notre région. Depuis cinq ans  maintenant, il anime la Chapelle des Flandres, devenu un pôle  d'art vocal dans le Nord-Pas-de-Calais.
  La Chapelle des Flandres réunit deux ensembles. Métamorphoses tout d'abord fondé en 1983, Métamorphoses est un quatuor professionnel de solistes, spécialisé dans la musique vocale a capella. Après avoir restitué Josquin,  le madrigal italien, la Renaissance française, Monteverdi, Bach,  Métamorphoses s'est tourné vers la création, pour revenir à Josquin  aujourd'hui.

 

DEUX ENSEMBLES POUR UN SEUL PÔLE,

  REFLET DU PAYSAGE FLAMAND

   

Autre ensemble Coeli et Terra... La terre et les cieux, deux mots  extraits du Sanctus, reflet du paysage flamand, dit Maurice Bourbon. Ce choeur de chambre, fondé en 1987, compte 25 chanteurs amateurs de haut niveau, voués à l'origine à la restitution du patrimoine polyphonique franco-flamand de la Renaissance, puis à la musique baroque allemande ou italienne. Ils sont aujourd'hui ouverts à la création contemporaine: à l'intérieur de Coeli et Terra on trouve un choeur contemporain.
   

            

 

SAINT-JOSEPH DE ROUBAIX ACCUEILLE

  LA CHAPELLE DES FLANDRES

   

  Le tout travaille dans l'église Saint-Joseph de Roubaix. Maurice  Bourbon produit une discographie abondante et audacieuse. Citons le  classique Bach  Intégrale des motets a cappella en 1994 (Arion ARN 68305) et le très  moderne Messe pour deux choeurs mixtes, Chants d'Ariel pour choeur a capella, de Frank Martin Messe pour solistes et double choeur de Ralph Vaughan-Williams.(1)

2004-2010: L'INTEGRALE DES MESSES DE JOSQUIN DES PREZ

       
Josquin Desprez est le plus grand musicien de la Renaissance. Il marquera définitivement le monde occidental en l'ouvrant majestueusement au monde nouveau de la polyphonie. Homme du Nord travaillant en Italie, il écrira dix-huit messes, chefs-d'oeuvre absolus. En musique il est à la fois Rubens  (par ses origines) et Michel-Ange par son pays d'adoption). Rappelons ce  commentaire de Luther: "Les compositeurs font des notes ce qu'ils  peuvent, Josquin, lui, en fait ce qu'il veut". Certaines messes n'ont  jamais été entendues depuis des siècles... Voilà une superbe occasion de mettre  en valeur la région!

(1) Avec livret de commentaires de Maurice Bourbon, qui dirige ici ses ensembles, en 2000 (Studio SM DS2868 SM 62); ajoutons enfin le tout récent et régional Vivat!: chansons roubaisiennes, en 2004.
 

 

       

 

            


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  ©AUTREMENT DIT, 617 du 19 Novembre 2004, p.28
  Rédacteur : Dominique Neirynck

 
 


3 novembre 2004

Du magasinier à l'herméneute : quelques figures du documentaliste en éducation

Que fais-je donc à un congrès de la fadben-cdi ?[1]

Je ne suis pas documentaliste en cdi, mais documentaliste responsable d'une unité documentaire en milieu universitaire qui assure deux fonctions distinctes : fonction service documentation d'une institution de formation continue (mes « clients » sont mes collègues, c'est-à-dire le personnel de l'institution) et fonction centre  de ressources documentaires pour chercheurs et étudiants (en sciences de l'éducation) dans une composante de l'Université de Lille1.

Cela fait une sacrée différence de ne pas s'adresser à des élèves de lycées et collèges, mais à des adultes, qu'ils soient enseignants, ingénieurs, techniciens, chercheurs, administratifs ou étudiants. Cela peut pas mal changer la donne pour plusieurs des problèmes qui agitent les cdi de France et de Navarre. Reste que je suis convaincu que ceci n'invalide pas a priori ce dont je souhaite vous entretenir - et qui relève bien des pratiques documentalistes - d'autant plus que je ne focalise pas mon propos sur la relation documentaliste-élève, mais bien sur un type d'activité qui engage l'ensemble du complexe relationnel où travaille le documentaliste.
Mon propos se déroulera en trois temps. Premier temps, nous nous poserons la question l'impact des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication sur le travail documentaliste[2], nous plaçant sur le registre général de la communication, puis sur le registre particulier d'une des activités documentaires, la bibliographie. Nous questionnerons enfin cette tentative de façon plus globale... Dans un deuxième  temps, nous nous attacherons à la notion de référence, la suivant dans son développement de son niveau gestionnaire à son niveau herméneutique... Enfin, troisième temps, nous essayerons de saisir quel est l'impact de l'herméneutique sur le travail documentaliste, non sans avoir situé celle-ci dans un cadre plus général, celui de la sémiologie.

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[1] Cet article reprend la communication que  l'auteur a présentée lors du 4ème Congrès des documentalistes des  lycées et collèges organisé par la fadben,  à Rouen, du 16 au 18 mai 1996. Ce texte a fait l'objet d'une première  publication sous un titre différent : « Le documentaliste, le bibliographe et  l'Internet », dans la revue INTER CDI, n°145, début 1997.

[2] La communication était présentée dans  l'atelier « ntic et évolution  du métier », animé par Marie-Paule Saj et Dominique Dufils.


3 novembre 2004

Du magasinier à l'herméneute : quelques figures du documentaliste en éducation [2]

L'impact des Nouvelles Technologies de l'Information
et de la Communication sur le travail documentaliste

[suite de ...]


Quel est donc l'impact des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication sur le travail documentaliste ? Je n'aurai pas ici la prétention de pouvoir répondre à cette question, tant débattue par les professionnels de la documentation, notamment par le biais des publications ou des manifestations organisées par leurs associations (fadben, adbs, etc.).

La communication

D'autre part, Madame Bernhard[1] vient de nous expliquer les avantages de l'Internet en termes de communication entre paires notamment. Je n'y reviens pas ; sauf pour (re)dire que l'Internet modifie

  • non pas ce  qui de toute façon pouvait très bien se concevoir et se pratiquer sans lui[2],

  • mais la  façon de le pratiquer, essentiellement du point de vue de la dialectique espace/temps. 

Pourquoi dialectique ? Parce que les deux grandes catégories de structuration du réel (cf. Kant) semblent ici perturbées dans leur relation réciproque traditionnelle : le temps n'est plus un temps de parcours de distance ; le parcours de distance ne monopolise plus le temps ; l'effacement de la distance change la qualité d'usage du temps ; etc. La relation entre l'espace et le temps est de fait quasi annulée, parce que la vitesse (parcours d'espace compté en unités de temps) de la communication est extrême, parce que le rapport distance/vitesse tend vers zéro[3]. À la limite la distance à parcourir n'est même plus une donnée pertinente dans  la gestion du temps de la communication.

L'Internet, ça veut donc dire gain de temps mais aussi (dans le même mouvement) possibilité d'accès au lointain. En fait parler de lointain n'a même plus de sens. L'Internet, c'est une sorte d'abolition spatiale : la localisation devient sans importance du point de vue des conditions de possibilité temporelle de la communication. Du coup on a aujourd'hui accès à l'inaccessible et au « dysaccessible » - au difficilement accessible - d'hier.

Reste que tout ceci n'est pas une révolution (c'est-à-dire  un changement de paradigme[4]) mais une évolution technologique qui a démarré il y a plus d'un siècle et demi, peut-être très exactement quand C. G. Page a inauguré la transmission électrique des sons (1837, États-Unis), puis quand Alexander Graham Bell, professeur dans un institut de sourds-muets à Boston, a inventé le téléphone dans les années 1870[5]. Depuis, les tuyaux se sont transformés jusqu'à pouvoir transporter non plus seulement du phonique (pour l'oreille - registre du temps), mais aussi du graphique (pour l'œil - registre de l'espace)...

La recherche  bibliographique : naviguer dans un océan de références

Mais quel est l'impact des Nouvelles Technologies de  l'Information et de la Communication sur la pratique bibliographique[6] ? Par exemple, quelle différence de pratique y a-t-il en recherche bibliographique selon qu'elle est effectuée avec ou sans le secours des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication ?
Avez-vous déjà navigué dans cet océan informationnel qu'est l'Internet ? C'est formidable d'aller en quelques clics de souris fouiller dans le fonds documentaire américain spécialisé en éducation (ERIC) puis en quelques autres clics de la même souris effectuer une recherche sur le catalogue collectif de l'Université des Sciences et Technologies de Lille, non sans avoir au passage récupérer quelques fichiers. Pas besoin de me déplacer ni jusqu'au États-Unis, ni juste à côté. Je gagne du temps ou bien je peux aller là où je n'allais pas faute d'être branché new tech...
Cela dit, avez-vous déjà effectué une recherche  bibliographique via Internet ? Eh bien, je me suis vite rendu compte que des problèmes de langage émergent très souvent, problèmes de langages documentaires, de langages professionnels, voire problèmes de langages dits naturels... !
En fait, hormis le gain de temps et la possibilité d'aller là où je n'allais pas, l'avantage principal de l'Internet me semble être la fonction Pages jaunes, qui, si vous savez l'utiliser, vous fera connaître les ressources informationnelles, les gisements bibliographiques accessibles. Il s'agit des outils de recherche d'information (catalogues, guides, listes thématiques et index) avec lesquels les documentalistes vont devoir se familiariser[7], jusqu'à atteindre une maîtrise du même ordre que celle qu'ils ont des Pages jaunes.
Je parle des fameuses Pages  jaunes à dessein : pour de très nombreuses personnes en France, les Pages jaunes se manipulent sur Minitel. C'est dire qu'il y a continuité du papier à l'électronique. Je ne dis pas que c'est la même chose, je dis continuité.
Mieux. Comme dit Christine Ollendorff, « Internet n'a rien apporté de fondamentalement nouveau. Il a considérablement rétréci la planète. Plus précisément : rétréci [...] la conscience que nous avons de la taille de la planète »[8].

Une vision  instrumentale de la documentation

Insister sur les prétendus bouleversements des pratiques professionnelles - voire les prétendues évolutions des métiers - dus à Internet, cela me paraît dangereux essentiellement quand une telle insistance occulte des questions comme celles des compétences de fond des documentalistes, celle de l'organisation du travail et des relations professionnelles au sein de l'établissement scolaire, celle des représentations qu'ont les enseignants de la fonction documentaire, etc.

Que les autoroutes de l'information monopolisent la réflexion professionnelle, c'est largement disproportionné. Que la pédagogie documentaire, par exemple, ne s'adosse à une didactique de la médiation documentaire où l'outillage new tech  serait surdimensionné, cela paraît une réduction en bonne et due forme de la  documentation.

Après la réduction patrimoniale (comme dirait Gérard Losfeld) qui garantissait, voire garantit encore aujourd'hui, au documentaliste l'obligation de ne porter que l'uniforme de gestionnaire-magasinier, après cette ancienne prime réduction, voici la réduction néo-technico-cognitive qui  veut habiller le documentaliste des vêtements tout neufs du technicien haut de gamme !

Une des façons de lutter contre cette répétition de réduction consisterait à réfléchir sur le sens de l'activité documentaliste. C'est à une réflexion de ce type que je vous convie, au sujet des activités qui utilisent la référence.



[1] Paulette Bernhard, de l'école de bibliothéconomie et des sciences  de l'information de l'Université de Montréal, présidente de la section « Bibliothèques scolaires&nbps;» de l'IFLA, a en effet présenté une communication notamment sur les listes de discussion accessibles sur l'Internet.
[2] Cf. OLLENDORFF  Christine, FROCHOT Didier, « L'évolution des méthodes de travail  documentaire avec Internet », Documentaliste-Sciences  de l'information, n° 6, 1995 - p. 313-318.
[3] Il « tend » vers zéro, mais n'est jamais absolument nulle : question de largeur de tuyau (débit), de capacité de traitement de votre ordinateur de bureau, et question d'heure aussi (les embouteillages existent au pays d'Internet !).
[4] Cf. KUHN  Thomas S., The structure of scientific  revolutions, Chicago (Illinois, U.S.A.) : The University of Chicago  Press, 19702 (trad. Laure Meyer : La structure des révolutions scientifiques, Paris :  Flammarion, 1983).
[5] Je vous invite à lire les « considérations impertinentes » par lesquelles André de Peretti a clos le deuxième colloque européen sur l'autoformation (Lille, novembre 1995), aux pages 233-243 de RICHARDOT  Bruno (ed.), Pratiques d'autoformation et  d'aide à l'autoformation / Deuxième colloque européen sur l'autoformation,  Lille, 6-7 novembre 1995 ; trigone  graf - Lille : cueep-ustl,  1996 - (les cahiers d'études du cueep;  32-33).
[6] Sur la bibliographie, voyez VARET  Gilbert et Marie-Madeleine, Maîtriser  l'information à travers sa terminologie, Besançon : Université de Franche-Comté, 1995 - (annales littéraires de l'Université de Besançon; 559),  p. 475 sqq.
[7] Cf. par exemple LARDY  Jean-Pierre, « Les outils de recherche d'information sur Internet », Documentaliste - Sciences de l'information,  1996, vol. 33, n° 1, p. 33-39.
[8] OLLENDORFF & FROCHOT, art.cit.

[à suivre]


3 novembre 2004

Du magasinier à l’herméneute : quelques figures du documentaliste en éducation [3]

             

[suite de ...]
 

      

Les niveaux de « référence » en  documentation

      

Référence, voilà un mot riche de sens et de valeur ! On  évalue selon un référentiel, à moins  qu'on en réfère à l'Autorité, jusqu'à faire la révérence... En documentation, on distinguera, plus prosaïquement, entre trois niveaux selon l'usage qu'on fera de la référence, étant entendu que la référence au sens propre et minimal, c'est l'ensemble constitué d'au moins quatre champs : auteur, titre, adresse et collation. Ces renseignements sont en effet les seuls éléments indispensables de signalement d'un document, les seuls éléments indiscutables d'identification documentaire - la bibliographie apparaissant comme l'écriture (-graphie) de ce qui dans le livre (biblio-) donne à lire l'identité d'une  unité documentaire[1].

      

La référence  magasinière

      
Le premier niveau de référence fonctionne dans l'activité magasinière du documentaliste. On obéit ici à la logique du catalogue. Il n'y a ni différence structurelle ni différence fonctionnelle entre la référence d'un article dans un catalogue de Vente Par Correspondance et la référence magasinière d'un ouvrage dans le catalogue d'un cdi. L'identification documentaire est  là parce que le document est physiquement disponible sur les étagères du cdi. Mais c'est la cote[2] - non la référence au sens propre - qui rend efficace cette disponibilité : la cote est le symbole qui sert à localiser un document dans un centre de documentation ou une bibliothèque.
      

La référence au sens propre n'existe ici que pour être marquée d'une cote. Son utilité se joue dans la distance qui sépare (et réunit) deux mondes physiquement et intellectuellement distincts : le monde catalogique et le monde documentaire. Sa lecture permet d'imaginer la réalité qui se trouve de l'autre côté de la cote portée au catalogue. C'est pour affirmer ce lien que la même cote est inscrite par le documentaliste-catalographe sur le document lui-même. La référence est un fil tendu entre une cote et un document.

 
 
 

Dans une vision moins écartelante, moins éclatée de la  documentation, on pourra dire que la référence dans le catalogue représente le document, comme la cote  inscrite sur le document représente  la place de la référence dans catalogue.

      

À ce niveau, le documentaliste est gestionnaire d'un stock entreposé dans un  espace spécifique, le cdi - ce dernier étant ici caractérisé comme un lieu de conservation et de mise à disposition de documents - et le document est un objet matériel, une chose qu'on doit pouvoir trouver à moindre frais dans le stock, grâce à un système de signalisation (système de cotation).

      

La référence bibliographique

      

Le deuxième niveau de référence fonctionne dans l'activité bibliographique du documentaliste. On obéit ici à la logique de l'information. Pour répondre à une demande de recherche bibliographique, le documentaliste va devoir puiser puis sélectionner des éléments d'information dans des gisements qu'il aura identifiés auparavant. Ces gisements sont nombreux et, comme je le disais tout à l'heure, les Nouvelles Technologies d'Information et de Communication en ont amélioré - sinon permis - l'accès et la pratique. Je n'y reviens pas. Regardons maintenant quelle est la nature de la référence dans l'activité bibliographique.

 
 
 

Ce qui frappe au premier coup d'œil, c'est l'émiettement. En naviguant sur l'océan mondial des dispositifs d'information balisée (livres, catalogues, banques de données, etc.), on glane des références, comme autant de bribes, bribes significatives certes, mais bribes quand même. Des documents n'apparaissent que les éléments descriptifs : leur réalité n'est pas saisie, elle n'est que signalée.

      

Ici encore, la référence est un fil tendu, un lien. On retrouve la même image que pour la référence magasinière. Mais il ne s'agit plus de relier le monde catalogique et le monde documentaire. Il s'agit de mettre en relation l'unité bibliographique et le lecteur de la référence. Cette dernière est de second ordre : elle n'a d'épais­seur que rapportée, référée au document référencé ou à son propre lecteur ; son épaisseur est dans ce rapport même. Elle est un entre-deux, épiphénomène pour le document et signal pour le lecteur potentiel.

 
 
 

Et le travail du documentaliste va essentiellement consister, une fois la sélection opérée, à glisser un court texte (une notice reprise ou reconstituée) entre quelque chose qu'on définira comme un à-lire concret (le document) et un  lecteur qu'on a défini comme un vouloir-lire  supposé. Référencer, c'est rapprocher ces deux mondes, le monde de l'objet documentaire et le monde de la conscience lectrice. Référencer, c'est aménager le pont qui les sépare et en même temps les unit.

      

Les critères d'évaluation de la qualité intrinsèque d'une  référence seront donc de deux ordres :

      

conformité  objective :

      

le pont doit conduire celui qui décide de la franchir au bon endroit de la berge d'en face ; la description doit être « fidèle », sans parasite, sans « bruit », c'est-à-dire efficace pour identifier le référencé et donc y permettre l'accès (ce qu'on appelle l'adresse  d'un document pour bien ici son nom !) ;

      

lisibilité :

      

la référence est un texte qu'on donne à lire ; il en va de la praticabilité même du pont par le lecteur de la référence, lecteur potentiel du référencé.

 
 
 

Mais une référence ne fait pas une bibliographie. Une bibliographie, c'est un ensemble, une liste de références dont l'unité peut être un concept, une question, ou un auteur. Je voudrais insister sur la double réduction qu'impose de fait l'indication bibliographique.

      

Si l'on s'attache à produire la bibliographie d'un auteur, par exemple, force est de constater que le travail du documentaliste va consister d'abord à réduire l'œuvre textuel de l'auteur en une série de documents, ensuite à réduire chaque document en une série de caractéristiques d'identification - ce qu'est la référence. Pour passer de l'œuvre référencé aux références de l'œuvre, le documentaliste va devoir déconstruire cet œuvre que, texte après texte, l'auteur a patiemment construit. Il va devoir substituer à une cohérence d'auteur une atomisation d'informateur. Imaginez un paysage dont on n'aurait que des morceaux (une couleur, parmi tant d'autres ; un objet, parmi tant d'autres ; une nuance de luminosité, parmi tant d'autres ; etc.) !

 
 
 

Comment lutter contre cette inévitable atomisation ? Comment le documentaliste pourra-t-il restaurer le sens de l'œuvre - de l'œuvre comme totalité organique - qu'il a si minutieusement défait ?

      

La référence  herméneutique

      

La langue allemande nous offre deux mots pour dire référence : Bezugnahme et Bedeutung.  Le premier signifie littéralement prise  de lien et correspond très bien aux deux types de références dont nous venons de parler. Prise de lien physique avec la référence magasinière, prise de lien intellectuelle avec la référence bibliographique. Le second terme allemand, Bedeutung, veut dire signification en langue courante ; et je le retiens parce qu'il renvoie à une posture qui n'est plus de signalement mais d'interprétation[3] : il s'agit d'inscrire l'unité bibliographique, le document dans un monde vivant, un monde qui serait celui de l'auteur (pour poursuivre l'exemple de la bibliographie d'auteur). Ce travail a quelque chose à voir avec la critique littéraire et l'herméneutique philosophique, et, malgré cela, présente bel et bien un caractère documentaire[4].

      

Pour atteindre cet objectif de restitution du monde qui serait celui de l'auteur, pour rendre visible le monde du texte (et non plus seulement sa réalité documentaire), la méthode consiste à installer des liens entre les documents qui compose un corpus, à implanter dans la liste bien rangée des atomes bibliographiques un système d'innervation qui permettra de circuler d'un atome à l'autre.

 
        Car la bibliographie (signalétique ou analytique, peu importe) est une juxtaposition de références au sens de prises de lien, une mise en liste de miettes d'informations, chaque miette étant isolée des autres. Tout à l'heure, j'ai dit que la référence bibliographique est ouverture en tant que prise de lien : ouverture où se maintient le lien entre document et lecteur potentiel. Mais dans son rapport aux autres références, chaque référence apparaît comme fermée sur elle-même. C'est cette fermeture qu'il s'agit maintenant de forcer, notamment en passant de la référence prise de lien à la référence herméneutique, en passant du signalement de liens vers les documents atomisés à la constitution d'un réseau de liens entre les documents - ce passage permettant de compléter - non d'annuler bien sûr - le travail proprement bibliographique.
 
 
 

   


 
   
       
 
 
 

[1] « La biblio-graphie [sic] ne peut traiter que des unités documentaires qui incorporent en elles les marques lisibles de leur identité à travers la multitude de leurs reproductions » (VARET  Gilbert et Marie-Madeleine, Maîtriser  l'information à travers sa terminologie, Besançon : Université de  Franche-Comté, 1995 - (annales littéraires de l'Université de Besançon; 559), p. 475).

   
   
 
 
 

[2] Cf. id.,  p. 417 sqq.

   
   
 
 
 

[3] L'herméneutique, c'est, étymologiquement et historiquement, l'art d'interpréter les textes. Voyez l'ensemble de l'œuvre de Hans-Georg Gadamer (notamment l'intéressant recueil récemment traduit par Jean Grondin, La philosophie  herméneutique, Paris : puf,  1996) et de Paul Ricœur (notamment ses Essais  d'herméneutique publiés au Seuil).

   
   
 
 
 

[4] Je  me permets de renvoyer à RICHARDOT 1996, article que prolonge la présente communication et qui développe ce point que je ne fait qu'évoquer ici. D'autre part, j'ai expérimenté de type de travail au sujet d'un auteur dans RICHARDOT  Bruno, Formations ouvertes  multiressources. Éléments bibliographiques pour l'université d'été de Lille,  Lille : cueep-ustl, 1995 -  (les cahiers d'études du cueep;  29) (troisième partie, p. 107-151).
 

 
[à suivre]
   
   
 

 

      
   
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