Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
BRICH59
Publicité
19 juin 2014

L’Intelligence économique à l’épreuve de l’éthique, Nathalie Bordeau (dir.)

Note de lecture de L’Intelligence économique à l’épreuve de l’éthique / sous la dir. de Nathalie Bordeau - Paris : L’Harmattan, 2013. – 251 p. – (Diplomatie et stratégies). – ISBN 978-2-336-00558-4
dont une version allégée est publiée par l'ADBS.

IEMais quelle est donc cette épreuve que l’éthique imposerait à l’intelligence économique ? Explicitement destiné à la formation des diplomates, fonctionnaires internationaux, attachés de défense et dirigeants (coédition L’Harmattan / Centre d’études diplomatiques et stratégiques), l’ouvrage coordonné par Nathalie Bordeau ne cherche à vrai dire pas LA réponse à la question que suscite son titre. Son intérêt principal tient sûrement dans la polyphonie pédagogiquement dosée qui s’y déploie : pas moins de dix-sept voix s’y font entendre. Encore ces voix ont-elles des timbres variés. Nous pouvons entendre aussi bien des militaires que des universitaires, aussi bien des lobbyistes que des médecins, aussi bien des cadres dirigeants (RH notamment) que des membres de cabinets ministériels. Bref, des professionnels chevronnés et des chercheurs attentifs s’adressent à de futurs hauts dirigeants.

Plutôt que de répondre directement à notre question, ce chœur hétéroclite fait entendre la musique de l’organisation et de l’action sur divers terrains et territoires, de l’entreprise internationale ou de la commune jusqu’aux sphères politiques les plus hautes. Mais ce faisant, des éléments de réponse affleurent ici et là, donnant au passage des colorations variées à l’idée même d’éthique. Celle-ci apparaît tantôt comme la réaffirmation de l’impératif catégorique kantien – où il est question que ce qui règle mon action puisse devenir une loi universelle (…meine Maxime solle ein allgemeines Gesetz werden[1]) – jusque dans son inversion pragmatique (par exemple : N’inflige pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il t’inflige), tantôt comme le principe régulateur universel (et non écrit) au-delà du droit (toujours local), au-delà de la morale (toujours particulière) et de la déontologie (toujours sectorielle), tantôt également comme le principe de responsabilité de l’entreprise, voire comme la nouvelle culture entrepreneuriale, comme l’obligation d’une explicite clarté de la politique d’intelligence économique de l’entreprise, comme ce qui donne à la politique d’intelligence économique son plein rendement aussi bien à l’intérieur de l’entreprise que dans son engagement sur le marché, ou encore comme la caution, le garde-fou de l’entreprise dans sa démarche d’influence sur les institutions productrices de normes, dans ses tentatives de modifier les règles du jeu, tantôt enfin – et on tient là la tonalité la plus structurante du discours général – comme ce qui peut entrer en conflit avec la quête d’« efficience », d’« efficacité » économique et/ou politique, voire ce qui ne peut que se dissoudre, par la force des choses (encore le pragmatisme), dans le trop fameux principe de réalité[2]. L’éthique présente ici une figure bien bigarrée !

L’affaire est entendue : nous sommes dans un état de concurrence exacerbée, c’est-à-dire en guerre économique permanente. La lutte généralisée pour le développement c’est-à-dire pour la survie impose de tuer l’autre (métaphore pour : détourner sa clientèle, le devancer, lui imposer son rythme, etc.) si l’on ne veut pas mourir. Un combat à mort entre gladiateurs, sauf qu’on ne connaît pas le César pour qui l’on organise ces jeux – sûrement la fameuse main invisible[3]. Reste que le déroulement des jeux est régulé par un arsenal juridique que les concurrents doivent respecter. La loi pose des interdits qu’on ne peut transgresser sans risquer la condamnation et la sanction. Le système judiciaire est là pour détecter et enregistrer l’infraction, instruire la cause puis juger du degré de culpabilité des fautifs. Il faut donc l’infraction, l’infraction caractérisée. Certes, la loi n’est pas une immuable fatalité et l’un des piliers de l’intelligence économique, l’influence, s’attache à peser sur les instances législatives ou normatives afin d’orienter leurs décisions et pré-dessiner leurs productions. Mais la loi en vigueur est la loi, si dure et contraignante soit-elle. Quand on passe au niveau de l’éthique, l’acte illégal est paradoxalement à la fois insuffisant et superflu. C’est l’intention qui compte, comme on dit[4]. La loi caractérise l’acte comme transgression de l’interdit puis la qualification de l’intention vient en second. L’éthique, elle, n’a quasiment que faire du passage à l’acte. Elle s’intéresse à l’intention, c’est-à-dire à l’acteur. Et force est de constater que notre ouvrage s’intéresse peu à l’intention ; à peine en effleure-t-il la problématique. En fait, pour se placer résolument au niveau de l’éthique, la question aurait peut-être due être celle-ci : quelle(s) épreuve(s) l’intelligence économique impose-telle à l’éthique ? Et pour y apporter des éléments de réponse, il faudrait au préalable s’entendre sur ce que c’est que l’éthique et peut-être surtout se demander et décider ce qu’elle viendrait faire dans cette galère.

Reste que grâce à la polyphonie des acteurs qui y contribuent et grâce même à la bigarrure de l’éthique qui s’y exhibe, cet ouvrage offre au lecteur un très vaste panorama français de l’intelligence économique et peut-être surtout les très nombreux ingrédients d’une réflexion qu’il ne manquera pas de susciter. Les thèmes satellites de l’intelligence économique traités ici sont nombreux qui pourront aménager de multiples biais à cette réflexion. En voici quelques-uns parmi les plus topiques, donnés ici en ordre alphabétique : collectivité territoriale, concurrence, développement international, efficacité économique, élu, entreprise multinationale, finances publiques, gestion des ressources humaines, gouvernance, guerre économique, influence normative, intelligence collective, mondialisation, politique publique, protection, prévention situationnelle[5], recherche de la performance, risque, risque numérique, stratégie informationnelle, sécurisation de l'espace public, sécurisation des données et des informations, sécurisation des systèmes d'information, travail parlementaire, valorisation territoriale, veille stratégique.



[1]  Immanuel Kant (1724-1804), Grundlegung zur Metaphysik der Sitten, I, Vorrede [http://gutenberg.spiegel.de/buch/3510/1].

[2]  Ici encore, le pragmatisme produit une singulière inversion : à l’origine (Sigmund Freud, Formulierungen über die zwei Prinzipien des psychischen Geschehens, 1911), le respect du principe de réalité est ce qui fait taire (plus ou moins provisoirement) la « satisfaction pulsionnelle ». Et la recherche de l’efficacité économique (profit) ou politique (pouvoir) semble bel et bien du côté de la pulsion, la prise en compte de l’impératif kantien fonctionnant comme une sorte de rappel à la loi humaine (l’humain comme universel). Or, dans le discours des acteurs de l’intelligence économique, dans le discours des « affaires », c’est la pré­occupation éthique qu’on range du côté de la pulsion (utopie humaniste), la recherche d’efficacité étant seule de l’ordre du réel (si je ne développe pas mon affaire, si je ne suis pas meilleur que l’autre, je meurs – principe de survie plus que principe de réalité).

[3]  Adam Smith (1723-1790), à qui l’on prête une vaste théorie libérale imagée par cette « main invisible », pensait que chacun ne cherche que son propre intérêt – ce qui fait la « richesse des nations ».

[4] Encore Kant, qui, formalisant la morale en cours au XVIIIème siècle dans l’Europe protestante, pose le postulat selon lequel la valeur morale d’une action gît dans l’intention et surtout pas dans les résultats de cette action (Ibid.).

[5]  La présence du chapitre sur ce sujet (pp.107-156) est loin d’aller de soi, quand bien même l’exposé est intéressant. Quel rapport y a-t-il entre l’intelligence économique et la criminologie dans l’espace public local ? Qu’il y ait quelque chose à comprendre entre éthique et vidéosurveillance, soit – sauf que ce point de friction n’est qu’effleuré. Nous sommes de toute façon trop loin de l’intelligence économique.


 

Publicité
17 avril 2014

Alain Juillet et Charles Huot discutent

Alain Juillet et Charles Huot discutent... C'était à Documation/MIS 2014.


 

17 mars 2014

Vous avez dit "ouvert" ?

Données ouvertes, gouvernement ouvert et savoir libre : une conférence de Diane Mercier lors de Wikicité, un événement sur la participation citoyenne à l’ère numérique organisé par l’OCPM qui s’est tenu au Centre des sciences de Montréal, les 27 et 28 février 2014.

Tout est .


7 mars 2014

De la foule au “crowd”...

Social Media
De la foule au “crowd”, de la menace à l’opportunité :
Quand le collectif et la foule deviennent des enjeux cruciaux pour les entreprises


Le master GIDE de l’université de Lille 3 Charles-de-Gaulle et l’association étudiante Promidée ont le plaisir de vous inviter à la 13e édition de la journée Egide


Jeudi 13 mars 2014
9h30 > 17h
EuraTechnologies - Lille

Avec la participation de:

  • Jérôme Bondu est fondateur du cabinet de conseil Inter-Ligere, spécialisé en veille, intelligence économique et e-reputation. Il intervient en formation, conseil en organisation, et études. Par ailleurs, il est ancien auditeur de la session IE de l'IHEDN, il préside le Club IES (IAE de Paris Alumni) et anime l’émission « Stratégie et Intelligence Economique » de la Web TV ActuEntreprise. [Twitter - Viadeo]
  • François Briatte est doctorant à l'Institut d'Études Politiques de Grenoble et assistant à l'Université Catholique de Lille, où il enseigne la science politique et l'analyse de données. Ses recherches portent sur les politiques de santé et sur la quantification de l'action publique. [Site]
  • Blogueur et entrepreneur, Nicolas Dehorter est l'auteur du premier guide français sur le crowdfunding et fondateur du site d'information et de conseils leguideducrowdfunding.com. Il analyse et publie régulièrement sur Le blog de mon artiste du contenu lié aux solutions innovantes de financement et de partage de la création qui émergent grâce au web. [Twitter - Viadeo]
  • Blandine Lebourg rejoint la Plaine Images en 2010. Au sein de ce cluster dédié aux industries créatives, elle a en charge la veille et la curation des contenus sur diverses thématiques, des technologies de l’Image au jeu vidéo, en passant par l’édition numérique, mais aussi sur les problématiques entrepreneuriales et de financement. [Twitter - Viadeo]
  • Julien Lemaire a fait ses armes dans la communication culturelle en créant et en pilotant le projet Lille 2004 "Galerie Urbaine en Mouvement", pour ensuite participer à la création d’un magazine estampillé "Street Art".  En 2011, il fonde l'agence Trib-u spécialisée en social media marketing, avec laquelle il facilite le lien entre les marques et leur communauté. [Viadeo]
  • Jordan Ricker est Digital Strategist à Parties Prenantes. Il est chargé de cours “digitalisation de la marque et de la communication” à l’ISCOM. Il travaille sur la mise en oeuvre de stratégies de communication en ligne, ainsi que sur l’accompagnement dans le dialogue avec les stakeholders en ligne. Il a aussi été journaliste à Fluctuat dans la rubrique cinéma et politique, puis cyber/société. [SiteTwitter]
  • Thibaut Thomas a commencé sa carrière dans le département digital expérimental de l'agence CLM BBDO puis est devenu responsable de la communication web pour la réouverture de la Gaîté lyrique, lieu parisien des cultures numériques. Il est le créateur du réseau CQTM de jeunes professionnels du web. Il intervient par ailleurs au CELSA Paris-Sorbonne et enseigne la culture numérique à l'INSEE.[Site -Twitter]

 Programme complet et inscription sur le site de la journée Egide.


20 novembre 2013

Quand l'ADBS sera centenaire...

ADBSÀ l'occasion du cinquantenaire de l'ADBS, le numéro 4 de la revue Documentaliste - Sciences de l'information pour l'année 2013 sera organisé autour d'un dossier prospectif sur le thème “L'information : quels scénarios dans 50 ans ?”. Des experts et personnalités dévoileront à cette occasion leur vision de l'évolution du monde de l'information professionnelle à l'horizon 2063.
 
Nous souhaitons donner également la parole à nos adhérents dans le cadre de ce dossier. Nous vous proposons donc de nous envoyer vos sentiments, avis, suggestions concernant ces interrogations : quels seront dans les prochaines années les moyens de production, d'enrichissement, d'indexation, et de partage de l'information ? Quelle pourrait être l’évolution des métiers et compétences dans ce domaine ?
 
Vous pouvez nous envoyer des textes mais aussi des dessins, schémas.
 
Merci d'envoyer vos contributions à l'adresse suivante :  docsi@adbs.fr
 
La synthèse des réponses sera publiée dans le numéro spécial “50 ans” de la revue de l'ADBS.
Nous vous remercions par avance de votre participation.
 
Bien cordialement.
Anne Marie Libmann et Véronique Mesguich
Co-présidentes de l'ADBS


Publicité
20 novembre 2013

La révolution numérique en cours, selon Michel Serres

La petite poucette ne m'a pas franchement convaincu. Peut-être en sera-t-il autrement de la conférence inaugurale pour le lancement officiel du Programme Paris Nouveaux Mondes, l'Initiative d'excellence du Pôle de recherche et d'enseignement supérieur "hautes études, Sorbonne, arts et métiers"(Pres héSam) prononcée par Michel 29 janvier 201...



9 octobre 2013

L'emploi dans la "fonction information" (ADBS)


24 septembre 2013

Veillez, car vous ne savez ni le jour ni l'heure...

Autre livre lu cet été : Intelligence économique, mode d'emploi : maîtrisez l'information stratégique de votre entreprise / Arnaud Pelletier, Patrick Cuénot. - Montreuil : Pearson France, 2013. - XII-276 p. - (Management en action). - ISBN 978-2-7440-7581-0 : 29 € (existe en version PDF et ePub). Super bouquin dont l’intérêt pratique est indéniable : les pistes méthodologiques et les outils abondent, sur un fond théorique assuré. L'ADBS publiera bientôt ma petite note de lecture dans sa revue scientifique (ici en ligne sur le site de l'association)...

Juste une petite remarque quasi anodine mais qui veut être digne de la rigueur théorique et pédagogique dont les auteurs font montre tout au long de leur ouvrage. Il s'agit de l'apparition de ce bon vieux "Jésus-Christ" toujours jeune au début du chapitre sur la veille, le premier. Je dois avouer que, mécréant depuis toujours mais possédant une solide culture chrétienne (un vrai mécréant qui sait de quoi il cause, quoi !), le veilleur que je suis a été interpelé voire interloqué par cette citation de l'Évangile de Matthieu (25, 13) : "Veillez, car vous ne savez ni le jour ni l'heure".

Il y a quelques années, j'ai rêvé d'une herméneutique documentaire où la technique documentaliste permettait de produire et de faire circuler du sens et de la signification. Cette technique utilisait abondamment l'intertextualité - dont il se trouve que la citation est l'une des figures.
La richesse de l'intertextuel réside, si j'ai bien compris, dans la communication signifiante. Quand je cite un texte, je ne fais pas qu'un simple copier-coller, j'importe dans le texte nouveau quelque chose de l'ancien texte et pas seulement ce que je reproduis littéralement, j'embarque avec les mots ce qui les environne nativement et leur donne une signification particulière, unique. Autrement dit, importée, une phrase porte encore en elle quelque chose de sa naissance, de son lieu originel.

Concrètement, dans cette page 3 de l'ouvrage d'Arnaud Pelletier et Patrick Cuénot, quel est l'intérêt de la citation du verset 13 du chapitre 25 de Matthieu ? Je ne cherche pas à savoir quelle a été l'intention des auteurs. Non ! Objectivement, si l'Évangile est là, c'est qu'il y a une raison de signification. La présence du verbe "veiller" ne saurait suffire à justifier cette incrustation du texte biblique dans un ouvrage technique.

Regardons donc les versets 1-13 du chapitre 25 de l'Évangile de Matthieu [trad. http://www.aelf.org/] :

  1. Alors, le Royaume des cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe et s'en allèrent à la rencontre de l'époux.
  2. Cinq d'entre elles étaient insensées, et cinq étaient prévoyantes :
  3. les insensées avaient pris leur lampe sans emporter d'huile,
  4. tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leur lampe, de l'huile en réserve.
  5. Comme l'époux tardait, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent.
  6. Au milieu de la nuit, un cri se fit entendre : 'Voici l'époux ! Sortez à sa rencontre.'
  7. Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et préparèrent leur lampe.
  8. Les insensées demandèrent aux prévoyantes : 'Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent.'
  9. Les prévoyantes leur répondirent : 'Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous ; allez plutôt vous en procurer chez les marchands.'
  10. Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces et l'on ferma la porte.
  11. Plus tard, les autres jeunes filles arrivent à leur tour et disent : 'Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !'
  12. Il leur répondit : 'Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.'
  13. Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure.

la croix, plus ancienne antenne de communication ?Loin de moi l'idée de me livrer à une exégèse dont je suis bien incapable. Juste voir ce que signifie ce "Veillez donc" du verset 13 - qui fonctionne comme la "morale" de la petite parabole des dix vierges. Je traduis grossièrement cette morale : nous ne savons ni le jour ni l'heure de notre mort (comparution devant Dieu, ici arrivée de l'"époux") ; il convient donc de se tenir prêt ("veiller") - ce que la foi (l'huile) facilite.
Autrement dit, dans cette histoire, on sait ce qu'on attend. On ignore juste quand. La mort vient comme une voleuse, c'est bien connu et l'image du voleur est aussi dans le texte biblique dans ce contexte sémantique-là.
D'où mon malaise quand je lis sous la plume des auteurs de notre ouvrage sur l'IE que ledit Jésus "savait déjà que surveiller son environnement permettait de se préparer à l'imprévu, donc de l'anticiper". Nous sommes à l'envers de ce que signifie le texte cité. Jésus dit qu'il faut être prêt à mourir et que la foi prépare à la comparution devant Dieu. La mort est prévue et il n'y a rien à craindre si on a toujours eu une conduite guidée par la foi... On est vraiment loin de l'IE, non ? On est plutôt dans une problématique digne du pari de Pascal.
Du coup, la bonne question suivante est : qu'apporte cette citation de Matthieu ? qu'est-ce qu'Arnaud Pelletier et Patrick Cuénot veulent passer comme signification quand ils citent de la sorte ?
Ces derniers peuvent répondre ici même à cette chipoteuse question.
Reste que, quelle que soit leur réponse - si elle vient jamais -, elle ne diminuera en rien l'immense intérêt de leur ouvrage !

En clin d'œil, photo prise en Bretagne cet été, où l'on assiste à la concurrence-complémentarité de trois types d'antenne de communication, chacun captant des messages de provenance particulière : satellitaire, herzienne et ... ecclésiastique, voire divine ;-)


 

8 septembre 2013

Vous avez dit 'bibliothèque numérique' ?

86788550_oJe vous l'annonçais en mai dernier, je peux maintenant vous communiquer le programme précis de cette fameuse après-midi du 26 septembre prochain consacrée aux bibliothèques numériques et à leurs évolutions.

  • Ouverture par Anne Marie LIBMANN et Véronique MESGUICH, co-présidentes de l'ADBS et la Délégation Nord Pas-de-Calais Picardie.
  • Interventions :
  1. Frédéric BLIN, Co-pilote du Segment 5 "Numérisation" de la Très Grande Infrastructure de Recherche (TGIR) Bibliothèque Scientifique Numérique (BSN). Présentation du projet de Bibliothèque Scientifique Numérique et plus particulièrement du segment 5 (numérisation).
  2. Pierre Mounier, OpenEdition : le renouveau du concept de bibliothèque numérique : nouveau paradigme, nouveau modèle économique.
  3. CITC Eurarfid : Présentation de projets autour du numérique et des nouvelles technologies en bibliothèques. M. Ali Benfattoum, Ingénieur projet R&D au CITC-EuraRFID.
  • Puis les bibliothèques numériques en région Nord Pas-de-Calais pourront montrer leur diversité et la richesse de leurs projets...
  • Présentations longues
  1. BM de Valenciennes, Marie-Pierre Dion, directrice.
  2. La bibliothèque numérique de Valenciennes, une des cinq bibliothèques de référence pour le Ministère de la Culture et de la communication.
  3. BU Lille1, Marie Madeleine Géroudet, conservateur. De Grisemine (2001) à Iris, évolution et perspectives.
  • Présentations courtes : différentes bibliothèques numériques régionales seront présentées (Théorème à l'Université de Valenciennes et du Hainaut Cambrésis, Nordnum à Lille 3, Bibliothèque numérique de la BM de Lille, de Lille 2, Médiathèque de Roubaix, etc).
  • Clôture : L'ADBS vous invite à un temps d'échange et de rencontre autour d'un verre, histoire de fêter les 50ans de l'association.

logo50ans8La participation est gratuite, mais soumise à inscription, dans la limite des places disponibles. Priorité sera donnée aux adhérents ADBS. Vous pouvez vous inscrire en remplissant le formulaire qui se trouve sur la page de la délégation régionale de l'ADBS (où figurent toutes les informations concernant cette manifestation : lieu, horaires, etc.).

Au fait, si vous souhaitez présenter votre bibliothèque numérique, contactez vite Isabelle Macquart !


27 août 2013

La bibliothèque privée d'Hitler

9782253133117-T

Cet été, j'ai lu avec grand intérêt Dans la bibliothèque privée d'Hitler de Timothy W.RYBACH (Le cherche midi, 2009 ; LGF, 2010). Cet ouvrage est un exemple d'herméneutique documentaire élargie à la pratique de lecture - dont on sait qu'elle est constitutive du sens. Au travail proprement bibliographique et documentaire s'ajoute une tentative de contextualisation historique - qui a l'air ici plutôt réussie. Je dis 'plutôt' parce que je ne suis pas qualifié en histoire et n'ai aucune autorité pour juger. Mais le résultat est vraiment extraordinaire : on voit comment, quasiment au jour le jour, Hitler construit son système de pensée à coup de lectures. Car celui qui commit un vaste et terrifiant autodafé (10 mai 1933) lut énormément quoique superficiellement jusqu'à ses dernières heures.
Sous la houlette de Walter Benjamin ("Unpacking My library : A Talk about Book Collecting", 1969), l'auteur décrit les livres d'Hitler et tente de restituer l'usage qu'il en a fait. Passionnant ! L'observation du livre est poussée au maximum de ce que permet sa matérialité ; les traces de lecture sont pistées. Par ailleurs la situation historique est sollicitée pour la compréhension en même temps qu'explicitée par elle. Magnifique solidarité documentaire !
Bref, les liens tendus entre les livres et leur environnement et entre les livres eux-mêmes permettent l'accès à un monde fantastiquement intime, celui de la lecture privée. Et quand on sait que ce privé-là soumit un temps l'Europe aux soubresauts de sa folie meurtrière, on évalue l'intérêt du travail de T.W.Rybach.

Pour ma part, je retiendrai de cette lecture trois informations d'inégale importance.

  • Au tout début de la première guerre mondiale, sur le front de la Belgique et du Nord de la France, Hitler est caporal-estafette (Meldegänger). En face, le fils aîné de Paul Otlet, Jean, tout juste âgé de 20 ans, est soldat de l'armée belge et trouve la mort. C'est aussi à ce moment que Paul Otlet publie son Traité de paix général, alors qu'Hitler se procure, dans une librairie de Fournes-en-Weppes, un ouvrage d'art (architecture) sur Berlin (Max Osborn, Berlin, Leipzig : Verlag E.A. Seemann, 1909). [À dire vrai, Hitler est sur le front des Weppes, alors que Jean Otlet était sur celui de l'Yser, un peu plus au nord. Mais la mise ensemble de ces quatre faits produit une condensation comme dans le rêve décrit par Freud, avec une sorte de surcharge de signification, avec un surcroît de sens qui me plaît bien.]
  • Progressivement, la bibliothèque d'Hitler va s'enrichir d'ouvrages de tous bords dont deux américains qu'il lit dans leur traduction en allemand. Je veux parler d'Henry Ford, Der internationale Jude. Ein Weltproblem (Leipzig : Hammer-Verlag, 1920) et surtout Madison Grant, Der Untergang der großen Rasse : Die Geschichte der Rassen als Grundlage der Geschichte Europas (Munich : J.F.Lehmann, 1925).
    En effet, la bible d'Hitler est américaine !
    Bien sûr l'antisémitisme est d'abord un phénomène européen. L'allemand Fichte (1762-1814) par exemple était furieusement antisémite et pensait que les juifs formerait toujours "un État dans l'État", qu'il ne s'intégrerait jamais à aucune nation ne serait-ce que linguistiquement, à preuve le yiddish opposé à l'allemand. L'idéologue de l'idéalisme et du nationalisme allemands alla jusqu'à imaginer la création de toutes pièces d'un État juif sur les terres de Palestine. Drôle d'alliance objective entre Sionisme et Nationalisme allemand (cf. De quoi la palestine est-elle le nom ? d'Alain Gresh), non ? Plus tard, un politicien journaliste allemand, Wilhelm Marr (1819-1904) relaiera l'idée de Fichte, notamment dans un essai paru en 1879, Der Sieg des Judenthums über das Germanenthum – Vom nichtconfessionellen Standpunkt aus betrachtet. (La victoire du judaïsme sur le germanisme – Considérée d'un point de vue non-religieux). C'est sous sa plume qu'apparaît, semble-t-il pour la prémière fois, le terme 'antisémitisme' pour dire l'hostilité aux juifs...
    Reste que, concrètement, la bible d'Hitler est américaine ! L'ouvrage de M.Grant développait une sorte de canevas idéologique et politique pour Hitler et ce dernier fut du coup souvent pétri d'émotions contradictoires en pensant aux relations entre son pays et celui d'Henry Ford... Concrètement, on trouve dans l'idéologie d'Hitler deux concepts dont l'association produira ce que l'on sait. Il s'agit du concept d'épuration, compris comme préservation d'une prépondérance démographique (M.Grant pratique une sorte de passage naturel du principe de sélection immigratoire sur fond d'eugénisme au principe d'épuration raciale tout court) et du concept de colonisation sur le modèle américain.
  • Enfin, Hitler développait une vision mondiale de son peuple (Weltvolk) alors que le peuple juif s'autodésigne depuis des siècles "peuple élu"... Autre terrible collusion !

Il y aurait encore beaucoup à dire, à réfléchir après la lecture du travail de T.W.Rybach. J'en reste là et te conseille, lecteur fidèle, de t'y précipiter.


Publicité
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>
Publicité
Archives
Visiteurs
Depuis la création 262 621
Publicité