lundi 22 septembre

Réponse à Bérénice

Chère Bérénice,

ce que vous dites [cf. en fin de message] est partiellement mais proprement inacceptable !

Tout d'abord la nuance entre secte et religion peut être effectivement ce que vous dites. Sauf que c'est éventuellement (c'est-à-dire quand on refuse de se cantonner à des simplifications qui dénaturent la problématique) plus complexe que cela ! Je vous renvoie au début de l'article "Secte" de fr.wikipedia. Vous y verrez qu'en peu de lignes on peut jouer la nuance, la vraie.

Ensuite, que la scientologie n'ait pas le monopole du prosélytisme, c'est là aussi d'accord : les trois religions qui, hélas, gouvernent le monde ont ceci aussi en commun. C'est bien le problème, d'ailleurs, autorisant toutes ces guerres dites de religion qui balafrent l'humanité depuis des siècles, et parfois de façon cachée, par exemple sous le voile de  la lutte contre le terrorisme - ce dernier étant déjà du prosélytisme armé. Mais là aussi il faut se méfier des amalgames trop commodes : la religion juive, la religion chrétienne, la religion islamique ont chacune leur façon d'exercer le prosélytisme ; tout se joue en fait sur trois tableaux (les mixages étant bien sûr de rigueur : ce sont les dosages qui permettront de caractériser chaque religion à chaque époque), à savoir le militaire, l'économique, le psychologique, chacun usant de son "argument" favori (le sang, la faim, la crédulité)...

Vient ensuite la cupidité. Là vous commencez à généraliser vraiment abusivement. Là encore il conviendrait de nuancer le propos, en posant les questions qui permettraient de distinguer... Même moi qui suis un parfait mécréant, je ne vois pas vraiment de rapport entre le fameux denier du culte des paroisses catholiques et le système de spoliation mis en place par quelques sectes bien connues !

Concernant les "livres sacrés", je crois que vous déraisonnez complètement. Vous qui êtes abonnée à Biblio-fr, vous devez savoir ce qu'est la critique philologique, qui permet, considérant les livres sacrés comme des livres précisément, c'est-à-dire comme des productions humaines, d'en relativiser la portée "magique" - qu'on faisait gober aux paysans de l'Europe catholique jusqu'au XIXème siècle inclus (la Bible comme support d'apprentissage de la lecture, par exemple, ça ne vous dit rien ?). Nous n'en sommes, Dieu merci comme dirait l'autre, plus là ! Même si des relents nauséabonds de bondieuserie polluent l'air politique ces temps-ci... Les professionnels de l'information - documentation et des bibliothèques ne seraient-ils pas là justement, entre autres, pour empêcher que ces relents n'embrouillassent les consciences ? Voilà une bonne question ! En tout cas, ce n'est pas en faisant vos amalgames que les consciences européennes se débarrasseront des fantômes de la superstition que la crédulité nécessaire à toute croyance religieuse (bon d'accord, là je dérape un peu, je vais finir excommunié ! On pourrait dire ça de façon plus conciliante pour les autorités religieuses et les croyants) aide à faire apparaître !
Pourquoi ne pas en revenir, tout simplement, à cette pensée du philosophe allemand qui vécut aussi à Paris puis surtout à Londres dans la seconde moitié du XIXème siècle, vous aurez reconnu Karl Marx, qui écrivit, avec son copain Engels, Zur Kritik der Hegelschen Rechtsphilosophie (= Critique de “La philosophie du droit” de Hegel) où l'on peut lire que la religion est destinée à endormir et à mystifier les foules (le fameux opium du peuple). Kant avait posé des jalons (si on pousse la réflexion comme il conviendrait de le faire). Feuerbach tient à peu près le même langage. Nietzsche, Freud et tant d'autres ne diront pas autre chose...
Les professionnels du livre d'aujourd'hui ne pourraient-ils valoriser, à côté des livres dits sacrés - qui, qu'on les considèrent comme effectivement sacrés ou pas, font partie du patrimoine mondial -, ne pourraient-ils valoriser cette littérature critique qui permettra aux gens de réfléchir à ces question-là ? Les bibliothèques n'ont-elles pas un rôle énorme à jouer en terme d'autoformation (c'est-à-dire de formation de soi par soi, grâce à des outils librement choisis) de ceux qui les fréquentent ? Les bibliothèques ne sont-elles pas de magnifiques boîtes à outils pour l'autoformation, c'est-à-dire in fine pour la liberté politique, liberté d'apprendre, liberté de penser ? De la stature politique des politiques d'acquisition et de valorisation des collections...


Moderateur BIBLIO-FR a écrit :
> De : Berenice BARANGER <BBARANGER@agglo-valdefrance.fr>
> Date : Thu, 11 Sep 2008 12:25:54 +0200
> Objet : RE: Re : église de scientologie (5 messages)
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> Bonjour.
> J'aimerais juste rappeler qu'une secte n'est qu'une religion qui n'est pas
> encore devenue majoritaire ni donc respectable, et que la scientologie n'a
> le monopole ni du prosélytisme ni de la cupidité. N'avons-nous pas en rayon
> Bible, Coran et autres livres sacrés, vérités pour les uns, poison pour les
> autres ? Pourquoi ne pas cesser d'être politiquement corrects et bien
> pensants ? N'est-ce pas l'un des facteurs qui nous coupent du public ?
> E I
> B Baranger, Sarcelles.


Posté par brich59 à 12:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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