jeudi 03 juin

De la bienveillance universelle de l'État d'Israël

Ainsi, "Israël est un état juif dont les valeurs restent exemplaires, éthiques et respectueuses de l'être humain et du droit international", si l'on en croit cet article du site Alliance qui se veut le premier Magazine Juif sur le net.

Ah ! ... Ah ? ... Que dit l'article* ?

  1. Le début développe à peine le titre : "La nièce du chef du Hamas se fait soigner en Israël pour une greffe osseuse".
    Ce qui permet à l'auteur de l'article d'ironiser ensuite sur le "toupet [de] confier sa famille à l’ennemi dont on appelle à l’élimination « de la mer au Jourdain »". Tout le monde est plié en deux !
  2. Puis vient la sentence : "Israël est un état juif dont les valeurs restent exemplaires, éthiques et respectueuses de l'être humain et du droit international" (la mise en caractère gras n'est pas de moi) - ce qui devrait, gronde l'auteur, inciter "les nations du monde, l'ONU,  Mme Bachelet la  Haut Commissaire aux Droits de l'Homme, l 'Union Européenne, la Cour Pénale internationale toutes les ONG pro palestiniennes, les activistes de B D S", ce qui devrait inciter tout ce beau monde à réfléchir un peu "avant de parler de l'État d'Israël".
    Car il ne faut pas mettre sur le même plan un peuple qui met à disposition de "toute l'humanité" "les avancées technologiques de ses start up" et ce peuple "obscurantiste" des "islamo palestiniens" qui ne promeut que "le meurtre, la mort, la décadence".
  3. Puis vient cette phrase syntaxiquement peu claire : "Le BNVCA rappelle à tous ceux qui hurlent « Israël assassin »  que tout celui qui se  considère comme un ennemi invétéré de l’entité sioniste, sait qu’il peut compter sur l’accès aux meilleurs soins et à la plus grande bienveillance pour sa famille".
    On comprend l'idée cependant : l'État d'Israël sait faire preuve d'une bienveillance universelle, c'est-à-dire y compris à l'endroit de son "ennemi invétéré".
  4. DONC l'"État juif d'Israël" ne donne pas du tout dans l'apartheid. C'est même le contraire !
  5. Retour sur du factuel : la presse internationale n'évoque même pas ce bébé juif et israélien "gravement blessé par des jets de pierre à Jérusalem" durant un de ces "pogroms anti juifs" qui ont l'air si fréquents...
  6. Pour conclure cette brillante démonstration, le BNVCA nous fait partager ses espoirs : "un prompt  rétablissement à ces deux enfants qui illustrent le drame de cette région" (la nièce du début et le bébé de la fin du plaidoyer) et "qu'un jour la raison dominera et [qu']ainsi  les enfants palestiniens sortiront du cauchemar de haine et apprendront que les habitants d'Israël soignent, guérissent et sont bienveillants".

Après une telle lecture, "à plat" ou presque, il convient de contextualiser la pensée qui y circule et peut-être d'abord d'énoncer un axiome de la pensée correcte : un fait ne prouve rien. C'est pas moi qui ai inventé cette belle maxime. Je ne fait que répéter ce que disait mon professeur de philosophie au début des années 70 : pour passer du fait à l'idée, il faut une démonstration etc. où le fait serait si tout va bien ravalé au rang d'exemple probant (j'espère ne pas trahir ce que professait ce très cher Monsieur Rodier, prof. de philo au lycée Bergson à Paris au début des années 70).

Contextualisons :

  1. Qui est la nièce du chef du Hamas, en dehors d'être la nièce du chef du Hamas ? On ne sait pas. L'auteur n'en dit rien. Peut-être est-elle en froid avec son oncle et en serait devenue pro-israélienne ? On ne sait pas !
  2. L'évocation de ces "pogroms anti juifs" qui ont l'air si fréquents laissent pantois. Si on recourt au dictionnaire, on apprend qu'un pogrom est un "massacre et pillage des juifs par le reste de la population (souvent encouragée par le pouvoir)" [Le Robert]. Parler de "pogroms anti juifs" est donc pléonastique, comme si notre auteur voulait insister sur le malheur des juifs - ce qui est sémantiquement abusif !
    Je me souviens plutôt, quant à moi, de ces manifestations d'Israéliens criant "mort aux arabes" dans les rues, manifestations autorisées puisque non interdites par le pouvoir israélien. Étaient-elles encouragées par le pouvoir ? Je me souviens de ce que disait la presse internationale au lendemain de cette fameuse nuit du 22 au 23 avril dernier à Jérusalem. Je n'irai pas jusqu'à dire que de telles manifestations pourraient bien être les prémisses de "pogroms anti arabes". En tous cas, évoquer ici des "pogroms anti juifs" est historiquement et factuellement abusif ! Cet abus semble vouloir passer sous le tapis les cris de haine raciale proférés à Jérusalem et ailleurs. 
  3. Les événements récents qui se sont bien heureusement soldés par un cessez-le-feu, ces événements ont été motivés, sucités par une situation délétère qui, depuis trop longtemps, confine les palestiniens dans leurs territoires toujours de plus en plus réduits à peau de chagrin, dans leurs territoires toujours davantage colonisés au mépris du Droit International, voire de la simple éthique universelle (Kant, reviens, ils sont devenus fous !). La pensée juste voudrait qu'on ne dissocient pas des événements de leurs causes profondes !
    Bref, prétendre que  l'"État juif d'Israël" ne donne pas du tout dans l'apartheid et que c'est même le contraire, prétendre cela est un contresens volontaire et intenable du point de vue des faits correctement rapportés et analysés.
  4. Quand je regarde autour de moi, tout le monde ou presque est pro-israélien = anti-palestinien. Au loin, les USA et plus près de chez moi l'État Français et encore plus près de chez moi, le maire de Nice... Bien sûr tout cela devrait être nuancé, mais c'est bien la tonalité générale. Du coup, le couplet Calimero qui consiste à dire que personne n'aime l'État d'Israël ne repose sur aucune réalité tangible.
    Ceux qui dénonce l'apartheid et le colonialisme israéliens n'aime pas l'État d'Israël quand il traite les gens en fonction de leur religion ("État juif d'Israël") et quand il exile de force les palestiniens de leurs terres, quand il détruit leurs maisons, quand il est sourd aux résolutions internationales, quand il s'assied sur les principes fondamentaux du Droit International, voire de la simple éthique universelle...

bnvcaL'auteur du post n'est autre que Sammy Ghozlan, fondateur de l'organisation pour la "lutte contre le racisme et l'antisémitisme", le B.V.N.C.A. Cet organisme international, qui a une adresse parisienne, se dit "toujours en alerte" pour lutter... Son visuel s'orne de deux représentations de la justice : dans l'une, les deux plateaux sont à l'équilibre, dans l'autre la balance penche, semble-t-il, du côté du terrorisme antijuif. Car, c'est un peu comme la LICRA française : pour cette association française comme pour le B.V.N.C.A., l'antisémitisme n'est pas un racisme comme les autres et il est de bon ton de l'en distinguer - ce qui constitue à mon sens une distinction raciste. Pourquoi distinguer en effet, du point de vue humain (le seul qui importe du point de vue universel), entre juifs, musulmans, arabes, chrétiens, blancs..., que sais-je encore ? Quand, en France, on commet des actes anti-musulmans, on (les autorités, les médias) parle de racisme. Quand, en France, on commet des actes anti-juifs, on (les autorités, les médias) parle d'antisémitisme. Cherchez l'erreur !

...

Si l'on reprend toutes les "erreurs" ou plutôt les "fautes" de pensée présentes dans l'article de Sammy Ghozlan, on relève pas mal d'impureté : 

  • laisser penser qu'un fait prouve quoi que ce soit ;
  • énoncer un fait sans le contextualiser - ce qui le laisse incompréhensible, en toute justesse de pensée ;
  • avancer des informations incomplètes - ce qui leur fait perdre leur sens ;
  • cacher des informations importantes pour la compréhension - ce qui est une obstruction caractérisée à la bonne compréhension ;
  • il y en a bien d'autres, mais restons-en là : ce sera suffisant pour aujourd'hui !

Et s'il est vrai que la joie accompagne comme son ombre celui qui persiste à entretenir des pensées pures, comme dit un certain James Allen cité en page d'accueil du site du B.V.N.C.A. (la source n'est pas précisée, dommage !), ça ne doit pas être la joie tous les jours en B.V.N.C.A... Au moins un discours promotionnel voire électoral se rôde et continue de se rôder avec ce genre d'écrit... qui ne passerait pas l'épreuve de philo du baccalauréat. La propagande n'a jamais permis de bien penser, n'a jamais permis de penser juste, encore moins d'atteindre la pensée pure !


 *  Les liens proposés ci-dessus vers cet article semblent ne plus fonctionner. Ne semble rester que le communiqué de presse. Mais l'article entier a été repris, à peine corrigé et modifié, le 31 mai, sur Tribune Juive, sous le titre « Combien faut-il de toupet pour confier sa famille à l’ennemi dont on appelle à l’élimination “de la mer au Jourdain” ».



mardi 05 avril

Facebook terroriste ?

Je lis dans divers posts que Facebook censure les pages appelant à un soulèvement en Palestine. En effet, Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, a ordonné la suppression de comptes et pages de son réseau social appelant à un soulèvement en Palestine, le 15 mai prochain, anniversaire de la Nakba. Depuis le 6 mars, plusieurs pages Facebook ont appelé à une troisième intifada. Elles ont réunies jusqu’à un demi-million d’internautes.
Prise à la demande des autorités israéliennes, cette décision de Facebook met à mal la neutralité du Net. Devrons-nous supprimer nos pages Facebook ?

La question, pour moi, n'est pas de savoir s'il y a des palestiniens terroristes ou si Israël est coupable de terrorisme d'État (je viens de lire un document édifiant sur la question du conflit israélo-palestinien) ! La question est de savoir de quel droit Mark Zuckerberg censure de la sorte. La question est de savoir si Facebook est un appareil sioniste ou non !


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jeudi 14 octobre

L'inverse du nazisme est encore le nazisme

L'association pour les droits civils en Israël (The Association for Civil Rights in Israel) publie une étude sur les propositions de loi qui seront discutées lors de la session d’hiver de la Knesset.

D'où il ressort que certaines dispositions envisagées par l'État israélien rappelle de tristes souvenirs pour celles et ceux qui ont vécu ou étudié l'Europe des années trente et quarante... Il suffit de changer les titulaires des rôles... No comment ! C'est trop gros !

J'ai toujours pensé qu'un État religieux était la pire des solutions politiques côté droits de l'humain.


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lundi 12 avril

Entourloupe à Amsterdam

2010_04_10_11h33m03__cTrois jours à Amsterdam. Promenade tranquille dans les rues et le long des canaux de la ville de Baruch Spinoza. Baruch, c'est-à-dire "béni", béni des élèves des classes de philosophie qui ont tant de mal à entrer dans son texte si dense...

Ce qui est sympa, entre autres merveilles, c'est qu'Amsterdam fourmillent de musées. Tiens ! As-tu essayé la nocturne du Musée Van Gogh, assidu lecteur, le vendredi soir ? Ce vendredi, admirant à l'aise les tableaux dans les étages, nous étions bercés dans le flot des scintillements charnus de trois xylophones installés au rez-de-chaussée. Magique !

Samedi, j'ai abandonné le groupe familial pour visiter le Bijbels Museum, le long de l'Herengracht. Le livre avec un l minuscule - son histoire, son édition - me passionne et la perspective d'un regroupement de témoignages autour de la Bible - le livre avec un L majuscule - dans la capitale hollandaise où l'imprimerie alla bon train dès le XVème siècle me remplissait d'espoir...

Le diable m'avait trompé ! De l'imprimerie hollandaise de la renaissance je ne vis rien, ou presque : la Bible Moerentorf (Anvers 1599) et un 2010_04_10_11h31m48__cmissel romain de 1620 d'Anvers également.

Par contre, si j'en avais eu désir et besoin, j'eusse été comblé de contempler irrésistible histoire du peuple juif, du Tabernacle à la Palestine, de la fuite d'Égypte à l'impérialisme.

Tout était là.
Tous les symboles forts.

La Bible comme prétexte du sionisme le plus affirmé, du colonialisme le plus revendiqué.

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Devant l'une des vitrines,

j'ai pris conscience d'une continuité

entre les Croisades médiévales et

le colonialisme israélien.

Il me semblait toucher du doigt

la raison souterraine

qui empêche les peuples chrétiens

de vraiment dénoncer le génocide palestinien...


dimanche 31 août

Quelques lectures d'été : de fil en aiguille...

Cet été, j'ai lu quelques articles et ouvrages. Plaisir du temps de lire. Étourdissement des fils qui s'entrelacent, finissant par tisser un enchevêtrement unique et provisoire, aux mesures du lecteur particulier à un moment particulier... Et cette histoire-là est sans fin, car, au fil de la lecture, des visions d'entrelacs apparaissent fugaces ou tenaces, des livres se montrent qui, non encore parus, attendent d'être lus...

Comme celui de Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé (à paraître en septembre chez Fayard). Éric Rouleau l'avait annoncé dans la livraison de mai dernier du Monde Diplomatique. Dans celle d'août, l'auteur présente sa thèse. Je te laisse la liberté de lire, lecteur curieux. Sache seulement que cet article éclaire d'un jour tout neuf l'histoire de ce peuple dont le "destin" embarrasse la conscience européenne depuis des siècles. Ce texte démystifie pas mal de choses (le judaïsme comme religion comme les autres ; la relation entre les juifs et leur Dieu comme simple relation entre le croyant et son Dieu ; la filiation divine des juifs comme mystification théologico-politique ; etc.) et dynamise les analyses que rapporte Étienne Balibar dans sa contribution à l'Agenda de la pensée contemporaine (« "Dieu ne restera pas muet" - à propos du sionisme : messianisme et nationalisme », in Agenda..., n°9, Flammarion 2007). Voici mon schéma de lecture des pages 30 à 45 de cette contribution (le pdf correspondant est ici) :

Balibar2007a

Analyses et lectures à suivre donc...
On est bien loin de la sortie d'Alain-Gérard Slama le mardi 8 juillet sur RTL ("Il y a souvent des liens entre la virulence dans la dénonciation de l'argent, des riches, et puis l'antisémitisme"), que commente Vincent Cheynet dans la dernière livraison de La Décroissance (n°52, p.5) et qui a fait parler d'elle sur le web à l'occasion du lynchage d'un journaliste de Charlie Hebdo (Siné)[1]. Balibar, lui au moins, réfléchissait. Voici le schéma que je titre de sa réflexion (pdf ici) :

Balibar2

[1]  Voir le point proposé par Patrick Rimbert sur cette affaire.


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mardi 17 juin

Racisme et antisémitisme

Depuis le sujet proposé à l'épreuve du dossier du CAPES de documentation il y a deux ans, j'ai du mal à voir clair dans l'articulation entre racisme et antisémitisme. Que l'antisémitisme ne soit pas considéré comme un racisme comme les autres m'a toujours interrogé et conduit à penser que distinguer l'antisémitisme parmi tous les racismes est en soi une discrimination, la discrimination étant l'une des marques congénitales de tout racisme. Sûr de mon raisonnement, je n'osais l'avouer de peur d'être accusé d'antisémite...

Quelle ne fut donc pas ma joie quand je lus, dans le Monde Diplomatique de ce mois de juin 2008, le texte de Tony Judt, "Trop de Shoah tue la Shoah" (p.22-23), où l'on voit comment l'on est passé du déni du caractère raciste de l'antisémitisme (juste après guerre) à une sorte d'inversion du problème que pose l'antisémitisme (aujourd'hui) !

Tony Judt déroule cela en trois temps :
schéma en html ou en pdf à imprimer en A3

juste après la guerre

  • en Europe de l'Est, dès après la guerre, la Shoah fut ignorée [parce que il fallait oublier que c'est en Europe de l'Est qu'il y eut les plus grandes atrocités, et de nombreux "collaborateurs" ; parce que il fallait que les victimes non juives du nazisme et du bolchevisme oublient leurs propres souffrances ; parce que la judéité des victimes soviétiques du nazisme fut minimisée par les autorités soviétiques ; parce que "finalement, après quelques années, à la mémoire de l'occupation allemande succéda celle de l'oppression soviétique"]

  • en Europe occidentale, ce fut un autre monde, mais il y eut le même oubli [parce que les pays "occupés" soignèrent leur image de résistance - pour oublier leur humiliation et parce que les allemands s'apitoyèrent sur leurs propres souffrances]

ensuite

  • années 60 une nouvelle génération découvre...

  • années 80 la Shoah est connue d'un public de plus en plus large...

  • années 90 fin de la division de l'Europe... repentances officielles et commémorations...

  • "aujourd'hui, la Shoah est une référence universelle" (programmes scolaires et productions de récits et d'analyses)   

aujourd'hui, "le souci de notre époque pour la Shoah [...] pose cinq problèmes" :

  1. dilemme des mémoires incompatibles (sorte de conflit des mémoires de la souffrance humaine ?)

  2. exactitude historique et risques de surcompensation

  3. difficulté de tenir la notion de "mal unique" - ce qui entraîne une dilution de la notion de mal

  4. la lutte contre l'antisémitisme comme "raison" d'ignorer les autres maux de notre époque

  5. la lutte contre l'antisémitisme comme justification du sionisme

Ce schéma est concis et l'article mérite une lecture approfondie, tant le regard qu'il déploie sur les soixante dernières années donne à réfléchir et risque d'ouvrir les yeux à de nombreux fanatiques et autres gens qui se contentent d'approximations historiques et morales. Un beau risque !


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