dimanche 01 juillet

Ensemble pour la démocratie locale et numérique (ATD Quart Monde, Lille) [2]

Le forum régional de la participation citoyenne et des technologies de l'information et de la communication s'est donc tenu à la Maison ATD Quart Monde de Lille (11 rue Barthélémy Delespaul) ce samedi 30 juin de 13h à 17h30. Des participants au projet et des invités dont j'étais ont pu échanger sur le thème de la citoyenneté numérique.

Mon support d'intervention est là :

Participant à ce forum, j'ai eu le sentiment de permettre au CUEEP de renouer avec l'une de ses raisons d'être : mettre à disposition d'un territoire et de ses habitants objectivement les plus éloignés de la formation une offre éducative pertinente (visée citoyenne) et efficace (pédagogie). Ce faisant, j'ai la sensation de poursuivre le combat engagé par les fondateurs du CUEEP - tous disparus aujourd'hui : André Lebrun, Gérard Mlekuz et Serge Évrard -, ne faisant que "mettre à jour" les outils de ce combat.

La lutte contre l'illettrisme numérique est (doit être) intégralement intégrée à la lutte contre l'illettrisme globalement. Une lutte contre l'illettrisme qui ne prendrait pas les voies numériques manquera fatalement son objectif. Même réflexion s'agissant de la lutte pour la citoyennenté. Mais on sait depuis longtemps que littératie et citoyenneté vont de pair.



lundi 25 juin

Numérique & illettrisme

Une intervention de l'ami Frédéric Hauew intitulée "La société numérique : risques ou chance pour la lutte contre l'illettrisme ?".

À la demande du service de la lecture publique de l'Isere, il avait participé en mars dernier à la rencontre départementale des bibliothécaires (professionnels et bénevoles) de ce département. La journée portait sur le théme "des médiathèques du 21è siècle". D'où cette conférence sur les liens entre illettrisme et numérique. La question posée était de savoir en quoi la société numérique porte de nouveaux risques d'exclusion, et comment, dans le même temps, l'usage des technologies permet de nouvelles avancées pédagogiques dans ce domaine. En filigrane, l'interrogation portait aussi sur l'évolution du métier de bibliothécaire, face aux nouvelles habitudes de consommation des bénéficiaires, et dans l'optique de contribuer, dans un contexte largement bousculé par le numérique, à la résorption des inégalités face à la lecture.


dimanche 09 août

Apprendre à lire à l'âge adulte

un article de Sophie Guesné paru dans Nord Éclair, lundi 20 juillet 2009

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Giovanni et Bernard réapprennent les règles d'orthographe,
de conjugaison et de grammaire, en utilisant les nouvelles technologies.

Ne pas savoir lire, écrire ou compter, que l'on soit français ou étranger, représente un réel handicap au quotidien. Un handicap qui touche plus de 15,5 % des personnes de la région.

"Quand je veux retirer de l'argent au distributeur, je suis obligé de demander de l'aide au guichet. Quand je fais des courses, je n'arrive pas à déchiffrer les étiquettes. Je ne sais pas non plus lire les courriers que m'envoie l'ANPE..." Des exemples comme ça, Daniel, 49 ans, en a des tonnes. Il pourrait nous en parler durant des heures. Il y a six mois, il a décidé que ça ne pouvait plus durer : il a choisi d'apprendre à lire. Pourtant, Daniel est né en France, et a été scolarisé.
Comme lui, ils sont 350 000 dans la région à avoir des difficultés pour lire, écrire et compter. 350 000 illettrés. Qui ont oublié, ou qui n'ont jamais vraiment appris. À leurs côtés : des personnes d'origine étrangère, qui vivent en France, qui ont appris à parler, mais pas à lire ni à écrire le français. Tous se heurtent aux mêmes difficultés quotidiennes. Et professionnelles.

Le système D
À l'époque où il travaillait dans le vin, Daniel avait mis au point une stratégie : "Je ne savais pas lire les étiquettes, mais je me repérais grâce aux couleurs des cartons." Ahmed est arrivé d'Algérie en 1978. Lui aussi a rencontré des complications sur son lieu de travail : "Avant on me demandait juste du travail manuel, je n'avais pas de problèmes. Mais aujourd'hui, on nous demande de remplir des formulaires, d'envoyer des courriers..." Même constat chez Bernard qui a perdu son emploi faute de savoir faire des recherches sur un ordinateur.
Pour les aider, un certain nombre d'associations et structures proposent des cours, ou du soutien. Plusieurs formules coexistent. À l'ADEP, à Roubaix, on propose des cours du soir, deux fois par semaine. "Mais la majorité des "auditeurs" aimeraient en avoir davantage. Ils sont vraiment motivés !" , avance Sabrina, la formatrice de Ahmed. Et de la motivation, il en faut pour s'imposer deux heures de cours après une journée de travail. Au CUEEP de Tourcoing, les cours ont lieu la journée. Bernard et Giovanni, tous deux scolarisés durant leur enfance, s'y rendent plus de 10 heures par semaine.
Un véritable retour à l'école avec exercices de grammaire et d'orthographe. "C'est sûr qu'au début ça fait bizarre, mais l'ambiance est bonne, et on ne joue plus aux billes" plaisante Giovanni. Daniel, lui, est suivi individuellement, grâce à une association aulnaysienne.
Et avec un peu d'assiduité et d'efforts, les progrès peuvent être remarquables, comme chez Nassera : "Quand je suis arrivée en France il y a neuf ans, je n'osais même pas ouvrir la porte quand on sonnait : je n'aurais pas pu comprendre, ni parler. C'est pareil pour la lecture et l'écriture.
Aujourd'hui, je sais remplir un dossier."

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samedi 25 juillet

Le drame d'Hanna Schmitz

Avez-vous vu The Reader, ce film de Stephen Daldry adapté du roman de Bernhard Schlink (Le liseur, dans la collection Folio de Gallimard), sorti le 10 décembre 2008 aux États-Unis et le 15 juillet 2009 en France ? Je l'ai vu dans une salle nantaise hier soir, en VO - entendre des allemands converser de sujets éminemment allemand dans la langue d'Obama a quelque chose de sur-réaliste...

The_Reader_1_429885aJe vous laisse, assidus lecteurs (de ce blog !), comprendre pourquoi Kate Winslet a été en­censée pour ce rôle d'Hanna Schmitz. Elle tout simplement magnifique et impériale d'humanité et de beauté.

Je vous laisse, assidus lecteurs, comprendre comment plusieurs histoires s'entrecroisent dans cette histoire (amour, Allemagne nazie, Allemagne de la seconde moitié du XXème siècle, etc.).

Juste un petit mot concernant ce film, dont le noeud dramatique n'est pas celui qu'on croit mais relève d'une problématique de formation : le drame d'Hanna Schmitz tient dans son illettrisme et surtout son incapacité à avouer qu'elle ne sait ni lire ni écrire... C'est, en dernière analyse, cette honte de l'illettrisme qui la condamne après-guerre. Et c'est sa situation d'illettrisme même qui l'a peut-être bien condamné à commettre l'irréparable dans les années 40.
Platon mettait dans la bouche de Socrate cette idée simple, bête et trop "évidente" que la connaissance a un impact sur le comportement, que la connaissance de la vérité ne peut que conduire à un comportement moralement affûté, qu'on ne peut faire "le mal" en connaissance de cause. etc. L'idée a été reprise souvent, jusqu'à Paul Otlet qui pensait que l'accès au livre et au document, que la lecture donc ne pouvait que favoriser l'humanité de l'humain. Jean-François Füeg ("Ordo ab chaos. Classer est la plus haute opération de l’esprit" in Associations transnationales, 1-2/2003, pp.34-35) est explicite sur ce point : L’objectif d’Otlet est de favoriser la Paix. Il pense que la science apportera naturellement le bonheur à l’humanité. Son premier projet, le répertoire universel de documentation, est développé pour permettre aux hommes de mieux se comprendre mutuellement. La bibliographie doit être la clef d’accès à la connaissance.

Paul Otlet lui-même ne décrit-il pas son projet de Mundaneum en ces termes : Ainsi la pensée de chacun pourra atteindre la conception du tout­ ; l’humanisme poursuivi par l’éducation pourra devenir le bien de tous­ ; la  civilisation  devenant  universelle  et dirigée par des moyens rationnels, pourra enfin opposer victorieusement aux horreurs et aux confusions de la crise, de la guerre et de la révolution l’idéal et le bien de la prospérité, de la paix, de la justice et de l’ascension des hommes vers une plus haute destinée. (Traité)
Un tantinet ringard, mais toujours puissant !


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mardi 21 juillet

Forum régional 2008 du réseau Lire

Lire1Ça y est ! Les actes du forum régional du réseau Lire qui s'est tenu le 4 décembre 2008  à Bouvines sont disponibles au C2RP. Pas encore en téléchargement sur le site. Espérons que ce sera pour bientôt ;-)

La journée avait été riche. Voyez le programme :

Lire2

Voici le sommaire des actes :

sommaire

J'y avais participé en tant que "rapporteur" de l'atelier animé par ma collègue Véronique Chabot qui avait introduit le travail en ces termes :

Il s’agira à partir de quatre expériences de terrain de s’interroger sur la problématique suivante.
Aujourd’hui, l’introduction d’actions culturelles dans les offres de formation s’appuyant sur des objectifs et des contenus de formation, est acquise. Quasiment tous les organismes de formation de la Région (notamment du réseau Lire) agissent dans ce sens. Ces activités sont reconnus par tous, notamment les institutions (État, Région) comme étant des leviers facilitant (l'accès) à la formation, comme étant sources d’apprentissages notamment sur la lecture et l’écriture ainsi que dans le domaine de la citoyenneté, tout en permettant le développement de certaines des compétences-clés prônées par l’Europe (sensibilisation culturelle et citoyenneté).
Mais, il semble que des différences, des écarts existent dans l’organisation et la qualité de ces actions selon les territoires, notamment autour des questions de la professionnalisation des intervenants, mais pas seulement...
Les questions que nous tenterons d’aborder dans cet atelier viseront à essayer de répondre aux points suivants :

  • Comment améliorer la professionnalisation des intervenants des actions culturelles de formation ?
  • Comment favoriser leur ancrage local sur les territoires ?
  • Comment permettre des transferts d’expériences d’un territoire à l’autre ?

Il s’agira aussi de souligner les éléments pertinents concernant l’impact de telles actions sur les publics et les territoires (sur la lisibilité, valorisation, maillage), de relever les freins et leviers à la conception, la mise en place, l’animation et l’évaluation de ces actions.
Nous espérons qu’à la suite de cet atelier et du forum, des échanges de pratique pourront émerger, de la curiosité, des transferts d’expériences ainsi que des projets de formation de formateurs.

Les échanges avaient été passionnants et j'avais tenté d'en rendre compte "à chaud" sur ce blog. La publication du C2RP vient clore ce travail, souhaitant que les paroles qui s'y sont échangées sèment des projets de développement d'actions culturelles pour des publics en formations de base sur nos territoires...
En attendant que ces actes soient téléchargeables, voici le scan (pdf en N&B) des pages de compte-rendu de l'atelier dont je fus le rapporteur.


mercredi 10 décembre

Action culturelle et Lutte contre l'illettrisme

L’observation d’une série d’expériences, celles où le monde culturel participe à la lutte contre l’illettrisme, fait apparaître que le détour par certaines pratiques artistiques, espaces de l’imaginaire et de la création, peut dans bien des situations s’accompagner d’un retour de l’envie d’apprendre à lire et à écrire. L’action culturelle peut favoriser la maîtrise du français. Aujourd’hui, de plus en plus nombreux sont les institutions culturelles et les artistes qui accompagnent les parcours de prévention, de formation et de valorisation des acquis.
Tel est le constat que dressait la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) du Ministère de la Culture en 2007, dans une brochure sur l’action culturelle contre l’illettrisme.

Ce document propose, entre autres, une présentation d'un ouvrage, Action culturelle et lutte contre l’illettrisme, résultat d'une étude réalisée en 2003/2004, à la demande de l'ANLCI et de la DGLFLF, par l'Observatoire des politiques culturelles, étude qui analyse l’apport des pratiques culturelles à la lutte contre l’illettrisme selon quatre axes problématiques :

  • Où se situe la responsabilité sociale de l’action culturelle dans la lutte contre l’illettrisme ?
  • Quels sont les enjeux des actions artistiques menées sur les territoires observés ?
  • Quels sont les effets pour les illettrés ?
  • Comment ces actions sont-elles conduites ?

Trois terrains d'investigation avaient été choisis, dont la bonne ville de Roubaix.

Roubaix, deuxième ville de l’agglomération lilloise au fort taux de chômage (près de 32 % de la population), est la plus jeune ville d’Europe. La ville a entrepris depuis plusieurs années des projets culturels d’envergure (les Ballets du Nord, le musée d’Art et d’Industrie, les Archives du monde du travail). La mobilisation des acteurs de la société civile roubaisienne est importante dans la lutte contre les différents facteurs de l’exclusion dont l’illettrisme.
Le Centre université-économie d’éducation permanente (CUEEP), chargé de la coordination du réseau Lire (Lire Réussir Ensemble) sur la région de Roubaix est un organisme de formation rattaché à l’université des sciences et technologies de Lille. Spécialisé dans la recherche relative à la formation pour adultes, le CUEEP a mis en place en 1997 des ateliers de découverte culturelle et d’expression créative s’inscrivant dans une démarche plus globale de formation à la lecture et à l’écriture.

C'est peut-être pour cette raison que j'ai été, avec quelques collègues, sollicité pour participer à l'encadrement du Forum du réseau régional LiRE qui s'est tenu ce 4 Décembre à Bouvines sous l'égide du C2RP. Le thème de l'atelier n°1 était : Incitation au développement d’actions culturelles dans les territoires. J'en fus le "rapporteur".
Et comme je n'aime pas arriver la tête vide à ce genre de manifestation, j'avais mené une petite enquête documentaire rapide pour comprendre l'articulation entre action culturelle et lutte contre l'illettrisme.


J'ai d'abord vu que la culture figure au chapitre des Droits humains. La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme dont on fête aujourd'hui les soixante ans est explicite.
Article 22 de la DUDH :
Toute personne, en tant que membre de la société, [...] est fondée à obtenir la satisfaction des droits [...] culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité [...]. Article 27-1 de la même DUDH : Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts [...].

Au niveau européen, on notera, avec satisfaction, que la "sensibilité et l'expression culturelles" font partie des compétences clés pointées par la Commission comme devant appartenir à chaque européen dès le seuil de sa vie d'adulte. C'est très précisément le huitième domaine de compétences. Quand bien même le texte européen prend le soin de préciser que "les compétences clés sont considérées comme étant aussi importantes les unes que les autres", on notera, non sans malice, que la culture est rangée en dernière position, après le fameux "esprit d'entreprise"...
Voici le texte [Recommandation du Parlement européen et du Conseil du 18 décembre 2006 sur les compétences clés pour l'éducation et la formation tout au long de la vie (2006/962/CE)] qui présente ce domaine :

Sensibilité et expression culturelles
Définition : Appréciation de l'importance de l'expression créatrice d'idées, d'expériences et d'émotions sous diverses formes, dont la musique, les arts du spectacle, la littérature et les arts visuels.
Connaissances, aptitudes et attitudes essentielles correspondant à cette compétence : La connaissance culturelle suppose d'avoir conscience du patrimoine culturel local, national et européen et de sa place dans le monde. Elle inclut une connaissance élémentaire des œuvres culturelles majeures, dont la culture populaire contemporaine. Il est essentiel de comprendre la diversité culturelle et linguistique en Europe et dans d'autres régions du monde, la nécessité de la préserver et l'importance des facteurs esthétiques dans la vie de tous les jours.
Les aptitudes relèvent à la fois de l'appréciation et de l'expression: l'appréciation d'œuvres d'art et de spectacles ainsi que l'expression personnelle au travers de différents medias grâce aux capacités individuelles innées. Il faut également avoir la capacité de comparer ses propres opinions et expressions créatrices à celles des autres et de repérer dans une activité culturelle des possibilités sociales et économiques et de les réaliser. L'expression culturelle est essentielle au développement d'aptitudes créatives, lesquelles peuvent être transférées dans divers contextes professionnels.
Une compréhension approfondie de sa propre culture et un sentiment d'identité peuvent constituer la base d'une attitude respectueuse et ouverte envers la diversité des formes d'expression culturelle. Par une attitude positive, on entend également la créativité, la volonté de développer son sens esthétique par une pratique personnelle de l'expression artistique et par une participation à la vie culturelle.

Quand on s'enferme dans l'hexagone franco-français et qu'on observe comment notre système éducatif a intégré la "recommandation" européenne, on tombe d'assez haut ! Exit "sensibilité et  expression culturelles" ! Le plus approchant semble être le cinquième item du Socle commun, intitulé "culture humaniste". Mais ici c'est l'idée d'acculturation, plus que de culture, qui semble maîtresse. Il s'agit d'ouverture au monde et de curiosité (?). Il s'agit enfin, car il faut bien justifier le qualificatif 'humaniste', de développer "la conscience que les expériences humaines ont quelque chose d'universel".
Côté expression ou création, c'est le vide absolu. La culture, ça se consomme ! Peut-être au chapitre de l'autonomie et de l'initiative (item 7), aurons-nous plus de chance ? Mais là, il n'y a rien qui ressemble à de l'activité culturelle !

Mieux, quand on cherche à savoir comment ces compétences clés sont concrètement interprétées dans le cadre de dispositifs de formation, on a une idée du vide culturel : la circulaire DGEFP n° 2008/01 du 3 janvier 2008 relative à la politique d’intervention du ministère chargé de l’emploi en faveur de l’accès aux compétences clés des personnes en insertion professionnelle a tout simplement évacué toute dimension proprement culturelle. C'est que nous sommes soumis, à partir de ce type de fonctionnement, au syndrome de la soumission absolue à la "politique emploi"... Mais c'est une autre histoire.


Revenons sur le terreau des pratiques territoriales, à Bouvines, où échangeaient jeudi dernier des praticiens de la formation et de la culture. Les expériences présentées lors de l'atelier dont je fus le rapporteur étaient :

  • le Guide d’invitations à la lecture en partenariat avec la DRDJS (Association Dire Lire)
  • l'Atelier de sensibilisation aux Beaux Arts (AAE Profil et École régionale des Beaux Arts)
  • l'Atelier d’expression théâtrale (INSTEP Formation Dunkerque)
  • l'action Sur les chemins de la culture (CAPEP)

Réunissant une vingtaine de professionnels de la formation et/ou de la culture, l'atelier fut riche en échanges.
Il en ressort une certitude partagée : la "participation culturelle" contribue à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture ainsi qu'à l'apprentissage de la (prise de) parole ; elle contribue à l'acquisition de compétences qui sont aussi celles de la lecture/écriture. La "participation culturelle" est ici diverse, allant de la rencontre avec un grand chef d'orchestre à la création de mosaïque, en passant par le jeu théâtral et l'écriture poétique.
La "participation culturelle" se réalise dans le cours de projets dont les conditions de réussite ont fait l'objet de discussion : partenariat et brassages (brassage de populations, brassage de projets, brassage de compétences), mais aussi inscription dans la durée et ancrage territorial, principalement.

Partenariat.
Partenariat entre organismes de formation, bien sûr (le réseau LiRE est là pour assurer cette évidence), mais aussi partenariat entre formateurs et acteurs culturels, entre des professionnels de la formation et des professionnels du secteur culturel. Des partenariats forts allant jusqu'à produire du maillage territorial intense.

Brassages.
Brassage de population d'abord, pouvant parfois se concrétiser en échange réciproque de savoirs et de cultures, déclenchant des questionnements collectifs (sur la religion, par exemple) que le "détour artistique" saura repositionner (distanciation en appui sur l'artistique, mise en relations différente, formalisation, etc.).   
Brassage de projets ensuite : autour d'une action culturelle montée sur un territoire pour des publics en situation d'illettrisme, fonctionnent typiquement deux projets, un projet éducatif (apprentissage de la lecture, de l'écriture, etc.) et un projet culturel (pratique culturelle, valorisation de l'œuvre, etc.). On assiste alors à un authentique brassage, à une sorte de symbiose où chaque élément garde toute sa force et préserve son identité, tout en offrant à l'autre le champ de son déploiement, tout en donnant à l'autre la possibilité de prendre du sens autrement (éventuellement non prévue au départ) - d'où une spirale vertueuse d'enrichissement mutuel des projets.   
Brassage des compétences enfin. On n’insistera jamais suffisamment sur la nécessité de professionnalisme des acteurs. Dans le prolongement du brassage des projets, ce professionnalisme va s'ouvrir en une professionnalisation bien particulière. Dans le fonctionnement  d'une action culturelle montée sur un territoire pour des publics en situation d'illettrisme, il y a concrètement combinaison de compétences spécifiques différentes. Certains parlent de connivence, au sens où ces compétences différentes s'exercent vers un objectif commun. D'autres parleront de mutualisation de compétences, sans qu'il y ait dépossession de quoi que ce soit, mais bien au contraire là aussi enrichissement mutuel – jusqu'à éventuellement motiver des acteurs d'un des deux secteurs à se qualifier dans l'autre secteur...
Inscription dans la durée.   
Le travail dans la durée est l'une des compétences attendues des personnes en apprentissage de la lecture et de l'écriture. Il est aussi l'une des conditions de fonctionnement des actions culturelles dans la lutte contre l'illettrisme - une condition que les systèmes d'entrée-sortie permanente en formation mettent à mal. Cette inscription dans la durée prend plusieurs formes : durée même de l'action, répétition de l'action (pour d'autres groupes en formation)  dans le cadre d'un dispositif reconduit, mais aussi suites de l'action hors l'action (transfert vers les "lieux culturels"), etc. - ce qui pose la question des limites spatio-temporelles de l'action de formation et nous amène à la problématique de l'évaluation de l'action.
Ancrage territorial.   
L'ancrage territorial d'une action culturelle et de la lutte contre l'illettrisme revêt une importance particulière, et pas seulement du point de vue financier ! Un tel ancrage, facilité par exemple par l'implication et l'engagement d'élus en charge de la culture, est présenté à la fois comme une aide précieuse au démarrage de l'action, mais aussi comme un espoir de pérennité...
En dernier lieu, une question unanimement posée, celle de la lisibilité. Nous abordons ici les rivages de l'évaluation de l'action. Du moins aux rivages de sa valorisation formalisée, voire chiffrée. La question est simple à énoncer : comment rendre lisible ce qui n'est pas formel [note], comme la reprise de confiance en soi, la capacité à prendre la parole devant autrui, etc. La "culture du résultat" dans sa version la plus arithmétique est-elle sincèrement possible ici ? Qu'est-ce qu'on chiffre ? Qu'est-ce qu'on peut chiffrer ? Par exemple, comment évaluer une "activité culturelle" dont le principal résultat est enfoui au plus profond de l'intimité de la personne et ne se manifestera que plus tard en termes de volonté d'apprendre, cette volonté engageant un système complexe de compétences ?

[note]    Encore faut-il distinguer entre le formel (activité cognitive dans le cadre d'un dispositif éducatif), le non formel (activité cognitive mais hors cadre éducatif) et l'informel (activité sans visée cognitive, mais tout de même valorisable en terme d'apprentissage). 


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mercredi 05 mars

TIC & illettrisme

Quels usages des technologies de l’information et de la communication (TIC) pour lutter contre l’illettrisme ?

Communiquez vos expériences !

L’ANLCI organise le 14 mai 2008 à Lyon une rencontre nationale pour présenter des pratiques réussies dans l'usage des technologies de l'information et de la communcation (TIC) pour la lutte contre l'illettrisme. Les acteurs porteurs d’expériences significatives sont invités à présenter leurs pratiques en répondant à l’appel à communication publié sur le site de l’ANLCI.
Cet appel à communication concerne exclusivement la présentation d’une expérience réussie d’un ou plusieurs usage(s) des technologies de l’information et de la communication (TIC) à destination des personnes de premier niveau de qualification ayant des difficultés face à l’écrit.
L’expérience pourrait concerner toute activité d’apprentissage (formel ou informel), d’accompagnement, d’insertion, d’évolution professionnelle ou d’accès de ces personnes à la société de l’information et du savoir. Retenue ou non pour la rencontre du 14 mai, toute expérience proposée sera présentée en ligne sur le site de l’ANLCI, si elle concourt à la lutte contre l’illettrisme.
Proposition à remettre par courriel à Elie Maroun, chargé du projet au plus tard le 10 mars 2008.


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lundi 28 janvier

L’illettrisme touche aussi les salariés

La Voix du Nord  -  édition du samedi 26 janvier 2008

VdN080126L’illettrisme touche aussi les salariés

SOCIÉTÉ  - Le Nord - Pas-de-Calais compte 15,5 % de personnes qui ne possèdent pas les savoirs de base en terme de lecture ou d’écriture. Une séance de travail au CUEEP de Lille.

C’est une salle de cours comme les autres, imprégnée d’une ambiance studieuse que vient simplement perturber le ronflement des ordinateurs. Nous sommes dans les locaux du CUEEP de Lille. Ici, c’est le public qui est un peu hors normes. Tous des salariés, en train de se remettre à niveau.

On croise par exemple Noël, un habitant de Tourcoing âgé de 44 ans, salarié d’une entreprise de ramassage des déchets, concentré sur son écran. «  Il s’agit d’un exercice où je dois répondre à des questions liées à l’informatique. » Comprendre la question et y répondre en utilisant l’outil informatique... D’une pierre deux coups évidemment. « Quand j’étais enfant, je n’ai jamais trop aimé l’école, ajoute Noël, pour justifier sa présence ici. Les profs ne s’occupaient pas de moi. Ils me disaient : "T’avais qu’à écouter !" Alors j’ai quitté l’école. J’ai travaillé comme maçon, puis dans le textile ».

Voilà donc comment les choses se passent, et comment on vient garnir les statistiques de ce qu’il faut bien appeler l’illettrisme : un acquis pas bien solide au départ, qui n’est ensuite pas entretenu. « Pour remplir des documents, quand j’avais une lacune, je demandais à ma sœur. » Le coup du sort intervient voici deux ans, lorsque le quadragénaire est embauché chez son actuel employeur, signant un contrat qui l’incite à suivre une formation. « Ça aurait été bête de ne pas le faire. »

« Un groupe motivé »

De fait, il semble motivé. À l’instar des quinze autres stagiaires âgés de 20 à 55 ans de cette singulière classe qui trouve son financement dans les entreprises et au conseil régional. « On a ici un groupe motivé, confirme Christine Duhamel, formatrice. Ils sont curieux, ils posent des questions. » La jeune femme a contribué à créer l’outil sur lequel travaillent ses élèves, un « ensemble multimédia pour l’individualisation en lecture et écriture » (EMILE). « Il renferme 1 200 exercices qui nécessitent écoute, lecture, compréhension, grammaire... Surtout, il permet un gros travail en autonomie. » L’autonomie... Finalement, c’est ce que vient chercher la Lambersartoise Cathy, jeune introvertie de 36 ans qui cherche en permanence à se cacher derrière son timide sourire. « Ma mère ne sera pas toujours là, murmure-t-elle. Et faire les papiers administratifs, ça posait problème. »  Alors depuis octobre, elle se prend en main. Deux fois par semaine, jusqu’en juin. « Le premier jour, c’était dur. Mais je veux aller jusqu’au bout. J’écris sur mon cahier. Je relis chez moi. » Son objectif: passer le permis. « Et, pourquoi pas, passer des concours... » Histoire d’oublier qu’elle a quitté l’école au niveau seconde et d’échapper à son quotidien d’agent de nettoyage.

Alain, lui, avait 16 ans quand il a quitté le système scolaire pour se lancer dans la mécanique. « Dans les mains, j’avais de la graisse plutôt qu’un stylo », résume-t-il. Il parvient quand même à rentrer dans la fonction publique territoriale, dans l’agglomération lilloise. «  Je savais qu’il y avait des possibilités de formation. » L’idée de progresser par le biais des concours le titille. Il se lance, à 42 ans. «  Faut se remettre dans le bain. Tenez, vous par exemple. Vous écrivez vite. Ça va tout seul. Moi, je suis obligé de réfléchir. Les conjugaisons, tout ça... Il faut se remettre dans le bain. » Des moments de découragement? « Oui, ça arrive. C’est dur à vivre. On se sent parfois isolé. On n’en parle pas. Mais on se rend bien compte qu’il est indispensable de savoir lire et écrire. » Christine, la formatrice, annonce la pause café. Certains stagiaires préfèrent rester plongés dans leur écran. « Le plus difficile, c’est de passer la porte. Une fois à l’intérieur, ça va. Ici, ils trouvent de l’ouverture vers les autres, de l’estime de soi. Et surtout, la reprise de confiance ... »

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CHRISTOPHE CARON [region@lavoixdunord.fr]


vendredi 22 juin

Au pays de Voltaire et d'Hugo

Au pays de Voltaire et d'Hugo,
un français sur mille est en prison,
un français sur vingt est en situation d'illettrisme.

Belle et douce France en vérité.
Le libéralisme a beaucoup de vertus.
Notamment celle de produire ses exclus
- cette bonne vieille "armée de réserve",
de plus en plus nombreuse
au train où va le souffle libéral.

Où sont les humanistes français
qui énonceront clairement les enjeux humains
de notre vie réglée sur le papier millimétré
de l'efficacité économique
c'est-à-dire du profit de quelques uns ?

Mais les Français semblent ainsi faits
qu'ils se choisissent avec délice
un avenir pour les noircir.