vendredi 06 octobre

L’impact de l’irruption de la donnée sur les catalogues de bibliothèques

couvVers de nouveaux catalogues / sous la dir. d'Emmanuelle Bermès - Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2016. - 172 p. - (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). - ISBN 978-2-7654-1513-8 : 35 €

 

Paru fin 2016, cet ouvrage collectif sur les « nouveaux catalogues » est épinglé par tous les bons catalogues. Il a fait, depuis sa sortie, l’objet de nombreuses notes de lecture de qualité émanant de professionnels des bibliothèques. Pour faire court, je ne citerai que celle d’Étienne Cavalié (Lully)[1]. Indiquons également qu’Emmanuelle Bermès a mis à disposition sur son blog[2] le propos introductif (p.9-12) et la table des matières de l’ouvrage.

 

Les métadonnées sont des données. Mieux, la notice catalographique est un ensemble de données comme les autres. « Comme les autres », cela signifie que les données qui constituent la description bibliographique sont prises dans le mouvement de la technologie web (inscription dans l’évolution de la technique) en même temps qu’elles prennent sens dans un écosystème spécifique (fonctionnement et finalités des bibliothèques). À la lecture de notre ouvrage, on perçoit la complexité de ce changement de granularité qu’évoque Gautier Poupeau (p.159), qui fait qu’il ne s’agit plus de répéter la notice ISBD en autant d’exemplaires qu’il y a de vedettes (la bibliothèque de mes études), ni même d’entrer des données sur un canevas informatique rigide pour être en capacité d’échanger les notices et de fédérer les catalogues (la bibliothèque de mes débuts professionnels). La notice est devenue un document comme les autres, c’est-à-dire un ensemble (certes structuré dans la cohérence de son écosystème) de données.

Chaque contribution s’intéresse à une facette de cette complexité. Les trois premières inscrivent la problématique du catalogage dans les évolutions technologiques du web (données ouvertes et reliées ; structuration sur le mode “entités” ; visualisation des données)[3]. Les trois suivantes dessinent les possibles du catalogue (évolution normative ; convergence des données ; évolution des réseaux documentaires, en l'occurrence Brises-ES). Les trois contributions de la troisième partie exhibent les flux de données qui s’échangent entre bibliothèques, entre éditeurs et bibliothèques, entre éditeurs et agence bibliographique. La dernière partie s’intéresse spécifiquement aux outils (portails, cloud), Gautier Poupeau concluant l’ouvrage collectif en revenant sur l’impact du changement de granularité sur le devenir des bibliothèques - où l’éclatement de la notice en données modélisables finit par améliorer l’accès aux (descriptions des) documents par les « usagers », globalement discovery et delivery.

Reste la (bonne) question d’Étienne Cavalié : quid de l’acculturation et l’appropriation de ces problématiques par la profession ? Françoise Leresche apporte quelques éléments de réponses quand elle évoque l’accompagnement des mutations de la profession induites par cette « transition bibliographique ». Peut-être les postures professionnelles devraient-elle toujours mieux intégrer dans une sorte d'immanence les gestes et attentes - sinon les problématiques - des « usagers ».


[1] « Vers de nouveaux catalogues » : quelles questions, quelles réponses ? Etienne Cavalié (Lully), Bibliothèques. [reloaded], 2 mai 2017.

[2] Vers de nouveaux catalogues, Manuefig, Figoblog, 7 décembre 2016.

[3] On peut également lire sur le sujet Le Web sémantique en bibliothèque d’Emmanuelle Bermès avec la collaboration d'Antoine Isaac et Gautier Poupeau [Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2013. - 171 p. - (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). - ISBN 978-2-7654-1417-9] et le plus récent Bibliothèques : le Web est à vous de Véronique Mesguich [Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 2017. – 185 p. – (Bibliothèques, ISSN 0184-0886). – ISBN 978-2-7654-1521-3] présenté par Stéphane Cottin sur le site de l’ADBS.


 Notice rédigée pour l'ADBS (pdf).

Posté par brich59 à 11:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

jeudi 20 avril

Questions autour de la participation citoyenne en bibliothèque

couvVoilà des décennies que la politique de la ville vibre au diapason de la démocratie participative. Il y a exactement cinquante ans, expérience fondatrice, les habitants d'un quartier de Roubaix, l'Alma-Gare, se mobilisaient contre un projet de « rénovation urbaine » par lequel les « autorités » entendaient démolir l'habitat et déporter la population, par souci d'hygiénisme et de recomposition sociologique. Un « atelier populaire d'urbanisme », association de quartier, voyait le jour quelques années plus tard. L'expertise changeait de camp, les habitants proposaient leur propre projet - que l'autorité municipale dut accepter dans ses grandes lignes (1978). Expérience fondatrice mais rare. Voilà des décennies que l'usager-acteur est exhibé par les serviteurs de l'État et des collectivités locales, comme une vieille rengaine qui chante l'invivable frustration sur l'air d'un désir qui ne veut pas mourir.

À voir le nombre de manifestations organisées autour de la parution de l'ouvrage coordonné par Raphaëlle Bats, Construire des pratiques participatives dans les bibliothèques, les bibliothèques publiques se sont saisies de la problématique de la participation citoyenne. L'introduction de l'ouvrage se donne comme « mode d'emploi », et sa conclusion comme « memento ». « Mode d'emploi » parce que, par souci de cohérence entre le sujet traité et l'organisation de l'ouvrage, la lecture de ce dernier se doit d'être participative, au risque de s'y perdre - d'où la nécessité de proposer une carte de lecture qui dégage quatre itinéraires possibles et complémentaires. « Mémento »parce que, s'« il n'existe pas une seule bonne façon de mener un projet participatif », un « plan méthodologique » semble malgré tout nécessaire pour conduire des actions participatives capables de « réellement repenser la bibliothèque : ses services, ses pratiques, son rôle institutionnel ». Entre le mode d'emploiet le mémento se glissent de très intéressantes contributions, constructions théoriques ou relations d'expériences, signées de seize auteurs. L'ensemble est organisé en trois parties : « Repenser la bibliothèque ensemble », « Partager les savoirs », « Décider ensemble ».

Deux réflexions peuvent naître à la lecture. L'une concerne les publics et parle de dynamique territoriale. L'autre concerne les bibliothèques et évoque les conditions de possibilités d'une intelligence collective.

Tout d'abord, force est de constater que, comme la plupart du temps, l'innovation vient des marges, mais qu'ici il s'agit de marges si je puis dire internes à l'écosystème bibliothèque. De fait, si l'on veut construire ou co-construire des pratiques participatives dans les bibliothèques, le travail ne doit-il pas commencer en amont, sous peine de n'être que du marketing de surface ? Ainsi, mieux faire participer les publics déjà présents, voire potentiels (presque là), au fonctionnement de la bibliothèque, pour louable qu'en soit l'intention (l'usager au centre, etc.), est une chose. Inciter les non publics de la bibliothèque à participer à l'organisation de cette dernière en est une autre. L'innovation viendra à coup sûr avec la prise en compte de nouveaux publics, et de façon socialement plus marquée quand il s'agit de non publics, de publics a priori éloignés de la bibliothèque. Des expériences ont bien été menées. Je me souviens d'une collaboration entre la Bibliothèque départementale de prêt du Pas-de-Calais (à l'époque on disait Bibliothèque centrale de prêt), l'Université de Lille1 et une organisation d'éducation populaire. C'était dans les années soixante-dix/quatre-vingt : chaque partenaire avait outrepassé le cadre strict de son fonctionnement statutaire pour installer la lecture publique au cœur et à la main de la population du territoire. Le dépassement des limites institutionnelles comme facilitateur de participation des publics. Vaste sujet !

La seconde réflexion qu'inspire la lecture des contributions de notre ouvrage se formulera sous forme interrogative : les velléités de mise en place de pratiques participatives dans les bibliothèques sont-elles réellement possibles dans des institutions socio-professionnellement figées dans leurs stratifications ? En d'autres termes, cette mise en place ne suppose-t-elle pas un fonctionnement décloisonné, voire démocratique, au sein même des bibliothèques ? Aussi bien réglées que soient méthodologie et procédures, l'intelligence collective nécessaire à l'innovation peut-elle se déployer dans un milieu cloisonné, sur un terrain plein d'antagonismes sclérosant, hypothéquant tout accord préalable sur les pratiques, interdisant du coup que la bibliothèque se fasse communauté de pratiques ? Il est loin d'être sûr qu'un conservateur et un magasinier ou un adjoint du patrimoine, par exemple, vivent (dans) la même bibliothèque. Sur une telle différence conflictuelle, peut-on construire une intelligence collective, condition sine qua non de toute avancée organisationnelle significative et durable ?

Bref, le légitime désir de démocratie participative au sein des bibliothèques publiques peut-il, d'une part, s'interdire de bouger les lignes institutionnelles afin de privilégier une authentique prise en compte du territoire et, d'autre part, s'interdire de renégocier l'organisation interne de la bibliothèque afin de libérer le potentiel d'innovation que ne manquera pas de créer l'intelligence collective ?


 Note rédigée pour l'ADBS [pdf]

Posté par brich59 à 19:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

Les 500 mots métiers. Bibliothèques, archives, documentation, musées

Une porte d'entrée lexicale dont les professionnels tireront grand profit

Le premier mérite de ce lexique est de couvrir les quatre écosystèmes du document, ceux que Suzanne Briet, par exemple, avait déjà regroupés en marquant la convergence du trio « A, B, M : Archives, Bibliothèques, Musées » vers la documentation. Quant au Palais mondial de Paul Otlet, ce « fondateur » qui pointa si finement les ambitions des métiers de la documentation (qui sont toujours aujourd'hui les nôtres), n'était-il pas tout à la fois centre d'archives, bibliothèque et musée ?

couvAux temps d'Otlet et de Briet, la question se posait en termes dynamiques (convergence chez Briet, évolution en synthèse chez Otlet). Aujourd'hui, on peut légitimement faire l'hypothèse que les quatre métiers forment bel et bien un vaste chantier cohérent - quand bien même une telle cohérence se dissimule sous un plus ou moins joyeux fatras d'innovations métiers, de secousses technologiques et de révolutions managériales. Nos professions ne se retrouvent-elles pas régulièrement depuis des décennies pour se questionner mutuellement sur ce qui les distingue et/ou les réunit, employant pour ce faire un langage commun ? Bref, mêler, comme font Jean-Philippe Accart et Clotilde Vaissaire-Agard, les quatre métiers pour en dresser l'inventaire lexical est du meilleur aloi, dans la mesure précisément où il permettra au professionnel de l'archive de se familiariser avec le langage du professionnel de la bibliothèque, par exemple, participant ainsi concrètement au tissage de la cohérence dont nous parlions.

Le second mérite de l'ouvrage est précisément d'être un lexique, c'est-à-dire un recueil de termes mais un lexique à jour, proposant pour les termes utiles à nos métiers des définitions précises et contextualisées. La sociologie des professions a toujours mis en avant, à juste titre, le rôle structurant de la terminologie professionnelle. Cet ouvrage constitue ainsi une porte d'entrée lexicale dont les futurs professionnels tireront grand profit, leur permettant de se familiariser avec la terminologie de la profession où ils entrent. C'est seulement ensuite que, spécialisant et affûtant leurs pratiques, ils iront chercher les lexiques plus pointus. De tels outils existent. Ce qui manquait, c'est ce socle lexical que constitue Les 500 mots métiers.

Le troisième mérite de ce recueil de mots-métiers est son traitement du multilinguisme. Les auteurs ne sont pas tombés dans le piège grossier de l'anglicisation globalisante aussi stupide que violente que nous connaissons, hélas, depuis quelques années, voire quelques décennies dans nos métiers. Les lemmes sont français et les auteurs proposent systématiquement les équivalents extralinguistiques après le lemme (en l'occurrence anglais, allemand). Les entrées en langue étrangère sont par ailleurs regroupées par ordre alphabétique en annexes - ce qui permettra à nos cousins germanophones ou anglophones de se frayer un chemin dans ce dédale linguistique fort riche d'où émergera peut-être une certaine idée francophone de nos métiers mais où le respect linguistique laissera de toute façon le champ libre à la fructifiante activité qui consiste à « penser entre les langues ».


 Note rédigée pour l'ADBS [pdf]

Posté par brich59 à 19:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
lundi 16 janvier

Les 500 mots métiers. Bibliothèques, archives, documentation, musées

Couv_KLOG_500MotsMetiers_140x210_m.jpgLes 500 mots métiers - Bibliothèques, archives, documentation, musées.

Jean-Philippe ACCART & Clotilde VAISSAIRE-AGARD

KLOG éditions, 2016
ISBN : 979-10-92272-11-6

 

Le premier mérite de ce lexique est de couvrir les quatre écosystèmes du document, ceux que Suzanne Briet par exemple avait déjà regroupés en marquant la convergence du trio “A, B, M : Archives, Bibliothèques, Musées” vers la documentation. Quant au Palais Mondial de Paul Otlet, ce “fondateur” qui pointa si finement les ambitions des métiers de la documentation (qui sont toujours aujourd’hui les nôtres), n’était-il pas tout à la fois centre d’archives, bibliothèque et musée ? Aux temps d’Otlet et de Briet, la question se posait en termes dynamiques (convergence chez Briet, évolution en synthèse chez Otlet). Aujourd’hui, on peut légitimement faire l’hypothèse que les quatre métiers forment bel et bien un vaste chantier cohérent - quand bien même une telle cohérence se dissimule sous un plus ou moins joyeux fatras d’innovations métiers, de secousses technologiques et de révolutions managériales. Nos professions ne se retrouvent-elles pas régulièrement depuis des décennies pour se questionner mutuellement sur ce qui les distingue et/ou les réunit, employant pour ce faire un langage commun ? Bref, mêler, comme font Jean-Philippe Accart et Clotilde Vaissaire-Agard, les quatre métiers pour en dresser l’inventaire lexical est du meilleur aloi, dans la mesure précisément où il permettra au professionnel de l’archive de se familiariser avec le langage du professionnel de la bibliothèque par exemple, participant ainsi concrètement au tissage de la cohérence dont nous parlions.

 

Le second mérite de l’ouvrage est précisément d’être un lexique, c’est-à-dire un recueil de termes mais un lexique à jour, proposant pour les termes utiles à nos métiers des définitions précises et contextualisées. La sociologie des professions a toujours mis en avant, à juste titre, le rôle structurant de la terminologie professionnelle. Notre ouvrage constitue ainsi une porte d’entrée lexicale dont les futurs professionnels tireront grand profit, leur permettant de se familiariser avec la terminologie de la profession où ils entrent. C’est seulement ensuite que, spécialisant et affûtant leurs pratiques, ils iront chercher les lexiques plus pointus. De tels outils existent. Ce qui manquait, c’est ce socle lexical que constitue Les 500 mots métiers.

 

Le troisième mérite de ce recueil de mots-métiers est son traitement du multilinguisme. Les auteurs ne sont pas tombés dans le piège grossier de l’anglicisation globalisante aussi stupide que violente que nous connaissons hélas depuis quelques années voire quelques décennies dans nos métiers. Les lemmes sont français et les auteurs proposent systématiquement les équivalents extralinguistiques après le lemme (en l’occurrence anglais, allemand). Les entrées en langue étrangère sont par ailleurs regroupées par ordre alphabétique en annexes - ce qui permettra à nos cousins germanophones ou anglophones de se frayer un chemin dans ce dédale linguistique fort riche d’où émergera peut-être une certaine idée francophone de nos métiers mais où le respect linguistique laissera de toute façon le champ libre à la fructifiante activité qui consiste à “penser entre les langues”.

Note de lecture publiée sur le site de l'ADBS
et disponible au format pdf.


Posté par brich59 à 11:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
mardi 29 septembre

Des bibliothèques populaires à la lecture publique / sous la dir. d’Agnès Sandras

 

Des bib

L'histoire des bibliothèques populaires n'est pas un long fleuve tranquille, loin s'en faut, et notamment quand elles doivent amener à la lecture publique - ce qui est sûrement leur objectif le plus précieux.

Plus de trente-cinq ans après Les bibliothèques populaires[1] de Noë Richter, un colloque « Les bibliothèques populaires d'hier à aujourd'hui » s'est tenu début juin 2014 à l'Arsenal (BnF), à l'initiative de la Bibliothèque des amis de l'instruction du IIIe arrondissement de Paris[2], afin d'exposer le renouveau des recherches sur les bibliothèques populaires. Un curieux paradoxe justifiait l'entreprise de Noë Richter : écloses aux XVIII-XIXes siècles, les bibliothèques populaires vont favoriser l'émergence de la lecture publique dans la première moitié du XXe siècle, alors même qu'elles s'éteignent progressivement mais, surtout, que les historiens les boudent, voire oublient leur existence. Dans le direct prolongement de l'entreprise de Noë Richter (et de celle, contemporaine, de Jean Hassenforder qu'on oublie trop rapidement), un travail historien minutieux s'est engagé au plus près des archives locales, aujourd'hui de plus en plus accessibles en ligne. Ce travail permet de restituer les contextes, conflictuels ou apaisés, où les bibliothèques populaires ont pris leurs marques socioculturelles et sociopolitiques.

L'ouvrage dirigé par Agnès Sandras accompagnait le déroulement du colloque de 2014. Il en constitue les actes, enrichi de quelques articles. Rassemblant vingt-cinq contributions pour une vingtaine de contributeurs (historiens, sociologues, bibliothécaires et conservateurs des bibliothèques mais aussi jeunes doctorants et chercheurs confirmés), il comprend cinq parties. La première situe les enjeux et les difficultés de l'accès au livre au XIXe. La deuxième propose quelques études autour des Bibliothèques des amis de l'instruction. La troisième met en lumière les avancées culturelles et éducatives des bibliothèques populaires, toujours au XIXe siècle. La quatrième partie nous emmène à l'étranger visiter l'histoire des bibliothèques populaires anglaises, belges et argentines. La dernière partie négocie le passage du XIXe au XXe siècle - ce que quelques contributions des parties précédentes proposaient quelquefois. Une bibliographie indicative (plus de 80 références) invite à la lecture historienne. Enfin, un index des noms de personnes, lieux et institutions suit la liste des auteurs et celle des illustrations.

Si l'histoire de la bibliothèque populaire n'est pas un long fleuve tranquille, force est de constater avec joie que la lecture de l'ouvrage se pratique telle la descente d'un fleuve. On se laisser porter par les textes introductifs d'Agnès Sandras (une introduction générale puis une introduction à chaque partie), textes résultant d'une remarquable problématisation et d'une densité réflexive nourrissante. Descendant le fleuve, libre au lecteur de décider ou non une escale, de s'arrêter dans un de ces nombreux espace/temps qui habitent l'une et l'autre rives. De telles escales l'entraîneront en des contrées trop méconnues de la lecture publique et pourtant si riches de problématiques fondamentales.

En ces temps où la technologie et la matérialité en général encombrent notre capacité de réflexion, l'ouvrage (comme le colloque qui le justifie) est salutaire. Sa lecture ne peut qu'ouvrir notre regard, au-delà de l'horizon imposé de la technique et hors du tempo de sa course effrénée à l'innovation à tout prix, sur des interrogations où l'humain se dessine et où la société se pense en humanité. Peut-être la question fondamentale de l'ouvrage est-elle celle-ci : que reste-t-il de « populaire » dans ce qu'on appelle aujourd'hui la lecture publique ? Sortons de cette « connotation univoque et péjorative » de l'étiquette « populaire » dont parle Agnès Sandras ! Osons placer la bibliothèque dans la stricte perspective éducative et culturelle ! Relisons, une fois encore, Noë Richter quand, installant la bibliothèque dans l'orbite de l'éducation permanente, il voulait comprendre l'enchaînement qui conduit de la lecture populaire à la lecture publique[3]. Relisons Richter et inversons l'enchaînement : comment la bibliothèque favorise-t-elle le passage de la (simple) lecture publique à la lecture populaire ? Personne ne niera la perspective éducative de la bibliothèque. Elle est comme ancrée dans notre culture. Mais qui va jusqu'au bout du traitement de cette question ? Qui va poser la distinction, fondamentale, entre public et non public, et proposer une stratégie sociale pour faire venir à la lecture celles et ceux qui n'y ont pas objectivement accès, celles et ceux qui n'ont pas même idée de ce « plaisir incommensurable de la lecture » vanté par Agnès Sandras ?

Relisons, par exemple, ces Regards neufs sur la lecture que posaient dès 1949 Geneviève Cacérès[4] et avec elle tout Peuple et Culture ! Ces regards brillent encore !

----------

[1] Noë Richter, Les bibliothèques populaires, Paris, Cercle de la librairie, 1978
[2] Cette bibliothèque serait la dernière « bibliothèque populaire » encore existante (cf. http://bai.hypotheses.org)
[3] Noë Richter, Bibliothèques et éducation permanente. De la lecture populaire à la lecture publique, Bibliothèque de l'Université du Maine, 1981
[4] Geneviève Cacérès, Regards neufs sur la lecture, Éditions du Seuil, 1949. Une édition augmentée est parue en 1961, avec la collab. de Joffre Dumazedier, Georges Jean et Jean Hassenforder. http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb318961203/PUBLIC

-------------------------------------------------------
Note publiée initialement sur le site de l'ADBS - qui en propose une version pdf.

Posté par brich59 à 17:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

mercredi 24 juin

Faire de la bibliothèque nouvelle un organisme vivant en osmose avec les usages

Couv_Bib_aujourd

C'est un fait que l'innovation se déploie très souvent au sein d'un dialogue, dialogue de points de vue, dialogue de méthodes, dialogue de métiers, dialogue de compétences... L'éclosion des nouveaux espaces bibliothécaires ne saurait démentir ce constat et Marie-Françoise Bisbrouck, dans l'avant-propos de cette nouvelle édition de Bibliothèques d'aujourd'hui : à la conquête de nouveaux espaces, insiste sur ce point.

Par ailleurs, il est clair que l'innovation spatiale a un impact fort sur les pratiques professionnelles et, partant, sur les métiers mêmes de la bibliothèque. La fonction de médiation ne serait-elle que la seule, au coeur de la bibliothèque d'aujourd'hui, l'impact serait déjà énorme. Les jours sont comptés du magasinier qui attend l'usager derrière sa banque de prêt. Tout est mouvement, fluidité, circulation, qu'il s'agisse du savoir, des documents, des usagers ou des professionnels. Et la mission de l'espace bibliothèque est de proposer l'aisance nécessaire à cette circulation - qui doit être efficace, c'est-à-dire productrice de savoirs, d'échange de savoirs. À l'usager de s'approprier cet espace ; au professionnel de faciliter cette appropriation. On comprendra donc que le soin apporté au bâti et à l'aménagement d'un tel espace est primordial. On entre ici dans une dialectique serrée entre le dur et le mou (on pourrait parler de souple, de flexible, de vivant...) - où le premier doit, dans sa dureté même, permettre toute expression du second, qu'elle soit prévue ou imprévisible à ce jour. Il faut finir par insuffler la possibilité d'une respiration qui fera de la bibliothèque nouvelle un organisme vivant en osmose avec les usages qui peuvent l'habiter. Bref, il faut parvenir à rendre la vie possible dans la bibliothèque, dans ses débordements et ses contournements possibles.

La lame de fond que représente la création des learning centers pointe un usage ancestral mais de plus en plus affiché de la bibliothèque universitaire. La fonction Formation devient un des éléments-clés de la fonction Médiation. Et quand on sait que, depuis plus de vingt ans, la formation se qualifie de multiples façons (formelle, informelle, non formelle, autodirigée, etc.), on comprend l'enjeu de la configuration de la bibliothèque. La pédagogie inversée accroît l'importance du rôle de la lecture préalable au face à face pédagogique, alors que la pédagogie par projet doit proposer aux étudiants des lieux de travail collectif voire collaboratif, en groupes de taille variable. Enfin, l'avènement du presque-tout-numérique, y compris pédagogique, impose quelques contraintes physiques qu'il s'agit de respecter voire d'anticiper si l'on veut optimiser le potentiel d'usages que représente la bibliothèque quant à l'apprentissage et à l'appropriation des savoirs.

Jean-Philippe Accart a présenté dans ces colonnes la première édition de l'ouvrage (Doc-SI, n°1, 2012). Loin de moi l'idée de ne pas renvoyer le lecteur à cette présentation. Reste à pointer les nouveautés de la présente édition qui, comme la précédente, propose à la fois des éléments de réflexion sur la question des espaces et des présentations d'expériences et de réalisations.

Ainsi, trois textes ne sont plus imprimés mais disponibles en PDF sur le CD-Rom qui accompagne le volume et qui contenait déjà une série d'éléments techniques et descriptifs. Il s'agit par exemple de la préface de Daniel Renoult, remplacée dans la nouvelle édition par un dialogue entre deux professionnels de la bibliothèque, Anne Verneuil et Christophe Péralès. Globalement, l'édition est plus importante (une soixante de pages), quelques textes laissant la place à de nouvelles contributions.

Assurément, comme disait Michel Mélot (BBF, n°3, 2011), « un livre qui [fait] date et que tout bibliothécaire, apprenti ou vétéran, doit avoir lu, d'un bout à l'autre de ses [437] pages chargées de tout ce qui fait question dans les bibliothèques d'aujourd'hui ».

Rédigé pour l'ADBS
publié sur le site de l'association le 23 juin 2015

Posté par brich59 à 10:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
dimanche 08 septembre

Vous avez dit 'bibliothèque numérique' ?

86788550_oJe vous l'annonçais en mai dernier, je peux maintenant vous communiquer le programme précis de cette fameuse après-midi du 26 septembre prochain consacrée aux bibliothèques numériques et à leurs évolutions.

  • Ouverture par Anne Marie LIBMANN et Véronique MESGUICH, co-présidentes de l'ADBS et la Délégation Nord Pas-de-Calais Picardie.
  • Interventions :
  1. Frédéric BLIN, Co-pilote du Segment 5 "Numérisation" de la Très Grande Infrastructure de Recherche (TGIR) Bibliothèque Scientifique Numérique (BSN). Présentation du projet de Bibliothèque Scientifique Numérique et plus particulièrement du segment 5 (numérisation).
  2. Pierre Mounier, OpenEdition : le renouveau du concept de bibliothèque numérique : nouveau paradigme, nouveau modèle économique.
  3. CITC Eurarfid : Présentation de projets autour du numérique et des nouvelles technologies en bibliothèques. M. Ali Benfattoum, Ingénieur projet R&D au CITC-EuraRFID.
  • Puis les bibliothèques numériques en région Nord Pas-de-Calais pourront montrer leur diversité et la richesse de leurs projets...
  • Présentations longues
  1. BM de Valenciennes, Marie-Pierre Dion, directrice.
  2. La bibliothèque numérique de Valenciennes, une des cinq bibliothèques de référence pour le Ministère de la Culture et de la communication.
  3. BU Lille1, Marie Madeleine Géroudet, conservateur. De Grisemine (2001) à Iris, évolution et perspectives.
  • Présentations courtes : différentes bibliothèques numériques régionales seront présentées (Théorème à l'Université de Valenciennes et du Hainaut Cambrésis, Nordnum à Lille 3, Bibliothèque numérique de la BM de Lille, de Lille 2, Médiathèque de Roubaix, etc).
  • Clôture : L'ADBS vous invite à un temps d'échange et de rencontre autour d'un verre, histoire de fêter les 50ans de l'association.

logo50ans8La participation est gratuite, mais soumise à inscription, dans la limite des places disponibles. Priorité sera donnée aux adhérents ADBS. Vous pouvez vous inscrire en remplissant le formulaire qui se trouve sur la page de la délégation régionale de l'ADBS (où figurent toutes les informations concernant cette manifestation : lieu, horaires, etc.).

Au fait, si vous souhaitez présenter votre bibliothèque numérique, contactez vite Isabelle Macquart !


Posté par brich59 à 09:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
mardi 21 mai

Les bibliothèques numériques et à leurs évolutions

logoL'ADBS Nord-Picardie vous invite à une demi-journée consacrée aux bibliothèques numériques et à leurs évolutions. Celle-ci aura lieu dans la métropole lilloise durant la dernière décade de septembre 2013 (un mardi ou un jeudi). Des intervenants viendront nous les présenter les différents projets qu'ils portent. Après un rapide panorama international, nous ferons le point sur le projet national de Bibliothèque Scientifique Numérique (BSN) et notamment sur son segment 5 consacré à la numérisation. Nous verrons ensuite ce qu’apporte la plateforme libre d’OpenEdition et en quoi elle renouvelle le concept de bibliothèque numérique. Dans un troisième temps, nous ferons le point sur des projets régionaux. Les responsables de projets de bibliothèque numérique sont invités à présenter leur projet en sept minutes. Nous nous attacherons, plus en détails, à deux d'entre eux : celui de la bibliothèque numérique de Valenciennes (une des cinq “bibliothèques numériques de référence” souhaitées par le Ministère de la Culture) et un projet dans le domaine universitaire.

ADBSnordpicardie logoNous avons souhaité que cette demi-journée constitue un moment d’échange pour tous les participants, elle s’achèvera donc autour d’un verre qui facilitera les prises de contact.

Le programme et les modalités d’organisation seront confirmés très prochainement, sur le site de l'ADBS. Si vous souhaitez participer et présenter votre projet, vous pouvez dès à présent contacter Isabelle Macquart.


Posté par brich59 à 10:37 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
lundi 25 juin

Numérique & illettrisme

Une intervention de l'ami Frédéric Hauew intitulée "La société numérique : risques ou chance pour la lutte contre l'illettrisme ?".

À la demande du service de la lecture publique de l'Isere, il avait participé en mars dernier à la rencontre départementale des bibliothécaires (professionnels et bénevoles) de ce département. La journée portait sur le théme "des médiathèques du 21è siècle". D'où cette conférence sur les liens entre illettrisme et numérique. La question posée était de savoir en quoi la société numérique porte de nouveaux risques d'exclusion, et comment, dans le même temps, l'usage des technologies permet de nouvelles avancées pédagogiques dans ce domaine. En filigrane, l'interrogation portait aussi sur l'évolution du métier de bibliothécaire, face aux nouvelles habitudes de consommation des bénéficiaires, et dans l'optique de contribuer, dans un contexte largement bousculé par le numérique, à la résorption des inégalités face à la lecture.


jeudi 07 juin

Vous avez dit Bibliothèque numérique ? Alors faites donc !

Les projets de mise en ligne de bibliothèques numériques se multiplient. Malgré un investissement financier et humain important, les flux de consultation de ces bibliothèques sont bien souvent modestes. Référencement par les moteurs de recherche insuffisant ? Faible lisibilité des recueils de documents ? Insuffisance des fonctions de valorisation de la collection numérique ? Statistiques ne permettant pas de qualifier les usages, de cerner le profil des usagers et de mieux orienter les actions de communication ?... Si plusieurs pistes de réflexion doivent être creusées pour mieux comprendre les forces et les faiblesses de ces bibliothèques numériques, les logiciels utilisés peuvent être à l'origine de certaines de ces insuffisances. 

Pour ceux qui s'apprêtent à engager la mise en ligne de nouvelles ressources numériques, le choix du gestionnaire de bibliothèque numérique est donc tout à fait essentiel. Très variée, l'offre peut paraître difficile à cerner. Non seulement les solutions n'ont pas le même périmètre fonctionnel mais elles varient également dans leur nature : produits open source avec ou sans prestataire capable d'aider à leur installation, produits d'éditeur, plateformes assurant l'hébergement et la communication des collections numérisées...

Lors du dernier 5 à 7 organisé par l'ADBS (le 24 mai), Mathieu Andro et Marc Maisonneuve ont présenté l'offre de logiciels et de plateformes permettant de mettre en ligne une bibliothèque numérique. Ils ont souligné les enjeux de l'opération, ses conditions de réussite et dégagé points de convergence et spécificités des solutions étudiées. A la fin de l'intervention, un échange avec les auditeurs ont porté sur les facteurs clés de réussite d'un tel projet.

PROGRAMME

A. La question cruciale du référencement

B. Les 3 solutions de mise en ligne de sa bibliothèque

1. Se doter d'un gestionnaire de bibliothèque numérique dédié
2. Se doter d'un outil type OAI
3. Opter pour les services en ligne d'une plateforme

C. L'offre de logiciels disponibles en France

D. Les facteurs clés de réussite

 


Présentation de l'étude conduite par Mathieu Andro, Emmanuelle Asselin, Marc Maisonneuve

En partenariat avec l'ADBS, Tosca consultants vient de conduire une étude de 10 gestionnaires de bibliothèque numérique.

Cette étude vient de faire l'objet d'une publication : Bibliothèques numériques : logiciels et plateformes / Tosca consultants ; étude réalisée par Mathieu Andro, Emmanuelle Asselin, Marc Maisonneuve. - Paris : ADBS Éditions, 2012. - 1 vol. (351 p.) ; 24 cm. - ISBN 978-2-84365-140-3 - (coll. Sciences et techniques de l'information, ISSN 1762-8288).

Textes issus en majeure partie du site de l'ADBS ;-)


Posté par brich59 à 10:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,