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education
10 février 2010

Nous vivons une époque formidable !

  • des jeunes collégiennes sont placées en garde à vue pour s'être, à ce qu'on dit, interposées dans une bagarre ; l'autorité locale de l'Éducation nationale était d'accord semble-t-il...

  • l'État continue d'assécher les forces de travail pédagogique du pays...
  • un gendarme envoie une décharge électrique sur un collégien qui, a priori, venait se renseigner sur la professionnalité de la gendarmerie...

  • la police entre en lice pour les régionales dans les rangs du parti du président (connu comme roi d'Maubeuge)...

  • les députés fabriquent la loi en fonction des faits divers (travail sur LOPPSI II)...

  • Frêche distille son venin haineux et malodorant afin d'être réélu (ça ne vous rappelle personne ?)...

  • STOP !

Nous vivons décidément une époque formidable !


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5 décembre 2009

Performance universitaire

Dans le cadre de la loi LRU, les établissements universitaires vont donc devoir afficher le taux d'emploi de leurs diplômés, selon Les Échos de mercredi 2 décembre : "Insertion professionnelle : les universités contraintes de rendre des comptes" (ici le pdf correspondant). En gros, on lance une enquête auprès des diplômés 2007 de 83 universités françaises, afin d'aboutir à un classement qui permettra de comparer les performances des établissements, comme dit si bien un chargé de mission universitaire interrogé par le journal économique. L'idée est également (surtout) de récompenser les établissements qui affichent le meilleur taux d'insertion professionnelle de leurs diplômés : "Les performances observées seront, en effet, prises en compte dans le cadre des contrats pluriannuels passés entre l'État et les universités, et auront donc une incidence directe sur les enveloppes budgétaires attribuées", écrit le quotidien.

En détail, cela signifie que :

  1. les établissements qui ont de la peine ne seront pas aidés mais tout simplement tués, sans qu'on ait bien analysé les raisons de leurs difficultés (niveau social et culturel de leur population étudiante, implantation dans une zone économiquement sinistrée, etc.) ; l'uniformisation quantitative fait son œuvre de normalisation libéralissime, privilégiant les établissements déjà bien dotés, financièrement mais aussi "en nature",
    - c'est-à-dire profitant de conditions matérielles de fonctionnement haut de gamme,
    - c'est-à-dire bénéficiant d'une population étudiante aisée pour laquelle, de toutes façons, la situation sociale permet de se consacrer à temps plein à ses éttudes et promet, quoi qu'il arrive (même en cas d'échec scolaire), une situation sociale favorable (un super-job grâce à papa - dernier exemple médiatisé en date : le prince Jean),
    - c'est-à-dire ayant les meilleurs enseignants-chercheurs méritant de super-primes parce que roulant pour les capitaines d'industrie comme on disait autrefois, etc.

  2. l'Université ne doit pas seulement former et qualifier les jeunes, mais aussi leur trouver du boulot à la sortie ;
    a) en toute logique, un établissement d'enseignement a une obligation de moyens, comme on dit, sachant que l'obligation de résultats est partagée entre l'établissement et l'apprenant : on ne saurait en effet châtier une université parce que ses étudiants sont par exemple contraints de travailler pour pouvoir faire leurs études ;
    b) les étudiants ayant obtenu leur diplôme, l'université va devoir porter la responsabilité de leur insertion professionnelle, sachant que cette insertion est conditionnée par des facteurs qui sont étrangers au monde universitaire, tels que la santé économique des entreprises, le réseau social dans lequel fonctionnent les étudiants, les moyens concrets des étudiants en termes de recherche d'emploi (titulaire ou non du permis de conduire, possesseur ou non d'un véhicule, notamment), etc. ;

    c'est-à-dire que pour cette étape-là, l'université n'est responsable d'aucun des éléments qui conditionne l'accès à l'emploi, mais porte la responsabilité de cet accès !

    Mais peut-on être tenu pour responsable

    de ce dont on ne maîtrise rien ?


    Comprenne qui pourra !

Eh bien, pour incompréhensible qu'elle soit, cette idée va devenir structurante pour le fonctionnement universitaire. L'Université est sommée de se conformer aux réalités économiques du temps et du lieu... D'ici quelques années, l'offre universitaire française sera réduite à quelques immenses universités, immenses par la taille et le "talent", mais aux étudiants rares et issus des classes sociales les plus aisées, des universités à la merci d'un patronat hostile au savoir social critique.
La papa du prince Jean veut sans aucun doute "ré-enchanter l'Université".


21 octobre 2009

Doing More with Less

Depuis les débuts de l'industrialisation de la formation (années 90), on entend la même rengaine : faire plus (et mieux ajoutait-on à l'époque) avec moins de moyens. Ça ne date pas d'aujourd'hui, ni même de l'arrivée de l'ultra-libéralisme au pouvoir en France. Ce dernier a juste ajouté quelques fleurs rhétoriques du style "travailler plus pour gagner plus" et autres attrape-couillons.

38408863L'OCDE, instance importante du libéralisme débridé, veut perpétuer l'excellente idée selon laquelle ce n'est pas la fin qui justifie les moyens, mais l'enrichissement des riches qui les diminue. En effet, le Programme de l’OCDE sur la gestion de l’enseignement supérieur (IMHE) vient de lancer un appel à contributions pour sa prochaine conférence générale sur L'enseignement supérieur dans un monde en profonde mutation : faire plus avec moins les 13-15 septembre 2010. S'agissant de l'enseignement supérieur, on pouvait s'attendre à une réflexion internationale sur la qualité pédagogique, sur le partage des savoirs, sur la formation des enseignants, sur la vie étudiante... Eh bien non ! le (moins de) flouze, le (moins de) fric, la tune (en moins), le (moins de) pognon, le (moins de) "nerf de la guerre" comme on dit si bien...

Cette conférence représente une opportunité unique de présenter à une audience internationale prestigieuse, dit l'annonce de l'OCDE, les idées fumeuses qui laisseront les riches s'enrichir et les services publics fonctionner avec toujours moins de moyens. La conférence se tiendra au siège de l’OCDE à Paris. La date limite pour déposer ces fumerolles assassines est fixée au lundi 4 janvier 2010. Joyeux Noël et bonne année à l'enseignement supérieur !


16 octobre 2009

La culture de l'information en reformation. Une thèse à lire...

Université Rennes 2 (24/09/2009), Yves Chevalier (Dir.)
La culture de l'information en reformation
Olivier Le Deuff  (
Plurilinguismes, Représentations, Expressions Francophones - information, communication, sociolinguistique [PREFics])
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Ce travail cherche à définir plus précisément la culture de l'information notamment de manière conceptuelle. L'examen généalogique et archéologique du concept montre une diversité des représentations. Nous cherchons à montrer que la culture de l'information repose sur divers héritages qui font d'elle une culture technique au sens de Simondon, c'est-à-dire une culture qui ne repose pas sur le seul usage mais sur la compréhension de l'objet technique. Ce positionnement que Simondon qualifie de majeur face à la technique est proche du statut de majorité de l'entendement tel que le définit Kant dans son texte sur Les Lumières. Nous examinons également les proximités avec l'information literacy dont 'culture de l'information' constitue une des traductions possibles. Les évolutions des usages notamment liés au numérique font apparaître une convergence médiatique, bien mise en avant par Henry Jenkins, et qui sont le sujet d'étude de nombreuses littératies et notamment de la translittératie. La nécessité d‘une formation commune et plus rationnelle apparaît face à la diversité des enjeux numériques, informationnels et institutionnels. La culture de l'information devient de plus en plus une culture de la communication ou des hypomnemata selon la définition de Stiegler. La diversité des enjeux institutionnels et obstacles informationnels et médiatiques qui s'avèrent souvent des déformations obligent à penser la reformation de la culture de l'information notamment dans l'optique d‘une transmission intergénérationnelle.

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MEN : EA3207 – Université Rennes 2 - Haute Bretagne – Université européenne de Bretagne


Diapo de la soutenance :



27 septembre 2009

Sur la "politique insensée" menée envers les enseignants documentalistes

"Si l'on a entendu l'Inspection générale EVS affirmer que le CDI était 'le cœur' de l'établissement, si Richard Descoings y voit son 'poumon', le décalage entre l'affichage et la réalité est insupportable, écrit le Sgen-CFDT dans un courrier adressé à la Dgesco du ministère de l'Éducation nationale, mercredi 23 septembre, afin de dénoncer la "politique insensée" menée envers les enseignants documentalistes.

Et le syndicat de pointer :

  • la diminution des effectifs (192 postes ouverts au concours pour quelque 800 postes vacants) ;
  • la GRH du Ministère et des Rectorats qui "casent" au CDI des enseignants disciplinaires en reconversion, en réadaptation ou en surnombre, ou qui y affectent des contractuels sans qualification, ni même envie d'être là
  • la méconnaissance foncière par les autorités des réalités du métier d'enseignant documentaliste

"Le CDI est encore trop souvent utilisé comme un lieu de simple gestion des flux d'élèves, une salle de permanence améliorée", écrit le syndicat, alors que "le documentaliste a un rôle essentiel dans le développement des connaissances et compétences" et qu'il "peut être un élément moteur pour que se mettent en place dans le projet d'établissement, des actions impliquant toute la communauté éducative".

À tout cela, j'ajouterai qu'à l'heure où le gouvernement, appuyé par les sénateurs, entend améliorer le dispositif d'information et d'orientation, voire promouvoir la mise en œuvre d'un véritable droit à l'information et à l'orientation, allant jusqu'à prévoir la nomination d'un délégué interministériel à l'information et l'orientation, il serait peut-être bon de compter les enseignants documentalistes des collèges et des lycées comme d'authentiques professionnels de l'information mobilisables dans un tel projet qu'il serait dommage de limiter à la simple coordination des trois grands opérateurs publics actuels de l'information-orientation (ONISEP, Centre Inffo et CIDJ) - coordination par ailleurs problématique en elle-même.

Mais déjà, dans le plan Orientation active du ministère, comme dans le livre vert de Martin Hirsch, les compétences documentalistes me semblent remarquablement sous-estimées, voire tout simplement ignorées.
Dommageable gaspillage de compétences !


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9 septembre 2009

Regarder l'éducation ?

43632379french_cover_150L'OCDE publie sur rapport annuel sur les systèmes éducatifs : Regards sur l'éducation 2009: Les indicateurs de l'OCDE. Vous trouverez  toute l'information concernant ce rapport plein de tableaux et de commentaires en cliquant sur la page de couverture française...

Je voudrais juste reprendre un extrait de ce rapport (p.13) :

D’autres  problématiques  importantes  liées  à  l’équité  se  font  jour  dans  un  contexte  morose sur le plan de l’emploi des moins qualifiés. Alors que le taux de scolarisation des 15-19 ans augmente de façon constante dans la plupart des pays (voir l’indicateur C1 = effectifs scolarisés), une importante minorité  quitte  encore  l’enseignement  sans  avoir  en  poche  une  qualification  de  base.  Dans les pays de l’OCDE, plus de 40 % des personnes dont le niveau de formation est inférieur au deuxième cycle de l’enseignement secondaire ne parviennent pas à trouver un emploi (voir l’indicateur A6 = impact du niveau de formation sur le taux d’emploi).  Même  ceux  qui  possèdent  un  niveau  de  formation  plus  élevé  se  trouvent dans une position vulnérable s’ils perdent leur emploi. Parmi les jeunes adultes sans emploi âgés de 25 à 34 ans dont le niveau de formation est égal au premier ou au deuxième cycle de l’enseignement secondaire, on compte environ 50 % de chômeurs de longue durée (voir l’indicateur C3 = "Les jeunes réussissent-ils leur entrée dans la vie active à l’issue de leurs études ?"). Les possibilités d’éducation et de formation continues sont souvent conçues pour pallier les insuffisances de la formation initiale mais, dans les faits, la participation à ces formations est significativement plus élevée chez les individus possédant de fortes qualifications initiales que chez les moins qualifiés ; la plupart du temps, ces offres de formation ne bénéficient donc pas à ceux qui en ont le plus besoin.

Quand je lis ça, je bondis sur mon fauteuil : ça fait une trentaine d'années que je travaille dans le secteur de la formation des adultes et j'ai toujours constaté que l'offre de formation continue ne bénéficie ni prioritairement ni massivement à ceux qui en ont le plus besoin. Claude Dubar a expliqué tout ça dans les années quatre-vingt. Faut-il qu'on soit tous dans la m.... pour qu'on ouvre collectivement les yeux ?

Autre grief, toujours le même : on est ici dans une optique libérale qui n'assigne à la formation continue (je n'ose pas dire 'éducation permanente") qu'une seule perspective, l'employabilité du travailleur. Perspective enfermante s'il en est. Perspective inhumaine aussi...


2 septembre 2009

Un article de La Voix du Nord pour ce jour de rentrée scolaire

La Voix du Nord : Accueil » Edition Lens » Autour de Lens » Hénin et Alentours »

    L'histoire d'un camp de Roms, d'enfants et d'un prof de français

    dimanche 30.08.2009, 04:43 - La Voix du Nord henin@info-artois.fr

 

     Bradut, sa soeur Isaura, un autre enfant du camp et Nicolas Wallart, formateur en français. Photo : Bradut, sa soeur Isaura, un autre enfant du camp
    et Nicolas Wallart, formateur en français.

          IMMIGRATION |
          C'est un peu par hasard que Nicolas Wallart, un Rouvroysien, a rencontré les Roms du camp du boulevard des Frères-Leterme. De là est née une relation d'amitié avec deux enfants, Bradut et Isaura. De là est aussi née une réflexion sur une situation quasi inextricable.

    PAR PIERRE-LAURENT FLAMEN

http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Lens/actualite/Autour_de_Lens/Henin_et_Alentours/2009/08/30/article_l-histoire-d-un-camp-de-roms-d-enfants-e.shtml

    Isaura a 9 ans, les yeux qui pétillent de malice, un large sourire et une corde à sauter qu'elle a improvisé avec du fil électrique. Elle vit avec les siens, dans le camp que les Roms ont installé en juillet sur une friche du boulevard des Frères-Leterme. Là, elle sourit à ce type, Nicolas Wallart, celui qui est devenu il y a peu son ami.

    Lui est de Rouvroy. Formateur en français pour l'association héninoise Culture et liberté et pour le CUEEP de Sallaumines. Pas le genre militant, pas le style à jeter la pierre aux riverains qui comprennent mal que le camp se soit installé à leur porte (notre édition du 17 août).

    Son histoire avec les Roms a débuté par hasard.

    « J'ai débarrassé mon garage, j'avais beaucoup de choses à jeter. Je suis allé à la déchetterie d'Hénin. J'avais un vieil aspirateur et un gamin est venu regarder de plus près. On a commencé à discuter un peu. En même pas deux minutes, on s'est serré la main deux fois. » Le gamin en question, c'est Bradut, 12 ans. Du genre sympathique et éveillé. Alors Nicolas Wallart lui propose des fringues, des baskets qu'il destinait à Emmaüs. « Il m'a dit oui tout de suite et m'a donné rendez-vous le lendemain sur le camp. J'y suis allé avec une légère appréhension. Et puis des gamins sont venus vers moi. » Tout sourire.

    Quand ils comprennent que Nicolas est formateur en français, les regards s'éclairent encore davantage. « Ils me demandaient de leur apprendre à parler français. Je leur ai fait un peu l'école. J'ai pris deux ou trois gamins avec moi, ils sont venus chez nous. » Au programme, lecture, écriture mais aussi cuisine pour un moment de détente un peu à l'écart de ce camp aux allures de bidonville. Nicolas Wallart : « Ce qui est beau, c'est que la culture et l'éducation peuvent leur permettre de décider de leur vie. » Pour l'heure, la vie de Bradut, de sa soeur Isaura et des autres enfants n'a rien d'idyllique. Une procédure d'expulsion est en cours. Mais les Roms ne rentreront pas chez eux pour autant, inutile de se leurrer. Ça va faire trois ans qu'ils tournent dans le secteur, de la friche Sainte-Henriette au boulevard des Frères-Leterme. Une femme du camp confirme : « Là-bas en Roumanie, il n'y a rien pour nous. » Si ce n'est la haine qu'ils inspirent à certains Roumains. Alors, malgré tout et qu'on le veuille ou non, la France demeure pour eux une terre d'asile.

    L'article en pdf


 

13 juillet 2009

Bloqueur bloqué !

Après la militarisation de la fonction publique enseignante, voici l'éviction scolaire pour conscience politique active !

Ainsi Tristan, élève de 1ère ES à Maurice Ravel (Paris 20ème), ne pourrait être inscrit en Terminale que s'il abdique sa conscience politique et promet de ne plus mener de combat politique en tant qu'élève citoyen. Lis Libération, lecteur attentif !

essai_ravel8On notera au passage qu'il n'est pas mauvais élève puisqu'il est admissible à l'inscription dans la classe de niveau supérieure... Dieu sait si je trouve que bloquer les établissements d'enseignement n'est pas la meilleure façon de faire valoir ses droits à une éducation meilleure. Je l'ai déjà dit à certains de mes étudiants (cf. ma lettre de nov.2007). ceci dit le respect du principe fondamental de la liberté politique passe par l'acceptation des formes de lutte choisies par ceux - trop rares à mon goût! - qui ont une conscience politique - sous réserve de la non mise en danger d'autrui, of course.

En fait, pour ceux qui nous gouvernent (les grandes entreprises et leurs valets), le citoyen qui franchit la porte de l'usine ou du bureau doit laisser dehors sa conscience politique et sa liberté d'expression. Il en va de même dans le secteur éducatif : l'enseignant doit obéir comme le sous-officer doit obéir à l'officier, et l'élève doit obtempérer et s'interdire d'importer dans l'enceinte scolaire les méthodes de lutte syndicale classique.

Bien sûr, la rhétorique classique est mobilisée dans cette exigence d'abdication : bloquer c'est pas beau, ça empêche les gentils élèves dépourvus de conscience politique de travailler, etc. On aime ou on aime pas. Moi j'aime pas ! Il y a comme de l'illégitimité à condamner celui qui se bat pour une éducation plus juste au motif qu'il empêche le fonctionnement (injuste donc) du système éducatif...

Et puis, il y a comme un problème quand on voit un exécutif bling-bling et à la solde du grand patronat jouer les pères fouettards. Non ?


30 juin 2009

Un dossier du Café pédagogique sur le traitement réservé à la violence scolaire...

Je m'autorise un copier-coller abusif [avec cependant modification de quelques liens], mais c'est pour la bonne cause : le Café pédagogique est un excellent organe d'information de la communauté éducative et nous présente ce mois-ci un dossier sur le traitement (manipulation) fait par le pouvoir du problème de la violence à l'école... Je ne résiste pas - comme pour inviter mes lecteurs à s'abonner à la lettre d'information du Café.

Caf_P_dagogiq

Violence scolaire : une campagne politique ?
Recette connue : prenez deux campagnes électorales, quelques fait divers et faites réagir les réflexes sécuritaires. Si la violence scolaire existe bien, la campagne sécuritaire impulsée par l'Élysée est-elle susceptible d'apporter des remèdes ?

28 mai : Le discours présidentiel

"L’aggravation du chômage des jeunes risque d’avoir un impact particulièrement néfaste sur les équilibres de notre société en favorisant un sentiment de frustration et d’exclusion chez ceux qui incarnent l’avenir. C’est un drame absolu qui mobilise le Gouvernement". C'est par cette vision que le président de la République a débuté son discours le 28 mai. A quelques jours des élections, il a annoncé des mesures sécuritaires pour les quartiers populaires et surtout pour l'École.

Le président affirme deux constats. Le premier écarte les politiques d'éducation et de prévention : " la délinquance ne procède que très rarement de la souffrance sociale. La délinquance résulte simplement de l’attrait de l’argent facile". Le second décrit une situation d'urgence : "Nous assistons à une banalisation de la présence et de l’usage des armes dans les établissements scolaires… Il faut mettre fin", ajoute-il, "tant qu’il en est encore temps, avant qu’une catastrophe ne se produise, avant qu’une catastrophe ne se produise il faut mettre fin à la banalisation du port d’arme dans la rue, les transports en commun, les établissements scolaires".

Les mesures annoncées par N. Sarkozy sont celles présentées par X. Darcos le 27 mai. "184 établissements parmi les plus sensibles vont faire l’objet d’un diagnostic de sécurité à l’issue duquel seront adoptées toutes les mesures nécessaires à leur protection contre les intrusions. J’invite les préfets, les recteurs, les procureurs à veiller au bon déroulement de cette démarche".

Ces mesures sont précisées. Outre l'installation de portiques de sécurité, le président envisage de donner le droit aux chefs d'établissement de fouiller les élèves. Il annonce la création d'équipes mobiles d'agents "qui viendront épauler sur un plan pédagogique les chefs d’établissement en cas de difficulté ponctuelle relative à la discipline dans un lycée ou un collège". Il s'agit de "sanctuariser" les établissements scolaires.


9 juin : Darcos lance le nouveau plan contre la violence scolaire

Des proviseurs formés par les gendarmes, des portiques, des équipes mobiles d'intervention : le 9 juin, Xavier Darcos a réuni les recteurs pour présenter ses décisions concernant la violence scolaire. Mais il ne fixe pas de calendrier.

"Xavier Darcos réaffirme son refus de voir se banaliser la présence d’armes en milieu scolaire et, plus largement, entend mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour assurer la sécurité des élèves et des personnels de l’Éducation nationale". Très mal accueilli par les spécialistes, qui le jugent inefficace voire contre-productif, ce 4ème plan Darcos part d'un constat biaisé.

Il comprend 4 volets. Le premier concerne les CPE et chefs d'établissement qui recevraient une "formation à l'exercice de l'autorité" qui pourra inclure un stage dans les services de police.  Ils disposeront également du pouvoir de fouiller un cartable Le ministre annonce également une révision des règlements intérieurs et la création d'une équipe mobile dans chaque académie.

En 2002 lors de son premier plan contre la violence scolaire, Xavier Darcos prédisait son rapide effondrement : "L’objectif est de faire baisser la violence de moitié en cinq ans". On sait ce qu'il en a été. Partant d'un constat erroné sur ce qu'est réellement la violence scolaire, ce plan est-il à même de résoudre cette importante question ?


À coté de la plaque...

Éric Debarbieux, sans doute le meilleur spécialiste français de la violence scolaire, a l'habitude de dire que sur ce sujet il faut à la fois se garder de minimiser les choses, de les nier et de les sur estimer. C'est le privilège de Nicolas Sarkozy et de Xavier Darcos que de réussir à  tomber dans ces deux pièges.

En affirmant que les armes sont devenues "banales" dans les établissements scolaires, Nicolas Sarkozy exploite de façon démesurée des incidents malheureux mais qui ne sont pas en progression. Car les statistiques officielles de la violence scolaire montrent une stabilité de ses manifestations. L'idée qu'il y aurait une urgence vitale à agir dans la précipitation n'est argumentée par rien de sérieux, au point que le président est obligé d'aller chercher ses exemples à l'étranger.

Pour autant, N Sarkozy, tout comme Xavier Darcos,  sous-estime la violence scolaire. Tous deux ne réagissent qu'aux incidents les plus médiatisés et réduisent la violence scolaire à celle qui est exercée sur les adultes. Or chacun sait qu'elle se manifeste principalement, et de loin, par le harcèlement répété qu'exercent les jeunes sur certains de leurs camarades. On savait déjà que les mesures envisagées (portiques de sécurité, fouilles, agents spéciaux) étaient irréalistes et inefficaces (comment bloquer une intrusion dans un flux de 1000 élèves, combien de temps pour passer a la machine 1000 cartables à 8 heures ??). Mais le pire c'est qu'elles n'apportent aucun soulagement aux vraies victimes du harcèlement scolaire.

Que reste-il alors de cette déclaration présidentielle ? Certainement rien de concret. Rien dans ce programme ne peut aboutir à des applications effectives. Le Snpden ne s'y trompe pas quand il relève qu'aucun budget ne l'accompagne. Rien si ce n'est la démonstration que pour la droite l'Ecole est devenu un objet électoral. Certes le rapport Apparu montre qu'il reste à droite des contributeurs de qualité aux débats sur l'Ecole.  Ailleurs la droite libérale a su protéger l'Ecole des tendances les plus conservatrices au nom de l'efficacité. Mais l'exemple présidentiel peut nous faire craindre une utilisation politique "à la genevoise" des thèmes scolaires. On sait à quel point les campagnes politiques des conservateurs genevois et vaudois ont pesé négativement sur les systèmes éducatifs de ces cantons. On sait aussi ce que cela a signifié plus généralement dans ces cantons pour les enjeux de société en général de voir la droite autoritaire dominer la droite libérale.

Pour ces raisons là aussi, le discours présidentiel est une mauvaise nouvelle pour l'Ecole. C'est aussi un signal de sa radicalisation.


Les réactions au discours de N. Sarkozy

Pour le Snpden, premier syndicat de chefs d'établissement, la "sanctuarisation" "en plus des questions de choix éducatifs qu’elle soulève,  nécessiterait la mobilisation de moyens financiers considérables qui peuvent être évalués à plusieurs milliards d’euros par an mais qui n’ont pas été évoqués". La principale mesure effective, l'habilitation à ouvrir les sacs "n’est guère décisive... Actuellement, la prise en charge d’un élève soupçonné d’avoir une arme ne pose pas de difficulté même sans ce droit". Le Snpden craint une mise en cause des chefs d'établissement. "Le risque de désigner par avance les responsables d’éventuels incidents dramatiques à venir, les personnels de direction qui n’auront pas fouillé, ou fait fouiller, ou pas assez ou pas comme il fallait, alors même que, comme pour d’autres missions qui leur sont confiées, ils ne disposent pas des ressources humaines nécessaires". Le Snpden demande des mesures "réalistes". Il souligne aussi que les violences en milieu scolaire n'ont pas augmenté.

Le SE-UNSA dénonce, à quelques jours d’une échéance électorale, "une opération de communication aussi démagogique que contre-productive… En s’entêtant à supprimer des milliers d’emplois à l’Education Nationale, le gouvernement prive l’Ecole d’autant d’adultes chargés de la surveillance et de la prévention au quotidien".

Mis en cause par la politique élyséenne, les présidents de région réagissent au discours de Sarkozy en dénonçant des mesures inefficaces. "Plutôt que d'installer des portiques (...), le gouvernement ferait mieux de rétablir les emplois d'aides éducateurs, de surveillants et d'enseignants qu'il supprime année après année", a déclaré Jacques Auxiette, président de la commission éducation de l'association des régions de France. "Le président de la République et son gouvernement, en s'en prenant directement aux jeunes et faisant de leurs parents les seuls responsables de l'insécurité, piétinent les principes et les valeurs de notre République fondés sur les droits de l'homme et de l'enfant. Cette attitude est indigne".

Seul le nouveau président de la Peep manifeste sa satisfaction. "Qu'on donne des prérogatives juridiques pour permettre d'effectuer des fouilles dans les cartables ça va dans le bon sens. Qu'on puisse fouiller un élève avant qu'il ne commette l'irréparable est une bonne chose".


Violence scolaire : A la "précipitation" de l'Élysée, Paris oppose la concertation

"Plus que des réponses élaborées dans la précipitation et sans concertation, c’est un travail en commun sans cesse approfondi avec les services de l’Etat, les collectivités territoriales, les associations et les acteurs de terrain que nous appelons de  nos vœux afin de construire des réponses pérennes et efficaces". La municipalité parisienne, sous la plume de Colombe Brossel, Georges Sarre, Gisèle Stievenard, Myriam El Khomri et Bruno Julliard, réagit aux annonces élyséennes sur la sécurisation des établissements scolaires.

" Nous regrettons l’absence de toute concertation avec les élus locaux, en préalable de ces annonces : ce sont pourtant les collectivités territoriales et en premier lieu les départements qui sont compétents et financent les travaux dans les collèges, y compris ceux destinés à leur sécurisation" soulignent les élus parisiens. Ils rappellent le rôle de l'encadrement. " Qui d’autre que les enseignants, les Conseillers Principaux d’Education et d’Orientation, les personnels qualifiés de Vie Scolaire, les infirmières, assistantes sociales et psychologues scolaires peuvent contribuer au quotidien à la sérénité au sein des établissements ?"


L'avis d'un pédagogue : comment rétablir l'autorité à l'école ?

"Les jeunes qui sont en face de nous ont une histoire, des besoins, ils sont en marche vers la construction de leur personnalité et pour cela ils ont à se "heurter à nous", comme ils ont et auront à se "heurter à la réalité" disciplinaire (dans les deux sens du terme: la loi et les disciplines: maths, histoire...). C'est dans l'exercice de notre fonction d'autorité qu'ils progressent dans leur personnalité et dans leurs connaissances disciplinaires. Les deux sont liés". Jacques Nimier revient sur la question de la violence scolaire, qu'il lie à celle de l'autorité.

"Alors les portiques, les habilitations à fouiller les cartables...? Arrêtons de croire qu'il existe une solution miracle à tous les problèmes de violence. Arrêtons de proposer des mesures fantasmatiques qui vont solutionner par un coup de portique magique nos problèmes… Au niveau national c'est ce travail d'équipe qui doit être encouragé, ce sont les initiatives prises localement qui doivent pouvoir recevoir l'aide nécessaire".


En guise de conclusion : la violence scolaire mérite mieux que des réponses démagogiques

Lors du congrès de la PEEP,le 21 mai, Xavier Darcos a annoncé de nouvelles mesures pour lutter contre la violence scolaire. Sont-elles efficaces ?

Les annonces de Xavier Darcos
« Je veux que nous fassions en sorte de dissuader les candidats à la violence en donnant aux personnels des établissements les moyens juridiques et matériels d’agir. Les personnels doivent avoir le droit de faire ouvrir le cartable ou de fouiller l’élève qu’ils suspectent de vouloir introduire des armes. Et puis, puisqu’il faut des moyens, mais des moyens bien utilisés, je veux mettre en débat la possibilité de créer, auprès des recteurs, d’une force mobile d’agents qui pourront intervenir dans les établissements sur des missions de prévention et de contrôle. Mais dissuader les candidats à la violence, c’est aussi responsabiliser leurs parents et les impliquer plus étroitement dans la prévention des comportements à risque. Certains parents le font avec beaucoup de courage, y compris auprès d’adolescents très difficiles. D’autres ont totalement démissionné. Je crois qu’il faut rappeler ces derniers à leur devoir de parent en leur infligeant, si nécessaire, des sanctions financières concrètes, rapides et proportionnées à la faute ».

Des réponses inadaptées
Aucune de ces trois mesures ne semblent adaptées à la situation. S’agissant de la « responsabilisation » des parents, on sait qu’en Angleterre les parents sont par exemple passibles d’amende et de prison en cas d’absentéisme de leur enfant. Malgré la multiplication de ces peines, le taux d’absentéisme ne cesse de progresser . Encore faudrait-il que lelien soit établi entre violence scolaire et démission parentale. L’installation de portiques pour filtrer les élèves semble davantage être là pour faire porter la responsabilité des incidents par les collectivités locales que pour apporter une réponse sérieuse. Il est impossible de faire passer des centaines d’élèves rapidement sous un détecteur à moins de vouloir supprimer quelques cours... L’exemple du lycée de Gagny où a eu lieu une intrusion montre qu’un établissement peut être correctement sécurisé (sas, cameras vidéo) sans pouvoir empêcher des intrusions au moment où des centaines d’élèves entrent. Quant l’idée d’une force de police spécialisée elle n’empêcherait évidement pas les violences graves dont on connaît le caractère spontané. Est-il utile de préciser qu’inviter les enseignants ou chefs ‘établissement à se comporter en shérifs semble davantage à même d’encourager la compétition violente à leurs dépens qu’à calmer le jeu ?

Une méconnaissance de ce qu’est la violence scolaire
Tout au souci d’apporter une réponse médiatique à un fait divers médiatique, le ministre tourne le dos à ce qu’est réellement la violence scolaire. Si chaque cas de violence grave est choquant et inadmissible, ces cas sont néanmoins rarissimes. La violence scolaire quotidienne c’est le harcèlement qu’exercent certains élèves sur d’autres élèves. Celui-ci est un facteur important de décrochage scolaire et de perte de niveau. Il décourage les élèves qui en sont victimes.

Un quatrième plan pour rien
C'est déjà le quatrième plan anti-violence scolaire lancé par Xavier Darcos. En janvier 2008, il disait : "Je ne saurais accepter la multiplication des entorses à la tranquillité nécessaire à l'apprentissage. Je ne saurais accepter la banalisation des faits de violence". En 2002, ministre délégué de Luc Ferry, il avait lancé un autre plan contre la violence scolaire. "L’objectif est de faire baisser la violence de moitié en cinq ans" promettait-il. Sept ans plus tard, la situation ne semble pas avoir beaucoup progressé... Elle marque juste l’incompétence des plans précédents.

Pourtant des solutions existent
Éric Debarbieux, qui mène en ce moment avec la mairie de Paris une expérience originale, estime qu'il y a des facteurs propres aux établissements dans leur organisation matérielle. La baisse du nombre de surveillants, des recoins mal contrôlés sont par exemple des facteurs de violence. Il y a surtout des causes à chercher au cœur même du fonctionnement de nos établissements. C'est la solitude des enseignants et l'anonymat des élèves qui favorisent le harcèlement qui reste de très loin la plus importante violence scolaire. C'est la qualité des relations avec l'environnement de l'établissement qui est aussi en jeu. Enfin la violence scolaire explose à la rencontre entre l'état de notre école et celle de notre société. Envisagerait-on un mur autour des quartiers sensibles ?


28 juin 2009

Sur le désengagement financier de l'État

Dépenses éducatives en chute libre, inégalités dans leur répartition : une étude de la DEPP vient confirmer le sentiment général. Sous Xavier Darcos et plusieurs de ses prédécesseurs, la dépense intérieure d'éducation a diminué. De 7,6% en 1995 elle est descendue à 6,8% en 2006 puis à 6,6% en 2007. SiteENLa part de l'État dans la dépense intérieure d'éducation qui était de 61% en 1980 ne représente plus que 55% en 2007. Inversement celle des collectivités locales est passée de 14 à 23%. Les écarts restent forts entre catégories d'élèves. La dépense moyenne par élève est de 7.470 euros mais il faut compter 5.350 dans le primaire, 7 930 pour un collégien, 10.240 pour un lycéen et 10.150 pour un étudiant...
L'étude est présentée et accessible .


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