vendredi 10 janvier

Rhétorique politique de la compétitivité

La vraie compétitivité c'est la capacité à produire dans de bonnes conditions, en respectant les conditions de travail et avec une organisation du travail qui soit humaine, vient de dire notre ministre du Travail, si l'on en croit le site du PS.

Le problème de cette sentence politique, c'est que, quel que soit le dictionnaire vers lequel on se tourne, elle est proprement mensongère, du moins erronée. Ce qu'il y a de commun à toutes les (bonnes) définitions de 'compétitivité', c'est la présence, comme en toile de fond, de l'idée de concurrence, voire simplement de compétition. La compétitivité ne saurait être quelque chose d'absolu : on est plus ou moins "compétitif" en fonction des autres compétiteurs, en fonction des concurrents.

Please-No-Dumping-Thank-YouC'est pourquoi, bien qu'interdit par le droit de la concurrence et dénoncé par la mauvaise conscience qui se cache sous l'habit du loyal-et-non-faussé, le "dumping" est très logiquement dans le droit fil de la compétitivité. Dumping commercial des entreprises, dumping fiscal des États, dumping social des États et des entreprises. L'objectif, par contre, est pour les entreprises toujours unique en dernière analyse : faire du profit - pour emplir les poches des "investisseurs" ou pour améliorer la compétitivité, c'est selon. En tout cas jamais pour améliorer l'emploi et les conditions de travail : la diminution de la masse salariale est une des principales variables d'ajustement pour augmenter la "compétitivité" (i.e. le profit, euh ! pardon la "rentabilité") ; par ailleurs, la qualité des conditions de travail a un coût certain. Du coup les États...

Bref, on baigne dans une concurrence régulièrement "faussée" et "déloyale" parce que nous sommes dans le grand bain de la compétitivité.

Alors pourquoi le ministre essaie-t-il de faire croire que la compétitivité est hors de ces eaux troubles de la concurrence ?

Ah ! Il parle de la "vraie" compétitivité ! Je n'avais pas bien lu le début de la sentence. La compétitivité dont parle les bons dictionnaire serait donc "pas vraie", fausse, mensongère ?

Vous m'expliquez, Monsieur le Ministre ? Et vous, les camarades du PS, vous ne publieriez pas un mot sur ce concept de compétitivité sur votre site ?


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lundi 28 mai

L'occasion de se taire

lagarde3Extrait d'un article du quotidien Le Monde.

"Je pense qu'ils devraient s'aider mutuellement (...) en payant tous leurs impôts", a-t-elle dit dans une interview publiée ce week-end par le Guardian, en évoquant "tous ces gens qui tentent en permanence d'échapper à l'impôt". "Je pense davantage à ces petits enfants d'une école d'un petit village du Niger qui n'ont que deux heures de cours par jour, qui partagent une chaise pour trois et qui cherchent passionnément à avoir accès à l'éducation", poursuit-elle. "Je pense à eux en permanence, parce que je pense qu'ils ont davantage besoin d'aide que la population d'Athènes."
lefigaro-coverVous pouvez lire comment Le Figaro présente ça, mais ATTENTION certaines tournures peuvent choquer !

Classique de chez classique ! C'est comme quand le chômage, c'est à cause de la faute - pardon : de la très grande faute - des chômeurs. Laurent Cordonnier nous l'avait décrit minutieusement dans son bouquin sorti en octobre 2000 aux éditions Raisons d'agir, Pas de pitié pour les gueux. Sur les théories économiques du chômage. J'en avais rendu compte : la dévictimisation accusatrice est l'une des principales armes morales de l'etabishment capitalistique mondial contre les masses laborieuses. Et l'etablishment en question trouvera toujours des Kapos dans la population des victimes pour que la chaîne de commandement fonctionne au mieux, c'est-à-dire pour que le plan d'exploitation des masses laborieuses ait l'air aussi "naturel" que possible (cf. le travail d'Alain Accardo, Le petit-bourgeois gentilhomme. La moyennisation de la société, publié par les Éditions Labor et les Éditions Espace de liberté, à Bruxelles en 2003 - cf. ici).

img_0119Le tour de force du propos de la cheftaine du FMI, c'est qu'à la population d'Athènes rendue responsable des manquements de l'etabishment elle oppose d'autres vicimes de ce dernier, à savoir les enfants du Niger - qui, les pauvres petits, sont vraiment trop petits pour être responsables de quoi que ce soit. Elle veut faire pleurer nos bonnes âmes chrétiennes et charitables et se repentir les familles grecques SDF d'être si bien lôties, elle qui dirige l'institution mondiale sensée aider ceux qui ont besoin d'aide ... c'est-à-dire ... l'etabishment. Bon ! Mais du moment que Madame du FMI pense en premanence aux "petits enfants d'une école d'un petit village du Niger qui n'ont que deux heures de cours par jour, qui partagent une chaise pour trois et qui cherchent passionnément à avoir accès à l'éducation", tout va bien du côté de l'etablishment et la morale est sauve.
Écœurant, non ?


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mardi 31 janvier

Banque !

banquedessin qui voyage sur la toile...


 

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mardi 13 décembre

La capitalisme depuis 1975...

C'est un documentaire diffusé sur Planète (1998) et que l'on trouve aujourd'hui sur DailyMotion. Cliquer ici pour visionner la première partie (il y en a six).


jeudi 17 juin

Nous sommes tous Sud-Africains !

Plus précisément des stadiers Sud-Africains. Ces derniers font grève. “Nous voulions que la fête reste la fête. Mais ils nous traitent vraiment trop mal et profitent du fait que nous soyons pauvres et affamés”, dit l'un d'eux à l'Agence France-Presse.Que le profit des plus riches soit conditionné par le profit qu'ils font des conditions de vie concrètes des autres, voilà une vérité mille fois éprouvée depuis des siècles. Et pas seulement en Afrique du Sud. Nous sommes tous des (stadiers) Sud-Africains.
En face du cri de la pauvreté et de l'exploitation, des "forces de l'ordre" bien outillées...

Poussons d'un cran. "S'il y a de l'argent pour les stades, il ne devrait pas y avoir de sans-abri et de gens qui vivent dans des bicoques", a lancé un organisateur. Le gouvernement a consacré 33 milliards de rands (4,3 milliards de dollars, 3,5 milliards d'euros) pour cette première Coupe du monde en Afrique du Sud, où 43% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. C'est Le Figaro qui le dit !  Nous sommes tous des Sud-Africains.

Et vive le fric ! Pardon : Vive le foot !


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vendredi 25 septembre

Face à la crise du capitalisme : relance "verte", arrêt de la croissance ou décroissance ?

Les Amis du Monde diplomatique et ATTAC nous invitent, mardi 6 octobre à 20h, à la Scène nationale de la Rose des vents à Villeneuve d'Ascq (boulevard Van Gogh), à une conférence-débat sur le thème :

Face à la crise du capitalisme :
relance "verte", arrêt de la croissance ou décroissance ?

Alors que le monde occidental s'oriente vers les énergies renouvelables pour relancer l'économie, un débat essentiel existe à gauche entre ceux qui pensent qu'il faut très vite relancer la croissance (qu'ils qualifient de verte) et ceux qui estiment qu'il faut profiter de la crise pour en finir avec le culte de la croissance et proposer une autre vision du progrès. En effet 2 % de croissance par an d'ici 2100 signifient six fois plus de biens et de services produits. Indépendamment même de l'aggravation dramatique de la crise écologique que cette accumulation provoquerait, on peut se poser la question : six fois plus de quoi ? Quand arrête-t-on cette course folle ? La croissance ne fait-elle pas désormais partie des problèmes au lieu d'être à la base des solutions ?

avec Jean Gadrey (professeur émérite d'économie à l'Université de Lille1, membre de la « commission Stiglitz », auteur de En finir avec les inégalités, 2006) et Serge Latouche (professeur émérite d'économie de l'université de Paris-Sud, auteur de Le pari de la décroissance, 2006).

Pour nous initier à la question :


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mercredi 16 septembre

Capitaliser, il en restera toujours quelque chose !

tirelire_coffret_pirate_gmAinsi la commission Stiglitz devait plancher sur la mesure de la richesse et proposer des alternatives au sacro-saint PIB, qui avait le monopole du comptage... Ça fait des plombes que des gens (Viveret, Gadrey, etc.) réclament qu'on intègre dans la mesure de la richesse d'un pays d'autres facteurs, comme le niveau d'éducation, par exemple. Mais passons ! Le droite française découvre cette idée : laissons-les croire qu'ils avaient l'initiative et qu'ils innovaient. Du coup, ils vont se faire les apôtres internationaux de cette découverte, de ce nouveau monde qui s'ouvre à eux... Il me semblait que l'ONU avait déjà travaillé cette idée que le PIB n'est qu'une vue partielle et partiale de la vie, mais passons ! Ils devaient être occupés à faire fructifier leur comptes en banque...

Quand on regarde de près les propos de la commission Stiglitz, on voit qu'il s'agit, entre autres, de mesurer les activités non marchandes. C'est tout l’environnement dans lequel vivent les ménages qui doit être mesuré lui aussi : la qualité de vie, l'insécurité, le taux de mortalité et de morbidité, les conditions de santé, le niveau d'éducation et de démocratie, mais aussi les activités personnelles, le travail, la gouvernance, les connections sociales et les relations entre personnes. Bref, on devrait aboutir à une évaluation chiffrée de tout ça, de tout ce non chiffrable. Encore un peu et on va nous donner l'équivalent monétaire du niveau de démocratie. Non seulement, on peut discuter très très longtemps sur le caractère plus ou moins démocratique de la vie française et européenne, mais en plus la jauge indiquera des Euros ! Hallucinant !


Ça me rappelle une anecdote de ma vie professionnelle. Ce devait être au tout début des années quatre-vingt. J'étais depuis peu au CUEEP de Sallaumines (bassin minier lensois dans le Pas de Calais) et avais été intégré à une équipe de recherche sociologique (Claude Dubar, Jacques Hédoux...), qui avait déjà produit quelques rapports de recherche sur l'Action collective de formation (1976, 78 et 79) et préparait ce qui allait être le dernier de la série, Des femmes en formation. Stagiaires et formatrices de couture dans les actions collectives de formation publié en décembre 1984 [voyez la bibliographie de 1991].

La grande question était de savoir ce qui justifiait l'"installation en formation" des ouvriers et femmes d'ouvriers, là où l'institution avait prévu une "incitation à la formation", le problème étant que le mot 'formation' ne renvoyait pas à la même réalité dans l'un et dans l'autre de ces deux phénomènes. Concrètement, il s'agissait, dans le même mouvement, d'une part de mettre à jour les motivations des publics à s'installer ainsi en formation là où l'on souhaitait qu'ils ne fassent que passer et, d'autre part, de justifier auprès des financeurs (Région essentiellement déjà à cette époque) la mise en place de tels groupes dits d'incitation. Exercice périlleux, proche du grand écart : non seulement l'idéologie dominante était déjà de faire de la formation une servante de la politique de l'emploi (les groupes d'incitation ne qualifiant pas d'un point de vue professionnel), mais le fonctionnement de ces groupes (concernant les femmes) n'était pas sans rappeler les écoles ménagères avec leurs "monitrices" et leurs pratiques de production. Objectif apparent hors de la visée de l'emploi et fonctionnement passéiste...

Pour moi, tout frais sorti de l'œuf, j'imaginais qu'il convenait de  valoriser un tel dispositif par ses aspects sociaux (les femmes qui sortent de chez elles, etc.) et par ses fondements culturelles (importance de la pratique, voire de la pratique collective, etc.), et de dire que ce que ces femmes venaient chercher là (et trouvaient) ne relevait pas d'un enseignement scolaire "noble" (français, maths, instruction civique, etc.) mais d'une sociabilité choisie et réparatrice... Il y avait certes une motivation qu'on pouvait décrire en termes économiques (faire soi-même ses vêtements, ceux de ses enfants, ceux de son mari, "revient" moins cher que de les acheter tout faits). Mais il me semblait que c'était stratégiquement aberrant (la collectivité publique refusant de financer des activités qui "rapportent" à ceux qui les pratiquent) et que, de toutes façons, ce type de motivation était, malgré les apparences, relativement secondaires. Et de décrire en termes économiques ces formations à prétendre que les gens y viennent pour faire des économies, il n'y avait qu'un pas, trop facile à franchir, et trop réducteur. Je rédigeai donc pour le groupe de recherche, mais sans être mandaté pour le faire, une analyse selon laquelle on ne pouvait compter ainsi, m'appuyant sur les notions de l'économie marxiste classique (notamment la dichotomie entre valeur d'usage et valeur d'échange) : je refusai ni plus ni moins la monétarisation de la valeur de ce qui se passait là, de ce qui se produisait (au sens large !) là. Mes petits copains sociologues ne me suivirent pas. Il faut dire que j'étais le benjamin de l'équipe... et que je n'étais pas sociologue.

Quelques années plus tard, les financements avaient fondu au soleil du socialisme libéral qui focalise tout sur le fonctionnement de l'entreprise et sur l'emploi. La monétarisation de l'activité socio-pédagogique avait fait son œuvre.


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mardi 15 septembre

Placer l'individu au centre ?

JosephStiglitz« Placer l'individu au centre de l'économie » dit le rapport de la commission Stiglitz.

Mais ne l'est-il pas déjà, comme cible mercatique ?

N'est-ce pas l'individualisme de masse, comme dit si bien Virilio (mais n'avais-je pas lu cette expression déjà chez R.Castel ?), qui caractérise notre monde économique, c'est-à-dire notre monde tout court ?


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Les croisades du roi d'Maubeuge

Alors là ! Ce n'est plus de l'oxymore, c'est carrément de la contradiction diachronique ! Il n'y a pas si longtemps le roi d'Maubeuge prônait la "culture du résultat", s'entend "culture du résultat chiffré", comptant même y soumettre ses ministres...

Aujourd'hui, par je ne sais quel miracle (Saint Résultat, priez pour nous pauvres travailleurs!), le voilà-t-y pas qui dénonce la "religion du chiffre", avec la même vigueur, avec la même force de conviction que lorsqu'il prônait cette religion ! Du coup, tout y passe : vade retro les moyennes, vade retro le marché ! Tout ça parce qu'il a demandé à des huiles économistes de plancher sur la mesure de la richesse...  Mais qui dit mesure, dit chiffre, non ? Incroyable, non ? Mais ce n'est pas qu'une question de chiffre : c'est tout le marché qui fait l'objet de la vindicte.

Et on a même droit au mea culpa du roi, en bonne et due forme : "à force de faire comme si toute la vérité était dans le marché, eh bien on a finit par le croire". Car le bon roi d'Maubeuge ne dit pas 'je', ni même 'nous'. Il dit 'on' ! Louis le XIVème peut aller se rhabiller ! 'On' est donc convaincu que le marché n'a aucun sens...
Nous croyons rêver !
Nous rêvons ! Nous rêvons !
Pincez-moi !
Pincez-moi ! Pincez-moi !
Ça cache sûrement quelque chose de grave !


samedi 25 août

infanticides et société

Ce qui choque notre belle société dans ces histoires d'infanticides commis par des mères, c'est sûrement moins le geste, horrible, qui donne la mort ou qui laisse mourir que la mise en cause brutale, violente de l'axiome sacré qui a permis de régler tant et tant d'affaires matrimoniales litigieuses. Je pense bien sûr à la systématicité judiciaire qui fait "confier" (confiance?) l'éducation des enfants à leur mère - depuis que le divorce existe. Et ce quel que soit le caractère de cette mère, quel que soit le caractère du père dénié  en tant que tel. Je pense bien sûr à un triste épisode de ma propre histoire. Mais combien d'autres ... ?

Ainsi dans notre belle et si harmonieuse société, l'instinct femelle serait de l'ordre de l'amour, de l'amour pour ses enfants. L'instinct mâle serait de l'ordre de la violence, de la guerre...

Vieux schémas éculés, imposés par l'idéologie de l'armée de réserve au service du capital : que les femmes travaillent (durement) jusqu'à leur première grossesse et qu'elles s'occupent de leurs enfants ensuite - ainsi leurs maris pourront donner toute leur force dans le travail qu'on leur achète à bas prix ! Tel est le schéma qui a fonctionné de longues décennies dans le bassin minier où j'ai débuté ma carrière professionnelle, par exemple - et où règne le chômage massif depuis que ce schéma ne fonctionne plus, faute d'intérêts capitalistiques locaux...

Vieux schémas bien ancrés qui, par exemple, ne permettent pas de comprendre comment un homme pourrait être doux et aimant avec ses enfants... Tout simplement de comprendre qu'un homme qui veut être doux n'est pas un déviant... Et je ne vous dis pas ce que tout cela explique du refus populaire de l'homosexualité masculine...


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