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BRICH59
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politique
27 janvier 2008

La Très Nouvelle Alliance

Le matin, je reçois dans ma boîte aux lettres (pas l'électronique, la "vraie") Le Figaro depuis une dizaine de jours et à titre gratuit.
J'ai par ailleurs la manie de lire tout ce qui traîne, tout ce qui tombe à portée de mon regard, de ma main.
Plaisir de tout lire, désir de tout comprendre, joie extrême de l'intellectualisation totale...
Bref, je viens de lire dans Le Figaro Magazine de ce samedi 26 janvier (p.36 et 38) la discussion entre un prêtre et un franc-maçon, respectivement Philippe Verdin, dominicain, et Jean-Michel Quillardet, grand maître du Grand Orient de France. Cette lecture me plonge dans les abîmes d'une pensée complexe et difficile.

sarkocielRéflexions toutes personnelles et très rapidement jetées sur ce blog après cette confondante lecture :

  • Confusion des genres

Pratique sarkozienne s'il en est, la confusion permet de subrepticement bouger les repères et de brouiller l'analyse que les esprits critiques et tatillons dans mon genre pourraient faire de ce qui se présente aujourd'hui comme une politique désirée par une majorité de Français. Je n'insiste pas... En l'occurrence, il s'agit là de faire bouger les lignes entre pouvoir terrestre et pouvoir céleste, entre État et Église, entre vie privée (le fors intérieur comme refuge de la croyance) et vie publique (la république comme chose publique, res publica). Il s'agit de remettre en cause la ligne de séparation tracée en 1905 par la IIIème République. S'il on en croit notre dominicain de service, grand copain de notre Président de la République, ce dernier "veut tourner la page de la IIIème République". Au prétexte d'apaisement : "L'Église et l'État ne sont plus obligés de se regarder en chiens de faïence". Comme si c'était le cas aujourd'hui ! Je crois que frère Philippe en est resté au bon temps de l'anticléricalisme primaire que l'école laïque avait dû développer pour se protéger des assauts répétés d'une Église trop confiante dans sa suprématie morale et politique. C'était il y a longtemps, très longtemps... Et puis, le futur roi d'Maubeuge avait proposé qu'on efface de notre histoire commune l'annus horribilis que fut 1968. Maintenant, c'est carrément 65 ans d'histoire de France qu'il faudrait effacer, sinon oublier ! On baigne dans le déraisonnable le plus achevé.

  • Stratégie du pouvoir terrestre : attirer l'attention sur le céleste pour agir hors du regard critique

Mais pourquoi les gardiens de l'État républicain pourraient-ils vouloir ainsi amener une telle confusion des genres ?
Je crois qu'on a là le schéma classique des stratégies de la conversion du regard. Depuis la nuit des temps jusqu'à la philosophie libérale, en passant pas Staline et les autres, il y a une façon simplissime de gouverner les mains libres : on pointe le ciel, avec dans les yeux la lueur de l'espérance suprême, pour attirer tous les regards vers le ciel - c'est-à-dire ailleurs que là où l'action se déroule (sur terre) - dans l'attente de l'objet supposé de l'espoir existentiel de celui qui montre le ciel... Le détournement des regards laisse les mains libres à celui qui détient le pouvoir terrestre. Quand c'est ce dernier qui incite à un tel détournement des regards, on comprend immédiatement l'intérêt d'une telle incitation... "Regardez là-bas rutiler les feux de l'esprit et les braises de l'espoir ! Moi, je m'occupe de vos affaires d'ici-bas !" dit-il en substance...
J'ai développé ailleurs la profondeur d'une telle manipulation.

  • Incompatibilité foncière entre le sarkozysme et les Évangiles...

La pertinence tactique de cette manipulation est d'autant plus évidente que les catholiques représentent une part importante de l'électorat sarkozien. Les catholiques n'ont pas besoin d'être convaincus qu'ils doivent détourner le regard politique : il suffit de leur faire oublier les frasques peu catholiques de notre roi d'Maubeuge ; et si la manipulation convainc aussi les mécréants, c'est toujours ça de pris ! D'où le prosélytisme avancé par le gardien de notre Constitution républicaine.
Ceci dit, je me suis laissé dire qu'il y avait comme un problème : ce que prône notre bon Roi d'Maubeuge n'est pas franchement catho-compatible. Le grand mépris pour l'humain qui se dévoile dans le traitement de la question des immigrés n'en est que l'un des aspects ; il y a aussi la façon de traiter les hommes et les femmes que le capitalisme rejette sans vergogne et sans honte dans les profondeurs du dépouillement matériel, dans la pauvreté - après avoir utilisé leur force de travail ; façon de tout faire pour que l'enrichissement des uns (les moins nombreux) se fasse sur l'appauvrissement des autres (les plus nombreux)... Je n'ai jamais lu cela dans les fameuses "Bonnes Nouvelles".  Bien au contraire, quand j'étais petit, on m'a expliqué que la grande différence entre la vieille alliance (ancien testament) et la nouvelle alliance (christianisme), c'était l'humanité du divin, le Dieu fait homme, la valorisation de chaque vie humaine dans sa singularité et dans son humanité, etc. Quand le catholicisme veut fonctionner comme leurre au service du libéralisme économique, l'humain n'y est plus. C'est pourtant ce catholicisme-là, intégrisme de la plus belle espèce, que promeut le pouvoir terrestre en France aujourd'hui, la main sur le cœur et le regard vers le Très-Haut. Simon Weil (avec un W) ou Madeleine Delbrêl doivent se retourner dans leur tombe !
Je crois que nous sommes perdus. Que l'humanisme n'est plus de mise et que l'homme est condamné à subir toujours davantage les effets d'un capitalisme fournisseur officiel des règles sociales et économiques...
 

À moins qu'il ne nous faille, pauvres électeurs que nous sommes, aller déposer un cierge à Rita, sainte patronne des causes désespérées, pendant que frère Nicolas se paye notre tête et celle de nos enfants ?
Saint Bigard, priez pour nous !


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6 janvier 2008

"Culte du pragmatisme et du résultat" ?

Franchement, tout est fait pour brouiller les pistes dans cette France qui gouverne. Même Martin Hirsch s'y met, qui a salué le "culte du pragmatisme et du résultat" du roi d'Maubeuge ! Entendez : le refus de l'idéologie et des bonnes intentions - comme disent ceux qui prêchent l'inexistence de la lutte des classes, je veux dire les apolitiques de droite.

Comme si ce pauvre Martin ne savait pas que, si le pragmatisme avait de tous temps été une bonne méthode de gouvernement, on le saurait déjà. Il aurait déjà fait son œuvre, le pragmatisme, et il n'y aurait plus de pauvres dans ce pays où le CAC40 ne cesse de progresser depuis qu'il a été créé et où les riches s'enrichissent toujours davantage - le roi d'Maubeuge soi-même, le Président de Gaz de France aussi. Peut-être le pragmatisme consiste-t-il par définition à prendre aux pauvres pour donner aux riches...
Quelle misère de voir ainsi de si bonnes âmes (?) tomber dans les filets du pouvoir par simple goût du ... pouvoir !


2 janvier 2008

À quoi sert "l’identité nationale" ?

Le Comité de vigilance sur les usages de l’histoire (CVUH) nous invite, Jeudi 10 janvier 2008, à la conférence de Gérard Noiriel, directeur d’études à l’EHESS: À quoi sert "l’identité nationale".
Cette conférence reprendra les grandes lignes de l’analyse développée dans l’ouvrage qui a inauguré la collection du CVUH (Ed.Agone, 156 pages, 12€; en librairie depuis fin octobre 2007) :

  • Genèse de l’expression "identité nationale", et ses équivalents ("âme nationale", "caractère national", etc.), pour montrer qu’il n’existe aucune définition scientifique satisfaisante.

  • La question de l’identité nationale, enjeu politique majeur depuis l’affaire Dreyfus.

  • Comment le clivage droite/gauche autour de l’identité nationale a été réactivé pendant la campagne électorale du printemps 2007.

La conférence commencera à 19H00. Elle durera une heure et sera suivie d'un échange avec les participants. Elle aura lieu à la Sorbonne dans l’amphithéâtre Bachelard (galerie Gerson, entrée place de la Sorbonne).

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Moi qui ne suis pas parisien, je ne pourrai assister à cette manifestation. Merci aux parigots de nous en poster un compte-rendu !


3 juin 2007

On peut rire ! Non ?

Discussion imaginaire, qui s'est déroulée il y a quelques semaines à Paris...


Monsieur Ernest Antoine S. s'adresse à son ami Monsieur Nicolas S. qui compose son gouvernement, en ces termes :

  • Mon fils me désespère. Il n'a pas terminé ses études, ne cherche même pas de travail, passe tout son temps à boire et à rigoler avec ses copains. Ne pourrais-tu pas lui trouver un petit boulot dans un ministère ?

  • Aucun problème, répond le président. Je le nommerai adjoint de mon chef de cabinet, avec un traitement de 6.900 euros par mois.

  • Non, non. Ce n'est pas cela que je veux. Il faut qu'il comprenne qu'il faut travailler dans la vie et lui inculquer la valeur de l'argent.

  • Ah? Bon. Je le ferai chargé de mission en chef, à 5.500 euros par mois.

  • Non, c'est encore trop. Il doit se rendre compte qu'il faut mériter son salaire.

  • Euh... chargé de mission alors ? 2.900 euros par mois ?

  • Toujours trop. Ce qu'il lui faudrait, c'est une place de petit fonctionnaire, tout en bas de la hiérarchie, à moins de 1.500 euros par mois.

  • Alors là hélas, je ne peux rien faire pour toi, répond Nicolas.

  • Mais pourquoi ?

  • Pour ce genre de poste, il faut réussir un concours et avoir un diplôme...


29 mai 2007

Et ça continue !

Nombreux sont ceux qui ont dénoncé les confusions multiples dont s'est servi le candidat Sarkozy pour se faire une bonne campagne. Brich59 l'avait fait en souhaitant ses bons vœux pour 2006 !
On pouvait penser qu'il s'agissait, pour Nicolas Sarkozy, d'un usage très machiavélique de tous les moyens disponibles quels qu'ils soient pour arriver à ses fins : être élu Président de la République ; et que, donc, une fois élu, notre Nicolas allait remettre les choses en ordre et mettre un terme au règne de la collusion qu'il avait instauré.
Eh bien NON !
Non seulement le contrôle des médias est de plus en plus évident, mais on continue le petit train-train des dépenses partisanes aux frais de la République. Ce jour, l'Élysée va véhiculer une meute de journalistes pour couvrir le meeting électoral animé par Sarkozy au Havre... Une réunion du parti politique UMP financée par la Présidence de la République : temps de travail du Président soi-même + frais de transport etc.
La confusion des pouvoirs est à son comble : l'exécutif avec le législatif (UMP) et l'exécutif avec le médiatique (journalistes). Quand je dis "l'exécutif", je veut dire ici la Présidence de la République - à moins que ce ne soit le Président de la République en personne, et là c'est typiquement un fonctionnement de dictature !

Vous allez voir que bientôt, il va faire main basse sur l'opposition parlementaire et sur ses propres contre-pouvoirs...


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10 mai 2007

DANGER : CONFUSION !

Bon, allez ! Ne mélangeons pas tout !
Le grand soir n'est pas là, ni aujourd'hui ni demain matin.
Les étudiants de Tolbiac ont raison de ne pas envenimer les choses, raison de ne pas se mettre dans un état de pseudo-insurrection, au lendemain d'élections démocratiques et sous prétexte du programme du candidat qui a été élu. Ce programme a été présenté. Il a été débattu et contredit. Rien n'y a fait : les Français, ces couillons, en ont pris pour cinq ans d'un gouvernement de droite ultra-libéral, qui va fabriquer des inégalités au nom de je ne sais quelle efficacité... ou plutôt au nom - systématiquement non dit - du pouvoir financier qui de toutes façons hélas a pris les rênes de ce monde trop parfait. Si la droite a un mérite, ce sera celui de la cohérence avec ce pouvoir-là.

Je ne dis pas, bien sûr, qu'il faut baisser les bras et laisser faire cette droite arrogante et bien trop sure d'elle-même.

  • Il faut lutter dans le cadre des institutions d'abord : les prochaines élections doivent tout faire pour contredire la classique et triste mécanique qui veut que les législatives qui suivent une présidentielle ne font que renforcer le pouvoir élyséen (sous le fallacieux prétexte de lui donner les moyens de son projets, et qui fera qu'on aura en France un National-Libéralisme redoutable d'esclavagisme et d'intolérance. L'objectif doit être clairement de faire barrage à la machine UMP et aux candidats de l'extrême droite (mais en quoi sont-ils distincts ?), quitte à ne pas voter comme d'habitude. Encore le vote utile !

  • Il faut lutter pacifiquement ensuite par l'usage de la liberté d'expression : dénoncer les abus droitiers, montrer les inégalités produites par la politique que les Français viennent de s'infliger à 53%, témoigner des monstruosités du National-Libéralisme, etc. Mais pas a priori, de façon à échapper à la trop facile accusation de "procès d'intention". L'a priori, c'était avant et pendant les élections. Maintenant on y est. C'est indiscutable ! Même si la majorité des Français s'est indiscutablement fait avoir par la rhétorique mensongère et caressante du meneur de jeu du National-Libéralisme ! Alors exprimons-nous, sur des blogs (cette rubrique est ouverte via le dispositif de commentaires), des forums, dans les journaux, etc.

  • Il faut aussi militer dans les organisations représentatives, notamment syndicales et/ou associatives, de façon à ce que les forces vives de la "société civile" puissent contrer le rouleau compresseur du National-Libéralisme dans la négociation collective, dans le rapport de forces social.

  • Enfin, quand vraiment ce sera trop et que les libertés publiques (toutes et pas seulement celle qui permet à une minorité de réduire le reste de la population en esclavage) seront clairement menacées, alors il faudra manifester dans le calme et la détermination...

Dernier point qui me paraît important : ce sont bien les plus de 64 ans qui ont fait pencher la balance électorale du côté du National-Libéralisme, mais cela ne nous autorise pas à engager un racisme anti-vieux. Stupide. Dans l'absolu, d'abord : le racisme, quelles que soient sa forme et sa teneur, est interdit au pays des opposants au National-Libéralisme, cette interdiction étant sûrement un héritage de mai 68, n'en déplaise à Nicolas et à la soi-disant nouvelle philosophie des années quatre-vingt. Dans le relatif, ensuite : il y a quand même un "vieux" sur quatre qui a voté Ségolène Royal ; et il y a surtout près de la moitié des moins de 65 ans qui ont voté Sarkozy !


9 mai 2007

Ceux qui ont voté ne seront pas les "payeurs" !

Ainsi c'est donc vrai ! La démocratie du "suffrage universel" nous réserve bien des surprises : ce ne sont jamais ceux qui décident qui trinquent !

L'IFOP a réalisé un sondage entre deux tours (27 avril) où il apparaît que

  • 53% des moins de 35 ans votent Ségolène Royal,

  • 55% des plus de 35 ans et plus votent Sarkozy.

Conclusion hâtive : Sarkozy, celui dont le marketing politique a fait l'homme de la rupture, l'homme du changement (voyez ses discours du 6 mai au soir!), est plutôt du côté des électeurs "mûrs".

Quand on regarde de plus près, c'est encore plus parlant : ce sont les 65 ans et plus, et eux seuls, qui veulent Sarkozy. Trois plus de 64 ans sur quatre ont soutenu le jeune Sarkozy (je peux me permettre parce que je suis plus âgé et donc plus respectable que lui). Ce ne sont plus des électeurs mûrs, mais des électeurs croulants sous le poids de leur propre vie et incapables aujourd'hui ni demain de relever l'échine pour redresser la France, ou encore de travailler toujours plus pour construire le profit des copains de l'UMP.
Comme ça aussi, on comprend pourquoi le Halliday (le jauni) et la Mathieu (Mireille) l'adorent le Sarko !
De l'autre côté, pour la tranche d'âge 18/64 ans, c'est Ségolène Royal qui est préférée ! Avec une pointe à 56% pour les électeurs juste mûrs (35-49 ans) ! La force de l'âge est là, du côté de Ségolène... en tous cas pas du côté de Sarko. Qu'on se le dise : l'électorat de Sarkozy, c'est la vieille France, celle des retraités. Pas la France qui se lève tôt pour aller bosser quand il y a du boulot ! Ceux qui sont en âge de cotiser pour la retraite des retraités actuels (c'est-à-dire ceux qui ont majoritaiment voté Sarko), ceux-là ont majoritairement voté Ségolène Royal... Y-a de quoi râler, non ?

Et tout ceci n'est que pure vérité : un sondage IFOP, ça ne mentirait pas ici comme ça à l'endroit du chouchou des patrons (IFOP  = Laurence Parisot = MEDEF = Sarkozy) !


mots-clés :
population âgée, électorat de la droite


8 mai 2007

Pourquoi tant de haine ? Écoutez donc « Là-bas si j'y suis ! »

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Instructif, le répondeur de Là-bas si j'y suis !
Ce mardi 8 mai, on peut y entendre toute la haine de l'électorat sarkoziste.
Haine fascisante dans son expression.
Haine fascinante dans son crétinisme profond.
Haine "éructante" de vieux et de jeunes bourrés de stéréotypes comme leur héros est bourré de tics.
Écoutez donc : exemple 1, exemple 2, exemple 3 (fichiers mp3 découpés dans le podcast de l'émission).

À l'heure où le vieil Halliday fait dire par sa jeune femme que les projets de politique fiscale de la droite vont l'inciter à revenir en France - cette France qu'il aime tant et tant !-, c'est maintenant plutôt à nous, pauvres gauchistes timorés et sans le sou, de chercher où aller habiter tant le climat de violence et de haine semble congénitalement attaché à cette droite sure d'elle que 53% de ceux qui ont exprimé un vote avant-hier ont porté au pouvoir.

La France de Sarkozy est lamentablement violente ! À faire peur.

Pourvu que Mermet tienne le coup ! Malgré les appels à la censure proférés à son encontre par tous ces petits Pétains qui peuplent la France ... d'après !


mots-clés :
liberté d'expression, haine, fascisme, grossièreté, agressivité verbale, violence politique, censure


5 mai 2007

La lettre d'Ariane Mnouchkine

« Je voudrais vous parler de sentiments. Car lors d'une élection présidentielle, et pour celle-ci bien plus que pour toute autre, il s'agit aussi de sentiments. Il s'agit d'étonnement d'abord, d'espoir, de confiance, de méfiance, de craintes, et de courage aussi. Il s'agit surtout, je crois, d'un sentiment de genèse. Je n'ai jamais cru que la Genèse fut terminée. Petite fille, je pensais même que, une fois grande personne, je serais fermement conviée à y participer. Et comme, à l'époque, aucun adulte autour de moi ne s'est cru autorisé à me détromper, je le pense toujours.

Certains hommes, certaines femmes, savent mieux que d'autres nous rappeler à notre droit et à notre devoir de contribuer à cette genèse, à cette mise au monde d'un meilleur monde. D'un meilleur pays, d'une meilleure ville, d'un meilleur quartier, d'une meilleure rue, d'un meilleur immeuble. D'un meilleur théâtre.

MNOUCHKINE Mieux que d'autres, par leur détermination, leur ferveur, leur sincérité, leur intelligence, leur audace, ils nous incitent à entamer ou à reprendre avec joie un combat clair, juste, urgent, possible. Modeste pour les uns, gigantesque pour les autres, mais possible.

  Pour libérer cet élan, il ne doit y avoir chez les prétendants aucune faconde, aucune forfanterie, aucune vulgarité de comportement, aucun mépris de l'adversaire. Aucune enflure pathologique de l'amour du moi. Aucune goinfrerie.  Aucune clownerie de bas étage, aucun double langage. Aucune mauvaise foi. Non, il doit y avoir une terreur sacrée. Oui. Ils doivent être saisis d'une terreur sacrée devant le poids écrasant de la responsabilité qu'ils ambitionnent de porter, devant l'attente du peuple dont ils quémandent le suffrage avec tant d'insistance. Oui, il faut qu'ils tremblent de la terreur de nous décevoir. Or, pour cela, il leur faut de l'orgueil. Car, sans orgueil, pas de honte. Pas de vergogne.

  Que de fois, ces jours-ci, je me suis exclamée: «Oh! Il est vraiment sans vergogne, celui-là.» Eh bien, moi, j'espère, je crois, je sais que Ségolène Royal a de la vergogne et donc qu'elle est capable de grande honte si, une fois élue, elle ne réussissait pas à nous entraîner tous et chacun, où que nous soyons, du plus important des ministères jusqu'à la plus humble classe de la plus petite école de France, dans cet herculéen travail qui nous attend et qui consistera à recoudre, à retisser même par endroits, et à poursuivre la formidable tapisserie qu'est la société française. Cet imparfait, cet inachevé mais si précieux ouvrage que, par pure, ou plutôt par impure stratégie de conquête du pouvoir, Nicolas Sarkozy et ses associés s'acharnent à déchirer.

  Donc, contre la pauvreté, contre le communautarisme, pour la laïcité, pour la rénovation de nos institutions, contre l'échec scolaire, et donc pour la culture, pour l'éducation et donc pour la culture, pour les universités, pour la recherche, et donc pour la culture, pour la préservation de la seule planète vivante connue jusqu'à ce jour, pour une gestion plus vertueuse, plus humaine, donc plus efficace des entreprises, pour l'Europe, pour une solidarité vraie, qu'on pourrait enfin nommer fraternité et qui ne s'arrêterait pas à une misérable frontière mais s'étendrait bien au-delà de la mer, bref, pour une nouvelle pratique de la politique, c'est un immense chantier que cette femme, eh oui, cette femme, nous invite à mettre en œuvre. Et moi, je vote pour ce chantier, donc je vote pour Ségolène Royal.

  Son adversaire surexcité veut nous vendre, nous fourguer un hypermarché, un vrai Shopping Paradise —très bien situé, remarquez, juste en face de la caserne des CRS, elle-même mitoyenne du nouveau Casino des Jeux concédé à ses amis lorsqu'il était ministre — tandis qu'un troisième… celui-là, à part être président, j'ai du mal à comprendre ce qu'il veut pour nous. Une hibernation tranquille, peut-être ? Pendant ce temps, celui que bien imprudemment certains s'obstinent à classer quatrième alors qu'il y a cinq ans… vous vous souvenez?

  Ô ! Nos visages blêmes, nos mains sur nos bouches tremblantes et nos yeux pleins de larmes. Ô ce jour-là nos visages… les avons-nous déjà oubliés ? L'horreur de ce jour-là, l'avons-nous déjà oubliée? La honte de ce jour-là? Voulez-vous les revoir, ces visages? Moi, non.

  Voilà pourquoi, même si je respecte leurs convictions, et en partage plus d'une, je ne veux pas que ceux qui pratiquent l'opposition radicale, jusqu'à en prôner la professionnalisation durable, nous entraînent dans leur noble impuissance.

  Voilà pourquoi je pense que nous, le soir, dans nos dîners, devons cesser nos tergiversations de précieux ridicules. C'est du luxe. Un luxe insolent aujourd'hui. Beaucoup dans ce pays ne peuvent se le payer. Ils souffrent. Ils sont mal-logés, ou pas logés. Ils mangent mal. Ils sont mal soignés, ne connaissent pas leurs droits, donc n'ont droit à rien. Ni lunettes, ni dents, ni vacances, ni outils de culture. Leurs enfants n'héritent que de leur seule fragilité. Ils souffrent. Ils sont humiliés. Ils ne veulent pas, ils ne peuvent pas, eux, passer un tour. Encore un tour. Jamais leur tour.

  Alors, dépêchons-nous. Il y a du monde qui attend. Allons-y, bon sang! Il n'y a plus une minute à perdre. Cette femme, eh oui, cette femme porte nos couleurs, elle les porte vaillamment, courageusement, noblement. Et quand je dis couleurs, je ne parle pas des seules trois couleurs de notre drapeau. Je parle des couleurs de la France, celle que j'aime, celle de la citoyenneté vigilante, de la compassion pour les faibles, de la sévérité pour les puissants, de son amour intelligent de la jeunesse, de son hospitalité respectueuse et exigeante… Je parle des couleurs de l'Europe à qui nous manquons et qui nous manque. Voilà pourquoi je vote pour les travaux d'Hercule, je vote pour Ségolène Royal, et je signe son pacte. »

 Ariane Mnouchkine
le 17 avril 2004


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