dimanche 23 avril

Les cinq lieux de l'ADBS

"Que représente l’ADBS pour vous ?". J'ai dû répondre à cette large question dans le cadre de l'incitation à candidatures pour le Conseil d'Administration de l'ADBS. Extraits (remaniés).

L’ADBS, lieu de professionnalisation
Lorsque je me suis engagé dans le métier de documentaliste - c'était il y a plus de trente ans -, l'adhésion à l’ADBS a été très concrètement pour moi la possibilité d'intégrer une communauté professionnelle dont la fréquentation m'a appris le métier. Parmi ces professionnel(le)s de l'information, il y avait des personnes qui portaient haut les couleurs de l'association - au rayonnement de laquelle elles avaient largement contribué, en région Nord[*] et sur le plan national. Leur enthousiasme pour l’action associative, pour l'action collective m'a positivement contaminé et je suis convaincu qu'aucune formation ne m'aurait autant apporté en matière de professionnalisme et d'ouverture quant à l'impact de nos compétences sur les organisations pour lesquelles nous travaillons.


L’ADBS, lieu de réseautage
L’autre geste fondateur pour moi a été de me rapprocher des documentalistes travaillant sur les mêmes thématiques que moi (formation, emploi, sciences de l’éducation, etc.). C’est ainsi qu’est né le Collectif Documentaire Emploi-Formation régional, qui fut l’occasion d’une véritable optimisation de la ressource documentaire sur le bassin lillois, en même temps qu’un échange de compétences entre les membres du collectif (AFPA, Université, Rectorat, CRDP, CARIF, ANPE, DRTE, etc.), d’autant plus riche que chaque membre du réseau faisait lui-même partie d’un réseau institutionnel. On appellerait ça un réseau aujourd’hui, un réseau de réseaux, un réseau humain à haute densité professionnelle. Il a fonctionné plus d’une décennie, produisant par ailleurs quelques bibliographies et autres travaux documentaires à l’adresse des acteurs des services publics de l’emploi, de l’éducation et de la recherche. Comme ce travail collectif sur l'Évolution des métiers de la formation des années 70 à l’an 2000...


L’ADBS, lieu de formation
C’est dans ce cadre riche que j’ai fourbi mes premières armes pédagogiques au sein de l’association, organisant notamment avec d’autres membres du collectif régional, une formation ADBS sur la veille appliquée au secteur éducation. Lieu éminent de professionnalisation, l’ADBS devenait pour moi, un authentique lieu de formation continue de ses membres et plus globalement des professionnels de l’information et de la documentation – en toute complémentarité avec les formations initiales dispensées par l’Université, qui me sollicita rapidement pour témoigner de la technicité de nos activités professionnelles en même temps que de la capacité d’une association professionnelle à porter un discours pédagogique construit et surtout « authentique » en quelque sorte.


L’ADBS, lieu d’écriture praticienne
Après quelques années de métier et de confection de bibliographies et autres travaux documentaires utiles aux professionnels du secteur où se situait mon rôle de professionnel de l’information (sciences de l’éducation & formation continue), je ressentis le besoin d’expliquer aux autres comment j’envisageais l’un des avenirs possibles de la bibliographie. C’est l’ADBS qui accueillit un article sur ce que j’appelai alors l'herméneutique documentaire, en fait sur la question du sens et des références en documentation (DocSI, vol.33, n°1, 1996). Mon association était clairement un authentique et chaleureux lieu d’expression où les adhérents pouvaient soumettre l’état de leur réflexion professionnelle, hors des cadres sacro-saints de la publication universitaire, trop souvent interdite aux « praticiens ».


L’ADBS, lieu de « germination associative »
Enfin, dès le début de mon engagement dans le métier de documentaliste, je ne pus résister à l’envie, au besoin de mettre la main à la pâte : je devais participer à l’animation associative en région. J’intégrais donc immédiatement le bureau de la délégation régionale Nord-Picardie, d’abord et longtemps en tant que coordinateur formation, puis plus tard en tant que délégué régional – ce que je suis toujours. En effet, s’il doit y avoir activité associative, c’est là où se trouvent les professionnels de l’information et de la documentation, où se trouvent les adhérents, c’est-à-dire, de ma lorgnette, en région Nord-Picardie, puisque je travaillais sur la métropole lilloise. Il n’était pas question pour moi de cantonner l’ADBS dans un rôle de superstructure jacobine qui distribue savoir-faire et savoir-être sur le territoire. Au contraire, les professionnels des territoires ont du savoir-faire et du savoir-être à apporter à la collectivité, tout autour d’eux mais aussi en rayonnement national. C’est ainsi que je devins membre du Conseil des régions de l’ADBS, pour finir par en devenir le Président. Ce rôle me propulsa dans les sphères décisionnelles de l’association : le Président du Conseil des régions est membre de droit du Conseil d’Administration et du Bureau. Voilà quelques mois, dans la perspective de la cessation de mes activités professionnelles, je me suis dessaisi de ce rôle, pour recentrer mon énergie sur ma délégation régionale qui sommeillait quelque peu, afin qu’elle participe à l’alimentation territoriale de l’association.

[...]

"Quelle satisfaction tirez-vous du fait d’être administrateur de l’ADBS ?" était une autre question.

Réponse : "Juste la satisfaction d’œuvrer au bien commun, accompagnée du plaisir de restituer autant qu’on a reçu."


 [*] Voir ces "pionniers du Nord" dont parlait DSI en 2003 (vol. 40, n° 2).

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vendredi 22 mars

numérique, écriture, lecture...

Les métamorphoses de l’œuvre et de l’écriture à l’heure du numérique :
vers un renouveau des humanités ?

C'était la question des 19 et 20 novembre 2012, à la BNF (quai François Mauriac).

Tout est là : 19 novembre et 20 novembre.


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dimanche 30 décembre

Des tablettes mésopotamiennes aux outils du Web 2.0...

Marc Rougier est à TEDxPantheonSorbonne


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vendredi 16 novembre

Archives personnelles de Bertrand Schwartz

th_200x100_bertrand_schwartzÇa y est ! Il est arrivé, le répertoire du fonds Bertrand Schwartz que j'attends depuis... !

Il est là, en ligne ! Formidable ! Les archives personnelles de l'initiateur de tant de réflexions collectives qui ont conduit à l'innovation sociale la plus avancée et la plus humaine sont enfin accessibles à tous ceux qui, de près ou de loin dans le domaine vaste de l'éducation permanente, sont ses héritiers.

Merci donc à la Région Nord-Pas de Calais !

archivesBertrand- - - - - - - -

Je me permets de donner à grands traits la préhistoire de ce répertoire, la petite histoire qui a permis ce travail.

Il était une fois un documentaliste spécialisé dans le secteur de l'éducation permanente. Il travaillait au CUEEP, lieu de toutes les innovations socio-pédagogiques des années 1970 à 1990 en région Nord-Pas de Calais. Et si cet organisme était lieu d'innovation, c'est qu'il avait été porté sur les fonds baptismaux en résonance avec les expérimentations que Bertrand Schwartz avaient menées en Lorraine. Une petite bibliographie permet de retracer cette action du point de vue de l'un des centres du CUEEP, celui de Sallaumines. C'est d'ailleurs de ce centre que provient la photo qui montre un groupe en formation dans les années 70 et qui orne aujourd'hui la page où la Région donne accès au répertoire du fonds Bertrand Schwartz...

Un jour de 1994, le directeur du CUEEP proposa au documentaliste de réaliser l'outillage bibliographique d'un colloque sur l'autoformation, colloque co-organisé avec le GRAF (à l'initiative de ce dernier, si mes souvenirs sont bons). C'était le 2ème colloque européen sur l'autoformation tenu à Lille en 1995. Le documentaliste se prit au jeu et établit, en réponse précise à la demande, une bibliographie signalétique assez ample. Cet outil fut rapidement mis en ligne puis mis à jour progressivement par les spécialistes de l'autoformation.
Mais le documentaliste se prit si bien au jeu qu'il alla plus loin que la stricte demande, travaillant plus précisément sur deux des intervenants à ce colloque, deux personnalités de la recherche qui avaient marqué chacun à sa manière l'écosystème de la recherche sur l'autoformation, je veux parler de Georges Lerbet et Philippe Carré. D'où un outillage bibliographique en trois partie : la bibliographie générale s'accompagnait de deux "bibliographies d'auteurs". Et c'est en réalisant ce travail que j'imaginai que produire une telle bibliographie sur la personne de Bertrand Schwartz serait d'un intérêt sans commune mesure avec toutes les autres personnalités qui ont développé l'innovation et la réflexion collective dans le champ pourtant riche de l'éducation permanente. L'écriture praticienne chez
Bertrand Schwartz n'était pas seulement écriture dans l'action et écriture sur l'action, comme toute écriture praticienne, mais aussi écriture pour l'action - cette troisième dimension étant peut-être ici la plus structurante. Je renvoie le lecteur intéressé par ces distinctions au sein de l'écriture praticienne au n°346 des Cahiers pédagogiques de septembre 1996 (p.59-60) ou au n°95 d'Entreprises Formation d'octobre 1996 (Cahier Point-recherche, p.I-V).
Bref, je me souviens avoir glissé cette éventualité d'un travail documentaire sur la production écrite de Bertrand Schwartz en note de bas de page de l'ouvrage qui restituait les actes du colloque, un numéro double des Cahiers d'études du CUEEP, publié en mai 1996 (n°32-33, 285p.) dont j'avais assuré l'édition et dont l'introduction fit l'objet d'une récriture pour Documentaliste-Sciences de l'information.
Je me souviens aussi en avoir glissé mot à Bertrand lors de l'un des repas du colloque où nous étions côte à côte, en compagnie de Joffre Dumazedier, Gérard Mlekuz, Gaston Pineau... Bertrand m'avait alors rétorqué que, pour lui, l'important n'était pas à la valorisation de ses écrits mais à son activité présente et future, à sa lutte permanente contre l'exclusion. Je rangeais donc mon souhait à la consigne des éventualités des jours prochains.

De fait, une dizaine d'années plus tard, Bertrand nous contacta, mon ami Patrick Girard et moi, pour organiser la mise à disposition du public de ses archives personnelles. Je n'en espérais pas tant. C'était l'époque où le monde de l'éducation permanente rendait un hommage appuyé à l'homme et à son oeuvre. Les universitaires suisses, l'équipe de la revue Pour (n°189, mars 2006), Louise L. Lambrichs, tout le monde s'y est mis. De mon côté, je pensais immédiatement aux archives de la Région Nord-Pas de Calais et pris contact avec la responsable du service. C'était en 2007. Avec le C2RP, la Direction de la Formation Permanente et le cabinet du Président du Conseil régional, nous organisâmes le 28 février 2008 une journée consacrée à notre homme, journée qui réunit nombre d'acteurs de l'éducation permanente et au cours de laquelle le Président et Bertrand échangèrent leurs signatures au bas du parchemin de la convention de dépôt d'archives personnelles.
Ci-dessous le schéma du projet qui conduisit à la journée du 28 février 2008, présentée en son temps sur le présent blog :

sch_ma_projet_FdsBS_retaill_

 

Pourquoi le Nord-Pas de Calais ? Parce que cette terre, Bertrand l'avait foulée à plusieurs reprises au cours de sa carrière d'expérimentateur. J'avais tenté un schéma sur Bertrand Schwartz en Nord-Pas de Calais, pour aider quelqu'élu qui devait prendre la parole ce jour-là.

BS_NPdC

 J'avais dirigé pour l'occasion un document bibliographique (à partir du fonds documentaire du C2RP), aujourd'hui accessible en ligne.

Bulletin Bertrand Schwartz 28022008 doc
 

Sur cette photo prise le 28 février par l'amie Catherine Schmitt, on reconnaît, de gauche à droite au premier plan, Marie-Noëlle Lienemann, Bertrand et Antoinette Schwartz, Jacques Delors, Claudine Carin, Daniel Percheron, Patrick Girard, Gérard Mlekuz (derrière Patrick Girard) puis, en costume clair tout à droite, Serge Évrard - tous deux hélas disparus depuis lors.

autour_de_BS__gd_

Bref !
Non sans quelques relances de ma part
, le traitement archivistique est donc en octobre 2012 réalisé et diffusé  - du moins pour cette première tranche du fonds...
Merci aux Archives régionales Nord-Pas de Calais !
Reste à engager la "valorisation documentaire" appelée de mes voeux depuis fort longtemps...


 

 

 

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lundi 22 octobre

L'accord du participe passé ? Fastoche !

le-participe-pass-accord

La même en grande image, en format freemind ou en format PDF.

Merci qui ? Merci Madame Piller !


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vendredi 29 juin

e-Rousseau, c'est pour bientôt

Frédéric Kaplan présente ce qui promet d'être un superbe outil de travail pour les étudiants et chercheurs en sciences politiques, en philosophie, en littérature, en musicologie, en ... Sur son site, c'est .


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mercredi 04 mai

Avec des agents de développement des services d'utilité sociale et de proximité

Mettant le nez dans mes archives (je déménage bientôt !), je tombe sur une série de travaux d'écriture fourni en accompagnement d'un séminaire de porteurs de projets... Ce travail a donné lieu à exposé lors d'une journée régionale sur la question des avancées de la politique régionale en matière de développement territorial, plus précisément concernant la montée en puissance des services d'utilité sociale et de proximité...

20020325progr

Ce travail avait été l'occasion d'une écriture multiple et progressive. Le dossier est sur Tard-Bourrichon. Voici la petite synthèse finale distribuée le 25 mars 2002.


 

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samedi 05 septembre

J'agende, tu agendes, il agende, etc.

Lu sur le site d'un organisme de formation helvète : "Ce cours n'est pas agendé en ce moment".

Ce qui signifie qu'il va l'être prochainement... Mais qu'est-ce donc qu'un "cours agendé" ? On pourrait, à l'écoute de cette phrase, rétorquer "il est à qui alors, ce cours, en ce moment ?"...

'Agender' doit venir du terme 'agenda', substantif masculin, qui n'est autre que le neutre pluriel du participe futur passif du verbe latin agere, qui signifie tout simplement faire (transitif) ou agir (intransitif). Ce qui nous intéresse ici est le transitif, puisque nous avons affaire à une forme passive : 'agenda' = ce qui est à faire... Le latin médiéval avait déjà substantivé l'adjectif verbal en lui donnant l'emploi qui correspond à notre "ordre du jour" (première occurrence au XII° siècle) - ce que les anglophones ont maintenu. D'où la définition donné par exemple par l'excellentissime TLFi : "Petit carnet, réservant chaque page à un ou plusieurs jours de l'année dans l'ordre du calendrier pour inscrire ce que l'on a à faire ou ce qu'on a fait, et qui comprend éventuellement un répertoire d'adresses et divers renseignements pratiques." On est passé des choses à faire au document où elles sont consignées. Déplacement sémantique assez compréhensible, somme tout. Quelque chose comme une métonymie, comme LA métonymie documentologique par excellence (le document comme information et support)...

C'est donc à partir d'un substantif issu d'un verbe que nos amis helvètes forgent un nouveau verbe : 'agender' = mettre à l'agenda, inscrire sur l'agenda, porter au calendrier, etc. L'histoire des mots est souvent tortueuse... FAIRE => CHOSES À FAIRE => INSCRIRE LES CHOSES À FAIRE. Et cette inscription, on la dit comment ? Agendement, agendage, agendation ?


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dimanche 28 décembre

Je ne suis pas geek pour un sou

MONLOGOJe ne suis pas geek pour un sou.
Mais alors pas du tout !
Je ne suis féru d'aucune science, ni imbus de nouvelles technologies,
je ne suis fan d'aucun super-héros. D'ailleurs j'aime pas les héros !
Peut-être un peu foldingue avec mes pratiques musicales qui me téléportent régulièrement dans les siècles passés : chanter avec d'autres foldingues du Josquin des Prés ou du Heinrich Schütz en ce début XXIème tient de l'exhibition des monstres de foire...
Peut-être un peu ridicule encore avec ma bibliothèque privée qui me transportent parfois vingt-cinq siècles en arrière : tenter de comprendre pratiquement les méandres de la rhétorique des avocats et des sophistes athéniens en la suivant à la trace dans les textes que les éditeurs-philologues-imprimeurs du XVIème nous ont légués, ou imaginer la réception des cours d'Aristote à la lecture des notes qui nous sont parvenues, elles aussi notamment grâce aux Estienne et autres potes de Garamond,
tout cela a quelque chose de ridicule...

Pourquoi Éric m'a-t-il alors invité à sortir ma plume pour participer à un groupe d'"experts", de "spécialistes" ?
Et pourquoi ai-je répondu favorablement à son invitation ?
Peut-être parce que l'invit avait le sourire... ;-))
Peut-être parce que faire partie d'un groupe d'experts quand on n'est pas expert a quelque chose d'excitant...
Peut-être parce que "les amateurs, les « pro-am » et les vraies références se confondent" comme dit Éric.

Quand je me retourne vers mon propre passé, je m'aperçois que j'ai souvent été ainsi entre ces mondes des professionnels et des amateurs. Comme ténor, comme philosophe, comme documentaliste, comme compositeur, comme militant, comme graveur (de partitions), comme pédagogue, comme philologue, comme organiste (mais ça c'était vraiment quand j'étais vraiment très jeune !)... Du coup, très souvent, notamment dans les moments de négativité joyeuse, j'ai regardé ma vie avec le même balancement que celui qui rythme l'épitaphe de Tristan Corbière :

[...]

Il ne naquit par aucun bout,
Fut toujours poussé vent de bout,
Et ce fut un arlequin-ragoût,
Mélange adultère de tout.

Du je-ne-sais-quoi. - Mais ne sachant où ;
De l'or, - mais avec pas le sou ;
Des nerfs, - sans nerf. Vigueur sans force ;
De l'élan, - avec une entorse ;
De l'âme, - et pas de violon ;
De l'amour, - mais pire étalon.
- Trop de noms pour avoir un nom. -

Coureur d'idéal, - sans idée ;
Rime riche, - et jamais rimée ;
Sans avoir été, - revenu ;
Se retrouvant partout perdu.

Poète, en dépit de ses vers ;
Artiste sans art, - à l'envers,
Philosophe, - à tort et à travers.

Un drôle sérieux, - pas drôle.
Acteur, il ne sut pas son rôle ;
Peintre, il jouait de la musette ;
Et musicien : de la palette.

Une tête ! - mais pas de tête ;
Trop fou pour savoir être bête ;
Prenant un trait pour le mot très
- ses vers faux furent ses seuls vrais.

Oiseau rare - et de pacotille ;
Très mâle... et quelquefois très fille ;
Capable de tout, - bon à rien ;
Gâchant bien le mal, mal le bien.
Prodigue comme était l'enfant
Du testament, - sans testament.
Brave et souvent, par peur du plat.

Coloriste enragé, - mais blême ;
Incompris... - surtout de lui-même ;
Il pleura, chanta juste faux ;
- Et fut un défaut sans défauts.

Ne fut quelqu'un, ni quelque chose
Son naturel était la pose.
Pas poseur, - posant pour l'unique ;
Trop naïf, étant trop cynique ;
Ne croyant à rien, croyant tout.
- Son goût était dans le dégoût.

Trop cru, - parce qu'il fut trop cuit,
Ressemblant à rien moins qu'à lui,
Il s'amusa de son ennui,
Jusqu'à s'en réveiller la nuit.
Flâneur au large, - à la dérive,
Épave qui jamais n'arrive...

Trop soi pour se pouvoir souffrir,
L'esprit à sec et la tête ivre,
Fini, mais ne sachant finir,
Il mourut en s'attendant vivre
Et vécut, s'attendant mourir.

Ci-gît, - cœur, sans cœur, mal planté,
Trop réussi, - comme raté.

La dérision, l'autodérision ne fait jamais de mal. Mais de là à faire partie des "gourous du grand Nord" ! Vous voyez bien qu'Éric y va fort!

Reste qu'il a bigrement raison quand il promeut le mélange amateur/professionnel ! Je pense qu'une très grande partie de mes compétences a été acquise et/ou confortée à ce frottement-là. Je suis convaincu que ce que je considère trop facilement comme ma propre autoformation n'a jamais été en fait que de l'apprentissage en compagnonnage informel. Importance du respect de l'autre. Importance du collectif...

ticchti_160Ceci dit, pour bien commencer l'année 2009,
lisez donc
TIC Ch’ti – les gourous du grand Nord.

Les onze autres contributeurs sont de vrais spécialistes et experts...


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samedi 17 mars

Ruptures imbéciles...

Il y a un mois tout juste que Jean Duvignaud est décédé. J'étais en train de lire son dernier ouvrage, La ruse de vivre, dernier temps d'une exploration de la vie, de sa vie... Cette écriture me soulève et m'entraîne à la rêverie philosophique et poétique. Lis-le toi qui me lis aujourd'hui ! Lis cette échappée poético-philosophique sur les miroirs (p.73-82), par exemple.

Extrait ailleurs (p.72sq.) :

La vraie rupture échappe aux jugements de valeur :
elle ouvre une béance.

Ce que j'aime par dessus tout avec ces hommes de la trempe de Jean Duvignaud, c'est moins leur grande intelligence ou leur immense culture que leur souci de dire juste, leur quasi-obsession du respect de la langue, qui oscille adroitement entre les termes de la distinction qu'opérait Barthes entre écrivain et écrivant, ou plutôt qui réalise la prouesse de concilier les deux termes que Barthes présentait comme inconciliables...
Dieu que cette écriture-là fait du bien à lire, en ces temps troublés où les mots ne sont que des outils d'un marketing politique aux relents historiques nauséabonds!


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