jeudi 16 juin

Tristan Corbière : Le Crapaud

Tristan Corbière (1845/1875)
Couverture originale de l'oeuvre parue en 1873 chez les frères Gladys.
Les Amours jaunes : 21,   « Le crapaud »

Un chant dans une nuit sans air...
  La lune plaque en métal clair
  Les découpures du vert sombre.

... Un chant ; comme un écho, tout vif
  Enterré, là, sous le massif...
  - Ca se tait : Viens, c'est là, dans l'ombre...

- Un crapaud ! - Pourquoi cette peur,
  Près de moi, ton soldat fidèle !
  Vois-le, poète tondu, sans aile,
  Rossignol de la boue... - Horreur ! -

... Il chante. - Horreur !! - Horreur pourquoi ?
  Vois-tu pas son œil de lumière...
  Non : il s'en va, froid, sous sa pierre.
  .....................................................................
  Bonsoir - ce crapaud-là c'est moi.

(Ce soir, 20 juillet)



Tristan CorbièreLes amours jaunes, expériences de la vie amoureuse dont on doit rire jaune... La vie amoureuse de Tristan Corbière semble avoir été une suite de désillusions - qui ne méritent qu'autodérision.

Ce texte m'a depuis toujours fasciné, depuis mes quinze ans.

Peu avant la quarantaine, j'en ai fait une chanson pour quatre vois mixtes, une chanson assez facile à monter en ensemble vocal.

Quatorze ans plus tard, après avoir entendu souvent les pupitres féminins de Cœli et Terra chanter des œuvres pour voix égales, l'idée me prend d'écrire une  « sérénade tragicomique » pour voix de femmes et baryton soliste sur le même texte, agrémenté d'autres passages poétiques de Corbière, notamment ces quelques lignes de « Paysage mauvais », écrit dans les marais de Guérande :

[...]     Les crapauds,
Petits chantres mélancoliques
Empoisonnent de leurs coliques,
Les champignons, leurs escabeaux.


Ces partitions - réécrites sous musescore, super logiciel de gravure gratuit et portable (réécriture qui justifie le présent message) - peuvent être téléchargées. Elles sont sous un copyright qui autorise leur libre diffusion, leur copie et leur interprétation, dans le respect de leur paternité et sous réserve qu'elles ne subiront aucune modification et qu'aucun profit économique n'en sera tiré. Tout cela est bien sûr absolument gratuit.
J'ai écrit toute cette musique pour qu'elle soit chantée. Cela signifie que son interprétation n'est pas insurmontable, même si elle nécessite une qualité d'écoute importante et une bonne assurance vocale.


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lundi 09 mars

Amours jaunes

Hier, déballant des cartons de livres fermés depuis bientôt vingt ans, dépoussiérant mes livres du temps passé, j'ai retrouvé mon Corbière, mon Tristan Corbière et ses Amours jaunes.

Les_Amours_jaunes_dans_un_cartonC'est un petit livre (10,5 x 17) édité par le Nouvel office d'édition (4 rue Guisarde, Paris 6ème) en 1963, qui, en 190 pages, donnait l'intégralité de ce que Corbière avait publié en 1873 sous le titre Les Amours jaunes. À sa sortie, l'ouvrage ne fut vendu qu'à 50.000 exemplaires, alors qu'il s'agit d'un des recueils poétiques les plus forts de la seconde moitié du XIXème siècle, du moins pour ce que j'en ai lu (de la production poétique de la seconde moitié du XIXème siècle).

Aujourd'hui, Les Amours jaunes sont en ligne, ici ou , ici ou ailleurs. Mais qu'aurais-je fait de ces pages html ? Comment me serais-je approprié cette verve sombre et colorée ? Mon exemplaire date de 1963. J'ai dû l'acquérir dans cette boutique du haut de la rue de Belleville (Paris 19ème) où l'on pouvait échanger ou acheter pour quelques dizaines de centimes, voire quelques francs des livres "d'occasion". Ce devait être vers 1970... Ce livre, je l'ai annoté, gribouillé ! Sur la page de garde, là où j'ai porté mon nom, ma main d'adolescent a inscrit l'un des quatrains de Pièce à carreaux :

- Donc - à qui rompra : votre oreille
Ou bien mes vers !
Ma corde-à-boyau sans pareilles
Ou bien vos nerfs ?

Après les pages titre, vient une présentation de l'auteur par Jean-Pierre Rosnay (né en 1926, ce poète ami des poètes fonda le Club des poètes en 1961), dont on retrouve aujourd'hui un autre texte sur la toile concernant Corbière. Puis ce sont les vers du poète breton qui vécut pas même trente ans (1845-1875) et passa sa vie chétive à se moquer de lui-même. "On m'a manqué ma vie !... une vie à peu près" écrivit-il à propos de l'un de ses autoportraits en couleur (1868). J'ai déjà donné l'épitaphe qu'il s'était composée et qui en dit long sur l'autodérision dont il était capable. Il était maladif et laid ; perclus de rhumatisme. Mais quelle plume ! Les mots dansent sous elle ; les phrases s'y entrechoquent. Sa poésie se théâtralise d'elle-même, à peine écrite, dès que lue. Raymon Queneau disait que "la poésie est avant tout faite pour être dite". Celle de Tristan Corbière est déjà dite, presqu'avant même que d'être lue...

Je ne résiste pas au plaisir de redonner ici "Le Crapaud" :

Un chant dans une nuit sans air...
   La lune plaque en métal clair
   Les découpures du vert sombre.

... Un chant ; comme un écho, tout vif
   Enterré, là, sous le massif...
   - Ça se tait : Viens, c'est là, dans l'ombre...

- Un crapaud ! - Pourquoi cette peur,
   Près de moi, ton soldat fidèle !
   Vois-le, poète tondu, sans aile,
  Rossignol de la boue... - Horreur ! -

... Il chante. - Horreur !! - Horreur pourquoi ?
   Vois-tu pas son œil de lumière...
   Non : il s'en va, froid, sous sa pierre.
   ..............................................................
   Bonsoir - ce crapaud-là c'est moi.

Les Amours jaunes m'habitent depuis le cœur de mon adolescence.
Chanteur en ensemble vocal depuis fort fort longtemps, je n'ai pas résisté à l'envie de mettre ce poème-là (Le Crapaud) en musique : peu avant la quarantaine, j'en ai fait une chanson pour quatre voix mixtes ; passée la cinquantaine, ce fut une « sérénade tragicomique » pour voix de femmes et baryton soliste, où le texte du Crapaud était accompagné d'autres bribes poétiques de Corbière...


Posté par brich59 à 04:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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