BRICH59

Blog où l'on parle de musique, de documentation, de formation continue et du reste...

dimanche 09 août

Apprendre à lire à l'âge adulte

un article de Sophie Guesné paru dans Nord Éclair, lundi 20 juillet 2009

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Giovanni et Bernard réapprennent les règles d'orthographe,
de conjugaison et de grammaire, en utilisant les nouvelles technologies.

Ne pas savoir lire, écrire ou compter, que l'on soit français ou étranger, représente un réel handicap au quotidien. Un handicap qui touche plus de 15,5 % des personnes de la région.

"Quand je veux retirer de l'argent au distributeur, je suis obligé de demander de l'aide au guichet. Quand je fais des courses, je n'arrive pas à déchiffrer les étiquettes. Je ne sais pas non plus lire les courriers que m'envoie l'ANPE..." Des exemples comme ça, Daniel, 49 ans, en a des tonnes. Il pourrait nous en parler durant des heures. Il y a six mois, il a décidé que ça ne pouvait plus durer : il a choisi d'apprendre à lire. Pourtant, Daniel est né en France, et a été scolarisé.
Comme lui, ils sont 350 000 dans la région à avoir des difficultés pour lire, écrire et compter. 350 000 illettrés. Qui ont oublié, ou qui n'ont jamais vraiment appris. À leurs côtés : des personnes d'origine étrangère, qui vivent en France, qui ont appris à parler, mais pas à lire ni à écrire le français. Tous se heurtent aux mêmes difficultés quotidiennes. Et professionnelles.

Le système D
À l'époque où il travaillait dans le vin, Daniel avait mis au point une stratégie : "Je ne savais pas lire les étiquettes, mais je me repérais grâce aux couleurs des cartons." Ahmed est arrivé d'Algérie en 1978. Lui aussi a rencontré des complications sur son lieu de travail : "Avant on me demandait juste du travail manuel, je n'avais pas de problèmes. Mais aujourd'hui, on nous demande de remplir des formulaires, d'envoyer des courriers..." Même constat chez Bernard qui a perdu son emploi faute de savoir faire des recherches sur un ordinateur.
Pour les aider, un certain nombre d'associations et structures proposent des cours, ou du soutien. Plusieurs formules coexistent. À l'ADEP, à Roubaix, on propose des cours du soir, deux fois par semaine. "Mais la majorité des "auditeurs" aimeraient en avoir davantage. Ils sont vraiment motivés !" , avance Sabrina, la formatrice de Ahmed. Et de la motivation, il en faut pour s'imposer deux heures de cours après une journée de travail. Au CUEEP de Tourcoing, les cours ont lieu la journée. Bernard et Giovanni, tous deux scolarisés durant leur enfance, s'y rendent plus de 10 heures par semaine.
Un véritable retour à l'école avec exercices de grammaire et d'orthographe. "C'est sûr qu'au début ça fait bizarre, mais l'ambiance est bonne, et on ne joue plus aux billes" plaisante Giovanni. Daniel, lui, est suivi individuellement, grâce à une association aulnaysienne.
Et avec un peu d'assiduité et d'efforts, les progrès peuvent être remarquables, comme chez Nassera : "Quand je suis arrivée en France il y a neuf ans, je n'osais même pas ouvrir la porte quand on sonnait : je n'aurais pas pu comprendre, ni parler. C'est pareil pour la lecture et l'écriture.
Aujourd'hui, je sais remplir un dossier."

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mardi 21 juillet

Forum régional 2008 du réseau Lire

Lire1Ça y est ! Les actes du forum régional du réseau Lire qui s'est tenu le 4 décembre 2008  à Bouvines sont disponibles au C2RP. Pas encore en téléchargement sur le site. Espérons que ce sera pour bientôt ;-)

La journée avait été riche. Voyez le programme :

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Voici le sommaire des actes :

sommaire

J'y avais participé en tant que "rapporteur" de l'atelier animé par ma collègue Véronique Chabot qui avait introduit le travail en ces termes :

Il s’agira à partir de quatre expériences de terrain de s’interroger sur la problématique suivante.
Aujourd’hui, l’introduction d’actions culturelles dans les offres de formation s’appuyant sur des objectifs et des contenus de formation, est acquise. Quasiment tous les organismes de formation de la Région (notamment du réseau Lire) agissent dans ce sens. Ces activités sont reconnus par tous, notamment les institutions (État, Région) comme étant des leviers facilitant (l'accès) à la formation, comme étant sources d’apprentissages notamment sur la lecture et l’écriture ainsi que dans le domaine de la citoyenneté, tout en permettant le développement de certaines des compétences-clés prônées par l’Europe (sensibilisation culturelle et citoyenneté).
Mais, il semble que des différences, des écarts existent dans l’organisation et la qualité de ces actions selon les territoires, notamment autour des questions de la professionnalisation des intervenants, mais pas seulement...
Les questions que nous tenterons d’aborder dans cet atelier viseront à essayer de répondre aux points suivants :

  • Comment améliorer la professionnalisation des intervenants des actions culturelles de formation ?
  • Comment favoriser leur ancrage local sur les territoires ?
  • Comment permettre des transferts d’expériences d’un territoire à l’autre ?

Il s’agira aussi de souligner les éléments pertinents concernant l’impact de telles actions sur les publics et les territoires (sur la lisibilité, valorisation, maillage), de relever les freins et leviers à la conception, la mise en place, l’animation et l’évaluation de ces actions.
Nous espérons qu’à la suite de cet atelier et du forum, des échanges de pratique pourront émerger, de la curiosité, des transferts d’expériences ainsi que des projets de formation de formateurs.

Les échanges avaient été passionnants et j'avais tenté d'en rendre compte "à chaud" sur ce blog. La publication du C2RP vient clore ce travail, souhaitant que les paroles qui s'y sont échangées sèment des projets de développement d'actions culturelles pour des publics en formations de base sur nos territoires...
En attendant que ces actes soient téléchargeables, voici le scan (pdf en N&B) des pages de compte-rendu de l'atelier dont je fus le rapporteur.


mercredi 22 avril

Beffrois du travail, édition 2009

Ne manquez pas la troisième édition des BEFFROIS DU TRAVAIL, dans sept villes du Nord Pas de Calais, en Belgique et en Catalogne !

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dimanche 22 mars

Les communautés virtuelles et leurs applications en pédagogie

Chaque année, la délégation régionale (Nord-Picardie) de l'ADBS, Association des professionnels de l'information et de la documentation, fait le point sur ses activités et présente ses projets. Cette manifestation est également marquée d'un temps fort, temps de réflexion sur nos pratiques et notre environnement. Cette année, la délégation a invité deux spécialistes des communautés virtuelles, Éric Delcroix et Jean-Paul Pinte. Le thème de leurs interventions croisées sera, bien sûr, les communautés virtuelles, mais essentiellement du point de vue de leurs applications pédagogiques.

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Éric Delcroix est expert, consultant et formateur (PAO, graphisme, multimédia et web 1 et 2.0), directeur d’Ed Formations et d’Ed Productions, membre fondateur de Blog en Nord. Maître de conférence associé, il est responsable du parcours IDEMM (Ingénierie Documentaire et Médiation Multimédia) à l'UFR IDIST de l’Université Lille3 Charles de Gaulle.
Jean-Paul Pinte est enseignant-chercheur au Laboratoire d’Ingénierie Pédagogique en Sciences de l’information et de la communication, en charge des ENT et de la veille pédagogique, spécialiste de la FOAD et du e-learning à l’Université Catholique de Lille. Il enseigne, en tant que spécialiste de la cybercriminalité et de l’ordre public sur Internet au Centre Inter-armées de Défense de Paris.

Entrée libre (sur inscription).

Université catholique de Lille, 60 bd Vauban 59000 Lille
Salle du Conseil (1er étage, Présidence).
Contact et inscription juliette.taisne@icl-lille.fr


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mercredi 10 décembre

Action culturelle et Lutte contre l'illettrisme

L’observation d’une série d’expériences, celles où le monde culturel participe à la lutte contre l’illettrisme, fait apparaître que le détour par certaines pratiques artistiques, espaces de l’imaginaire et de la création, peut dans bien des situations s’accompagner d’un retour de l’envie d’apprendre à lire et à écrire. L’action culturelle peut favoriser la maîtrise du français. Aujourd’hui, de plus en plus nombreux sont les institutions culturelles et les artistes qui accompagnent les parcours de prévention, de formation et de valorisation des acquis.
Tel est le constat que dressait la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) du Ministère de la Culture en 2007, dans une brochure sur l’action culturelle contre l’illettrisme.

Ce document propose, entre autres, une présentation d'un ouvrage, Action culturelle et lutte contre l’illettrisme, résultat d'une étude réalisée en 2003/2004, à la demande de l'ANLCI et de la DGLFLF, par l'Observatoire des politiques culturelles, étude qui analyse l’apport des pratiques culturelles à la lutte contre l’illettrisme selon quatre axes problématiques :

  • Où se situe la responsabilité sociale de l’action culturelle dans la lutte contre l’illettrisme ?
  • Quels sont les enjeux des actions artistiques menées sur les territoires observés ?
  • Quels sont les effets pour les illettrés ?
  • Comment ces actions sont-elles conduites ?

Trois terrains d'investigation avaient été choisis, dont la bonne ville de Roubaix.

Roubaix, deuxième ville de l’agglomération lilloise au fort taux de chômage (près de 32 % de la population), est la plus jeune ville d’Europe. La ville a entrepris depuis plusieurs années des projets culturels d’envergure (les Ballets du Nord, le musée d’Art et d’Industrie, les Archives du monde du travail). La mobilisation des acteurs de la société civile roubaisienne est importante dans la lutte contre les différents facteurs de l’exclusion dont l’illettrisme.
Le Centre université-économie d’éducation permanente (CUEEP), chargé de la coordination du réseau Lire (Lire Réussir Ensemble) sur la région de Roubaix est un organisme de formation rattaché à l’université des sciences et technologies de Lille. Spécialisé dans la recherche relative à la formation pour adultes, le CUEEP a mis en place en 1997 des ateliers de découverte culturelle et d’expression créative s’inscrivant dans une démarche plus globale de formation à la lecture et à l’écriture.

C'est peut-être pour cette raison que j'ai été, avec quelques collègues, sollicité pour participer à l'encadrement du Forum du réseau régional LiRE qui s'est tenu ce 4 Décembre à Bouvines sous l'égide du C2RP. Le thème de l'atelier n°1 était : Incitation au développement d’actions culturelles dans les territoires. J'en fus le "rapporteur".
Et comme je n'aime pas arriver la tête vide à ce genre de manifestation, j'avais mené une petite enquête documentaire rapide pour comprendre l'articulation entre action culturelle et lutte contre l'illettrisme.


J'ai d'abord vu que la culture figure au chapitre des Droits humains. La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme dont on fête aujourd'hui les soixante ans est explicite.
Article 22 de la DUDH :
Toute personne, en tant que membre de la société, [...] est fondée à obtenir la satisfaction des droits [...] culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité [...]. Article 27-1 de la même DUDH : Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts [...].

Au niveau européen, on notera, avec satisfaction, que la "sensibilité et l'expression culturelles" font partie des compétences clés pointées par la Commission comme devant appartenir à chaque européen dès le seuil de sa vie d'adulte. C'est très précisément le huitième domaine de compétences. Quand bien même le texte européen prend le soin de préciser que "les compétences clés sont considérées comme étant aussi importantes les unes que les autres", on notera, non sans malice, que la culture est rangée en dernière position, après le fameux "esprit d'entreprise"...
Voici le texte [Recommandation du Parlement européen et du Conseil du 18 décembre 2006 sur les compétences clés pour l'éducation et la formation tout au long de la vie (2006/962/CE)] qui présente ce domaine :

Sensibilité et expression culturelles
Définition : Appréciation de l'importance de l'expression créatrice d'idées, d'expériences et d'émotions sous diverses formes, dont la musique, les arts du spectacle, la littérature et les arts visuels.
Connaissances, aptitudes et attitudes essentielles correspondant à cette compétence : La connaissance culturelle suppose d'avoir conscience du patrimoine culturel local, national et européen et de sa place dans le monde. Elle inclut une connaissance élémentaire des œuvres culturelles majeures, dont la culture populaire contemporaine. Il est essentiel de comprendre la diversité culturelle et linguistique en Europe et dans d'autres régions du monde, la nécessité de la préserver et l'importance des facteurs esthétiques dans la vie de tous les jours.
Les aptitudes relèvent à la fois de l'appréciation et de l'expression: l'appréciation d'œuvres d'art et de spectacles ainsi que l'expression personnelle au travers de différents medias grâce aux capacités individuelles innées. Il faut également avoir la capacité de comparer ses propres opinions et expressions créatrices à celles des autres et de repérer dans une activité culturelle des possibilités sociales et économiques et de les réaliser. L'expression culturelle est essentielle au développement d'aptitudes créatives, lesquelles peuvent être transférées dans divers contextes professionnels.
Une compréhension approfondie de sa propre culture et un sentiment d'identité peuvent constituer la base d'une attitude respectueuse et ouverte envers la diversité des formes d'expression culturelle. Par une attitude positive, on entend également la créativité, la volonté de développer son sens esthétique par une pratique personnelle de l'expression artistique et par une participation à la vie culturelle.

Quand on s'enferme dans l'hexagone franco-français et qu'on observe comment notre système éducatif a intégré la "recommandation" européenne, on tombe d'assez haut ! Exit "sensibilité et  expression culturelles" ! Le plus approchant semble être le cinquième item du Socle commun, intitulé "culture humaniste". Mais ici c'est l'idée d'acculturation, plus que de culture, qui semble maîtresse. Il s'agit d'ouverture au monde et de curiosité (?). Il s'agit enfin, car il faut bien justifier le qualificatif 'humaniste', de développer "la conscience que les expériences humaines ont quelque chose d'universel".
Côté expression ou création, c'est le vide absolu. La culture, ça se consomme ! Peut-être au chapitre de l'autonomie et de l'initiative (item 7), aurons-nous plus de chance ? Mais là, il n'y a rien qui ressemble à de l'activité culturelle !

Mieux, quand on cherche à savoir comment ces compétences clés sont concrètement interprétées dans le cadre de dispositifs de formation, on a une idée du vide culturel : la circulaire DGEFP n° 2008/01 du 3 janvier 2008 relative à la politique d’intervention du ministère chargé de l’emploi en faveur de l’accès aux compétences clés des personnes en insertion professionnelle a tout simplement évacué toute dimension proprement culturelle. C'est que nous sommes soumis, à partir de ce type de fonctionnement, au syndrome de la soumission absolue à la "politique emploi"... Mais c'est une autre histoire.


Revenons sur le terreau des pratiques territoriales, à Bouvines, où échangeaient jeudi dernier des praticiens de la formation et de la culture. Les expériences présentées lors de l'atelier dont je fus le rapporteur étaient :

  • le Guide d’invitations à la lecture en partenariat avec la DRDJS (Association Dire Lire)
  • l'Atelier de sensibilisation aux Beaux Arts (AAE Profil et École régionale des Beaux Arts)
  • l'Atelier d’expression théâtrale (INSTEP Formation Dunkerque)
  • l'action Sur les chemins de la culture (CAPEP)

Réunissant une vingtaine de professionnels de la formation et/ou de la culture, l'atelier fut riche en échanges.
Il en ressort une certitude partagée : la "participation culturelle" contribue à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture ainsi qu'à l'apprentissage de la (prise de) parole ; elle contribue à l'acquisition de compétences qui sont aussi celles de la lecture/écriture. La "participation culturelle" est ici diverse, allant de la rencontre avec un grand chef d'orchestre à la création de mosaïque, en passant par le jeu théâtral et l'écriture poétique.
La "participation culturelle" se réalise dans le cours de projets dont les conditions de réussite ont fait l'objet de discussion : partenariat et brassages (brassage de populations, brassage de projets, brassage de compétences), mais aussi inscription dans la durée et ancrage territorial, principalement.

Partenariat.
Partenariat entre organismes de formation, bien sûr (le réseau LiRE est là pour assurer cette évidence), mais aussi partenariat entre formateurs et acteurs culturels, entre des professionnels de la formation et des professionnels du secteur culturel. Des partenariats forts allant jusqu'à produire du maillage territorial intense.

Brassages.
Brassage de population d'abord, pouvant parfois se concrétiser en échange réciproque de savoirs et de cultures, déclenchant des questionnements collectifs (sur la religion, par exemple) que le "détour artistique" saura repositionner (distanciation en appui sur l'artistique, mise en relations différente, formalisation, etc.).   
Brassage de projets ensuite : autour d'une action culturelle montée sur un territoire pour des publics en situation d'illettrisme, fonctionnent typiquement deux projets, un projet éducatif (apprentissage de la lecture, de l'écriture, etc.) et un projet culturel (pratique culturelle, valorisation de l'œuvre, etc.). On assiste alors à un authentique brassage, à une sorte de symbiose où chaque élément garde toute sa force et préserve son identité, tout en offrant à l'autre le champ de son déploiement, tout en donnant à l'autre la possibilité de prendre du sens autrement (éventuellement non prévue au départ) - d'où une spirale vertueuse d'enrichissement mutuel des projets.   
Brassage des compétences enfin. On n’insistera jamais suffisamment sur la nécessité de professionnalisme des acteurs. Dans le prolongement du brassage des projets, ce professionnalisme va s'ouvrir en une professionnalisation bien particulière. Dans le fonctionnement  d'une action culturelle montée sur un territoire pour des publics en situation d'illettrisme, il y a concrètement combinaison de compétences spécifiques différentes. Certains parlent de connivence, au sens où ces compétences différentes s'exercent vers un objectif commun. D'autres parleront de mutualisation de compétences, sans qu'il y ait dépossession de quoi que ce soit, mais bien au contraire là aussi enrichissement mutuel – jusqu'à éventuellement motiver des acteurs d'un des deux secteurs à se qualifier dans l'autre secteur...
Inscription dans la durée.   
Le travail dans la durée est l'une des compétences attendues des personnes en apprentissage de la lecture et de l'écriture. Il est aussi l'une des conditions de fonctionnement des actions culturelles dans la lutte contre l'illettrisme - une condition que les systèmes d'entrée-sortie permanente en formation mettent à mal. Cette inscription dans la durée prend plusieurs formes : durée même de l'action, répétition de l'action (pour d'autres groupes en formation)  dans le cadre d'un dispositif reconduit, mais aussi suites de l'action hors l'action (transfert vers les "lieux culturels"), etc. - ce qui pose la question des limites spatio-temporelles de l'action de formation et nous amène à la problématique de l'évaluation de l'action.
Ancrage territorial.   
L'ancrage territorial d'une action culturelle et de la lutte contre l'illettrisme revêt une importance particulière, et pas seulement du point de vue financier ! Un tel ancrage, facilité par exemple par l'implication et l'engagement d'élus en charge de la culture, est présenté à la fois comme une aide précieuse au démarrage de l'action, mais aussi comme un espoir de pérennité...
En dernier lieu, une question unanimement posée, celle de la lisibilité. Nous abordons ici les rivages de l'évaluation de l'action. Du moins aux rivages de sa valorisation formalisée, voire chiffrée. La question est simple à énoncer : comment rendre lisible ce qui n'est pas formel [note], comme la reprise de confiance en soi, la capacité à prendre la parole devant autrui, etc. La "culture du résultat" dans sa version la plus arithmétique est-elle sincèrement possible ici ? Qu'est-ce qu'on chiffre ? Qu'est-ce qu'on peut chiffrer ? Par exemple, comment évaluer une "activité culturelle" dont le principal résultat est enfoui au plus profond de l'intimité de la personne et ne se manifestera que plus tard en termes de volonté d'apprendre, cette volonté engageant un système complexe de compétences ?

[note]    Encore faut-il distinguer entre le formel (activité cognitive dans le cadre d'un dispositif éducatif), le non formel (activité cognitive mais hors cadre éducatif) et l'informel (activité sans visée cognitive, mais tout de même valorisable en terme d'apprentissage). 


lundi 28 janvier

L’illettrisme touche aussi les salariés

La Voix du Nord  -  édition du samedi 26 janvier 2008

VdN080126L’illettrisme touche aussi les salariés

SOCIÉTÉ  - Le Nord - Pas-de-Calais compte 15,5 % de personnes qui ne possèdent pas les savoirs de base en terme de lecture ou d’écriture. Une séance de travail au CUEEP de Lille.

C’est une salle de cours comme les autres, imprégnée d’une ambiance studieuse que vient simplement perturber le ronflement des ordinateurs. Nous sommes dans les locaux du CUEEP de Lille. Ici, c’est le public qui est un peu hors normes. Tous des salariés, en train de se remettre à niveau.

On croise par exemple Noël, un habitant de Tourcoing âgé de 44 ans, salarié d’une entreprise de ramassage des déchets, concentré sur son écran. «  Il s’agit d’un exercice où je dois répondre à des questions liées à l’informatique. » Comprendre la question et y répondre en utilisant l’outil informatique... D’une pierre deux coups évidemment. « Quand j’étais enfant, je n’ai jamais trop aimé l’école, ajoute Noël, pour justifier sa présence ici. Les profs ne s’occupaient pas de moi. Ils me disaient : "T’avais qu’à écouter !" Alors j’ai quitté l’école. J’ai travaillé comme maçon, puis dans le textile ».

Voilà donc comment les choses se passent, et comment on vient garnir les statistiques de ce qu’il faut bien appeler l’illettrisme : un acquis pas bien solide au départ, qui n’est ensuite pas entretenu. « Pour remplir des documents, quand j’avais une lacune, je demandais à ma sœur. » Le coup du sort intervient voici deux ans, lorsque le quadragénaire est embauché chez son actuel employeur, signant un contrat qui l’incite à suivre une formation. « Ça aurait été bête de ne pas le faire. »

« Un groupe motivé »

De fait, il semble motivé. À l’instar des quinze autres stagiaires âgés de 20 à 55 ans de cette singulière classe qui trouve son financement dans les entreprises et au conseil régional. « On a ici un groupe motivé, confirme Christine Duhamel, formatrice. Ils sont curieux, ils posent des questions. » La jeune femme a contribué à créer l’outil sur lequel travaillent ses élèves, un « ensemble multimédia pour l’individualisation en lecture et écriture » (EMILE). « Il renferme 1 200 exercices qui nécessitent écoute, lecture, compréhension, grammaire... Surtout, il permet un gros travail en autonomie. » L’autonomie... Finalement, c’est ce que vient chercher la Lambersartoise Cathy, jeune introvertie de 36 ans qui cherche en permanence à se cacher derrière son timide sourire. « Ma mère ne sera pas toujours là, murmure-t-elle. Et faire les papiers administratifs, ça posait problème. »  Alors depuis octobre, elle se prend en main. Deux fois par semaine, jusqu’en juin. « Le premier jour, c’était dur. Mais je veux aller jusqu’au bout. J’écris sur mon cahier. Je relis chez moi. » Son objectif: passer le permis. « Et, pourquoi pas, passer des concours... » Histoire d’oublier qu’elle a quitté l’école au niveau seconde et d’échapper à son quotidien d’agent de nettoyage.

Alain, lui, avait 16 ans quand il a quitté le système scolaire pour se lancer dans la mécanique. « Dans les mains, j’avais de la graisse plutôt qu’un stylo », résume-t-il. Il parvient quand même à rentrer dans la fonction publique territoriale, dans l’agglomération lilloise. «  Je savais qu’il y avait des possibilités de formation. » L’idée de progresser par le biais des concours le titille. Il se lance, à 42 ans. «  Faut se remettre dans le bain. Tenez, vous par exemple. Vous écrivez vite. Ça va tout seul. Moi, je suis obligé de réfléchir. Les conjugaisons, tout ça... Il faut se remettre dans le bain. » Des moments de découragement? « Oui, ça arrive. C’est dur à vivre. On se sent parfois isolé. On n’en parle pas. Mais on se rend bien compte qu’il est indispensable de savoir lire et écrire. » Christine, la formatrice, annonce la pause café. Certains stagiaires préfèrent rester plongés dans leur écran. « Le plus difficile, c’est de passer la porte. Une fois à l’intérieur, ça va. Ici, ils trouvent de l’ouverture vers les autres, de l’estime de soi. Et surtout, la reprise de confiance ... »

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CHRISTOPHE CARON [region@lavoixdunord.fr]


mercredi 23 janvier

Bertrand SCHWARTZ à l'honneur dans le Nord-Pas de Calais

BS_mainsVoilà plus de dix ans que je demande à Bertrand Schwartz de me confier ses archives "praticiennes" pour en assurer l'accès aux praticiens de l'éducation permanente et pour me régaler à en produire la "valorisation documentaire". Grâce à l'appui de quelques uns de mes amis qui sont aussi les siens, j'ai obtenu gain de cause...

Résultat immédiat : Bertrand Schwartz va signer une convention de dépôt d'archives personnelles avec le Conseil Régional. À la clé : dans un premier temps, travail archivistique mené par le service des Archives du Conseil Régional ; dans un deuxième temps, valorisation documentaire par le CUEEP (bibliographie dite herméneutique) ; enfin, publication (mise à disposition) via le C2RP et les Archives du Conseil Régional... Mais ça, c'est pour plus tard. Le projet reste a ficeler. Dans l'immédiat, la signature de la convention de dépôt d'archives ne se fera pas dans une manifestation discrète : la Présidence du Conseil Régional s'est montré très intéressée par tout ça et y a vu, entre autres (aidée en cela par mes ami[e]s de la Région), l'occasion de valoriser le travail d'Histoire & Mémoire de la Formation Permanente en Nord-Pas de Calais de Gérard Mlékuz.schwartz

Bref, on en est maintenant à l'organisation, le 28 février prochain au Nouveau Siècle, d'une

JOURNÉE SUR
L’HISTOIRE DE LA FORMATION PERMANENTE
DANS LA RÉGION NORD PAS-DE-CALAIS
EN PRÉSENCE DE BERTRAND SCHWARTZ
.

Cette journée comprendra deux temps.

Le matin, demie journée réservée (sur invitation), sera, sous la présidence de Daniel Percheron, le temps des politiques qui, d'une façon ou d'une autre, ont croisé Bertrand Schwartz sur leur chemin. Jacques Delors est d'ores et déjà annoncé... Cette matinée sera l'occasion de visionner une série d'extraits du film Région pionnière puis un montage fait à partir de l'entretien que B.Schwartz avait accordé à Gérard Mlékuz en 1995, gravé sur le premier des trois DVD qui composent le coffret Histoire & Mémoire de la Formation Permanente en Nord-Pas de Calais, produit par le Conseil Régional. La matinée se terminera avec la signature de la convention de dépôt d'archives...
pour189L'après-midi, demie journée ouverte (sur inscription auprès du C2RP), sera le temps des praticiens. Il s'agira d'évoquer la pertinence actuelle (et future!) des intuitions schwartziennes, de montrer comment les expériences fondatrices de Bertrand Schwartz ont germé sur les territoires. Les débats seront animés par Odile Plan, l'une des nombreuses personnes qui firent un (long) bout de route avec Bertrand Schwartz. Une table-ronde s'animera, composée de personnalités régionales porteuses des valeurs prônées depuis toujours par Bertrand Schwartz. Ma collègue Catherine Schmitt en sera pour ce qu'elle a produit dans le souffle de la méthode MSE (automédiatisation collective...), à Tourcoing notamment. Bertrand Schwartz et la région Nord-Pas de calais, deux histoires qui se sont souvent croisées, s'accompagnant l'une l'autre...
La journée sera clôturée par Lucie Tanguy, sociologue de la formation et de l'imbrication emploi/formation mais aussi "grand témoin" de l'action plurielle de Bertrand Schwartz.

Il y a deux ans, lorsque j'ai senti que Bertrand allait accepter de nous confier ses archives et que j'ai commencé, avec d'autres, à penser "projet", je ne pensais pas que j'enclencherais une telle manifestation. C'est comme ça ! L'un des intérêts majeurs de cette manifestation est qu'elle donnera l'occasion de diffuser très largement le coffret de DVD de Gérard Mlékuz : édition d'exemplaires qui seront disséminés dans tous les centres ressources emploi-formation de la région. À quoi on peut ajouter un DVD dit de synthèse qui sera diffusé encore plus largement et qui comprendra une présentation du coffret ainsi que l'étude rédigée par Gérard...


Image1Au fait, si vous avez dans votre bureau, chez vous, dans vos dossiers, des documents impliquant (je ne dis pas engageant) notre homme, je suis preneur... Serge Évrard a commencé. Je me suis laissé dire que Daniel Poisson était prêt à en faire autant. La valorisation documentaire que je souhaite mener à bien sera tout sauf académique : tout document éclairant la moindre parcelle de l'histoire que nous avons construite en compagnie de Bertrand Schwartz est "éligible" !

Merci de me contacter.


lundi 14 janvier

Quand l'Action Collective de Formation de Sallaumines-Noyelles sous Lens fêtait ses 20 ans !

Ressortie (retrouvée ! je l'avais quasiment oubliée !) de mes cartons, une bibliographie produite pour les vingt de l'ACF de Sallaumines-Noyelles sous Lens. Elle s'intitule 1971/1991 - Vingt ans d'action collective de formation à Sallaumines, Noyelles-sous-Lens, Méricourt et Loison-sous-Lens : repères bibliographiques. Présentée sous deux format (signalétique et analytique), elle faisait partie du dossier distribué aux participants à la petite fête organisée en 1991. La version signalétique fut intégrée dans un article de mon ami André Tarby (Globalisation des moyens et mise en synergie des dispositifs de formation, Actualité de la formation permanente, 112, mai-juin 1991, p.6-25 ; la bibliographie est aux pp.18-19)...

Voici le texte introductif de ces repères bibliographiques
1971/1991
L'Action Collective de Formation de Sallaumines, Noyelles sous Lens, Méricourt et Loison sous Lens fête ses vingt printemps...
Ce qui peut-être distingue cette action collective des autres, c'est son statut de terrain de recherche-sujet d'écriture. En vingt ans, pas une année sans qu'un acteur ou un chercheur n'écrive.
L'action collective est comme un texte giganstesque, tissé jour après jour, entrelaçant discours et paroles, raison et récit...
Bien sûr, dans ce vaste tissu, tout n'a pas la même valeur, la même place. Certains textes en constituent la trame, ce que l'on pourrait appeler « l'épine scientifique dorsale » (les fameux « rapports » collectifs de 1976, 1978, 1979 puis 1984). D'autres en sont comme des développements, des approfondissements partiels (les travaux universitaires de Claude Dubar, Michel Feutrie, Jacques Hédoux, Bruno Richardot, etc.). D'autres encore s'attachent à (re-)présenter des recherches ou des écrits existants. D'autres enfin, aux formes variées, apportent des éclairages partiels, individuels ou collectifs, historiques ou scientifiques, sur l'action collective et son environnement.
Ces
Repères bibliographiques n'ont pas la prétention de l'exhaustivité. D'une part, toute une littérature souterraine, aussi abondante qu'éclairante, n'a pas été prise en compte. D'autre part, des textes des deux dernières catégories n'ont pas été mentionnés, parce qu'ils sont non disponibles ou redondants.
Ces
Repères bibliographiques n'ont pas davantage la prétention d'être une œuvre. Le travail reste à accomplir qui mettra en perspective tous ces textes, laissant voir leurs articulations mutuelles, comme s'il s'agissait là d'un organisme vivant. Puisse ce document inciter à une telle entreprise !

Dix-sept ans plus tard, je maintiens que la bibliographie est un organisme vivant. L'herméneutique documentaire ne dit pas autre chose...


mardi 13 novembre

Une économie au service de l'homme ?

couv_livreDepuis longtemps, des hommes se sont unis pour travailler autrement et donner du sens à leur activité. L'économie sociale et solidaire est cet espace où les hommes prennent en main leur destin. C'est là, la véritable terre de valorisation du travail. Elle se fonde sur un certain nombre de principes : un homme une voix, libre adhésion, non-lucrativité, solidarité, partage des profits. Caractérisée par une forte dynamique, l'économie sociale et solidaire représente un enjeu majeur, notamment en matière d'emploi.

Malgré son importance et le rôle qu'elle joue dans le Nord Pas-de-Calais, l'économie sociale et solidaire y est peu visible. Qui se doute qu'elle emploie près de 110 000 salariés, soit 8 % de la population active et qu'elle produit près de 12 % de la richesse régionale ?
Encore ne s'agit-il pas d'une particularité régionale mais d'une réalité que l'on peut observer dans toutes les régions françaises, de même qu'au niveau national, européen et international. Mais partout également ce même manque de visibilité.
Dans ses diverses formes, coopérative, mutualiste, associative, ce secteur économique, qui privilégie l'homme plus que le profit, représente une manière différente d'entreprendre et de travailler.
Rédigé à partir d'une enquête de terrain, par les journalistes d'ARIA-NORD, l'ouvrage Nord Pas-de-Calais : la longue marche de l'économie sociale et solidaire [1] a pour ambition de faire mieux connaître ce secteur d'activité régional et ses valeurs dans la région.
Le Nord Pas-de-Calais, terre de solidarité et d'initiative, fut l'un des berceaux des associations, coopératives et mutuelles qui furent créées par le mouvement ouvrier. L'économie sociale et solidaire régionale est l'héritière de cette histoire. Cette enquête retrace l'évolution de ces dernières décennies dans ce secteur, le rôle des principaux acteurs dans cette dynamique et met en valeur de nombreuses réalités d'entreprises ainsi que les récentes initiatives solidaires.
Ce livre est le fruit d'un parti pris. Il ne prétend pas à l'exhaustivité. Il vise simplement à montrer la richesse de cette économie alternative dans la région et son ancrage dans une dynamique nationale, européenne et mondiale sans pour autant en escamoter les échecs.

  1. La longue marche de l'économie sociale et solidaire, c'est aussi le titre d'une conférence de Jean-Louis Laville, directeur du CRIDA et chercheur au CNRS spécialiste de l'économie solidaire, organisées par l'association Ecossolies à Nantes le 22 juin 2007.

Le bulletin de commande est disponible ! N'hésitez pas !!


lundi 24 septembre

Il reste des places dans les stages lillois de l'ADBS !

Dépêchez-vous ! Il reste encore quelques places pour les formations proposées par votre délégation ADBS en cette fin d’année 2007.

  • du 26 au 30 novembre 2007, "Fonction documentaire : Première approche". Pour comprendre le contexte de la fonction documentaire dans son entreprise (en interne comme en externe), être capable de contribuer à la mise en place des produits les plus adaptés à ce contexte, identifier les technologies en jeu dans les pratiques documentaires et comprendre la terminologie du domaine. Ce stage s’adresse à toute personne exerçant des fonctions relevant des métiers de la documentation sans avoir reçu de formation initiale préalable.

  • du 10 au 12 décembre 2007, "Pratique de l’indexation". Pour identifier la finalité de l’indexation et sa place dans l’activité documentaire, améliorer la qualité de l’indexation et adapter l’indexation aux usages et outils informatiques. Ce stage s’adresse à toute personne ayant à indexer des documents textuels et ayant soit suivi le stage "Fonction documentaire : première approche", soit une expérience de l’indexation.

Si vous hésitez, n’hésitez plus ! Adressez-vous vite au conseiller en formation de votre délégation ADBS ! Il prendra le temps de vous aider dans votre réflexion.


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