jeudi 24 février

Lettre ouverte aux candidat·e·s à l'élection présidentielle de 2022

 

Madame, Monsieur,

Alors que la présidence française de l'Union européenne soutient le Pacte européen sur la migration et l'asile qui entend exporter le modèle de la zone d'attente française à toutes les frontières extérieures de l'Europe, l'Anafé souhaite vous alerter sur les dangers que représente un tel projet et vous interpeler sur les violations des droits que constitue la pratique de l'enfermement aux frontières (une note d'analyse est disponible sur le site de l'Anafé).

Créée en 1989, l'Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé) est l'association française experte de l'analyse et de la déconstruction des mécanismes de privation de liberté aux frontières. Nous agissons en faveur des droits des personnes étrangères qui se trouvent ou se sont trouvées en difficulté aux frontières ou en zone d'attente et dénonçons les dysfonctionnements et violations des droits des personnes qui subissent cet enfermement.

Chaque année, via des mécanismes d'entrave aux mobilités, les États européens empêchent des milliers de personnes d'accéder à leur territoire. Chaque année encore, les autorités françaises enferment, en zone d'attente, des milliers de personnes qui tentent d'entrer en France ou sur le territoire européen. L'immense majorité n'en sort que pour être renvoyée dans son pays de provenance, et ce, sans que les pratiques policières ou le respect des droits fondamentaux n'aient été contrôlés par un juge.

À l'instar des centres de rétention administrative, les zones d'attente sont des lieux administratifs de privation de liberté des personnes étrangères. Créées par la loi n° 92-625 dite « Quilès » du 6 juillet 1992, il en existe aujourd'hui près d'une centaine dans les aéroports, les ports et certaines gares ouvertes au trafic international.

En zone d'attente, espace de confinement des indésirables à la frontière, un triptyque terrible tient lieu de politique migratoire : trier, enfermer, expulser. Lorsque les personnes arrivent à accéder aux frontières, la police les intercepte (à la sortie de l'avion, du bateau, du train, à pied ou en voiture). Si les conditions d'entrée ou de séjour ne sont pas réunies, on trie, on enferme, on renvoie. Si les personnes demandent l'asile, on trie, on enferme, on renvoie. Si la police estime que les personnes représentent "un risque migratoire", on trie, on enferme, on renvoie. Cette logique implacable s'abat sur les adultes comme sur les enfants, en famille ou seuls. Peu importe l'âge, la situation de vulnérabilité, de demande de protection internationale ou l'état de santé, on les enferme.

La zone d'attente est une zone de sous-droits. Le refus d'entrée sur le territoire et la privation de liberté en zone d'attente servent à maintenir artificiellement ces personnes hors du territoire français afin de les soustraire aux droits et garanties procédurales que la France accorde sur son sol du fait de sa législation nationale ou de ses engagements internationaux.

L'Anafé a de longue date recommandé la mise en place d'une permanence gratuite d'avocat·e·s en zone d'attente, la création d'un recours suspensif pour tou·te·s contre le refus d'entrée et le placement en zone d'attente et l'intervention du juge des libertés et de la détention en début de procédure. Ces recommandations historiques apparaissent aujourd'hui insuffisantes pour garantir le respect de la dignité et des droits fondamentaux des personnes aux frontières.

Car la zone d'attente, c'est concrètement quatre murs, des grillages, des barbelés, des grilles anti-évasion et des caméras de surveillance, le bruit des avions qui décollent, des trains ou des bateaux qui repartent. C'est l'incompréhension face aux procédures et à une langue que les personnes ne connaissent généralement pas ou peu, face aux droits qui ne leur sont pas ou insuffisamment expliqués, face à la punition que représente l'enfermement par rapport au non-respect supposé des règles de franchissement des frontières ou de séjour en France. C'est également l'angoisse d'être à tout moment renvoyé de force, parfois avec violence.

En trente années d'observations de terrain, l'Anafé a démontré qu'être enfermé·e en zone d'attente, c'est être confronté·e quasiment tous les jours aux situations suivantes : ne pas pouvoir se soigner, ne pas manger à sa faim, dormir dans des locaux insalubres ou aux conditions d'hygiène dégradées, voir la police refuser d'enregistrer sa demande d'asile, n'obtenir aucune information sur ses droits et sa situation précise, ne pas avoir accès à un interprète ou un avocat, être renvoyé·e sans voir un juge, souffrir de stress post-traumatique, surtout pour les enfants, faire une fausse couche à un stade avancé de grossesse sans assistance médicale. Être enfermé·e en zone d'attente, c'est aussi parfois être stigmatisé.e, victime de propos racistes, sexistes et LGBTphobes, de pressions, d'intimidations et de violences. Être enfermé·e à la frontière, notamment entre la France et l'Italie, c'est aussi, parfois, être victime de détention arbitraire. Enfin, être enfermé·e en zone d'attente, c'est parfois finir en prison car on a refusé d'être renvoyé·e dans un pays que l'on a fui.

Les violations des droits sont systémiques en zone d'attente. On ne peut pas priver de liberté des personnes tout en prétendant respecter leur dignité et leurs droits. Ce constat est confirmé par les conclusions de toutes les enquêtes et observations de terrain menées par les associations et les instances de protection des droits humains. Quelle que soit la forme qu'elle prend, la privation de liberté entraîne la violation des droits humains et s'inscrit dans une politique de criminalisation des personnes étrangères. Cela doit cesser !

C'est pourquoi, l'Anafé a lancé, en novembre 2021, la campagne "Fermons les zones d'attente". En janvier 2022, l'Anafé, soutenue par plus de 150 personnalités et 150 organisations nationales et locales, appelait dans une tribune publiée dans Libération à la fin de l'enfermement aux frontières.

Une réforme minimaliste et paramétrique du régime applicable en zone d'attente ne réglerait pas l'impensé philosophique et éthique que représente l'enfermement administratif des étranger·e·s. La fermeture des zones d'attente et des lieux de privation de liberté à la frontière franco-italienne est devenue une nécessité pour garantir la sécurité, la santé physique et mentale, voire la vie des personnes. C'est aussi une nécessité politique. L'abolition de l'enfermement des étranger·e·s est un prérequis indispensable à toute politique migratoire qui respecterait les valeurs humanistes de la France.

Enfin, le renversement nécessaire de l'approche sécuritaire des politiques migratoires passe obligatoirement par la suppression du "délit de solidarité" aux frontières, délit auquel certain·e·s militant·e·s de notre association ont été confrontés ces dernières années. Nul·le ne devrait être inquiété·e pour une action guidée par la mise en œuvre des principes de fraternité et de solidarité.

La prochaine présidence de la République française doit entendre les revendications de la société civile, cesser de privilégier le contrôle des frontières au détriment des droits des personnes en migration et mettre en œuvre une véritable politique d'accueil et de protection.

À moins de deux mois du premier tour de l'élection présidentielle, je vous adresse, par la présente, cette alerte et souhaite connaître vos propositions et engagements sur ce sujet central des débats politiques actuels. Je suis disponible pour vous rencontrer et échanger avec vous ou les personnes de votre entourage en charge de ces questions.

Dans l'attente de votre réponse, je vous prie d'agréer, Madame/Monsieur la/le candidat/e, mes salutations distinguées.

Alexandre Moreau
Président

Ce courrier a été adressé à :

  • Nathalie Artaud
  • Anne Hidalgo
  • Yannick Jadot
  • Anasse Kazib
  • Emmanuel Macron
  • Jean-Luc Mélenchon
  • Fabien Roussel
  • Philippe Poutou
  • Christiane Taubira

 


vendredi 10 décembre

Les oubliés du droit d’asile

Après le rapport parlementaire sur "les migrations, les déplacements de populations et les conditions de vie et d’accès au droit des migrants, réfugiés et apatrides en regard des engagements nationaux, européens et internationaux de la France", paru le 10 novembre dernier, voici un autre rapport d'enquête, complémentaire, issu d'un travail interassociatif, mobilisant Action contre la Faim, Emmaüs Solidarités, Fédération des Acteurs de la Solidarité Ile-de-France, Fondation Armée du Salut, France Horizon, Samusocial de Paris, Secours Catholique – CEDRE et Watizat.

Communiqué de presse du 9 décembre :

Face à la dégradation de la situation des personnes exilées à Paris, neuf associations dévoilent un rapport d’enquête alarmant qui documente leurs conditions de vie et leur accès aux droits et aux services.

Cet état des lieux confirme la complexité du dispositif d’accueil mis en place, les conditions précaires qui en découlent et la difficulté des associations à répondre seules aux besoins. C’est pourquoi nous, associations, formulons des recommandations concrètes dans une perspective d’amélioration des conditions d’accueil.

Réalisée en juin 2021, l’enquête s’est tenue au sein de 5 structures d’accueil parisiennes. Sur les 700 hommes isolés exilés fréquentant quotidiennement ces lieux, plus de 500 d’entre eux ont répondu au questionnaire (525) et 95 ont participé à un entretien. Si les exilés interrogés relèvent de différents statuts (primo-arrivants, demandeurs d’asile, déboutés, bénéficiaires de la protection internationale), l’analyse des nombreuses étapes de leurs parcours révèle des trajectoires résidentielles fragmentées et une précarité globale.

L’Île-de-France, région la plus sollicitée par les procédures de demande d’asile, est marquée par un sous-dimensionnement de l’offre d’hébergement des personnes exilées. Cette tendance marque d’autant plus les personnes fréquentant les structures d’accueil pour qui le passage à la rue est quasi systématique. 96% des personnes reçues en entretien affirment avoir déjà dormi à la rue ou en squat. Sur l’ensemble des demandeurs d’asile interrogés, 53% ne sont pas hébergés au moment de l’enquête, 80% déclarent n’avoir aucune ressource, et 54% sont en situation de faim modérée à sévère.

L’enquête révèle également que le manque d’informations claires entraîne une incompréhension du système d’accueil et précarise ceux qui souhaitent demander l’asile. Parmi les 95 personnes reçues en entretien, 82% déclarent ne pas parler français, 65% ne pas avoir accès à internet et 24% ne pas avoir de téléphone portable à leur arrivée en France. Le défaut d’accessibilité de l’information officielle touche la plupart des personnes interrogées, celles-ci n’étant accessibles que par téléphone ou sur internet, et essentiellement en français.

L’apprentissage du français apparaît comme le premier besoin exprimé par les demandeurs d’asile répondants, puisque 58% d’entre eux déclarent vouloir suivre des cours, tandis que le système français en prévoit uniquement pour les personnes bénéficiaires de la protection internationale.

L’accès aux services d’hygiène et aux dispositifs de suivi médical est aussi au cœur des préoccupations puisque 19% des répondants estiment ne pas avoir un accès suffisant à la douche et 40% expriment le besoin d’un suivi médical. La souffrance psychologique est également abordée par de nombreuses personnes lors des entretiens qualitatifs.

L’enquête montre que la situation de précarité des exilés perdure même après l’obtention du statut de réfugié. En effet, 20% des personnes interrogées bénéficient de la protection internationale et fréquentent toujours les accueils de jour. Si 47% d’entre eux ont obtenu la protection depuis plus d’un an, 32% vivent toujours à la rue ou en squat et 32% n’ont aucune ressource.

À la lumière de ces données, les associations formulent une série de recommandations visant à un changement de cadre réglementaire, ou de pratique, pour mieux couvrir les besoins des personnes, et ce, de manière digne. Nos associations s’engagent à être pleinement actrices de ces recommandations et souhaitent en premier lieu qu’un comité de pilotage, réunissant l’Etat, les collectivités et les associations, puisse être mis en place autour de la question de l’accueil et des conditions de vie des personnes exilées en France.

Une vidéo a été réalisée dans le but de présenter la dynamique inter-associative et les principaux résultats du rapport.




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mardi 30 novembre

Migrations et accès au Droit : une commission d'enquête [2]

Le rapport parlementaire sur "les migrations, les déplacements de populations et les conditions de vie et d’accès au droit des migrants, réfugiés et apatrides en regard des engagements nationaux, européens et internationaux de la France" est paru le 10 novembre dernier. La commission d'enquête comprenait une trentaine de députés, dont le président Sébastien Nadot, député inscrit au groupe parlementaire Libertés et Territoires (LT) et la rapporteure Sonia Krimi, inscrite au groupe parlemntaire LREM. Il est accessible ici (pdf, 451p.).
Après avoir parcouru l'avant-propos du président Nadot, lisons la courte introduction du rapport (p.45-50), qui met en avant trois précieux constats :

  1. Les migrations constituent un phénomène constant et global mais limité au regard des déséquilibres du monde
    D'abord il faut noter que seulement 3,5% de la population mondiale peut être considérée comme en migration.
    Ensuite, il convient de comprendre que "la peur [...] portée par le débat public français, d’une population africaine en croissance exponentielle qui va nécessairement venir s’échouer sur les côtes européennes" est complètement "irrationnelle", étant donné que "dans les pays à très faibles revenus peu de personnes peuvent émigrer même lorsque leur croissance démographie est dynamique" et que "2 % de la population d’Afrique subsaharienne vit à l’étranger et principalement dans un pays voisin."
    Enfin, il faut savoir que "la majorité des migrations est un phénomène intracontinental". Pour le continent européen, près du quart des populations des pays des Balkans ex-communistes vit à l'étranger.
  2. La réalité de l’immigration en France est déformée par le débat public
    "L’immigration étant devenue un sujet de campagne électorale par excellence, ses enjeux ne sont à peu près jamais posés avec une volonté de les traiter de manière rationnelle. Depuis l’irruption de cette thématique dans le débat public au début des années 1980, elle est abordée comme un mal transitoire, soit comme un phénomène que des Gouvernements faibles ou complaisants laissent prospérer alors qu’il suffirait d’être ferme, soit au contraire comme un épiphénomène à l’impact mineur sur la société et dont il conviendrait de ne pas parler. Or, l’immigration est un phénomène cyclique qui obéit à ses propres dynamiques. [...] Ainsi, dans l’imaginaire collectif, – imaginaire bâti par des décennies de débat politique incessant – le migrant est un jeune homme provenant d’un pays d’Afrique ou du Moyen-Orient, pauvre et se dirigeant vers l’Europe parce que le modèle social l’y incite. Depuis quelques années maintenant, s’est ajouté un amalgame récurrent entre immigration et insécurité."
    "Or, les données vont à rebours des représentations collectives et c’est l’objet de ce rapport de l’affirmer. La majorité des migrants sont des migrantes. Leur niveau d’instruction moyen est supérieur à la moyenne du pays de départ mais également du pays d’arrivée. Le migrant est simplement un être humain ne méritant ni excès d’opprobres ni éloges disproportionnées."
  3. Les primo-arrivées relèvent principalement de l’accueil des étudiants étrangers alors que le débat public se focalise sur l’asile.
    Il convient donc de rétablir la réalité des chiffres des migrations. Très globalement, la France est bien moins accueillante que l'Allemagne ou le Royaume-Uni, les chiffres restant stables et la variable la plus importante étant l'origine des migrants. Par ailleurs, il y a quatre types de migration.
    a) LA MIGRATION ESTUDIANTINE. "La plus grande partie des migrants sont les étudiants." Mais, en considérant ces étudiants comme des migrants, on force la dose, dans la mesure où les deux-tiers d'entre eux quittent la France à la fin de leurs études (chiffres OCDE). À noter l'augmentation des frais d’inscription universitaires qui va retentir sur les étudiants de la francophonie et entre en conflit avec l'"objectif de rester dans la compétition internationale" que se donne notre pays...
    b) LA MIGRATION FAMILIALE "est extraordinairement stable depuis plusieurs décennies [...] et ce, malgré malgré les différents durcissements des conditions d’admission" - qui ne font que "« faire attendre »".
    c) LA MIGRATION DE TRAVAIL "est quant à elle extrêmement réduite en France depuis 1974 avant d’être timidement relancée en 2006 avec « l’immigration choisie »."
    d) LA MIGRATION HUMANITAIRE. "Avec 36 000 titres délivrés en 2019, les délivrances de titres pour des raisons humanitaires restent minoritaires parmi les motifs d’entrée sur le territoire et très faibles par rapport à d’autres pays, bien que ce soient celles qui cristallisent le plus le débat public."

"En définitive, il apparaît bien que l’immigration est un phénomène qui emprunte à de multiples causes, revêt les aspects les plus divers et nécessite donc de mobiliser l’ensemble de nos politiques publiques. Cela ne peut être une simple affaire de police." Dit autrement, "les migrations [doivent être appréhendées] dans leur globalité, c’est-à-dire comme un phénomène humain." Il faudra donc "adapter notre appareil politico-administratif pour traiter les questions migratoires dans leur globalité" (diplomatie, enseignement, logement, santé, travail...).

 

Suit une trentaine de "recommandations" concrètes
[accès direct sur Framindmap.org ou dans la fenêtre ci-dessous]

à suivre


 

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mercredi 24 novembre

AVIS AUX GRINCHEUX XÉNOPHOBES

Avis aux grincheux xénophobes : de moins en moins de Français pensent qu’il y a trop d’immigrés !

C'est affirmé noir sur blanc ;-) dans cet article du Centre d'Observation de la Société, intitulé De moins en moins de Français estiment que les immigrés sont trop nombreux.


 

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dimanche 12 avril

La France a les grands hommes qu’elle mérite!

Hier matin à Roissy, Air France (eh oui, je suis à Venise!) a mis à ma disposition pas de quotidiens nationaux (manquaient L’Huma et Libé...). À part Le Figaro où le patron fait sûrement la promo de ses rafales et descend en flèche tout ce qui vient de l'Elysée, j'ai pris quasi tout, même le Paris Worldwide de mars-avril 2015. Attali y dit que "la France est, de loin, le pays le plus parfait du monde". C'est sûrement parce que la France a Attali, non ?

La une du Journal du Dimanche, on a le sentiment que Sarkozy pense que la France est un pays qui va inexorablement vers la médiocrité. C'est parce que la France a Sarkozy, par ailleurs roi d'Maubeuge ?

Oh !!!

Bon ! Je retourne aux gondoles.


 

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mardi 23 décembre

Pauvre Zemmour ! Pauvres de nous !

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Zemmour "fait de la politique et il doit assumer les critiques", a dit Stéphane Le Foll - qui a également laissé entendre que les propos de l'auteur du Suicide français  "ne resteraient pas sans réponse".

Une réponse - et quelle belle réponse ! -, a pourtant déjà été apportée par  Noël Mamère et Patrick Farbiaz qui ont écrit ensemble Contre Zemmour, Réponse au "Suicide français" (éd. Les Petits Matins).

Ce petit livre devrait être entre toutes les mains.

Pourquoi diable le ministre et porte-parole du gouvernement ne l'a-t-il pas mentionné ?


mercredi 02 avril

Pricing ! pricing !

Une collègue de l'ADBS utilisant le terme pricing dans l'une de nos discussions (en français), répond à ma remarque - qui pourrait paraître franchouillarde - en se plaignant que le mot pricing est en voie de passer dans l’usage courant au même titre que ses petits frères de suffixe tel que mailing ou sponsoring (et quelques autres que la décence m’empêche d’écrire ici ). Je lui réponds.


Pricing ! pricing ! Moi, je suis convaincu qu'il n'y a pas de fatalité et que l'état du langage partagé est le fait de ceux qui partagent. RIEN ne nous oblige à entrer dans ce jeu où l'irrespect de la langue native se conjugue trop souvent avec une tendance certaine au verbiage improductif voire à la logorrhée qui tournoie sur elle-même. On a dit LE mot english et c'est autosuffisant !

De mon côté, je respecte l'évolution "naturelle" du langage ; j'ai dans ma panoplie lexicale des mots comme twist, rock'n'roll, etc. Mais je juge discriminatoire l'attitude langagière qui consiste à utiliser un lexique qui n'a rien de plus universel que celui que nous partageons de par notre naissance et notre culture et qui n'apporte rien de plus que ce que l'on peut déjà dire dans la langue de notre naissance et de notre éducation.

Donc je récuse pricing et dirai plutôt tarification - sachant que ces deux termes n'ont pas exactement le même sens.

Et c'est bien ça le problème, le premier problème de fond ! Chaque langue construit le réel. Depuis l'Académie de Platon jusqu'au Centre de recherches philologiques lillois où j'ai eu la chance de rencontrer feu Jean Bollack et Heinz Wismann (lisez donc son dernier ouvrage : Penser entre les langues), on sait que le réel est construit (comme disait ce bon vieux Hegel), et qu'il est construit par le langage. Pour revenir à nos platebandes documentologiques, il suffira de regarder le fonctionnement du multilinguisme dans les langages documentaires pour se rendre à l'évidence : chaque langue naturelle construit sa propre réalité, ses propres objets-référents, jusqu'aux relations entre ces derniers... Bref, à lire et entendre ce "jargonage globisant", j'ai le sentiment de communiquer avec des étrangers - ce qui, pour l'handicapé linguistique que je suis, est relativement excluant voire traumatisant. À subir ce lexique exogène, j'ai le sentiment d'avoir été chassé de mon propre paysage ou déplacé de force dans un autre.

Le deuxième problème de fond est que ce langage - que vous utilisez tou(te)s - n'est même pas linguistiquement établi. C'est un globish mal assuré dans son fondement intellectuel, que même nombre d'anglophones vouent aux gémonies. C'est juste un langage pour le fonctionnement économique de surface et pour la galerie managériale, commerciale et médiatique opportuniste qui s'en régale. On prend des mots (pricing, customizer, etc.), des mots pour dire des choses ou des concepts qui ont déjà leur signifiant francophone (tarification, personnaliser, etc.), des mots que l'on insère dans un fonctionnement syntaxique français (enfin, quand on utilise les règles de la syntaxe !)... Ça me fait penser à mes vieux copains maghrébins qui vivent en France depuis leurs études en France (années 70) et qui, quand ils dialoguent entre maghrébins, parlent arabe avec de temps en temps un mot français qui jaillit, venant perturber le flux homogène de la langue arabe. Vous dites pricing comme mes copains emploient ici ou là un mot français - c'est-à-dire un mot du langage de leur ex-colonisateur... No comment !

On peut rire de mon acharnement à refuser ce globish qui n'est même pas un langage à lui seul (le langage n'est pas que lexique ; lisez Wismann je vous dis !). Je ne cherche pas à me poser en vieux chnoc conservateur arcbouté sur une époque révolue où l'on se serait attaché à respecter sa propre langue, la langue de ses parents, celle qu'on avait appris en naissant et en grandissant. Je sais bien qu'une langue dite "naturelle" évolue d'elle-même - c'est d'ailleurs ce qui la distingue d'une langue artificielle. Par ailleurs, comme tout le monde à l'ADBS, j'ai pris ma part d'invention technique et/ou méthodologique ; comme tout le monde à l'ADBS, je manipule des trucs et des machins qui nous viennent d'outre-atlantique ou pas mais qui causent globish. Pour autant, je ne me suis jamais senti obligé de laisser au vestiaire ma langue native, la langue qui m'identifie, c'est-à-dire qui m'authentifie.


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mardi 04 mai

Pourquoi faut-il qu'ils nous fassent honte ?

La France vient de voter une "aide" financière à la Grèce, une aide qui lui rapportera du profit financier. J'ai honte d'être français.
Mais quoi de plus logique en ce monde libéral que de tirer profit des difficultés d'autrui, fût-ce un peuple entier ?

Le Parti socialiste a voté cette aide - en dénonçant un taux trop élevé mais votant tout de même. J'ai honte d'être de gauche.
Mais quoi de plus logique pour ce parti politique qui a perdu les valeurs fondamentales de la gauche et court après le libéralisme pour se constituer parti de gouvernement ?


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dimanche 06 décembre

Pour ne pas oublier...

Je veux lancer un appel à tous ceux qui, dans le monde, croient aux valeurs de la tolérance, de la liberté, de la démocratie, de l'humanisme, à tous ceux qui sont persécutés par les tyrannies et les dictatures. Je veux dire à tous les enfants à travers le monde, à toutes les femmes martyrisées dans le monde, je veux leur dire que la fierté, le devoir de la France sera d'être à leurs côtés.

Déclaration de Nicolas Sarkozy, le soir de son élection à la Présidence de la République Française.


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mardi 12 février

Contradiction ?

Les patrons français sont les mieux payés d'Europe, dit-on, chiffres à l'appui.
Chapô d'un article de Libé d'aujourd'hui : Avec 5,87 millions d'euros en moyenne selon le quotidien La Tribune, les PDG français sont les mieux payés d'Europe. En 2007, trois sur quatre auraient vu leur rémunération progresser de 40%.
Les salariés français eussent aimés connaître un progression quatre fois moindre... Eux à qui le pouvoir exécutif, copain des grands patrons justement, serine que "les caisses sont vides".

À l'évidence, elles ne sont pas vides pour tout le monde !

Et de quoi se plaint-on ? La France détient au moins un record sur le plan économique !


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