mardi 14 février

Notes sur le Requiem de Gabriel Fauré (suite)

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En lisant et relisant la partition du Requiem, qu'il s'agisse de la version 1993 ou de la version 1900, quelle que soit l'orchestration, on voit comment les dynamiques ont une belle cohérence avec le texte, comment elles sont sémantiquement pertinentes.

Ainsi le mot 'requiem' est toujours chanté piano (p) voire pianissimo (pp) ou pianississimo (ppp). Un seul passage semble faire exception, aux mesures 11 sqq. du Pie Jesu, où le mot 'requiem' est encore, à la mesure 14, dans le mf de ce qui précède (Pie Jesu Domine, dona eis...), sachant que les mesures suivantes qui répètent 'dona eis requiem' (15-16) demandent un decrescendo sur 'dona eis' (mes.15) pour aboutir sur un p pour le mot 'requiem' (mes.16, comme pour "corriger" le mf de la mes.14). Bref, la mort est un repos, voire une douceur (plusieurs fois la mention p est assortie d'un dolce, ou même d'un dolce e tranquillo). Sérénité de la mort. Le Requiem de Fauré n'est-il pas cette "sublime berceuse de la mort" qu'évoquait si bien Vladimir Jankélévitch, le terme même de 'Requiem' prenant principalement à sa charge cette sédative suavité ?

Par contre, les dynamiques f voire ff semblent réservées :

  • aux interpellations à l'adresse de Dieu, comme 'Pie Jesu' (mes.29 dudit Pie Jesu), ou 'quia pius es' (Agnus mes.66-69) ou 'dona eis' (Introït-Kyrie mes.33sq., Pie Jesu mes.13, 33-34, Agnus mes.26sqq. et Libera me mes.74sqq.), ou 'exaudi...' (dans l'Introït-Kyrie mes.50sqq.) ou encore le 'ad Te...' (encore dans l'Introït-Kyrie mes.54sqq.) et autres 'Kyrie', 'Agnus', 'Jesu' etc. ;
  • aux (rares) manifestations de crainte dans le Libera me (le 'Dies illa...', mes.54-68, mais déjà le '...terra Dum veneris judicare saeculum pet ignem.' mes.25sqq. - paroles reprises mes.114sqq.) et dans l'Offertoire (le 'de poenis inferni' des mes.84sqq.) ;
  • aux évocations du Paradis, comme l'éternité ('perpetua', aux mes.8 et 25 de l'Introït-Kyrie, 82 de l'Agnus et 79 du Libera me ; 'aeterna' à la mes.45 du In paradisum) ou encore Jerusalem (qui semble, à la mes.25 de l'In paradisum, figurer comme instance ou comme représentation biblique du Paradis) ;
  • aux cris de joie (classique !) du 'Hosanna in excelsis...' (Sanctus, mes.42sqq.).

Fauré n'était pas vraiment croyant mais il était poète et aimait la poésie - qu'il a si bien mise en musique. Le texte liturgique était pour lui poésie...


 

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mercredi 21 décembre

Notes sur le Requiem de Gabriel Fauré

De nombreux ensemble vocaux, de nombreuses chorales engagent un travail sur le Requiem de Gabriel Fauré, ce Requiem que ce dernier disait avoir composé sans raison, “pour rien… pour le plaisir”, bien qu’il en bouclât la première version - ce qu’il appelait son “petit requiem” - à l’époque du décès de ses parents.

Source: Externe

Fauré a composé une Messe des morts ni morbide ni violente. Quelque chose de plutôt confiant dans la vie comme dans la mort, quelque chose de serein. Je suis convaincu qu’il faut penser cette pièce à partir de sa fin, cet In Paradisum d’où émane une “paix lumineuse” comme disait son fils Philippe, voire une “mélodieuse suavité” comme dira le philosophe musicien Vladimir Jankélévitch (Fauré et l’inexprimable, 1974). Tout le Requiem va vers cette suavité, cette paix, cette lumière. Les passages tendus, dramatiques sont rares et il convient de les faire sonner comme il se doit. Mais pour le reste, il faut imaginer un paradis paisible et plein de voix harmonieuses...

La grande difficulté du Requiem réside en fait dans la nécessité de respecter scrupuleusement à la fois les tempi et les dynamiques indiqués par le compositeur* - d’autant plus scrupuleusement lorsque l'ensemble vocal est accompagné non à l’orchestre mais à l’orgue, instrument qui ne peut donner de nuances qu’en basculant brutalement d’un plan sonore à l’autre (surtout quand l'instrument ne dispose pas de pédale d'expression). L’orgue ne soutenant l'ensemble vocal que très très partiellement dans le respect des dynamiques, celui-ci incombera intégralement aux voix.

Le Requiem s’ouvre sur un pp aux voix et se ferme sur un ppp aux voix et aux instruments. Les ff pour les voix sont rares, avec trois passages, d’ailleurs plutôt brefs : le “Exaudi orationem meam” aux mesures 50-57 et le “Christe” des mesures 71 sqq. de la première section, et le “Dies illa, dies irae…” du Libera me. L’ensemble est donc globalement sous le signe d’une quiétude post-romantique, avec très peu d’affect et beaucoup de douceur.

* Même si l'établissement de l'édition n'est pas sans quelques incertitudes...

[à suivre]


 

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vendredi 23 septembre

Travailler le Requiem de Fauré

La littérature ne manque pas au sujet de cette oeuvre magnifique de poésie et de sérénité. Les enregistrements non plus. Ce serait l'oeuvre la plus chantée (?)...

Pour la travailler, voici un enregistrement qui laisse défiler la partition (éd.1900) :

C'est John Rutter, grand connaisseur de Fauré, qui dirige les Cambridge Singers, accompagnés des Members of the City of London Sinfonia, avec John Scott à l'orgue.

Pour entendre la première édition de l'oeuvre (1893), c'est ici :

 


 

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