jeudi 08 octobre

Écrire les compétences ?

Cet après-midi, j'étais à Roubaix aux Archives du Monde du Travail (j'avais annoncé ici le symposium dès la mi-juillet) pour co-animer un atelier sur les référentiels (formation et métiers) en Information-Documentation. J'étais le professionnel de l'étape (veille stratégique au CUEEP et membre actif de la délégation régionale ADBS) et un enseignant-chercheur était à mes côtés (Marie Despres-Lonnet).

Pour l'occasion j'ai concocté un schéma à partir des cinq groupes de compétences exposées dans l'EuroRéférentiel, un pdf qu'il convient d'imprimer en A3, si jamais on veut l'imprimer... Une version html existe, qui permet d'aller sur chaque item du référentiel (liens profonds vers le site de l'ADBS).
Voilà pour l'outillage que j'ai apporté au débat.

Côté questionnement - qui fut riche -, je ne retiendrai que ceci : si la compétence est bien quelque chose qui, complexe fait de savoirs, savoir-faire et savoir-être entremêlés et en situation, est "porté" par la personne, alors le référentiel n'est que l'émiettement abstrait de cette réalité. Du coup, l'idée même, l'expression de "référentiel de compétences" est quasiment de l'ordre de l'oxymore. D'un côté le geste professionnel, lourd de la technicité mais aussi de l'histoire présente et passée et du projet de l'individu qui l'accomplit ; de l'autre un décompte, une mise à plat désincarnée ne jouant que sur des relations théoriques entre des descriptions.
De fait, notre référentiel ne regroupe pas les compétences de telle ou tel documentaliste. Il est bien un cadre dans lequel on peut trouver de quoi pointer ces compétences personnelles. Aucun professionnel de l'information-documentation n'aura la prétention de définir son profil de poste en mobilisant l'ensemble de ces 32 compétences (sans compter les "autres savoirs" non dénombrés)... Le référentiel comme jeu de Lego™ le plus complet possible pour fabriquer un assemblage personnalisé avec seulement une partie des éléments...
Et encore n'ai-je pas évoqué la question de la mise en niveaux, qui ne saurait être égale pour l'ensemble des compétences mobilisées... Ni celle des "aptitudes" ou savoir-être, ce qui est intimement déterminé par la complexion individuelle du professionnel, ce dont on a coutume de dire que c'est ce qui reste quand on a enlevé la technicité (?)...

Autre chose : l'"autres savoirs" (le cinquième groupe) n'est pas sans m'interpeler. La dénomination en creux m'apparaît comme relativement négative ou comme une espèce d'angle mort, un peu comme les "généralités" de la Dewey, alors que le contenu de ce groupe apparaît au contraire comme excessivement positif et positivement chargé. Peut-être faudrait-il modifier cette dénomination : l'altérité plurielle est bien trop ouverte. Déjà "savoirs complémentaires" me plaît davantage. Encore faudra-t-il aller plus loin en reconnaissant à ces savoirs un rôle particulier dans cet ensemble, un rôle de mise en relief des savoir-faire techniques dans la réalité même de leur exercice concret, un rôle de structuration intellectuelle (plurielle) de l'ensemble. N'est-ce pas là que l'université a quelque chose de spécifique à apporter ?


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vendredi 28 août

Impressions de lecture estivale - 3

Quel bonheur que de lire en clair ce que l'on ruminait au tréfonds de soi !
Encore que, quand je dis 'tréfonds', je pousse un peu : ce blog a déjà fait résonner ce que je pensais de toute cette rhétorique qui tient lieu de politique...
Encore que, quand je dis 'bonheur', j'exagère carrément : cette clarté qui vient après la rumination n'exhibe rien de très gai !

Meheust2009Il s'agit du dernier ouvrage de Bertrand Méheust, La politique de l’oxymore, publié cette année chez La Découverte (Les empêcheurs de penser en rond).

Déjà le titre ! Je ne pouvais pas ne pas y accrocher mon attention, moi qui, depuis la campagne électorale pour la dernière élection présidentielle, ne cesse d'être interloqué par le culot rhétorique de celui qui allait devenir le roi d'Maubeuge, notamment par sa capacité à manier l'oxymore et à brouiller les repères que la raison commune se doit de respecter. Je ne suis bien sûr pas le seul à pointer cette pratique : l'équation 'sarkozy oxymore' proposée à un moteur de recherche est fructueuse. Par exemple avec Exalead ou avec Google. La cour de ce roi fourmille de faiseurs d'oxymores... car l'oxymore est la figure rhétorique en vogue à la cour. Ou plutôt elle est la figure rhétorique imposée lorsque la cour et son roi s'adressent à la population, les médias s'empressant, tels de vils courtisans, de répéter à l'envi tous ces si beaux discours, tous ces si bons mots.

Bref, Bertrand Méheust, avec sa La politique de l’oxymore, nous offre l'occasion de réfléchir à tout cela et bien plus encore : il reconstruit sous nos yeux la mécanique qui produit cette rhétorique fallacieuse. Le cas de figure auquel s'attache l'auteur est celui de la politique écologique, ou plutôt celui du discours sur les préoccupations de l'écologie. Je ne vais pas présenter ici plus avant l'ouvrage. Il suffit de le lire. Ce qui n'est que plaisir tant il est d'une belle écriture rigoureuse et coulée cependant...

En poésie, plus globalement en littérature, l'oxymore consiste en une dissonance sémantique. La poésie est contrainte de pratiquer l'oxymore pour  échapper à la logique aristotélicienne du "discours raisonnable" qui bannit la contradiction et interdit l'indicible. Ne pourrait-on prétendre que, sans l'oxymore, les peintres italiens de la Renaissance n'auraient jamais pratiquer le clair-obscur ? L'écriture de Rimbaud est pleine d'oxymores, et c'est  ce qui fait sa puissance. Etc.
En poésie, l'oxymore permet la nuance. En politique il permet l'entourloupe et la manipulation des consciences. Il s'agit alors, comme disait François Brune, de "tromper les bonnes âmes en affectant de concilier l’inconciliable"...


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vendredi 26 septembre

Et deux oxymores, deux !

Je crois qu'Élie Wiesel n'a pas tout vu !

oxymore

Son pote Brice était de la fête ? Pas les gens qui vivent reclus dans la jungle de Calais !


Lendemain (en fait le truc pour l'humanitaire, c'était le 22 septembre au soir malgré la légende de la photo ci-dessus !), lors d'un dîner de gala organisé pour la remise du prix de l'homme d'État de l'année de la fondation américaine "Appeal of conscience" (Appel de la conscience), le roi d'Maubeuge lance à sa reine : Moi, Carla, je n'ai jamais été de gauche, mais j'aime la justice. Ce qui est un autre oxymore, si l'on en croit ce qu'il a dit fin août.


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mercredi 24 septembre

les oxymores sont de retour !

Mais ont-ils jamais disparus ? En tous cas, ça va fort ces temps-ci : les oxymores sont cachés, mais on les voit très bien si on creuse un peu.

Titre des Échos.fr de ce 24 septembre 2008 :
Crise : Sarkozy appelle à punir les responsables du «désastre»
· Le chef de l'Etat demande la tenue d'un sommet du G8 élargi d'ici à la fin de l'année et insiste pour « reconstruire un capitalisme régulé » ·

Punir les responsables du désastre ! La belle affaire ! De l'auto-flagellation publique du libéralisme ! On se marre : c'est pour de rire bien sûr...

Car enfin, si l'on est libéral, voire ultralibéral comme notre bon roi d'Maubeuge, ils ont fait quoi les "fautifs" ? Ils ont juste cherché à gagner du flouze sur le dos de ceux qui n'en ont pas. Pas de quoi fouetter un chat ! Juste de quoi les sermonner pour leur rappeler que la règle veut qu'on ne se fasse pas prendre ! Non ? Sinon business is business. Pourquoi vouloir à tout prix moraliser tout ça ? Il n'y a que quelques philosophes perdus dans les allées du patronat et/ou de la politique bling-bling pour vouloir prouver la moralité du capitalisme, voire pour l'exempter, en tout bien tout honneur cela va de soi, de l'obligation morale (le capitalisme serait au niveau de la technique - la seule technique économique possible -, donc hors d'atteinte de la pensée morale ! Cher Comte-Sponville, qui fut nommé en mars dernier, par le président Nicolas Sarkozy, membre du Comité consultatif national d'éthique !).

Kirkcaldy_High_Street_Adam_Smith_PlaqueMoi, qui ne suis pas libéral, juste épris de liberté (de la liberté-avec les autres et pas de la liberté-contre les autres), je demande une seule chose : mais où est donc passé l'invisible main d'Adam Smith ? Faut-il que notre roi d'Maubeuge intervienne en clameurs pour qu'elle se manifeste ? Faut-il que l'ultra-ultra-libéral Bush nationalise pour qu'elle s'exprime ? Etc. Vous avouerez qu'il y a de quoi frémir !

C'est là où est l'oxymore, un oxymore de fait : notre roi ultralibéral veut réguler, voire moraliser le fonctionnement du capitalisme. C'est bien sûr du pipeau de la plus belle espèce. Quand on cause bien, on appelle ça de la rhétorique politique : les véritables enjeux de ce discours relèvent d'autre chose que de ce que dit ce discours - dont l'efficacité se mesurera par exemple à la nouvelle considération dont jouira notre bon roi d'Maubeuge sur le plan international, ou encore à la mise hors de cause du capitalisme en tant que tel dans cette affaire, etc.

Bush, lui, est clair : il faut sauver le capitalisme financier. L'État, que le capitalisme ultralibéral ne veut pas voir intervenir dans ses affaires, tend une main secourable au capitalisme ultralibéral en train de se moyer... Bush n'a pas bouger il y a plus d'un an, quand des milliers de familles américaines se sont retrouvées spoliées par les banques, jetées dans la rue et la misère. Maintenant que ce sont les banques qui se noyent, le libéralisme US, grand frère de tous les libéralismes, intervient.

Bref, la main invisible du marché est comme une divinité qui se manifeste comme elle veut et quand elle veut, notre roi d'Maubeuge qui causait hier, Bush qui nationalise l'autre jour, etc. Ah elle est belle, la main invisible ! Et puis elle est forte ! Elle contraint les ultralibéraux à faire des choses qu'ils n'avaient pas vraiment prévues. Comme disait Adam, l’individu est conduit par une main invisible à remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions (Richesse des nations, IV.2) !

Le même Adam - qui commença sa carrière comme professeur de logique - disait aussi, parlant des étoiles et autres corps célestes comme on disait à l'époque, que la philosophie, en exposant les chaînes invisibles qui lient tous ces objets isolés, s’efforce de mettre l’ordre dans ce chaos d’apparences discordantes, d’apaiser le tumulte de l’imagination, et de lui rendre, en s’occupant des grandes révolutions de l’univers, ce calme et cette tranquillité qui lui plaisent et qui sont assortis à sa nature (dans son Histoire de l’Astronomie).
Ne devrait-on pas transposer cette apologie de la philosophie à la politique et ses objets rhétoriques ? Le chaos y est trop visible et fait tourner la tête des électeurs ! Non ?


mardi 30 janvier

L'oxymore est de retour... est-il jamais parti ?

Je promets dur comme fer le retour du PLEIN EMPLOI.
J'envisage une formule juridique "qui combinerait les avantages de la sécurité et ceux de la flexibilité".
Je fais l'éloge du "socialisme" britannique.
Qui suis-je ?


mercredi 24 janvier

Lutter contre la contrefaçon !

contrefa_onLa contrefaçon est nulle part.
La contrefaçon est partout.

C'est bien connu :
la contrefaçon est partout,
mais elle ne se donne pas comme contrefaçon
- sinon elle ne serait pas contrefaçon !

Sauf qu'il y a des fois où ça devient d'un grotesque !
Des fois où c'est gros comme un chou-fleur dans un ramequin !
Des fois où ça se voit comme le nez au milieu du visage !

abbepierre1Tiens ! Regardez tous ces hommages à l'abbé Pierre !

Pas un qui ne se confonde en larmoyant hommage (Monsieur le candidat unique de l'Union pour Me Présidentialiser a été parfait dans ce rôle convenu !), pas un y compris ceux qui objectivement ne peuvent qu'être opposés à l'action de l'abbé mais qui objectivement ne peuvent se passer d'être au micro et à la caméra d'une société du spectacle plus pernicieuse que jamais...

Les prélats de la sainte église catholique y sont allés de ces louanges posthumes mais qu'ils ne pouvaient objectivement pas prononcer de son vivant, tant l'abbé les faisait tourner en bourrique, avec ses prises de position pour le préservatif, pour la dédiabolisation de l'homosexualité, etc. ! Pourtant, ces temps-ci la communauté catholique avait mieux à faire : défiler contre l'avortement, avec les intégristes de tous poils...

Les potentats de la politique française y sont allés de leurs louanges posthumes, alors qu'ils n'ont rien fait ou presque pour que les rêves de dignité humaine universelle de l'abbé ne soient plus des chimères. Le cri de l'abbé, nous l'entendons depuis plus de cinquante ans ! Et qu'a fait la classe politique française pour qu'il se taise, pour que son cri soit inutile ?

Bref, nous voici en pleine contrefaçon, n'est-ce pas ?

Regardez l'oxymore : il n'est plus dans la tension entre des mots, il est entre les mots et celui qui les prononce. Ce n'est plus seulement la fameuse (?) "rupture tranquille", c'est surtout maintenant le leader maximus de la droite néolibéral la plus dure qui cite Jean Jaurès, Guy Moquet ou Léon Blum comme ses maitres à penser, c'est le même qui s'exhibe prêt à verser une larme sur la dépouille encore chaude d'une grande gueule qui ne se priva pas de cogner médiatiquement sur lui et sa bande francopatronale...

Regardez le système de santé qui est en train de discriminer plus que jamais en fonction des conditions de vies : plus ça va et moins les pauvres pourront se soigner. Les petits-moyens bourgeois d'aujourd'hui vous diront qu'il faut que les gens soient responsables et prennent en charge leur santé, etc. Sauf que primo la responsabilisation / culpabilisation (avec des cercles vicieux du style "si tu es en mauvaise santé, c'est que tu ne te soignes pas comme il faut, donc débrouille toi" - les cathos finiront avec un "aide-toi le ciel t'aideras" - etc.) est une façon trop commode pour les ultralibéraux de se défausser de leurs responsabilités politiques, et que, deuxio, pour se soigner, il faut d'abord satisfaire les besoins vitaux immédiats comme manger, dormir, etc. Bon ! En voulant convaincre les petits-moyens bourgeois, j'ai vraiment le sentiment de vouloir faire entrer du jus dans un pavé... Mais c'est plus fort que moi !

Ceci dit, les faits sont là. Par exemple une étude très très sérieuses vient de montrer comment les femmes les moins aisées ont plus de risques de faire naître un bébé trisomique que les femmes des milieux supérieurs. Et ce n'est pas L'humanité qui le dit, c'est Le Fiçarko, euh pardon ! Le Figaro d'hier (article de Martine Perez)...


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