mercredi 07 octobre
L'homme serait une chose...
Navrants, ces propos de ceux qui ont les clés de l'État, propos qui indique on ne peut plus clairement clairement ce qu'est l'homme dans l'idéologie néolibérale qui est la leur.
L'autre jour, à la radio, j'entends Brice de Neuilly parler de "stock de détenus", comme si la qualité de détenu rabaissait l'homme à n'être qu'une chose, voire une marchandise (usage économique du terme 'stock', usage majoritaire) ou un animal (usage biologique du terme, minoritaire). L'homme est ici compté comme on compte des boîtes de petits pois dans l'entrepôt d'une grande surface, ou des bottes de carottes dans la réserve du marchand de primeurs...
Aujourd'hui, je lis sur le site Miroir social, qu'on a entendu un haut représentant de l'État "déclarer à propos de la réforme de la Fonction publique et des nouvelles approches "managériales" qu'un fonctionnaire "ça doit tenir dans 12m2 ; c'est comme le brodequin du Moyen-Âge, je suis parfaitement déterminé à le régler à la bonne taille.""
Alors là, c'est le pompon ! Un haut fonctionnaire qui avoue :
que les fonctionnaires doivent être lotis comme des lapins, chacun son clapier, pas trop grand pour stériliser les pulsions de liberté (de mouvement, c'est-à-dire de pensée)
que le travail, dans la fonction publique, est une torture particulière ; on savait que le travail en général était d'abord une entrave, mais là, s'agissant du travail au service de l'État, on franchit un cran supplémentaire dans la précision : il s'agit d'un supplice tout particulier, celui qu'on appelait "la torture des brodequins" (eh oui, c'est au pluriel, Monsieur le tortionnaire !), pour faire avouer en broyant les os des jambes ; on comprends dès lors que, les os broyés, le fonctionnaire n'ait pas vraiment besoin de place pour "travailler" : plutôt que 12m2, je verrais bien juste la place qu'une civière occupe au sol, non ?
Conclusion, l'humain est une chose, et, quand il veut être un homme ou une femme au service de l'État, ce dernier rêve de le ou la confiner en lapin(e) empêché(e) de bouger.
Joli spectacle, non ?
jeudi 17 septembre
Beaux jours du racisme...
Si je me souviens bien (?), le fondement pratique du racisme tient dans la généralisation d'un trait de caractère d'un individu pour stigmatiser un groupe d'individus... Je crois pouvoir dire que c'est comme ça que Raymond Aron, qui n'était pas vraiment un penseur de l'extrême, définissait le racisme.
Quand le président d'un club de foot dit qu'il ne sera pas"un président à la libanaise ni à l'africaine", faisant référence à la nationalité ou à la nationalité des parents (je n'en sais rien, je ne connais pas ces hommes) des présidents qui l'ont précédé, il fait bien fonctionner cette mécanisme détestable de la stigmatisation outrancière. Il tient bien des propos de nature raciste.
Que le président en question ait été très récemment et longtemps le directeur de l'information de la chaîne privée de télévision amie des politiques en place ne peut qu'accentuer le trait ! D'abord le trait de la confusion entre sport et politique, concrètement (Sarkozy comme vrai patron de l'information) et idéologiquement (le sport et la politique comme exacerbation du mythe de la concurrence comme seul fonctionnement possible). Ensuite le trait du pétainisme ambiant de ceux qui tiennent la gouvernance de notre si beau pays. Les propos de Brice de Neuilly ne sont qu'un épiphénomène parmi tant d'autres. C'est bien globalement que nous baignons dans un racisme diffus mais d'autant plus prégnant quand il s'exprime dans le cadre de la médiatisation du sport et/ou de la politique...
Triste pays des Droits de l'Homme !
mardi 21 juillet
Disparition programmée de la Direction des archives de France
Pétition lancée par l'Association des archivistes français
Date de création : 17-07-2009
Date de clôture : 31-01-2010
Disparition de la Direction des archives de France : on détruit un outil indispensable à la démocratie.
L’Association des archivistes français déplore la disparition de la Direction des archives de France, diluée dans une « Direction générale des patrimoines de France », dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP). Cette réorganisation, prévue dans un contexte d'austérité, s'accompagne d'une baisse réelle des effectifs. Elle met en cause à moyen terme la visibilité de la fonction archives voire son existence même.
1) Les archives sont un outil majeur pour l’exercice de la démocratie. Elles constituent l’arsenal juridique et informationnel de l'État et des collectivités territoriales.
L’organisation des archives dès leur production s’inscrit dans le cadre de la défense des intérêts de l’Etat et des pouvoirs publics. Un dossier se constitue et se conserve de façon active et volontaire, et non de manière passive et hasardeuse. Les archives électroniques plus encore que les autres ne peuvent être préservées si on ne se préoccupe pas de leur traitement.
La transparence administrative et le droit pour chacun de connaître les raisons des décisions de ceux qui le représentent ainsi que leur mise en œuvre ne peuvent exister sans une organisation archivistique élaborée.
Or les archivistes savent bien qu’ils ne sont reconnus comme crédibles pour faire face à des destructions abusives que s’ils peuvent avoir recours à une autorité forte et clairement identifiée par l’ensemble de leurs partenaires (et non pas à un sous chef de bureau par exemple). Affaiblir cette autorité, c’est retourner à une situation vécue au XIXème siècle et qui a eu comme conséquence des pertes désastreuses de documents fondamentaux.
C’est aussi, alors qu’une nouvelle loi renforce les droits des citoyens en matière de transparence administrative et d’accès aux documents, la condamner rapidement à ne pas être véritablement appliquée.
2) Les archives constituent une des principales sources de l’information du citoyen et de la recherche historique. Elles construisent au quotidien la mémoire de demain.
L’affaiblissement du pilote du réseau, et de ses moyens d’action, fait planer une menace sur l’accomplissement de l’ensemble de ses missions
Le respect des règles et la normalisation des pratiques de traitement des archives sont des conditions sine qua non d’un État de droit. Le réseau des services agissant actuellement sous le contrôle de la Direction des archives de France comporte un millier de services d’archives, gouvernementales, territoriales et d’organismes privés chargés de missions de service public. Il a besoin d’une tête solide et visible pour l’animer et lui fournir un cadre normatif. La garantie pour les pouvoirs publics, les citoyens et les chercheurs de retrouver une information fiable et intègre passe par le maintien et même le renforcement de cette structure.
Pour toutes ces raisons, l’Association des archivistes français (AAF), qui représente une large majorité des responsables et des professionnels des services d’archives publics et privés, ne peut se résigner à ce gâchis.
Nous, signataires de cette pétition, soutenons l’action de l’AAF et demandons que la fonction archives soit maintenue et développée à un haut niveau de l’État, visible, avec des missions renforcées de contrôle sur les archives publiques, d’appui pour les services d’archives publiques et privées, disposant des moyens nécessaires pour faire autorité vis-à-vis des administrations et des élus de tous niveaux et piloter efficacement le réseau.
Pour lire les communiqués de l’AAF : http://www.archivistes.org/rubrique.php3?id_rubrique=37
Pour prendre connaissance des actions de l’intersyndicale CGT-CFDT contre la RGPP dans les archives, voir les sites de la CGT Archives et de la CFDT Culture...
Pour signer, c'est là.
Du boulot grâce à Pôle Emploi ? Non, du profit !
Lu ce matin dans Les Échos
Débordé, Pôle emploi confie 320.000 chômeurs au privé... Le service public de l'emploi présente son plan d'urgence pour la rentrée. L'accompagnement par le privé, jusqu'alors limité, sera massif. Cabinets de reclassement et agences d'intérim s'arrachent le marché. Pôle emploi finalise son plan d'urgence pour la rentrée, que le secrétaire d'État à l'Emploi, Laurent Wauquiez, présente ce matin. L'accompagnement de 320.000 victimes de licenciement économique et chômeurs en difficulté va être confié à des opérateurs privés. Le mouvement sera lancé à la rentrée et s'étalera jusqu'à 2011. La direction de Pôle emploi et les partenaires sociaux se réunissent cet après-midi pour sélectionner les opérateurs retenus parmi la grosse quinzaine de candidats. Les grands cabinets de reclassement et les poids lourds de l'intérim sont à l'affût de ce marché de plusieurs centaines de millions d'euros. Expérimentée depuis 2005, une telle sous-traitance au secteur privé restait jusqu'alors limitée. En 2007 et 2008, seuls 46.000 chômeurs étaient concernés, mais les difficultés actuelles de Pôle emploi, dont les agents sont débordés, ont poussé à un passage accéléré à la vitesse supérieure. Les syndicats accompagnent le mouvement mais exigent un strict contrôle du travail des opérateurs privés.
Ce qu'on dit moins, c'est que le bilan des essais antérieurs a montré que les résultats étaient loin d'atteindre les objectifs annoncés en grande pompe. L'idée que les officines privées seraient plus proches de l'économie réelle et du marché du travail concret n'est qu'un vilain préjugé que ledit bilan a très clairement dénoncé ! Le monde ultra-libéral est décidément incorrigible, il ne veut rien entendre ; et il est clair que la finalité de tout ça n'est pas celle qui est annoncée (lutter contre le chômage des peuples) mais bien de faire fonctionner des boîtes où la recherche du profit est le ressort principal de l'activité... Il aurait sûrement suffit de donner à Pôle Emploi les moyens de ses missions pour que l'appel à la concurrence (ici "faussée" et "déloyale", du moins entre le service public et les intérêts privés !) ne soit pas justifié.
lundi 13 juillet
Bloqueur bloqué !
Après la militarisation de la fonction publique enseignante, voici l'éviction scolaire pour conscience politique active !
Ainsi Tristan, élève de 1ère ES à Maurice Ravel (Paris 20ème), ne pourrait être inscrit en Terminale que s'il abdique sa conscience politique et promet de ne plus mener de combat politique en tant qu'élève citoyen. Lis Libération, lecteur attentif !
On notera au passage qu'il n'est pas mauvais élève puisqu'il est admissible à l'inscription dans la classe de niveau supérieure... Dieu sait si je trouve que bloquer les établissements d'enseignement n'est pas la meilleure façon de faire valoir ses droits à une éducation meilleure. Je l'ai déjà dit à certains de mes étudiants (cf. ma lettre de nov.2007). ceci dit le respect du principe fondamental de la liberté politique passe par l'acceptation des formes de lutte choisies par ceux - trop rares à mon goût! - qui ont une conscience politique - sous réserve de la non mise en danger d'autrui, of course.
En fait, pour ceux qui nous gouvernent (les grandes entreprises et leurs valets), le citoyen qui franchit la porte de l'usine ou du bureau doit laisser dehors sa conscience politique et sa liberté d'expression. Il en va de même dans le secteur éducatif : l'enseignant doit obéir comme le sous-officer doit obéir à l'officier, et l'élève doit obtempérer et s'interdire d'importer dans l'enceinte scolaire les méthodes de lutte syndicale classique.
Bien sûr, la rhétorique classique est mobilisée dans cette exigence d'abdication : bloquer c'est pas beau, ça empêche les gentils élèves dépourvus de conscience politique de travailler, etc. On aime ou on aime pas. Moi j'aime pas ! Il y a comme de l'illégitimité à condamner celui qui se bat pour une éducation plus juste au motif qu'il empêche le fonctionnement (injuste donc) du système éducatif...
Et puis, il y a comme un problème quand on voit un exécutif bling-bling et à la solde du grand patronat jouer les pères fouettards. Non ?
jeudi 25 juin
Message(s) : décryptage à fleur de discours
Eh ben ! Ça promet !
Quand je suis tombé hier après-midi sur la dépêche de l'AEF qui rendait compte de la passation de pouvoir au ministère de l'Éducation Nationale, mon sang n'a fait qu'un tour !
Extraits des propos rapportés de Luc Chatel.
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Un pays qui croit en l'avenir est un pays qui investit dans l'éducation.
Formidable ! Nous avons affaire à un homme de foi, à quelqu'un qui croit dansl'éducation et dans l'Éducation Nationalel'avenir. Plus loin le jeune ministre insiste : il est "fier" d'avoir été nommé au "ministère de l'avenir". L'avenir de qui, de quoi ? On ne saura jamais : l'avenir c'est tout ! Quelle est donc cette foi sans objet, cette foi aveugle non parce qu'elle croit tout mais parce qu'elle ne voit pas ce en quoi elle croit... Comme disait Sartre de la conscience, tout avenir est avenir de. Avenir tout seul, ça ne veut rien dire.
C'est la deuxième partie de la phrase qui va nous éclairer : la foi dans l'avenir y est enserrée dans un discours sur l'investissement, dans un discours économique [investir = placer de l'argent, des capitaux dans un secteur de l'économie ou dans une entreprise, pour en tirer des revenus, selon l'excellent TLFI] où l'éducation est une instance dont on peut tirer profit...
Nous sommes donc dans la zone de la marchandisation de l'école... Nous sommes dans l'idéologie libérale la plus orthodoxe, c'est-à-dire celle qui est socialement la plus dure. Notre pays a besoin de tous ses enfants pour gagner le pari de l'intelligence.
Belle phrase en vérité, mais qui en reste au niveau de l'annonce et de la pétition de principe. Et tout le monde sait que les principes annoncés en politique sont rarement dans ce monde libéral les véritables moteurs de l'action publique...
De quelle intelligence parle-t-on ici ?
Et puis, ces relents de patriotisme : allons z'enfants de la patri-i-e etc. Ça sonne bizarre au moment où le premier ministre nous chante l'unité nationale face à l'ennemi, la crise - qui, soit dit en passant, permet à pas mal de copains de la droite au pouvoir de s'en mettre plein les fouilles...Interrogé sur les 16.000 suppressions de postes à la rentrée 2010 annoncées dans la presse hier mercredi par Xavier Darcos, il répond : Ce qui est important c'est que le taux d'encadrement reste identique. Intéressant comme tour de passe-passe ! Pour moi, à l'Éducation nationale, il y a trois grands types de fonctions : le face-à-face pédagogique, l'encadrement direct et l'environnement direct du face-à-face pédagogique, et l'encadrement ministériel (super-structure qui ne travaille pas dans les établissements scolaires, mais dans les services du Ministère). Quand donc Luc Chatel dit "taux d'encadrement", il veut dire quoi précisément ? Il se compte dedans ?
En fait, taux d'encadrement, ça me fait penser aux ratios de calcul de financement des colonies de vacances et autres activités socio-éducatives... On est bien dans le monde de la calculette.Plus loin, le ministre précise qu'il aborde cette nouvelle mission avec humilité, sens de l'écoute mais aussi détermination et sens des responsabilités. En clair, il veut bien réunir pour discuter, mais, de toute façon, il est déterminé (il sait déjà ce qu'il veut) et le sait parce qu'il a un grand sens des responsabilités - ce qui n'est clairement pas le cas de ceux qu'il invitera à discuter...
Ensuite, interrogé sur le cumul des fonctions - Luc Chatel est à la fois ministre de l'Éducation nationale et porte-parole du gouvernement - il fait valoir que le porte-parolat, c'est faire preuve de pédagogie », ce qui « se marie très bien avec l'Éducation nationale. Alors là, c'est le pompon ! Il se trahit, mettant sur le même pied, ce que l'homme politique appelle pédagogie et la pédagogie dont parle les pédagogues ! La pédagogie de l'homme politique, c'est quand il bute sur le refus de la population et déploie une panoplie rhétorique grandiose pour "convaincre" le populo d'accepter de se faire berner. Ce qui n'est pas tout à fait le propos d'un Philippe Meirieu ou d'un Célestin Freinet... Ça ferait plutôt ministère de l'Instruction publique comme on disait il y a très très longtemps.
Mais le pompon des pompons revient au Sieur Darcos qui lache un Luc Chatel va apporter dans cette maison un regard neuf, un regard sain. Pourquoi donc ? Avec lui c'était vieillot et malsain ?
Á suivre.
mercredi 24 juin
Les motivations profondes remontent toujours à la surface...
Lu sur le site de La Tribune ce matin :
POLITIQUE
Éducation : 16.000 postes seront supprimés en 2010
Grâce à une réforme de la formation des enseignants, l'éducation nationale supprimera un nombre record de postes.
On comprend mieux dès lors pourquoi la droite (ultra)libérale s'attaque régulièrement au "pédagogisme" des professionnels de l'enseignement. Tout n'est donc qu'une histoire de redistribution financière... Et Monsieur Luc Chatel, diplômé de troisième cycle en marketing qui remplace le roi de la règle de trois, devra nous convaincre qu'il est bien responsable de la politique éducative de notre pays...
vendredi 31 octobre
Histoires de brouillages... (encore ?)
Depuis qu'il a été élu Président de la France mais déjà pendant sa campagne électorale, notre roi d'Maubeuge nous embobine à coups de brouillages de frontières mâtinés de pseudo-bon-sens-commun : brouillages sémantiques, brouillages politiciens, brouillages sociaux, brouillages stratégiques, brouillages idéologiques... Que ne brouille-t-il pas au nom du pragmatisme ? Que ne brouille-t-il pas pour se maintenir au pouvoir, pour ne rien perdre de son pouvoir actuel, pour prendre tout le pouvoir. En effet, la prise de pouvoir passe par l'inhibition de la faculté de pensée de l'autre et le brouillage systématique fait partie des modes d'une telle inhibition.
Le goût du pouvoir ? Certes. Mais pas seulement ! En se rasant le matin, avant même d'être candidat à la « fonction suprême », il pensait à cette ultime marche qu'il comptait gravir pour couronner sa carrière politique. En se rasant le matin, maintenant qu'il a gravi cette marche, il pense à la stratégie qu'il faut mettre en œuvre pour toujours mieux enrichir les riches c'est-à-dire appauvrir les pauvres, pour permettre à ses amis de la finances, de l'industrie et des médias, ceux-là même qui l'ont grandement aidé à gravir la marche en question, d'accomplir toujours mieux leur destin de prise de pouvoir économique et politique (l'homme politique comme marionnette active non seulement consentante mais intéressée manipulée par les potentats économiques).
Il est un front où tout le monde (partis politiques, syndicats patronaux et syndicats de salariés, tout le beau monde quoi !) semble d'accord, où personne ne remet en cause ce qui n'est pourtant qu'un postulat idéologique. Je veux parler du statut et du rôle de la formation. Je veux parler de l'instrumentalisation de la formation, de son enfermement dans la politique de l'emploi, de sa réduction à un outil d'ajustement économique, bref de sa soumission ancillaire au service de l'économique. Notre beau pays fut pourtant pionnier il y a bientôt quarante ans, lorsqu'il grava la formation continue dans le marbre de la loi, l'inscrivant comme une obligation nationale. C'était en 1971 (Loi no 71-575 du 16 juillet 1971). La formation professionnelle continue y était organisée dans le cadre de l’éducation permanente - ce qu'on appelle aujourd'hui formation tout au long de la vie. L'objectif qu'on lui assignait alors était de permettre l’adaptation des travailleurs au changement des techniques et des conditions de travail, de favoriser leur promotion sociale par l’accès aux différents niveaux de la culture et de la qualification professionnelle et leur contribution au développement culturel, économique et social. De ces deux objectifs, n'en subsiste qu'un seul : l’adaptation des travailleurs au changement technologique et/ou organisationnel. Exit la promotion sociale des travailleurs, que ce soit par l’accès aux différents niveaux de la culture et de la qualification professionnelle, comme dit le texte de 1971, ou par un autre biais : il y a belle lurette que le fameux « ascenseur social » est en panne ! Quant à la contribution des travailleurs au développement culturel, économique et social, c’est TF1 qui s'en charge ! La formation est devenue un outil de la politique de l’emploi, un outil pour calmer les foules : certes, mon brave, ton boss t’as jeté, mais moi, gentil samaritain, je t’offre un stage, et comme ça tu seras enfin « employable » !
Regardez ce qui vient de se négocier chez Renault Sandouville : des actions de formation sont mises en place pour répondre au chômage partiel. La belle affaire : la mise en formation des salariés privés de travail va résoudre le problème de leur mise au chômage partiel ! On croit rêver. La formation-placebo existe donc ! Chouette ! Au passage, on admirera la réactivité de ce bon gouvernement qui, décidément, s'occupe bien des malheurs des petites gens, comme on dit à l'UMP : discussion le 29 octobre, mise en œuvre des décisions du 29 octobre le 3 novembre ! Au passage, on a pu voir que le plan de formation de l'entreprise n'était pas du tout au point...
Mais, comme dit le DG de l'UNESCO, la formation est une dimension centrale de la vie adulte. Qu'il est doux et réconfortant d'entendre de telles paroles ! Elles ont été proférées ce 29 octobre, pendant que Laurent Wauquiez discutait avec les organisations syndicale set la direction de Renault Sandouville. Un peu plus loin dans son allocution, Koïchiro Matsuura (c'est lui le DG de l'Unesco) affirme que rallonger d'un an la formation peut accroître de 6% le PIB d'un pays. On ne s'en sortira donc jamais. Pour la simple raison que le système économico-politique qui gouverne le monde est globalement appauvrissant et que, du coup, tout geste social ou politique n'est compréhensible que dans l'urgence du traitement des plaies causées par ce système. Écoutez donc Jan Figel, le commissaire européen chargé de l'éducation, de la formation, de la culture et de la jeunesse. Là où, avec les organisations syndicales, Pompidou et Chaban pensaient (mais étaient-ils vraiment sincères ?) promotion sociale, Jan Figel soumet la formation à l'impératif de l'accès à l'emploi : l'initiative « new skills for new jobs » a été lancée afin d'offrir un meilleur accès à l'emploi, affirme-t-il...
Quant à la dimension culturelle et sociale de la formation permanente, la droite libérale ne lui accorde aucun crédit, dans les deux sens du terme : elle relève de la décision individuelle et n'a donc pas à être prise en charge par la collectivité etc. L'affiliation religieuse est d'ordre individuel ; notre chanoine de Latran en fait une affaire d'État. La culture est d'ordre collectif ; l'ami des grands patrons en fait une affaire privée. Mais on oublie aussi de dire qu'elle peut également être subversive ?
M'est idée que l'ensemble de cette stratégie du brouillage - et pas seulement pour ce qui concerne la formation - n'a qu'une seule finalité : camoufler, tant qu'on peut, les failles du système capitaliste actuel. Non, décidément, Marx n'est pas mort ! Il n'est que d'observer avec quel soin l'équipe présidentielle éteint toutes les dissensions que l'on risquerait d'observer au sein de la majorité. C'est dans ses dissensions que l'on tient le début d'une analyse partielle des contradictions internes de notre système politique. Regardez, par exemple, ce qui se dit à l'UMP au sujet de la décision présidentielle de mettre en place nombre d'emplois aidés : il ne s'agit pas seulement d'une opposition entre un libéralisme soi-disant social et une droite dure. Il s'agit bien d'une seule et même droite française dont le roi d'Maubeuge soi-même, grand chef de cette faction politique, disait que la caricature - c'est-à-dire l'identité remarquable, ce à quoi on la reconnaît - était d'être injuste et insensible aux inégalités sociales ! Bref, les emplois aidés, ce n'est pas pour sauver la vie des petites gens, comme on dit à l'UMP, c'est d'abord pour pallier les ravages causés par le capitalisme libéralissime triomphant et amoindrir la dégradation de l'image qu'on pourrait avoir de lui.
À suivre donc...
mercredi 15 octobre
Partenaires ? Vous avez dit partenaires ?
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Hier, j'ai évoqué ce qui m'obsède dans la façon que prend notre bonne société pour discuter de la question de la formation. Aujourd'hui, Monsieur Fillon cause sur RTL et tient ce langage (je cite l'excellente AEF) :
Le taux de chômage, après être "descendu à 7,2%", devrait enregistrer une "légère remontée autour de 7,4%" en 2009, indique le Premier ministre, François Fillon, qui était l'invité de RTL, ce mercredi 15 octobre 2008. Mais, "en vérité, aucun prévisionniste n'est capable de mesurer ce qui va se passer en 2009, tant qu'on ne sait pas comment on sortira de [la] crise financière, [ni] à quel moment l'ensemble du monde [en] sortira. Nous, nous nous attendons à une remontée du chômage."
Le gouvernement "est en train de mettre en place tous les instruments pour faire en sorte que cette remontée du chômage soit la plus faible possible et que ceux qui seront frappés pendant une période courte par le chômage puissent être accompagnés, c'est à dire mieux indemnisés, et surtout mieux formés", précise François Fillon. "C'est tout le sens de la réforme de la formation professionnelle qu'on est en train de préparer avec le président de la République."
Deux remarques à ces propos ministériels publics.
Tout d'abord, le premier ministre confirme (trop) clairement ce que je disais : la formation comme instrument de la politique de l'emploi (comme si la formation créait des emplois etc.). Comme quoi on peut être premier ministre et ne pas échapper aux facilités de la pensée unique simplificatrice (celle qui évite de penser précisément).
Ensuite, et c'est là aussi très grave, encore plus dans la mesure où cette position risque d'envenimer le dialogue social : les partenaires sociaux (syndicats de salariés et patronat confondus) apprécieront cet accaparement par l'exécutif d'une réforme qui est en train d'être travaillée par les forces vives du monde du travail... Déjà que l'exécutif met la pression sur les partenaires sociaux depuis le début en martelant que le tempo de la négociation n'est pas négociable : la négociation doit rendre ses conclusions pour décision gouvernementale avant le 31 décembre 2008 ! Là, on monte d'un cran : même si les partenaires se laissent imposer sans moufter un tel rythme relativement incompatible avec le temps de la discussion sincère et constructive, même s'ils produisent une série de recommandations positives concernant le fonctionnement de notre système de formation continue, même là, ils n'auront rien fait !
Heureusement qu'on a Nicolas !
Vive le roi d'Maubeuge !
mardi 14 octobre
Réforme ? Vous avez dit réforme ?
J'ai assisté cet après-midi à un séminaire organisé par le cabinet Circé Consultants (sous la houlette de J.-M. Luttringer) consacré à la réforme en cours de la formation. Pierre Ferracci présentait le travail du groupe dit multipartite qu'il a animé, suivi de Philippe Dole qui présenta le rapport de l'IGAS sur les missions des OPCA.
Intéressant ! De nombreux représentants de collecteurs de fonds pour la formation étaient présents et la discussion fut riche.
De tout cela, et de la lecture des divers documents produits à l'occasion de ce travail de réforme, je ne tire pour ma part qu'une seule question ce soir : plus nous avançons dans le temps (plus nous nous éloignons de 1970/1971), et plus l'instrumentalisation de la formation continue par la politique de l'emploi se fait prégnante. La formation est de plus en plus exclusivement conçue comme une variable du marché du travail : adieu l'utopie du développement des individus par la formation et bonjour la relégation socio-professionnelle des personnes dites de "bas niveaux" de formation.
Malgré les dénégations des partenaires sociaux (cf. par exemple le point II,1 du rapport Ferracci), l'éducation permanente a bel et bien disparue de l'horizon contemporain. L'idée même de promotion sociale, si chère aux promoteurs de la loi fondatrice, est carrément liquidée sous nos yeux. L'une des lignes directrices qui ressortent du fonctionnement du groupe multipartite se formule ainsi : "la formation professionnelle est un instrument de la conciliation entre la compétitivité des entreprises, la sécurisation des parcours individuels et le maintien d'un objectif de promotion sociale, conforme aux intentions initiales de la loi de 1971".
Fort bien, sauf qu'il y a un problème : ce triangle ne peut fonctionner. Comment concilier en effet un assemblage aussi hétéroclite ? Il me fait penser au fameux attelage que Platon dépeint dans le Phèdre pour figurer ce qu'est l'âme humaine : un truc qui part dans tous les sens en même temps. Car chacun des pôles de ce triptyque fonctionne selon une logique différente et incompatible avec la logique d'au moins l'un des autres pôles.
Il y a même un pôle qui n'existe pas : la compétitivité de l'entreprise n'est absolument (=dans l'absolu) rien. Elle n'existe qu'à l'issue d'un décompte entre les compétiteurs. Par ailleurs, à quoi se mesure la compétitivité ? Aux parts de marché ? Aux bénéfices engrangés par les propriétaires de l'outil de production ? Au bien-être de ceux qui y travaillent ? Je ne sais si l'on a un étalon correct et si partagé que cela de la compétitivité des entreprises !
À côté de cela, nous aurions la sécurisation des parcours individuels, qui, à bien regarder, n'est qu'une "tension vers", pas un état qualifiable une fois pour toutes. C'est, comme l'insertion professionnelle, quelque chose qui n'est jamais acquis une fois pour toutes, quelque chose qui est perpétuellement passible d'une remise en cause, par exemple sous les coups de la compétitivité des entreprises...
La promotion sociale, là dedans, fait figure d'utopie belle et impossible. Elle n'existe pas. Juste comme objectif, très clairement. À l'heure de l'appauvrissement des pauvres et de l'enrichissement des riches, à l'heure où le seul fonctionnement socio-économique existant de fait produit fatalement le creusement de cet écart, il faut une belle inconscience, ou un sacré culot, pour mettre en avant l'objectif de la promotion sociale...
Bref, le triptyque proposé par les membres du groupe multipartite est une figure de rhétorique dont on a du mal à comprendre en quoi elle a pu faire l'objet d'un consensus. Peut-être parce qu'elle n'est que figure rhétorique ?
Ceci dit, ça fait belle lurette que l'idée d'éducation permanente a été sortie du jeu ! Cela fait un bail que la formation n'est plus qu'un instrument des politiques de l'emploi. Ce qui pose la question des paramètres utilisés pour évaluer la qualité de la formation. S'agissant des demandeurs d'emploi, on va évaluer la qualité de la formation qu'ils ont suivie à leur insertion professionnelle, le cas échéant au type de situation par rapport à l'emploi (CDD, interim, CDI, etc.). Comme si la formation créait des emplois ! On sait bien que la formation ne crée pas d'emploi (excepté les emplois de formateur de plus en plus précaires d'ailleurs). On sait bien que la formation permet juste de faire attendre les demandeurs d'emploi et de rebattre les cartes dans le jeu de l'accès à l'emploi. Il y a une vingtaine d'années, quelqu'un écrivait que la formation permettait de redistribuer autrement la file d'attente à l'ANPE. C'est toujours vrai. Sauf qu'aujourd'hui, la pression est montée d'un cran : ceux qui se retrouvent à la fin de la file d'attente sont stigmatisés comme des bons à rien, des gens qui n'ont pas voulu maintenir voire augmenter leur "employabilité", des "assistés" vivant de l'argent public etc. Dans la mesure où 1) tout le monde ne peut bénéficier de formation et où 2) il n'y a de toutes façons pas d'emploi pour tout le monde, la politique publique de formation produit, lorsqu'elle n'est qu'un des outils de la politique publique de l'emploi, la relégation sociale et professionnelle de personnes dites de bas niveaux. Et cette relégation, la "morale" libérale leur en attribue généreusement la responsabilité... Pas de pitié pour les gueux !

