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liberalisme
21 octobre 2008

Je n'ai rien dit...

LesEchos_081021_158x273_Braves afpaïens !

Ils se plaignent aujourd'hui de perdre le monopole que leur octroie, que leur octroyait de fait leur coiffe "ministère du travail". Mais la nuit du 4 août est arrivée, pour eux aussi.

Je ne remets pas en cause l'utilité sociale d'une institution comme l'AFPA. Loin de moi cette pensée,  même si cette institution a contribué massivement bien que  malgré elle (à l'insu de son plein gré, dirait l'autre!) a valider l'idée que la formation continue se comprenait exclusivement dans l'objectif de l'accès à l'emploi...

Non, loin de moi l'idée de dénigrer cet outil social performant qu'est l'AFPA !
La plainte de afpaïens me rappellent juste ce poème écrit à Dachau par le fameux pasteur Niemöller en 1942 :

Quand ils sont venus chercher les communistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas catholique.

Quand ils sont venus chercher les francs-maçons,
je n'ai rien dit
je n'étais pas franc-maçon.

Quand ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.

Quand la loi libéralissime du marché a maltraité, parfois jusqu'à la mort, les organismes de formation associatifs ou universitaires qui développaient une offre de formation "concurrente" de celle de l'AFPA, je n'ai pas entendu les afpaïens réagir et protester comme ils auraient pu le faire...


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24 septembre 2008

les oxymores sont de retour !

Mais ont-ils jamais disparus ? En tous cas, ça va fort ces temps-ci : les oxymores sont cachés, mais on les voit très bien si on creuse un peu.

Titre des Échos.fr de ce 24 septembre 2008 :
Crise : Sarkozy appelle à punir les responsables du «désastre»
· Le chef de l'Etat demande la tenue d'un sommet du G8 élargi d'ici à la fin de l'année et insiste pour « reconstruire un capitalisme régulé » ·

Punir les responsables du désastre ! La belle affaire ! De l'auto-flagellation publique du libéralisme ! On se marre : c'est pour de rire bien sûr...

Car enfin, si l'on est libéral, voire ultralibéral comme notre bon roi d'Maubeuge, ils ont fait quoi les "fautifs" ? Ils ont juste cherché à gagner du flouze sur le dos de ceux qui n'en ont pas. Pas de quoi fouetter un chat ! Juste de quoi les sermonner pour leur rappeler que la règle veut qu'on ne se fasse pas prendre ! Non ? Sinon business is business. Pourquoi vouloir à tout prix moraliser tout ça ? Il n'y a que quelques philosophes perdus dans les allées du patronat et/ou de la politique bling-bling pour vouloir prouver la moralité du capitalisme, voire pour l'exempter, en tout bien tout honneur cela va de soi, de l'obligation morale (le capitalisme serait au niveau de la technique - la seule technique économique possible -, donc hors d'atteinte de la pensée morale ! Cher Comte-Sponville, qui fut nommé en mars dernier, par le président Nicolas Sarkozy, membre du Comité consultatif national d'éthique !).

Kirkcaldy_High_Street_Adam_Smith_PlaqueMoi, qui ne suis pas libéral, juste épris de liberté (de la liberté-avec les autres et pas de la liberté-contre les autres), je demande une seule chose : mais où est donc passé l'invisible main d'Adam Smith ? Faut-il que notre roi d'Maubeuge intervienne en clameurs pour qu'elle se manifeste ? Faut-il que l'ultra-ultra-libéral Bush nationalise pour qu'elle s'exprime ? Etc. Vous avouerez qu'il y a de quoi frémir !

C'est là où est l'oxymore, un oxymore de fait : notre roi ultralibéral veut réguler, voire moraliser le fonctionnement du capitalisme. C'est bien sûr du pipeau de la plus belle espèce. Quand on cause bien, on appelle ça de la rhétorique politique : les véritables enjeux de ce discours relèvent d'autre chose que de ce que dit ce discours - dont l'efficacité se mesurera par exemple à la nouvelle considération dont jouira notre bon roi d'Maubeuge sur le plan international, ou encore à la mise hors de cause du capitalisme en tant que tel dans cette affaire, etc.

Bush, lui, est clair : il faut sauver le capitalisme financier. L'État, que le capitalisme ultralibéral ne veut pas voir intervenir dans ses affaires, tend une main secourable au capitalisme ultralibéral en train de se moyer... Bush n'a pas bouger il y a plus d'un an, quand des milliers de familles américaines se sont retrouvées spoliées par les banques, jetées dans la rue et la misère. Maintenant que ce sont les banques qui se noyent, le libéralisme US, grand frère de tous les libéralismes, intervient.

Bref, la main invisible du marché est comme une divinité qui se manifeste comme elle veut et quand elle veut, notre roi d'Maubeuge qui causait hier, Bush qui nationalise l'autre jour, etc. Ah elle est belle, la main invisible ! Et puis elle est forte ! Elle contraint les ultralibéraux à faire des choses qu'ils n'avaient pas vraiment prévues. Comme disait Adam, l’individu est conduit par une main invisible à remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions (Richesse des nations, IV.2) !

Le même Adam - qui commença sa carrière comme professeur de logique - disait aussi, parlant des étoiles et autres corps célestes comme on disait à l'époque, que la philosophie, en exposant les chaînes invisibles qui lient tous ces objets isolés, s’efforce de mettre l’ordre dans ce chaos d’apparences discordantes, d’apaiser le tumulte de l’imagination, et de lui rendre, en s’occupant des grandes révolutions de l’univers, ce calme et cette tranquillité qui lui plaisent et qui sont assortis à sa nature (dans son Histoire de l’Astronomie).
Ne devrait-on pas transposer cette apologie de la philosophie à la politique et ses objets rhétoriques ? Le chaos y est trop visible et fait tourner la tête des électeurs ! Non ?


11 septembre 2008

Regards sur l'éducation, regards sur la pauvreté, regards sur l'insertion des jeunes

Quand le libéralisme "occidental" jette un œil sur l'éducation, ça donne un paquet d'indicateurs et des préconisations à peine voilées, notamment celle de marchandiser toujours davantage l'éducation. Ça a au moins le mérite de la franchise. On parle maintenant sans tabou - surtout depuis que la droite française et européenne s'est décomplexée... Le rapport de l'OCDE est pour un accès séquencé ou ici pour le volume entier (551p. = 6 Mo) : lecteur attentionné et intentionnellement vigilant, je te laisse juge et n'en dis pas davantage !

Par contre, le rapport publié par l'OMS (Commission des Déterminants Sociaux de la Santé) le 28 août dernier, intitulé Combler le fossé en une génération - Comment faire ?, dit les choses plus crûment. Quitte à braver la "sagesse" libérale des "experts" de l'OCDE, par exemple en dressant le constat de l'échec des politiques qui construisent la lutte contre la pauvreté sur la croissance économique... Un rapport à lire in extenso !

On voit dans cette confrontation de deux méthodes que le simple fait de "globaliser" la problématique permet de ne pas tomber dans les rets de l'idéologie dominante, permet de ne pas en rester à l'incantation libérale. Ce qui n'est pas sans rappeler à mon souvenir le parti-pris qu'a toujours adopté Bertrand Schwartz, parti-pris qui s'exprime fortement dans son rapport de 1981 (L'insertion des jeunes) : la personne humaine est complexe et sa vie est multidimensionnelle. Ne considérer que l'une des dimensions conduit immanquablement à l'échec toute action politique ou sociale territoriale. Bertrand Schwartz et Gérard Sarazin en font encore une fois la démonstration, avec la recherche-action menée pour le Synami autour de la problématique de l'insertion des jeunes aujourd'hui, avançant la nécessité d'une "écoute globale" des jeunes et des salariés des missions locales. Philippe Labbe propose une synthèse sur son blog. Lis tout ça, cher lecteur attentif, et tu comprendras vite qu'on est à mille lieues de la rhétorique monolithique d'un Laurent Wauquiez qui veut "rassurer" dit-on lesdites missions locales : "Les missions locales auront deux orientations claires : elles ne sont pas là pour occuper les jeunes de stages en stages et doivent être orientées vers le retour à l'emploi et, par ailleurs, il faut les évaluer." "On ne peut pas continuer à les subventionner sans s'y intéresser. La contrepartie, ce sont les résultats." (extrait d'une dépêche de Localtis.info). On appréciera la charge négative des nombreux non-dits ou dits-en-creux de ce type de discours. On en mesure immédiatement la contre-performance en matière d'insertion sociale et professionnelle...


4 juillet 2008

Marché de la santé

Le récent décret qui autorise une sorte d'"accès libre" à toute une série de médicaments dans les pharmacies est intéressant ! Non pour ce qu'il autorise, mais pour ce qu'il révèle du fonctionnement de l'économie de marché aujourd'hui. Notre bon gouvernement est gêné aux entournures en matière de politique santé, car l'application bête et méchante des préceptes de l'économie brute de marché pose de nombreux problèmes de société et de santé publique. Voir les récentes hésitations et autres annonces démenties par la suite...

En fait, l'idée est simple : notre système de santé est intégralement partie prenante de la fameuse économie de marché... mais avec volonté de protéger des monopoles, ici celui de la corporations de la pharmacie. À la limite, pourquoi ne pas laisser les grandes surfaces vendre, à côté des boîtes de petits poids et autres haricots, des médicaments exclus de la couverture sociale et dont la liste s'allonge irrémédiablement ? Cela aurait le mérite d'être clair ! L'argument avancé ("contrôle effectif du pharmacien") ne tient pas : le pharmacien est un marchand spécialisé dans le médicament... Son objectif est de faire du commerce, c'est-à-dire de vendre ce qu'il a acheté plus cher qu'il ne l'a acheté etc. L'idée de contrôle imposerait, pour être crédible, une procédure de contrôle et une possibilité d'intervention correctrice - ce qui n'a pas l'air de se dessiner. D'ailleurs, l'UMP nuance déjà le texte du décret, du contrôle on passe au conseil [extrait tiré du blog de la formation politique de Nicolas Sarkozy : ce libre-accès ne sera pas un libre-service, puisqu’il se fera dans un encadrement strict : les médicaments devront être présentés près du comptoir pour favoriser les échanges et le conseil du pharmacien vers le patient, et dans un espace bien identifié.] !

J'ai toujours imaginé que les pharmaciens, comme les médecins d'ailleurs, étaient (comme) des fonctionnaires payés à l'acte, qui fixent leurs tarifs et peuvent faire autant d'actes qu'ils le souhaitent... Cette image devient, concernant les pharmaciens, caduque : nous nous dirigeons vers une reconnaissance du patient comme consommateur et du pharmacien comme commerçant. Dans la mesure où les Français sont (trop) grands consommateurs de médicaments, l'affaire promet d'être juteuse : ce "libre accès" va permettre aux hypocondriaques de soulager leur phantasmes ... et leur porte-monnaie pour le plus grand bien des pharmaciens. Que le gouvernement, ce faisant, incite à la surconsommation est significatif de la nature des soucis de ceux qui aujourd'hui sont aux commandes de la politique de santé publique.

Bien sûr, les pharmaciens vont me récriminer : ils n'ont de soucis, eux, que la santé publique et le bien-être de leurs "clients". Sauf que, j'ai cru entendre l'autre jour dans la bouche d'un pharmacien qui recevait - devant force caméras TV - la ministre de la santé publique, que grâce à ce décret la concurrence allait enfin jouer (ce qui est faux puisque déjà nombre d'articles de pharmacie sont non fixés) et que les prix allaient forcément baisser pour le plus grand bien ... des consommateurs !


3 juillet 2008

La pente douce du mercantilisme

Lu quelque part :

DEUX DÉPUTÉS VEULENT LA MORT DES PETITES LIBRAIRIES.

Dans le cadre de la loi sur la modernisation de l'économie, deux députés sarkozystes, Christian Kert (UMP) et Jean Dionis du Séjour (Nouveau Centre), ont eu l'idée géniale, soufflée par la grande distribution, Amazone, Edouard Leclerc en tête, de proposer que les libraires puissent solder les livres à peine six mois après la date de leur parution.

Non seulement l'idée est idiote mais elle est dangereuse, elle remet en cause l'effet bénéfique de la loi Lang qui en créant le prix unique du livre a permis de sauvegarder en France un réseau vivant de 15 000 libraires. Le livre n'est pas une denrée périssable qui se vend l'encre encore humide. Des mois, des années sont parfois nécessaires pour qu'un auteur sorte de l'anonymat. Le travail de fond que font les libraires indépendants c'est précisément de permettre à de nombreux auteurs d'être en relation avec le public. Si cet amendement devait être adopté, ce serait un formidable cadeau aux hypermarchés qui vendent du livre comme on vend des tomates. L'expérience menée en Angleterre l'a prouvé, cela tuerai les libraires indépendants et ferait grimper les prix des livres neufs.

Fous d'encre de Saint-Denis

On le voit bien, la pente du mercantilisme libéralisme (pléonasme!) est une pente vers la mort de beaucoup de gens au prétexte de l'enrichissement de quelques uns, la disparition de nombreuses activités au prétexte de la liberté commerciale, etc.
Paul Otlet et Suzanne Briet voulaient faire du livre, et du document en général, un être doué de vie. Le libéralisme en fait une marchandise.
Vive le libéralisme destructeur !


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1 juillet 2008

Libéral, tu as dit libéral ?

Libéral est un de ces mots qui, à force d'être employés, perdent leur signification. Et la charge idéologique du terme ajoute au brouillage sémantique... C'est quoi "libéral" ? La question est importante, car c'est en jouant sur le sens de ce mot - comme sur le sens d'autres mots - que le candidat Sarkozy a embobiné presque tout le monde, y compris et surtout ceux qui maintenant pâtissent de son activisme forcené. Plus récemment, Delanoë a entraîné le PS dans un travail de distinction entre libéralisme économique et libéralisme politique... De quoi faire perdre leur latins aux pékins que nous sommes !

'Libéral' a d'abord voulu dire "propre à l'homme libre". Les arts libéraux (peinture, sculpture...) s'opposaient ainsi aux arts mécaniques, réservés aux esclaves... Ce sera, au XVIIème siècle, le fameux "honnête homme" du temps de René Descartes et Blaise Pascal.

Puis 'libéral' finira par caractériser celui qui, ayant de quoi être généreux, l'était effectivement. La richesse sympa, en quelque sorte. Pour Pascal, "un avaricieux qui aime devient libéral, et il ne se souvient pas d'avoir jamais eu une habitude opposée". Même Dieu, si l'on en croit son contemporain (de Pascal, pas de Dieu!) Isaac Lemaistre de Sacy quand il traduit L'Ecclésiaste (XXXV, 13) : "Le Seigneur est libéral envers ceux qui lui donnent, et il vous en rendra sept fois autant". Bref on voit que c'est la générosité, voire le don, qui au fond de cette affaire, même si l'argent, la valeur monétaire est déjà dans le coup - ce sur quoi La Bruyère (XI) ironise : "Il est vrai qu'il y a deux vertus que les hommes admirent, la bravoure et la libéralité, parce qu'il y a deux choses qu'ils estiment beaucoup et que ces vertus font négliger, la vie et l'argent ; aussi personne n'avance de soi qu'il est brave ou libéral".

Bref, est libérale la personne qui a fait montre de libéralité, de disposition à donner, de générosité... Il ne faudrait pas oublier cependant que ce terme a pu évoquer aussi l'ouverture d'esprit, la faculté de sortir des préjugés...

Sortir des préjugés, tel était l'un des mots d'ordre de la seconde moitié du XVIIIème siècle, dénommé justement pour cela "siècle des Lumières". C'est à ce moment-là que l'idée de "libéralisme" telle qu'elle fonctionne encore aujourd'hui serait née... Mais arrêtons de chercher de midi à quatorze heures : le libéralisme est une doctrine économique, celle qui se donne le marché pour seul fondement, avec pour alliées naturelles l'initiative privée et la libre concurrence (Francis Balle, in Encyclopædia Universalis, s.v. "Libéralisme"). Le libéralisme politique sera l'attitude qui demande au pouvoir politique de ne jamais entraver le fonctionnement du marché, celui-ci trouvant en lui-même sa propre justification (la fameuse main invisible, qui ressemble étrangement à la puissance divine...).

On dit souvent que cette posture - qui influencera grandement l'instauration idéologique des États-Unis d'Amérique - a la Déclaration des Droits de l'Homme de 1789 comme fonds baptismaux. Ce disant, on oublie de penser dans sa totalité le premier article de cette déclaration qui se voulait déjà de portée universelle :  Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. Or il semble bien que le libéralisme ait été contaminé par le capitalisme, voire par la ploutocratie - ce qui aura pour effet immédiat de réduire l'utilité commune à l'intérêt de ceux qui ont déjà la puissance économique. En gros, le libéralisme consiste à donner tout son essor à la liberté de ceux qui ont le pouvoir économique même s'il faut (euphémisme) anéantir la liberté des autres pour cela.

Et le paroxysme du libéralisme (stade de l'ultralibéralisme) est atteint lorsqu'il réduit le pouvoir politique à un rôle de facilitateur de la toujours plus grande liberté et du toujours plus imposant pouvoir de quelques uns. L'épisode politique en cours concernant l'audiovisuel montre ça très bien... Et on peut dire, sans rire, que la droite française manque de libéralité (pour le service public donc pour le peuple) parce qu'elle est libérale tout en intervenant sur le fonctionnement du marché pour accroître la fortune de quelques potentats économiques... Contradiction fondamentale. Le libéralisme sarkozien est un oxymore à lui tout seul. Et la main est bien visible ce coup-là !


16 juin 2008

Enseignement public à but lucratif...

On aura tout vu dans ce monde ultralibéral : le service public de l'enseignement supérieur considéré comme une entreprise commerciale !

Des interrogations couvaient au sujet de l'article 28 de la loi de programme pour la recherche du 18 avril 2006 quant à la véritable portée de l'exonération d'impôt sur les sociétés résultant de son texte. L'instruction n° 58 du 30 mai 2008 publiée au Bulletin officiel des impôts, ayant pour objet de commenter les dispositions en question, lève toute ambiguïté à cet égard en précisant, aux points 37 et 38, que certaines activités de prestations de services (prestations d'analyse, mises à disposition de locaux, d'équipements par exemple) n'entrent pas dans le champ de l'exonération et peuvent revêtir un caractère lucratif. [source AMUE]

En somme, les universités deviennent des sociétés marchandes. Ça y est ! C'est fait !

Il me semblait pourtant que l'université, considérée dans la globalité de son fonctionnement, devait constituer une version économique possible du principe de solidarité : certaines composantes gagnent des sous pour que d'autres puissent mener à bien la mission de service public de formation tout au long de la vie et de recherche scientifique et technique, mission de service public très mal financée et qui ne rapporte rien financièrement parlant. Elle "rapporte" juste l'élévation du niveau de formation et de qualification des français. Ce n'est rien en effet !


15 juin 2008

Politique et pédagogie : prendre les gens pour des cons

Indécrottables, ces hommes et ces femmes qui ont ou briguent le pouvoir (politique, économique, organisationnel, peu importe). Que trop de gens ne soient pas d'accord avec leurs décisions ou simplement leurs opinions ne remet pas en cause ces décisions ou ces opinions : c'est juste parce qu'ils ont mal compris, ces gens ! Cela participe de l'infantilisation de l'autre inhérente à toute position de pouvoir sur l'autre. L'homme politique comme père des peuples, on connaît, et on sait aujourd'hui ce que cela signifie pour les peuples en question ! Bref, le paternalisme est une vertu politique ! Tu comprends pas mon petit ? Normal : tu comprendras plus tard. Ça me fait penser à ce bon Erik Satie (1866-1925) qui disait : "Quand j'étais jeune, on me disait : "Vous verrez quand vous aurez cinquante ans". J'ai cinquante ans, et je n'ai rien vu." Il n'y avait peut-être rien à voir, ou juste les traces évanescentes de quelques mystifications.

Ainsi, tout récemment, François Bayrou, partisan du oui au traité de Lisbonne, dit à 20minutes.fr que "quand ils ne comprennent pas, les peuples votent non". Quand ils comprendront, ils voteront oui ? Mais qu'y a-t-il à comprendre, Monsieur Bayrou ? Les arguments des partisans du oui, nous les connaissons tous ! Ce sont ceux de l'Establishment, c'est-à-dire ceux des gens au pouvoir, ceux des gens aux commandes des médias, etc. Les arguments des partisans du oui peuvent se résument en un seul : l'Europe politique doit s'aligner sur l'Europe économique.
Mais ce pauvre Bayrou ne fait ici qu'exemple : le gouvernement Sarkozy et lui avec use et abuse de cette méthode depuis longtemps.

Un pas après l'autre : d'abord l'ultralibéralisme dans le fonctionnement économique (son fonctionnement natif), puis, une fois que cet ultralibéralisme apparaît comme la seule voie possible économiquement, on le promeut organisateur du fonctionnement politique, c'est-à-dire qu'on vide le pouvoir politique de tout force quand on ne peut l'asservir... C'est en gros le coup du "fait accompli", coup dont les adolescents sont friands quand il s'agit de forcer la main à leurs parents... Le monde à l'envers, quoi !


13 juin 2008

Une baisse des moyens ?

Extrait de la revue de presse de l'AEF de ce matin :
"L'enseignement privé confronté à la baisse des moyens", titre Le Figaro (p. 11), rapportant qu'"entre 30 000 et 40 000 demandes d'inscription ne peuvent être satisfaites" (L'AEF n°97679). "Pourquoi le privé ne peut pas répondre aux demandes", titre le Parisien (p. 13), relayant le constat dressé hier le secrétaire général de l'Enseignement catholique Éric de Labarre: "De 30 000 à 40 000 demandes d'inscriptions dans le privé devraient être insatisfaites à la rentrée prochaine". "L'enseignement catholique se dit 'dans une impasse'", titre La Croix (p. 5).

L'enseignement public, lui, n'a pas plus de problème, puisque l'État lui coupe carrément les vivres ! Sous la simple raison que l'attribution de moyens doit être proportionnée aux effets de la démographie... et analysable dans  les termes imposés par la LOLF... etc. etc.

Pourquoi donc l'enseignement privé serait-il mieux loti que le public !

Quoique... nous sommes dans un monde ultralibéral !


10 juin 2008

Le fait et l'exception

Mon professeur de philosophie le disait souvent : un fait ne prouve rien ! Il disait aussi qu'il est stupide de penser que l'exception confirme la règle. Il était très fort en logique et en latin, mon prof de philo ! Mes condisciples ne me contrediront sûrement pas. C'était au lycée Bergson, Paris XIX°, il y a maintenant 37 ans, classe de Terminale A1. Monsieur Rodier - c'était son nom - écrivait de temps à autre dans le journal Combat, auquel participaient aussi - ou avaient participé - Jean Bloch-Michel, Albert Camus, Jean-Paul Sartre, André Malraux, Emmanuel Mounier, Raymond Aron et tant d'autres... Au tournant des années 60/70, ce journal semblait constitué l'intelligence du temps, la mise en question des évidences trop faciles de l'immédiat après 68. Du coup je devins un fidèle lecteur de Combat - qui cessa de paraître en 1974. Philippe Tesson créa le Quotidien de Paris, comme pour poursuivre l'idée, mais ce n'était plus pareil. L'avenir m'indiqua que je n'avais pas eu tort...
Bref, Monsieur Rodier disait qu'un fait ne prouve rien. Il le disait et redisait dès qu'un élève opposait un fait à une idée, comme si un fait pouvait argumenter contre l'idée. Il y a bien deux mondes : celui de l'argumentation et celui des faits. Un peu plus tard, quand j'ai lu Éric Weil, j'ai superposé à cette dichotomie une autre dichotomie, celle qui distingue entre discussion (philosophique) et violence (politique)... Deux mondes aux fonctionnements différents, aux logiques divergentes. Deux mondes qui possèdent chacun une radicalité propre.
Et ce qui me fascine dans l'époque où nous sommes (je parle de la petite époque, à savoir de ces années dominées par le libéralisme berlusco-sarkozien), c'est que la ligne de partage entre ces deux mondes est insidieusement brouillée. Avez-vous remarqué comment les mots sont kidnappés, comment le sens des mots est dévoyé ? Lisez les Rêves de droite de Mona Cholet. Lisez "Le voleur de mots" de Michel Guillem (in Le Sarkophage, n°5). Lisez Le Monde diplomatique. Lisez... Nombreux sont ceux qui s'offusquent de ces pratiques utilisées pour piéger les cerveaux paresseux.
Relisez le discours de campagne de la droite : le marketing politique à l'œuvre ! Réussir à se faire élire par ceux-là mêmes dont on va briser la vie. Très fort ! Cette sorcellerie du langage est d'une efficacité redoutable : les mots y prennent le rôle des faits et les faits sont élevés au rang d'idées ! Du coup toutes les promesses sont apparemment formellement valides, tous les discours sont possibles : il suffit d'émouvoir l'auditoire et c'est dans la boîte, de dire aux gens ce qu'ils ont envie d'entendre et ils sont conquis.

Seulement voilà ! L'effet boomerang ne tarde pas : les gens conquis attendent que les mots deviennent des faits : que les promesses soient tenues... Je n'insiste pas.
Sauf pour faire remarquer que cela va plus loin que le fameux théorème de Charles Pasqua (Les promesses n’engagent que ceux qui y croient). C'est une force no limit qui avance sans faiblir et sans qu'on puisse en prévoir les effets ni même en mesurer les dommages collatéraux.

-o0o-

Exceptio probat regulam disaient les juristes anciens. Mais, dans cette formule comme le plus souvent, le verbe probare ne signifie pas tant prouver que mettre à l'épreuve, éprouver. Du coup, ça devient clair : l'exception met la règle à l'épreuve, l'exception éprouve la règle. La règle manifestera sa vigueur, sa validité si elle oppose une résistance à l'exception. L'exception, quant à elle, ne restera ce qu'elle est, c'est-à-dire une exception, que si elle échappe à la règle, si elle ne la prouve pas... Bref, prétendre que l'exception confirme la règle n'a aucun sens. C'est même un authentique contre-sens. L'exception, pour rester exception, doit fatalement infirmer la règle.
Si on regarde le contexte de cette courte phrase latine, on trouve cette assertion juridique : Exceptio probat regulam in casibus non exceptis, ce qui signifie (probare prend alors un sens différent) que l'exception confirme que la règle fonctionne en dehors d'elle précisément, c'est-à-dire dans les cas courants.

Et ce qui me fascine dans l'époque où nous sommes (je parle de la grande époque, à savoir de ces décennies, que dis-je de ces siècles dominées par le conservatisme ploutocratique), c'est bien ce que l'on veut nous faire croire : que l'exception est possible et peut montrer le chemin à tous, devenant ainsi une règle. C'est l'histoire du prince et de la bergère. C'est l'histoire du mec trop courageux qui devient millionnaire à la sueur de son petit front. C'est l'histoire des lycéens de banlieue qui accèdent à des classes préparatoires aux grandes écoles. C'est l'histoire du chômeur qui se lève tôt et du patron qui l'embauche (parce qu'il s'est lever tôt ?). C'est l'histoire du fils de pauvre émigré hongrois débarqué à Paris sans un sous vaillant qui devient président de la République parce qu'il aurait plusieurs cerveaux (?)...
Je me souviens de ce que me racontait un formateur de sociologie à l'Action collective de Formation de Sallaumines des années 70 : la "rupture épistémologique" déclencheuse de curiosité, et donc du désir d'apprendre l'analyse sociale, c'était la lecture de l'ouvrage d'Alain Girard, Le choix du conjoint (INED, 1964) qui faisait tomber une à une toutes les illusions concernant l'amour, le mariage par amour et le prince charmant... Et bien, la science ne vit pas longtemps dans la conscience quotidienne. Elle doit sans relâche ressasser ce qu'elle a pu établir contre l'opinion "spontanée", contre l'apparence des faits, contre le maquillage des faits. Les histoires de fées envoûtent toujours et les gouvernants le savent bien qui en usent et en abusent, au mépris de la raison la plus ordinaire, au mépris de la morale la plus simple.


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