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BRICH59

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18 novembre 2006

Le métier de formateur..., jusqu'où ?

Tel était l'intitulé de l'atelier que je devais animer hier après-midi - dans le cadre d'une journée consacrée, au CUEEP, à la présentation de plusieurs travaux publiés ou en cours de publication, le tout centré à la fois sur la problématique des compétences-clés recommandées par la commission européenne et sur les pratiques d'accompagnement qui de plus en plus jouxtent les pratiques simplement pédagogiques, voire s'imbriquent en elles.

Le métier de formateur..., jusqu'où ?

Ça me rappelle inévitablement le travail que nous avions entrepris au CUEEP il y a deux ans et demi et qui avait donné lieu à bilan sous ma plume, partiellement repris sur ce blog. Le formateur était affublé d'une triple mission, dont celle d'accompagner l'apprenant... Accompagner, certes, mais, encore une fois, jusqu'où ? Et puis jusqu'où peut-on aller en injonction adressée au formateur, hors celle de "former" ?

Question large, très ouverte, très contemporaine aussi.

Pour camper le paysage problématique de cette question, j'ai proposé de réactiver quelques questions, plus ou moins récentes.


ÉDUQUER / FORMER
Vieille dichotomie. Vieux débat. Dès les années soixante, la question de la finalité ultime de la formation, de l'objectif visé en dernière instance. Question de l'image qu'on se fait de l'humanité. Vieux débat, mais toujours actuel, toujours actualisable.
Trois objectifs sont ainsi assignables à la formation/éducation :

  1. Objectif citoyenneté.
    Dans le prolongement de l'objectif religion. Il y a très longtemps on apprenait à lire sur la Bible. Depuis Condorcet et les autres, c'est aussi sur le Contrat social.
    L'objet de référence a changé. L'objectif de formatage est toujours actif - qui se disait déjà chez les stoïciens romains par exemple (n'est-ce pas ce bon Ciceron qui disait quelque chose du style : la liberté c'est le respect des lois ?).

  2. Objectif autonomie et esprit critique.
    C'est plus récent. Déjà les Lumières, certes. Mais manifestation la plus généreuse et la plus accomplie avec des gens comme Bertrand Schwartz, Jacques Delors, etc. Humanisme social-démocrate.

  3. Objectif "armée industrielle de réserve".
    Moins glorieux comme finalité. Moins explicité, bien sûr.
    Il faut oser, quand on est formateur, avouer cela.
    Relire Karl Marx et la lecture qu'en fait Rosa Luxemburg. Puis lire Accardo.

FORMATION / EMPLOI
Puis vient la question de la liaison entre formation et emploi, la fameuse "introuvable relation" (1986) - qui, pour introuvable qu'elle soit, a connu diverses modalités d'existence.

  1. La formation comme accès à l'emploi.
    Souvenez-vous des premiers centres de FPA, Formations Professionnelles Accelérées, de ce qui allait devenir l'AFPA. On est juste après guerre, au début des "trente glorieuses". Il faut reconstruire le pays, former rapidement une main-d'œuvre ... La formation sur fond de quasi plein-emploi.

  2. La formation comme gestion du non-emploi.
    Milieu des années soixante-dix, fin des "trente glorieuses". Le chômage de masse fait son apparition. Dix ans plus loin, c'est le chômage dit de longue durée qui pointe son nez. Le chômage de masse (notamment celui des jeunes) et le chômage de longue durée (notamment celui des personnes n'ayant qu'un "bas niveau de qualification") sont toujours là. La formation gère tout ça à sa façon.

  3. La formation outil de culpabilisation des bas-niveaux de qualification.
    Dans les années quatre-vingt, c'est l'employabilité qui pointe son nez, comme concept régulateur ou plutôt justificateur du chômage de masse et du chômage de longue durée. Une façon comme une autre de faire porter aux personnes au chômage la responsabilité de leur propre misère. Une façon de camoufler la formation de "l'armée industrielle de réserve". Il est bien connu que la meilleure façon de contenir la révolte est la culpabilisation des masses... Accuser l'autre des crimes que l'on commet à son encontre, faire accroire à l'autre qu'il est la cause des maux qu'on lui cause, vieille tactique de prétoire...
    En complément au travail de Laurent Cordonnier (Pas de pitié pour les gueux).

  4. La formation comme outil de reconnaissance individualisée.
    C'est tout récent, comme la VAE, mais avec des antécédents, comme la VAP. Avec un élargissement du champ de compétence de la logique formation, élargissement qui fait passer du travail en emploi à l'activité en général du moment qu'elle est celle de l'individu. Envers positif de la dynamique de culpabilisation mentionnée ci-dessus, l'une des fonctions essentielles d'une démarche VAE étant, à mes yeux, de permettre positivement un travail de reconstruction de l'image de soi que l'école ou tout simplement la vie avait brisée, de favoriser la déculpabilisation qui s'en était suivie. Mais trop peu de très officiels "accompagnateurs" (au sens large) ont conscience, hélas, de cette chance formidable que propose l'accompagnement en VAE : aider la personne dont la société a cassé ou simplement amoché tout un pan de vie, aider cette personne à reconstruire son image, son histoire, l'image de son histoire afin de se rendre présentable aux yeux des autres, à ses propres yeux ! J'en ai même vu qui en rajoutaient une louche de négativité culpabilisante, enfonçant le clou là où ça souffre, appuyant sur la tête de celui ou celle qui veut sortir de l'eau, parachevant ainsi la travail de sape sociale... Là encore relire Accardo.
    Je suis convaincu du bien-fondé de l'idée selon laquelle il serait nécessaire que chaque "accompagnateur" soit d'abord accompagné dans un travail sur l'image de soi, avant d'être habilité à toucher à quoi que ce soit de la vie des autres. Cela éviterait bien des maltraitances symboliques...

Et les COMPÉTENCES-CLÉS dans tout ça ?

  1. La recommandation européenne date de novembre 2005. Mais tout ceci est une vieille histoire. L'Éducation Nationale déjà avec les CAPUC dans les années soixante-dix. Puis l'OCDE plus récemment. Au Québec également... Les documentalistes de l'INRP ont fait un dossier très intéressant.

  2. Cette recommandation peut être comprise comme aboutissement provisoire, comme stabilisation actuelle de cette histoire. Elle doit être envisagée surtout dans une dynamique d'homogénéisation des pratiques de certification au niveau européen et mondial...

  3. Elle doit en fin de compte être resituée dans la perspective questionnante des deux dichotomies pointées ci-dessus. Que signifie cette recommandation du point de vue de la dichotomie Éduquer-Former ? Comment fonctionnent les compétences-clés dans la mécanique si complexe de la relation Formation-Emploi ? Etc.


Voilà pour le cadre général qui pouvait faire toile de fond à la présentation des travaux de l'AROFESEP d'une part (Brigitte Kaiser, de l'ILEP) et du binome de chercheurs du laboratoire Trigone d'autre part (Pascal Roquet et Jean Clénet).

Tout d'abord la présentation du projet EQUAL Re-Co-Naître l'Éducation Permanente. Projet qui veut réactiver l'idée et les pratiques d'une authentique éducation permanente. À voir absolument le site concocté dans le cadre de ce projet européen : Reconnaître l'éducation permanente. Plein de bonnes choses y sont proposées, pour s'informer, réfléchir...
Nous étions quelques uns dans la salle à écouter Brigitte Kaiser et en même temps être assaillis de souvenirs des temps de fondation de l'éducation permanente dans notre région (les Actions Collectives de Formation nées au début des années soixante-dix, notamment). Personnellement des émotions d'ancien combattant désabusé ont tenté une percée dans mon lobe temporal interne...
Par exemple, la mise en avant de la priorité nécessaire aux personnes éloignées de la formation, celles qui constituaient dans le langage des années de fondation les "non-publics de la formation". Pensée pour Jacques Hédoux qui en fit le sujet de sa thèse de sciences de l'éducation.
Par exemple, la question de la proximité culturelle entre formateur intervenant et public de la formation, question des "formateurs issus du milieu" comme on disait il y a trente-quarante ans. Question qui produit les images d'une sorte de consanguinité sociale indispensable au "bon" développement de l'éducation populaire et permanente. Question jamais vraiment travaillée scientifiquement. Peut-être parce que le constat que pouvait faire le sociologue était décevant du point de vue de la consanguinité : les formateurs "issus du milieu" se démarquaient de leur milieu d'origine en devenant formateurs précisément. En tout cas question qui à l'époque produisit de l'ostracisme évidemment abusif et contraire au respect des droits de l'homme les plus élémentaires, du style ton père est bourgeois donc tu n'as pas le droit d'intégrer le "milieu local" de l'éducation permanente, etc. Ça frôlait le fascisme (relisez Matin brun de Franck Pavloff). C'était du racisme dans sa forme la plus conventionnelle, celle-là même que les militants du "milieu local" - ceux qui auto-intrônisaient "Force vive", "Avant-garde", etc.- combattaient avec raison lorsque les mineurs d'origine étrangère étaient maltraités par les HBNPC ou par la bourgeoisie locale...

Bref, stoppons-là les souvenirs et revenons à hier 17 novembre 2006 ! Revenons à cette injonction faite aux formateurs d'accompagner. J'ai juste quelques questions.

Question 1
L'accompagnement, comme compétence du formateur, qu'est-ce que ça veut dire ?

  • Posture sociale / Posture professionnelle ?
  • Savoir-faire d'expérience / Compétence apprise ?
  • Problème éthique / Question de déontologie ?
  • Engagement individuel / Manipulation sociale ?
  • etc.

Question 2
Demander de nouvelles compétences aux formateurs, qu'est-ce que ça veut dire dans le mouvement d'intensification et de précarisation du travail que nous connaissons depuis plusieurs années dans notre secteur ?

Question 3
Développer des compétences comme l'esprit d'entreprise (une des compétences-clés de la recommandation européenne) auprès de nos publics au chômage, ça signifie quoi pour ces publics, par rapport à eux-mêmes, et par rapport à la formation de l'"armée industrielle de réserve" ? Et ça signifie quoi en termes de compétences du formateur dans la relation pédagogique ?


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17 novembre 2006

Halte aux violations des droits humains en Tchéchénie

groznysv3

avec Amnesty International,
l’Association Nord-Tchéchénie
et l’Association Serlo

à la Maison de l’Education Permanente,
1 place Georges Lyon
à Lille


Et la Tchéchénie ?
Grand Rencontre régionale inter-associative

  • Ouverture au public à partir de 15h30
  • de 16h00 à 17h00 : conférence/débat sur

    la situation politique et les violations des droits humains en Tchétchénie

    Les invités :
    Aude Merlin
    , Universitaire spécialiste de la Russie (Université libre de Bruxelles), 
    Anne Nerdrum
    , responsable de la coordination Fédération de Russie pour Amnesty International France,
    Sultan Iachourkaev
    , réfugié tchétchène en Belgique, auteur du livre « Survivre en Tchétchénie » (sous réserve)

  • de 17h30 à 18h30 : conférence /débat sur

    la situation humanitaire en Tchétchénie et
    la situation des réfugiés tchétchènes en Europe

    Les invités :
    Franck Carrey
    , Médecin responsable de l’ONG Médina Solidarité,
    Tina Ismaïlova
    , présidente de l’association des tchétchènes de Belgique,
    Ramzan Ampukaev
    , vice-président du congrès mondial tchétchène

  • Tout au long de l’après-midi :
    musiques traditionnelles tchétchènes, films, expo-photos et spécialités culinaires.

  • 20H30 :
    bal folk
    animé par le groupe Absynthe et des musiciens Tchéchènes

Entrée libre - participation bienvenue - petite restauration
Table de presse, informations, documents, actions ...

En hommage à
Anna Politkovskaïa,
journaliste russe assassinée


16 novembre 2006

Le petit Nicolas nous fait peur !

sarkozy_en_librairieVoilà quelque temps que je voulais référencer sur mon blog une "net-vidéo" intéressante sur Sarkozus, collusionis rex, collusionarum collusio. Je viens de tomber sur une seconde... Allez-y donc voir. C'est très très instructif, même si cela ne fait que confirmer les sentiments que nous sommes nombreux à nourrir à son endroit.

  1. http://www.dailymotion.com/video/x72d4_le-vrai-sarkozy
    (10'47", posté le 5 juillet 2006)
  2. http://www.dailymotion.com/video/xmqtg_le-vrai-sarkozy-2
    (04'52", posté le 12 novembre 2006)


15 novembre 2006

Dieu dans l'isoloir et Nicolas dans le confessionnal...

lib_rationLu la semaine dernière dans les pages Livres de Libération (9 novembre), l'article d'Olivier Wievorka, « Dieu est dans l'isoloir. Comment l'Église catholique a pesé au XIXe siècle sur le suffrage universel », qui présente notamment le dernier ouvrage d'Yves Déloye, jeune professeur de science politique à Paris1, Les voix de Dieu. Pour une autre histoire du suffrage universel : le clergé catholique et le vote. XIXe-XXe siècles. On y apprend par exemple comment le clergé manipulait les foules au nom du Dieu commun, allant jusqu'à condamner à l'Enfer les "mécréants qui votent mal"...
lemondeLu, quelques jours plus tard, dans Le Monde daté du 14 novembre, le point sur les propositions du projet législatif UMP tel que soumis aux conseillers nationaux du mouvement mené de mains de fer par le couple d'enfer Sarkozy/Fillon - où je lis, au chapitre de la politique familiale, "suppression de la dette pour les familles honnêtes mais surendettées"...

Le rapprochement de ces deux lectures s'impose à moi sans qu'aucune once de mon impertinence foncière et native n'y soit pour quoi que ce soit !
Beau mélange des niveaux de réalité, en vérité : le clergé du XIXe fricotait sévère avec la politique terrestre, le politique d'aujourd'hui et de demain fricote sévère avec la morale. Même confusion. Même amalgame.
Ce qui est très grave dans les deux cas, c'est d'abord la manipulation des foules, de la crédulité des foules. Et puis, que vient faire cette notion éminemment morale dans le discours de la technique politique ? Qui jugera de l'honnêteté de telle ou telle famille ? Un homme politique style Chirac, Pasqua et consort ? Quels seront les critères retenus pour évaluer l'honnêteté ? Le bulletin de vote ?

Bon, il est tard. Je viens d'un concert où l'ONL donnait pour les 40 ans des IUT la grande symphonie d'Olivier Messiaen. Superbe. Mais peut-être n'aurais-je pas dû rédigé ce billet avant de plonger dans les doux bras de Morphée ! Au lieu de rêver aux accents soit-disant indiens de Messiaen, je vais peut-être refaire ce cauchemar où l'Inquisition ...


9 novembre 2006

Josquin l'européen

StQuentin_Temple Josquin & Venise

Saint Quentin
Mardi 14 Novembre 2006
20h30 au Temple

            

 

 

Josquin Desprez fait ses études dans le Nord (Saint-Quentin, Cambrai), œuvre dans les cours et chapelles d'Europe - principalement en Italie - avant de revenir en 1504 à Condé-sur-Escaut pour finir sa vie. Au sein de sa production, ses dix-huit messes authentifiées forment un corpus que l'on peut considérer comme le premier monument de l'histoire de la musique. Le texte latin de la messe kyrie/gloria/credo/sanctus/agnus est utilisé par Josquin comme Beethoven utilise les sections classiques du quatuor à cordes : prétexte à un dialogue entre l'humain et le tout, à une quête de l'être moderne face à l'absolu.

Métamorphoses se donne pour mission sur les dix prochaines années de chanter et d'enregistrer le corpus de ces dix-huit messes, illustrant par là-même le parcours européen de Josquin Desprez. Ce projet, nommé "Josquin l'européen", prend tout son sens par l'ancrage territorial qu'il peut susciter.

Les chanteurs de Métamorphoses mènent une carrière internationale dans des ensembles de musique ancienne (Les Arts Florissants - Christie, Concerto Vocale - Jacobs, Ensemble Matheus - Spinosi, La Simphonie du Marais - Reyne, Concert Spirituel - Niquet, Parlement de Musique - Gester...) et de musique contemporaine (Accentus - Equilbey, Musicatreize - Hayrabédian).

Avec Métamorphoses, dont il est le co-fondateur, Maurice Bourbon travaille à la restitution de chefs-d'oeuvres du répertoire a cappella. Ils ont enregistré plus de dix disques, recevant plusieurs distinctions de la presse spécialisée (Diapason d'Or, 10 de Répertoire, Classica).

En 2006, "Josquin & Venise" est le premier programme de "Josquin l'Européen": les messes Mater Patris et Di Dadi, œuvres rares, seront chantées et enregistrées au mois de Novembre.

josquinStQuentin2


 

 

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6 novembre 2006

Petit écran et grands silences

Scandaleux !

Alors que le nationalisme néonazi défile dans les rues de Moscou, sous le regard "indulgent" des autorités russes - ces autorités qui tuent en Tchétchénie et expulsent les Georgiens -, peu de médias télévisuels - ceux qui ont la grande audience - s'en font l'écho.

Alors que les buralistes français manifestent, brûlant des carottes devant les préfectures, pour obtenir de pouvoir encore et encore déroger aux règles de santé publique, tous les médias télévisuels - ceux qui ont la grande audience - s'en font l'écho.

Cherchez l'erreur, et vous trouverez l'horreur !

Le fascisme n'a jamais été aussi près de nous, les crimes contre l'humanité pullulent... et nos télés chéries s'intéressent aux vendeurs de mort qui réclament des faveurs pour raisons économiques, des faveurs pour  pouvoir continuer à creuser le budget public de la santé...
Après tout, y a une logique là-dedans : vive la mort!


6 novembre 2006

Toiles & voix

josdepres_recadr_x400 Chant
polyphonique
et peinture
flamande

au Palais des
Beaux Arts de Lille

Dimanche
12 novembre 2006

de 16h. à 18h.




  • 16 heures
    Visite guidée du Département du Moyen Âge et de la Renaissance du Palais des Beaux Arts de Lille

  • 17 heures
    Concert Josquin des Prés & Venise : Messes Mater Patris et Di Dadi par l'Ensemble vocal Métamorphoses, dir. Maurice Bourbon

Un hommage au grand maître de la polyphonie franco-flamande...

Josquin Desprez est à la fois un sculpteur et un architecte de musiques, et un grand mathématicien. Au service de l’émotion et du drame…
Sculpteur, il travaille la pierre de la musique vocale dans une infinité de phrasés, inventant sans cesse de nouveaux volumes: envolées lyriques, suspensions aériennes, ornements vertigineux, déclamations hachées...
Architecte, il mêle les lignes et combine les ensembles dans de magnifiques édifices.
Mathématicien par essence, il s’impose pour ses compositions des "canons", règles techniques obligées, comme c’était l’usage à l’époque dans la musique franco-flamande, d’une complexité qui ne fut égalée ensuite que, deux siècles plus tard, par Johann-Sebastian Bach.
 
La messe Mater Patris occupe une place à part dans les messes de Josquin, par l’emploi réitéré de passages simples homophoniques (une syllabe par note et simultanée dans toutes les voix), alternant avec les savants mélismes (entrelacements de vocalises) propres à l’auteur. Elle est construite sur le motet à 3 voix d’Antoine Brumel Mater Patris et Filia. Contrairement à la messe Di Dadi et à beaucoup d’autres messes de Josquin, elle n’est pas construite sur une teneur, et la voix de tenor est traitée comme les autres voix.
 
La messe Di Dadi, aussi appelée N’auray-je jamais parce qu’elle est construite sur le tenor d’un rondeau du même nom de Robert Morton, est dominée par l’emploi d’une teneur répétitive, confiée le plus souvent au tenor, et exceptionnellement, alors baissée d’une quarte, au bassus. Le terme Di Dadi signifie "des dés": le début de la voix de teneur est en effet le plus souvent illustrée par deux dés, donnant la proportion, évidemment variable d’un mouvement à l’autre, entre la pulsation de la teneur et celle des autres voix.
Fantaisie mathématique éblouissante... Au service de l’émotion et du drame: la messe Di Dadi présente deux moments exceptionnels, le qui tollis peccata mundi, dans le Gloria, magnifique errance dans le royaume des ombres, et la fin du Credo, à partir du Crucifixus, morceau d’anthologie de cinq minutes, d’une intensité et d’une tension sans cesse croissante qui jette l’auditeur, épuisé et haletant, devant la porte du monument suivant, le Sanctus.
 
« Josquin & Venise », titre de ce programme musical, nous a été inspiré par les relations qu’entretenait Josquin Desprez avec le célèbre éditeur vénitien Ottavio Petrucci. Jusqu’à la fin du XVe siècle, les œuvres musicales sont copiées dans des manuscrits à l’usage des cours et chapelles d’Europe. Précurseur de l’imprimerie musicale, Petrucci publie en 1502, 1504 et 1514 trois recueils de messes de Josquin, soit quinze des dix-huit messes du compositeur. Cet hommage est révélateur du talent et de la notoriété de Josquin de son vivant. Nombre de ces messes sont par ailleurs copiées dans plusieurs manuscrits. Mais les seules sources d’époque contenant les messes Mater Patris et Di Dadi sont les éditions Petrucci qui ont déjà publié en 1501, dans le recueil ‘Odhecaton’, le motet Mater Patris de Brumel, œuvre inspiratrice de la messe homonyme de Josquin. 
Métamorphoses emploie pour ce programme six chanteurs: un contre-ténor (Christophe Laporte), un ténor aigu (Vincent Lièvre-Picard), un ténor (Eric Raffard), un baryton (Christophe Gautier), un baryton-basse (Maurice Bourbon), une basse (Philippe Roche). Les deux messes sont écrites la plupart du temps pour 4 voix, parfois pour 2 ou 3, exceptionnellement pour 5 (Agnus 3 de la messe Mater Patris). Ce nombre permet aux chanteurs un certain confort, grâce aux relais qu’il rend possibles. Mais il autorise surtout des changements de couleurs bienvenus au service de l’interprétation et de la musique, comme par exemple dans l’alternance de quatuors opposés: l’un, dit plus léger, avec contre-ténor, deux ténors et un baryton, l’autre, dit plus lourd, avec un ténor en superius, deux barytons dans les voix centrales, et la basse en bassus. Toutes les voix sont tenues par des solistes, sauf occasionnellement, ici ou là, pour obtenir certains effets. C’est le cas en particulier de la teneur de la Di Dadi, toujours confiée à deux chanteurs. 
Souhaitons à l’auditeur qu’il partage notre plaisir... Plaisir de l’interprète, empreint de respect, d’avoir le droit d’évoluer au sein de ces pages magistrales...

Maurice Bourbon


Tarifs : 10€ / 5€ ; pré-achat possible aux caisses du musée.


3 novembre 2006

Wikis, forums, weblogs, CMS...

logoadbsSi vous voulez tout savoir (ou presque) sur les chemins qui mènent au WEB 2.0, si vous voulez comprendre les logiques de création collaborative de contenu, alors inscrivez-vous au stage Wikis, forums, weblogs et CMS (Quatre logiques de création collaborative de contenu) que l’ADBS Nord-Picardie met en place les 2 et 3 avril 2007 dans la métropole lilloise (le lieu de formation sera communiqué ultérieurement).

Grâce à cette action de formation, vous pourrez repérer les fonctionnalités des outils de création collective de contenu, identifier les contextes professionnels dans lesquels l’un ou l’autre est pertinent et évaluer les impacts techniques et organisationnels de la mise en oeuvre de ces outils...

Toutes les informations pédagogiques et tarifaires sont sur le site national de l’ADBS, mais les pré-inscriptions peuvent être effectuées, dès maintenant, auprès de la délégation Nord-Picardie.


29 octobre 2006

Vérité et certitude

Jeudi, je glosais sur quelques discours tenus par un ancien deux fois ministre lors d'un journal télévisé. Mon billet s'intitulait pompeusement "La vérité en politique".

Je dis pompeusement, mais ce n'est pas moi qui suis pompeux. C'est la rhétorique politique telle que je l'ai entendue se déployer devant je ne sais combien de milliers de spectateurs.
Ça a trotté dans ma tête et je crois avoir compris que le peuple désabusé devant tant d'impuissance du politique (face au pouvoir du capital, notamment) ne souhaite pas de vérité, mais autre chose de plus fort, de plus existentiellement fondamental.

La vérité, le peuple s'en fout. Il suffit de se souvenir comment l'honnêté intellectuelle, celle qui cherche, celle qui hésite, celle qui doute, en un mot celle qui réfléchit, il suffit de se souvenir comment elle est reçue par le peuple quand un dirigeant politique en fait montre. Je pense bien sûr à Lionnel Jospin en 2002...

Non, ce qui intéresse le peuple, c'est la certitude ; celui que le peuple est tenté de suivre les yeux fermés, c'est le leader sûr de lui avançant un discours ferme, sans nuance et surtout sans hésitation. La plupart des grands tyrans de l'histoire mondiale ont joué ce rôle de la certitude. Et comme écrivait André Gide dans son Journal (à la page du 21 octobre 1929), "l'amour de la vérité n'est pas le besoin de certitude et il est bien imprudent de confondre l'un avec l'autre". Mais, comme faisait remarquer Gustave Le Bon une quinzaine d'années auparavant, "le besoin de certitude a toujours été plus fort que le besoin de vérité" (Aphorismes du temps présent, 1913). Hélas !

La force d'un Sarkozy est sûrement là, dans ce masque de certitude. Quand je dis "masque de certitude", je veux seulement remarquer que cette certitude-là, celle qui assène des yakas et des "faut qu'on" d'un ton péremptoire qui leur donne un air de vérité, cette certitude-là n'est que l'instrument rhétorique d'une autre certitude plus intime, inavouée, je veux dire la certitude tout enfouie dans la subjectivité du désir de celui qui en même temps la produit et en jouit : la certitude d'être un jour "Premier des Français"...

LeMonde061029p9Parce que vous ne me ferez pas croire qu'il est plus intelligent que les autres, et surtout que son discours est davantage empreint de vérité que celui des autres. Regardez dans Le Monde de ce week-end : "M. Sarkozy veut qu'on puisse fumer au café-tabac du village", peut-on lire en bas de la page 9 ! On remarquera d'abord, et très formellement, le coup du village, de la France profonde, de l'ancrage territorial quasi universel du candidat autoproclamé à la prochaine élection présidentielle... Parce que ce ne peut être ici le ministre, n°2 du gouvernement, qui parle : le gouvernement a décidé que l'interdiction de fumer dans les lieux publics serait elle universelle, sans dérogation aucune... Le problème avec Nicolas c'est qu'il concentre de forces contraires, du moins en apparence ! Mais c'est une autre question... que j'ai déjà soulevée.

Là le problème est autre, dans la recherche du discours vrai, fondé en vérité, etc. Regardez l'argument de Nicolas pour contrer l'argument de santé public avancé par ses collègues du gouvernement : "Interdire de fumer dans les endroits où on vend du tabac, c'est quand même curieux". Surprenant, non ?

Tiens, moi, je propose que tous les épiciers soient contraints d'accepter que leurs clients s'installent dans leur boutique pour déguster ce qu'ils viennent d'acheter ! Je suis sûr que Monsieur Sarkozy en fera un projet projet de décret !


26 octobre 2006

La vérité en politique...

Un des problèmes majeurs de la classe politique, c'est le maitien de l'équilibre entre mensonge et vérité, entre réel et simulé ...
logo_f2Cette idée idiote mais trop juste s'est renforcée ce soir au alentour de vingt heures trente après le JT de France2, avec l'entretien de François Fillon, lieutenant de Nicolas, c'est-à-dire n°2 de l'UMP.
Au début, j'ai écouté sans trop faire attention, me disant que je savais ce qu'il allait dire... Puis quelques mots, quelques expressions, quelques phrases ont heurté mes synapses endolories :

  • sur le débat au sein du PS, François Number2 ironise, prétendant que ça ne rime à rien et que ça n'apporte rien au débat que lui François, comme Nicolas, porte haut dans la panoplie de la démocratie la vraie, sous-entendant sans discrétion qu'à l'UMP il y aura débat s'il doit y avoir débat ; à l'UMP dont l'appareil est monopolisé par l'équipe de "Sarkozus, collusionis rex, collusionarum collusio"... on attend avec délectation de voir ça...

  • vers 20h35 (j'ai même noté l'heure avec exactitude car je n'en croyais pas mes oreilles !), François Number2 assène cette grande vérité : le "système éducatif [...] génère l'exclusion" ; il sait de quoi il parle, lui qui a été minsitre de l'éducation et ministre des affaires sociales ; comme si l'école était responsable du chômage, comme si l'école était responsable du capitalisme financier de l'ultralibéralisme, comme si l'école était responsable des licenciements boursiers, etc. ; je crois que monsieur le double ministre se moque de la population...

  • vers 20h38, il nous fait le coup de la majorité silencieuse dont la voix serait étouffée par les politiques et le milieu associatif, tous politiques prônant la démocratie participative mais la réalisant dans une consanguinité scandaleuse etc. ; monsieur le sénateur parle du fonctionnement de la démocratie en région Poitou Charente, là où la principale concurrente de Nicolas a la main... du grand art, ce débat... on espère seulement qu'au sein de l'UMP si le débat réussit à s'instaurer, il sera d'un niveau plus élevé...

  • juste après (20h39), c'est comme si notre François Number2 souhaitait des "syndicats puissants avec qui on puisse négocier" ; là aussi j'ai regardé l'heure ; puis je me suis pincé... aïe !

  • enfin François Number2 se dit farouche partisan de la "démocratie sociale", laissant entendre qu'il y a des démocraties antisociales (ah bon ! où ça ?) puis donnant un exemple de fonctionnement social-démocratique qui revient à dire qu'il faut que tout le monde fasse ce qu'il veut et que l'État ne peut que fixer des limites, mais très très larges... ce qui ressemble au libéralisme le plus pur...

FranceV_rit_FillonBref du bon Fillon, du Fillon qui pense que La France peut supporter la vérité, qu'il faut savoir la lui dire et que le courage de la rupture, c'est ça : dire la vérité !
Ouah !
Du grand art ! La machinerie rhétorique est en marche.
Et comme disait Octave Mirbeau, "en art, l'exactitude est la déformation et la vérité est le mensonge."
Bravo Mirbeau !


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