jeudi 18 septembre

Hiérarchies éducatives

Notre bon ministre de l'Instruction publique l'Éducation nationale a peut-être provoqué une polémique qu'il ne souhaitait pas... va savoir ! En tout cas, son spitch ressorti par je ne sais plus qui montre au moins deux choses, hors toute polémique.

Tout d'abord, le ministre de l'Instruction publique l'Éducation nationale ne connaît pas le travail effectué par les enseignants de maternelle - ce que les syndicats enseignants ont eu vite fait de clamer.

Ensuite, il véhicule inconsciemment - comme un postulat idéologiquement irréfutable car jamais remis en cause - l'idée que la compétence pédagogique nécessaire de l'enseignant est directement proportionnelle au niveau de savoir à acquérir par l'apprenant. Ce postulat fonctionne depuis des lustres, voire des siècles. Est-ce une raison suffisante pour ne pas le remettre en cause ? J'y vois au contraire une raison nécessaire de le mettre à la question !

De quoi s'agit-il ?
De rien moins que de la qualification enseignante : pour enseigner à des petits enfants auxquels il faut apprendre à se repérer dans l'espace, dans le temps, dans la société, il suffirait d'enseignants bac+2 ou 3 (et encore ! notre ministre ne nous a pas précisé ce détail), alors que pour animer un groupe d'étudiants tout juste bacheliers, il faudrait des enseignants bac+5 et davantage.
On a ici une filiarisation hiérarchisée de niveau de savoirs, que l'on décalque - sans se demander si cela est pertinent - sur la compétence pédagogique. Comme si l'acte pédagogique se réduisait à une espèce de transport le plus transparent possible de savoirs de la tête enseignante vers les têtes apprenantes. Voire, comme si ce transport-là était aussi direct et simple que n'importe quel transport, électrique par exemple. Mais un enfant n'apprend pas comme une lampe qui claire dès que l'on branche la prise sur le réseau électrique ! Je sais bien que notre monde des affaires veut industrialiser la formation (depuis les années 1990), mais ce n'est pas une raison de rester béât et de ne pas lutter contre cet appauvrissement de l'apprendre dont le seul intérêt incontestable est d'engraisser des industriels...

Non ! Il ne suffit pas de savoir pour savoir enseigner ! On a là deux sphères distinctes qui n'ont que peu de points communs ! Et si l'on devait absolument établir un système de correspondance entre ces deux sphères de savoir, je proposerais bien que, à rebours du postulat centenaire, on décrète que, plus le niveau de ce qu'il y a à apprendre est réputé "bas", plus l'enseignant doit être pédagogiquement compétent ! Mais cela remettrait en chantier toute l'organisation du système éducatif français qui impose aux débutants les groupes de "bas niveau" et les classes "difficiles" (on met tout ça dans le même panier, c'est tellement plus commode !) et ne conçoit la promotion enseignante que comme une chance de s'éloigner de ces groupes de "bas niveau" et de ces classes "difficiles". En gros, plus l'enseignant est expérimenté, plus il a accru sa compétence pédagogique, plus on a tendance à lui donner un boulot plus facile... Logique, non ?

Moi qui ai fréquenté de nombreux formateurs dans le domaine de la lutte contre l'illettrisme, je peux vous certifier qu'il faut être drôlement bon pédagogue pour enseigner sa propre langue maternelle, celle qu'on n'a quasiment pas apprise, celle qui nous innerve depuis qu'on est tout petit (innervation qui n'est pas égale pour tous, malheureusement). C'est en tout cas beaucoup plus difficile et exigeant que de présenter le fruit de sa propre recherche universitaire à des étudiants de bon niveau.
Et pourtant, la reconnaissance sociale inverse le rapport ! De ce point de vue, le système éducatif français marche sur la tête !


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mardi 22 avril

Valeur "travail"

ceeLucie Davoine et Dominique Méda ont publié (février 2008, Documents de travail du CEE, 96-1) Place et sens du travail en Europe : une singularité française ?

L’examen des données françaises et européennes montre que les Français entretiennent un rapport singulier au travail. Plus encore que les autres Européens, les Français déclarent en effet que le travail est très important dans leur vie, mais, plus que les autres, ils souhaitent que le travail prenne moins de place dans leur vie. Comment expliquer ce paradoxe ? L’objectif premier de ce travail est de comprendre la diversité des perceptions en Europe et de proposer des interprétations qui permettraient d’avancer dans la résolution de ce paradoxe. L’originalité de ce travail provient en partie de la confrontation des résultats des diverses enquêtes françaises et internationales sur ces questions, qui restent aujourd’hui épars et peu diffusés.
Dans un premier temps, les auteurs analysent les déterminants de l’importance accordée au travail et les sens que peut revêtir cette notion. Deux hypothèses sont mobilisées pour expliquer les réponses des Français : d’une part, le taux de chômage élevé, la prégnance de l’emploi précaire et un fort sentiment d’insécurité de l’emploi ; d’autre part, les attentes plus fortes à l’égard de l’intérêt du travail. Les Français se distinguent en effet par des attentes de réalisation dans le travail plus intenses que celles de leurs voisins européens. Dans une seconde partie, les auteurs tentent de comprendre pourquoi les Français considèrent que ce serait une bonne chose que le travail occupe une place moins grande dans leur vie.
[d'après la présentation de l'éditeur]

Nous sommes loin de la simplification démagogique du Travaillez plus pour gagnez plus ! Non ?


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