Formation : on connaît la chanson !
Mozart en tête de gondole
! Formidable ! Formidable mais à quel prix ! Non, pas combien ça
coûtera à la personne qui veut acquérir l'intégral Mozart dans sa
grande surface chérie ! Non ! Je demande combien ça coûte à la musique, à l'art,
à Mozart !
Dans Le Monde
daté du 21 décembre,
Patrick Zelnik et Louis Bricard, renvoyant à un article du Monde daté
du 12 novembre 2005 ("Tout Mozart pour 99 euros"), avancent un problème important
: celui de l'abolition des distinctions dans le marché économique de
l'esprit. À force de traiter toutes les marchandises de la même façon,
le capitalisme assèche tous les ruisseaux de la création humaine.
Sous prétexte que "quelque chose" peut être reproduit à l'infini , sa rareté diminue et son "prix" fond comme neige au soleil.
Qu'on
se rassure, il y aura tout de même des gens pour en tirer un profit
sonnant et trébuchant ! Y a une justice quand même ! D'ailleurs, c'est
à se demander si tous ces fameux pirates kazaamaniaks ne sont pas de
fait du même acabit que ces vendeurs d'intégrales en tête de gondole,
mais en mieux, en plus morale puisque, ce faisant, ils
n'emplissent a priori
pas leur coffre-fort. On dit de ces gens qu'ils sont
pirates, voleurs, qu'ils spolient les créateurs... Erreur, ils ne
spolient que les vendeurs, qui, eux, en règle générale, spolient bel et
bien
les créateurs et les interprètes... Ces vendeurs qui ont le culot
d'intervenir en séance parlementaire pour "promouvoir" LEUR façon de
faire, LEUR façon de SE faire du blé sur le dos des créateurs et
interprètes ! Si ! Ils l'ont fait hier, avec des badges
parfaitement officiels offerts par le Ministre de la Culture ! Ils ont offerts aux députés des cartes
promotionnelles pré- payées pour leur permettre de télécharger des
morceaux de musique ! Formidable et scandaleux : de la corruption
d'élus en plein jour et dans le sanctuaire de la République et avec la
bénédiction du gouvernement ! Je ne vous dis pas ce qui a dû se passer
sous les tables ...
Saint Marché priez pour nous, nous sommes perdus !
De
toutes façons, avec ou sans la complicité de Monsieur le Ministre, je pense qu'ils vont être
exaucés, puisqu'ils détiennent l'arme suprême : ils embauchent des gens, ils maîtrisent l'emploi
! Le voilà le chantage absolu
du capitalisme ! Je crée des emplois, je maintiens des emplois, etc.,
alors laissez-moi faire ce que bon me semble, y compris licencier ou
mal rétribuer le travail fourni, etc., sinon je licencie et je reprends mon blé.
Moi
qui travaille dans le secteur de la formation continue, je peux vous
dire que la dégradation de la qualité de vie et de production pour
raison économique n'est hélas pas le privilège de la culture : la mise
sur le marché de l'activité pédagogique conduit trop souvent et
insidieusement à un type de pratique où le moins disant financier est
considéré comme mieux disant et où le renouvellement des marges de
créativité et d'innovation est largement compromis par un
fonctionnement économique qui donne fatalement raison à ceux qui
détiennent les capitaux. Il y a quelque dix vingt ans, on avançait, avec
un air de triomphe, l'idée d'une industrialisation de la formation,
rendue possible par la maîtrise du multimedia et son usage en
production pédagogique... Malheur de nous ! Le doigt était déjà dans
l'engrenage et le tocsin sonnait déjà pour qui voulait bien y prêter
attention.
En
fait, tout vient de ceci que
l'argent est roi en ce monde
et que
l'argent n'aurait pas d'odeur
- ce qui permet de conclure que l'argent pour
lutter contre l'illettrisme est le même que l'argent pour faire du
profit en tête de gondole. Saint Marché, pardonnez-moi ! Mais je pense
que l'argent a une odeur : il peut puer le truand ou fleurer bon
l'humain. L'argent investi par un vendeur d'armes (vous
avez vu que la France se défend plutôt bien sur ce registre-là,
derrière les américains et les anglais ! C'est quand même un pays
formidable, la France !) n'a pas du tout la même odeur que
l'argent investi par un Conseil Régional pour développer la création
pédagogique qui permettra de toujours mieux lutter contre les
situations d'illettrisme qui parsèment le territoire français !
Et
quand on voit le marché de la formation se couvrir d'atours langagiers
qui n'ont rien à envier au marché des aliments pour animaux, on peut
craindre le pire... On en vient aujourd'hui à parler de "qualification
durable". On voit le tableau. On devine le panneau publicitaire de dans
quelques années :
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Profitez-en !
Et Joyeux Noël !