samedi 25 juillet

Le drame d'Hanna Schmitz

Avez-vous vu The Reader, ce film de Stephen Daldry adapté du roman de Bernhard Schlink (Le liseur, dans la collection Folio de Gallimard), sorti le 10 décembre 2008 aux États-Unis et le 15 juillet 2009 en France ? Je l'ai vu dans une salle nantaise hier soir, en VO - entendre des allemands converser de sujets éminemment allemand dans la langue d'Obama a quelque chose de sur-réaliste...

The_Reader_1_429885aJe vous laisse, assidus lecteurs (de ce blog !), comprendre pourquoi Kate Winslet a été en­censée pour ce rôle d'Hanna Schmitz. Elle tout simplement magnifique et impériale d'humanité et de beauté.

Je vous laisse, assidus lecteurs, comprendre comment plusieurs histoires s'entrecroisent dans cette histoire (amour, Allemagne nazie, Allemagne de la seconde moitié du XXème siècle, etc.).

Juste un petit mot concernant ce film, dont le noeud dramatique n'est pas celui qu'on croit mais relève d'une problématique de formation : le drame d'Hanna Schmitz tient dans son illettrisme et surtout son incapacité à avouer qu'elle ne sait ni lire ni écrire... C'est, en dernière analyse, cette honte de l'illettrisme qui la condamne après-guerre. Et c'est sa situation d'illettrisme même qui l'a peut-être bien condamné à commettre l'irréparable dans les années 40.
Platon mettait dans la bouche de Socrate cette idée simple, bête et trop "évidente" que la connaissance a un impact sur le comportement, que la connaissance de la vérité ne peut que conduire à un comportement moralement affûté, qu'on ne peut faire "le mal" en connaissance de cause. etc. L'idée a été reprise souvent, jusqu'à Paul Otlet qui pensait que l'accès au livre et au document, que la lecture donc ne pouvait que favoriser l'humanité de l'humain. Jean-François Füeg ("Ordo ab chaos. Classer est la plus haute opération de l’esprit" in Associations transnationales, 1-2/2003, pp.34-35) est explicite sur ce point : L’objectif d’Otlet est de favoriser la Paix. Il pense que la science apportera naturellement le bonheur à l’humanité. Son premier projet, le répertoire universel de documentation, est développé pour permettre aux hommes de mieux se comprendre mutuellement. La bibliographie doit être la clef d’accès à la connaissance.

Paul Otlet lui-même ne décrit-il pas son projet de Mundaneum en ces termes : Ainsi la pensée de chacun pourra atteindre la conception du tout­ ; l’humanisme poursuivi par l’éducation pourra devenir le bien de tous­ ; la  civilisation  devenant  universelle  et dirigée par des moyens rationnels, pourra enfin opposer victorieusement aux horreurs et aux confusions de la crise, de la guerre et de la révolution l’idéal et le bien de la prospérité, de la paix, de la justice et de l’ascension des hommes vers une plus haute destinée. (Traité)
Un tantinet ringard, mais toujours puissant !


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mardi 21 juillet

Forum régional 2008 du réseau Lire

Lire1Ça y est ! Les actes du forum régional du réseau Lire qui s'est tenu le 4 décembre 2008  à Bouvines sont disponibles au C2RP. Pas encore en téléchargement sur le site. Espérons que ce sera pour bientôt ;-)

La journée avait été riche. Voyez le programme :

Lire2

Voici le sommaire des actes :

sommaire

J'y avais participé en tant que "rapporteur" de l'atelier animé par ma collègue Véronique Chabot qui avait introduit le travail en ces termes :

Il s’agira à partir de quatre expériences de terrain de s’interroger sur la problématique suivante.
Aujourd’hui, l’introduction d’actions culturelles dans les offres de formation s’appuyant sur des objectifs et des contenus de formation, est acquise. Quasiment tous les organismes de formation de la Région (notamment du réseau Lire) agissent dans ce sens. Ces activités sont reconnus par tous, notamment les institutions (État, Région) comme étant des leviers facilitant (l'accès) à la formation, comme étant sources d’apprentissages notamment sur la lecture et l’écriture ainsi que dans le domaine de la citoyenneté, tout en permettant le développement de certaines des compétences-clés prônées par l’Europe (sensibilisation culturelle et citoyenneté).
Mais, il semble que des différences, des écarts existent dans l’organisation et la qualité de ces actions selon les territoires, notamment autour des questions de la professionnalisation des intervenants, mais pas seulement...
Les questions que nous tenterons d’aborder dans cet atelier viseront à essayer de répondre aux points suivants :

  • Comment améliorer la professionnalisation des intervenants des actions culturelles de formation ?
  • Comment favoriser leur ancrage local sur les territoires ?
  • Comment permettre des transferts d’expériences d’un territoire à l’autre ?

Il s’agira aussi de souligner les éléments pertinents concernant l’impact de telles actions sur les publics et les territoires (sur la lisibilité, valorisation, maillage), de relever les freins et leviers à la conception, la mise en place, l’animation et l’évaluation de ces actions.
Nous espérons qu’à la suite de cet atelier et du forum, des échanges de pratique pourront émerger, de la curiosité, des transferts d’expériences ainsi que des projets de formation de formateurs.

Les échanges avaient été passionnants et j'avais tenté d'en rendre compte "à chaud" sur ce blog. La publication du C2RP vient clore ce travail, souhaitant que les paroles qui s'y sont échangées sèment des projets de développement d'actions culturelles pour des publics en formations de base sur nos territoires...
En attendant que ces actes soient téléchargeables, voici le scan (pdf en N&B) des pages de compte-rendu de l'atelier dont je fus le rapporteur.


Informer sur l'offre de formation

Normes descriptives et lisibilité de l’offre de formation.  Guide de correspondance entre les normes MLO, LHEO et CDM-fr est document élaboré sous le pilotage de la DGEFP par un groupe de travail interministériel. Pourquoi ce guide de correspondance ? Les auteurs s'en expliquent :

Le projet de loi, actuellement discuté au Parlement, sur l’orientation et la formation professionnelle tout au long de la vie jette les bases d’une mission d'intérêt général d’information et d’orientation professionnelle ouverte à toute personne quel que soit son âge ou son statut. Il s’agit notamment de permettre à tout citoyen de disposer d’informations sur les dispositifs de formation et leur qualité de celle-ci. Il prévoit ainsi de rendre accessible a l’ensemble des financeurs publics, aux entreprises et aux particuliers la liste des organismes référencés.
Dans  cette  perspective,  il  est  fondamental  que  les  concepteurs,  les  financeurs,  les  bénéficiaires  de  la  formation  puissent  disposer  d’une information  compréhensible,  lisible.  La  multiplication  des  terminologies  et  modalités  de  présentation  de  l’offre  ne  pourrait  que  renforcer  un sentiment d’opacité et nuirait gravement à une communication claire entre les différents acteurs de la formation professionnelle.
Au-delà  des  enjeux  nationaux,  nous  devons  nous  situer  dans  le  contexte  plus  large  de  la  mobilité  en  Europe  et  donner  à  l’ensemble  des citoyens  européens  des  clefs  de  lecture  communes.  L’élaboration  de  ce  guide  répond  à  ces  enjeux  de  partage  d’informations  sur  l’offre  de formation  en  mettant  en  évidence  les  correspondances  entre  deux  langages  particulièrement  développés  en  France  pour  décrire  l’offre  de formation continue (LHEO et CDM-fr), en les situant dans le contexte européen de création à moyen terme d’une norme descriptive.
Il s’adresse particulièrement aux médiateurs, documentalistes, notamment au sein des CARIFS et des services universitaires,   en  charge de moissonner  l’information  et  de  l’exporter  aux  différents  réseaux  professionnels  intervenant  auprès  des  publics.  Plus  largement  le  souci d’harmonisation entre les 2 normes françaises et la future norme européenne MLO répond à plusieurs enjeux:
•  répondre aux interrogations de certains financeurs (conseils régionaux, OPCA et OPACIFS) et prestataires de formation qui craignent d’être contraints à utiliser des standards différents pour toute publication ou réponse à un appel d’offres au niveau national, européen ou international avec un risque de double saisie;
•  faciliter l’accès à l’information du public sur l’offre de formation, quelle que soit sa provenance, grâce à une présentation standardisée et unifiée;
•  influer  sur  les  critères  à  prendre  en  compte  au  niveau  européen  pour  l’élaboration  de  la  norme  MLO  (Metadata  for  Learning Opportunities), afin d’aboutir à des formats d’échange et de description compatibles et interopérables entre les standards français et européens. Les critères communs seront pris en compte par L’AFNOR pour le référencement d’une norme nationale.


samedi 18 juillet

L’identité professionnelle, à l’épreuve ou à l’appui des mutations économiques ?

L’Association pour la Formation Professionnelle des Adultes
à travers son Institut National de l'Orientation et de l'Insertion Professionnelles
organise un colloque
à Lille les 19 et 20 novembre 2009 :

L’identité professionnelle,
à l’épreuve ou à l’appui des mutations économiques ?

Destinée aux professionnels de l'orientation, de l'insertion et des ressources humaines, cette manifestation réunira des spécialistes internationaux, dans une approche pluridisciplinaire : psychologique, sociologique, économique et  pédagogique...

Toutes les informations (programme, inscription, etc.) sont sur le site de l'INOIP.

Entre autres invités, Marie-Christine VERMELLES, ma collègue Maître de conférences en Sociologie au CUEEP (& CLERSÉ), interviendra sur le thème "Identité professionnelle et construction des savoirs au travail".
Les mutations sociales et économiques génèrent une représentation de l’environnement et du marché du travail marquée, aujourd’hui, par l’incertitude quant à l’issue des stratégies de placement et de positionnement social pour les individus et, corrélativement, par la montée en puissance de structures et d’acteurs censés les soutenir et les accompagner à tous les moments clés de leurs choix, des inflexions ou des ruptures dans leur trajectoire professionnelle. Analysant des actions d’ingénieries de formation menées en entreprise, il s’agira de préciser comment la dynamique de construction des savoirs professionnels au travail s’inscrit dans une approche dialectique entre les dimensions narrative et réflexive - constitutives des identités « en crise » selon C.DUBAR dans son dernier ouvrage- et à en définir quelques déterminants : ressources des acteurs, rapport au pouvoir et prise en compte, par l’encadrement, du travail réel, stratégies des formateurs… Cette approche pourra nourrir un débat concernant les modalités par lesquelles il est possible, aux professionnels de l’accompagnement des projets et de la formation, d’intervenir dans ce processus de construction identitaire, au service notamment de la capitalisation/ reconnaissance de ces savoirs.


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lundi 22 juin

Mathématiques à la carte pour adultes, MACPAD

Je viens de recevoir un mot de Timothée :

Bonjour,
Je souhaite me procurer le cd Macpad Maths à la carte pour adultes.
Pouvez vous m' indiquer comment je peux me le procurer ?
J'en ai besoin pour réviser les bases en maths avant de reprendre des études en sciences .
Par avance, merci

MACPAD, c'est un outillage pédagogique dont j'ai présenté l'histoire il y a quelques années (il y a 4 ans très exactement !) et qui est enfin sorti de la confidentialité. L'ANLCI avait mis en ligne ma présentation. Ceci dit, c'est un outillage pour le formateur, pas pour l'apprenant directement... Donc pas pour Timothée. Toutes les informations sont à prendre auprès de la mission illettrisme du C2RP.

Quant à Timothée, il ferait bien de s'adresser aux organismes publics de formation continue (GRETA, Universités, etc.)...


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dimanche 14 juin

Côté liens, Cath Mum est partageuse

Voilà un blog qui intéressera plus d'un formateur et plus d'un stagiaire de la formation continue ! C'est Cath Mum, le blog tenu par une collègue du CUEEP de Tourcoing. On y trouve toute une série de messages pointant des ressources pédagogiques mobilisables dans la formation des adultes. Les tags sont les suivants : Bureautique, Culture, Divers, Droit et justice, Emploi, Enfants, Enseignants divers, Enseignants français, Enseignants T.I.C., Formation, Français, Français Langue Étrangère, Histoire Géographie, Images, Jeux, Langues, Mathématiques, Nord, photos, Physique, Pratique, sciences et santé, T.I.C divers, Tutoriel Bureautique, Vie Sociale.

CathMumOn y trouve par exemple, pour prendre un message récent (5 juin), le lien vers un document sur FaceBook, qui complètera utilement l'excellent ouvrage d'Éric et Alban. L'auteur en est Valérie Dudart, la publication (pdf) est chez Momi Clic et date de mai 2009. Cath Mum présente ce document ainsi :

guidefacebookCe dossier présente (sans juger) avantages et inconvénients de Facebook avant d’offrir une présentation du réseau social dans son utilisation (de la création du profil à la confidentialité de vos données en passant par la recherche d’amis et la création de listes). Enfin, une revue de Presse très sélective montre les aspects positifs et négatifs. Bien qu’initialement destiné aux enseignants, enfants et adolescents, ce guide Facebook est aussi conçu pour tout internaute souhaitant utiliser ce réseau social en connaissance de cause ou s’informer avec précision sur des para­métrages permettant de préserver sa vie privée.

Puis Cath Mum donne sa source : http://www.epn-ressources.be/guide-facebook-gratuit-et-complet-par-momiclic. qui conduit vers le pdf de Valérie Dudart. Que demander de plus !


mardi 27 janvier

Salon des Métiers et de la Formation Tout Au Long de la Vie

Le 3ème Salon des Métiers et de la Formation Tout Au Long de la Vie aura lieu au Grand Palais de Lille, du 5 au 7 février (de 9h00 à 18h00). Organisé par le Conseil Régional Nord-Pas de Calais en partenariat avec l’État et les acteurs de l’emploi et de la formation. L’objectif du salon est de faire connaître les réalités des métiers, les besoins en emploi, la diversité des entreprises et des services publics afin de choisir en conséquence la formation adéquate...

Comme l'an dernier, les métiers de l'information et de la documentation seront présents : la délégation régionale de l'ADBS et les enseignants de l'UFR IDIST de Lille3 y tiendront permanence pour animer le stand réservé à ces métiers, grâce au service documentation du Conseil régional - dont les documentalistes seront également présentes.
[En 2007 l'UFR IDIST et l'ADBS avait concocté une présentation des métiers, disponible ici.]

C'est le moment où jamais de faire ses emplettes informationnelles sur ces métiers en pleine et constante évolution que sont les nôtres, même si les membres de la délégation régionale de l'ADBS sont continûment à votre disposition pour vous aider à vous informer.

Au fait, l'ADBS Nord-Picardie qui tiendra son assemblée annuelle le 9 avril prochain. Vous y êtes d'ores et déjà invités...


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mercredi 21 janvier

Chômage & formation : on marche sur la tête...

D'abord il y a l'autre qui veut qu'on ne dise plus "chômage partiel", mais "activité partielle"... Mais bon ! On finit par ne plus faire attention à ce qu'il dit, mais quand même !

Puis il y a, en marge du travail des partenaires sociaux (où le lien chômage/formation tente une formalisation...), l'UMP (exécutif et parlementaires) qui supprime les Allocations de fin de formation*.

Enfin, des patrons et des DRH proposent de trouver toutes les souplesses possibles pour que l'activité formation vienne combler les trous d'activité causés par le chômage partiel. Ainsi STMicroelectronics propose d'utiliser le DIF et les RTT pour compenser les effets du chômage partiel. Ainsi le DRH de PSA plaide pour qu'une partie du chômage partiel soit consacrée à la formation. Ainsi...

Pauvres de nous ! Nous sommes aux mains d'un libéralisme par le vide, une politique du pilotage à vue et de l'apparence. Et plutôt que de vouloir redonner à ce libéralisme une moralité de façade, notre Roi d'Maubeuge, sa cour et son armée devraient peut-être tout simplement réfléchir à ce qu'ils font... La formation est un sujet difficile certes. Ce n'est pas une raison pour faire n'importer quoi et ne s'intéresser qu'au fric qu'elle dépense et à celui qu'elle génère... "Politique formation", c'est quoi dans la tête des bling-bling et des Harpagon ?

Tiens ! Une bonne idée : l'Association des régions de France propose au Medef d'engager des expérimentations pour renforcer le dialogue social territorial sur la formation, nous dit l'agence AEF. Une super bonne idée non ? C'est concret et repose sur le constat simple de la territorialité... Dommage que le Roi d'Maubeuge et sa cour n'aient pas daigné associer l'Association des régions de France au travail de réforme de la formation... Zut ! Encore une bonne idée perdue !

* Les chômeurs qui engageaient une formation d'une durée supérieure à celle de leur droit à indemnisation par l’assurance chômage pouvaient, sous certaines conditions, percevoir pendant la période où ils ne relevaient plus de l’allocation de base (allocation formation reclassement), une allocation de fin de formation (AFF). Ce ne sera plus possible en 2009. En effet, la loi de finances pour 2009, a supprimé la quasi-totalité du financement, à savoir 169 millions d'euros sur plus de 200 millions. Les partenaires sociaux on refusé de prendre le relais dans le cadre de la négociation sur l'assurance-chômage et n'ont rien prévu dans l'accord Unedic, qui reste à valider. L’AFF bénéficiait jusqu’ici à environ 22 000 personnes chaque mois (Les Echos, 14/01/2009). [récent billet du blog de Benoît Willot ]


 

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mercredi 07 janvier

Accord conclu !

Avant même que de le lire et de l'analyser, je te donne, impatient et pertinent lecteur, le texte de l'Accord national interprofessionnel sur le développement de la formation tout au long de la vie professionnelle, la professionnalisation et la sécurisation des parcours professionnels adopté par les partenaires sociaux ce mercredi 7 janvier 2009. Monsieur Sarkozy le voulait pour Noël. Il l'a pour l'Épiphanie. Il a dû attendre un peu. C'est sûrement bon pour son éducation ...


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mercredi 10 décembre

Action culturelle et Lutte contre l'illettrisme

L’observation d’une série d’expériences, celles où le monde culturel participe à la lutte contre l’illettrisme, fait apparaître que le détour par certaines pratiques artistiques, espaces de l’imaginaire et de la création, peut dans bien des situations s’accompagner d’un retour de l’envie d’apprendre à lire et à écrire. L’action culturelle peut favoriser la maîtrise du français. Aujourd’hui, de plus en plus nombreux sont les institutions culturelles et les artistes qui accompagnent les parcours de prévention, de formation et de valorisation des acquis.
Tel est le constat que dressait la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) du Ministère de la Culture en 2007, dans une brochure sur l’action culturelle contre l’illettrisme.

Ce document propose, entre autres, une présentation d'un ouvrage, Action culturelle et lutte contre l’illettrisme, résultat d'une étude réalisée en 2003/2004, à la demande de l'ANLCI et de la DGLFLF, par l'Observatoire des politiques culturelles, étude qui analyse l’apport des pratiques culturelles à la lutte contre l’illettrisme selon quatre axes problématiques :

  • Où se situe la responsabilité sociale de l’action culturelle dans la lutte contre l’illettrisme ?
  • Quels sont les enjeux des actions artistiques menées sur les territoires observés ?
  • Quels sont les effets pour les illettrés ?
  • Comment ces actions sont-elles conduites ?

Trois terrains d'investigation avaient été choisis, dont la bonne ville de Roubaix.

Roubaix, deuxième ville de l’agglomération lilloise au fort taux de chômage (près de 32 % de la population), est la plus jeune ville d’Europe. La ville a entrepris depuis plusieurs années des projets culturels d’envergure (les Ballets du Nord, le musée d’Art et d’Industrie, les Archives du monde du travail). La mobilisation des acteurs de la société civile roubaisienne est importante dans la lutte contre les différents facteurs de l’exclusion dont l’illettrisme.
Le Centre université-économie d’éducation permanente (CUEEP), chargé de la coordination du réseau Lire (Lire Réussir Ensemble) sur la région de Roubaix est un organisme de formation rattaché à l’université des sciences et technologies de Lille. Spécialisé dans la recherche relative à la formation pour adultes, le CUEEP a mis en place en 1997 des ateliers de découverte culturelle et d’expression créative s’inscrivant dans une démarche plus globale de formation à la lecture et à l’écriture.

C'est peut-être pour cette raison que j'ai été, avec quelques collègues, sollicité pour participer à l'encadrement du Forum du réseau régional LiRE qui s'est tenu ce 4 Décembre à Bouvines sous l'égide du C2RP. Le thème de l'atelier n°1 était : Incitation au développement d’actions culturelles dans les territoires. J'en fus le "rapporteur".
Et comme je n'aime pas arriver la tête vide à ce genre de manifestation, j'avais mené une petite enquête documentaire rapide pour comprendre l'articulation entre action culturelle et lutte contre l'illettrisme.


J'ai d'abord vu que la culture figure au chapitre des Droits humains. La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme dont on fête aujourd'hui les soixante ans est explicite.
Article 22 de la DUDH :
Toute personne, en tant que membre de la société, [...] est fondée à obtenir la satisfaction des droits [...] culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité [...]. Article 27-1 de la même DUDH : Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts [...].

Au niveau européen, on notera, avec satisfaction, que la "sensibilité et l'expression culturelles" font partie des compétences clés pointées par la Commission comme devant appartenir à chaque européen dès le seuil de sa vie d'adulte. C'est très précisément le huitième domaine de compétences. Quand bien même le texte européen prend le soin de préciser que "les compétences clés sont considérées comme étant aussi importantes les unes que les autres", on notera, non sans malice, que la culture est rangée en dernière position, après le fameux "esprit d'entreprise"...
Voici le texte [Recommandation du Parlement européen et du Conseil du 18 décembre 2006 sur les compétences clés pour l'éducation et la formation tout au long de la vie (2006/962/CE)] qui présente ce domaine :

Sensibilité et expression culturelles
Définition : Appréciation de l'importance de l'expression créatrice d'idées, d'expériences et d'émotions sous diverses formes, dont la musique, les arts du spectacle, la littérature et les arts visuels.
Connaissances, aptitudes et attitudes essentielles correspondant à cette compétence : La connaissance culturelle suppose d'avoir conscience du patrimoine culturel local, national et européen et de sa place dans le monde. Elle inclut une connaissance élémentaire des œuvres culturelles majeures, dont la culture populaire contemporaine. Il est essentiel de comprendre la diversité culturelle et linguistique en Europe et dans d'autres régions du monde, la nécessité de la préserver et l'importance des facteurs esthétiques dans la vie de tous les jours.
Les aptitudes relèvent à la fois de l'appréciation et de l'expression: l'appréciation d'œuvres d'art et de spectacles ainsi que l'expression personnelle au travers de différents medias grâce aux capacités individuelles innées. Il faut également avoir la capacité de comparer ses propres opinions et expressions créatrices à celles des autres et de repérer dans une activité culturelle des possibilités sociales et économiques et de les réaliser. L'expression culturelle est essentielle au développement d'aptitudes créatives, lesquelles peuvent être transférées dans divers contextes professionnels.
Une compréhension approfondie de sa propre culture et un sentiment d'identité peuvent constituer la base d'une attitude respectueuse et ouverte envers la diversité des formes d'expression culturelle. Par une attitude positive, on entend également la créativité, la volonté de développer son sens esthétique par une pratique personnelle de l'expression artistique et par une participation à la vie culturelle.

Quand on s'enferme dans l'hexagone franco-français et qu'on observe comment notre système éducatif a intégré la "recommandation" européenne, on tombe d'assez haut ! Exit "sensibilité et  expression culturelles" ! Le plus approchant semble être le cinquième item du Socle commun, intitulé "culture humaniste". Mais ici c'est l'idée d'acculturation, plus que de culture, qui semble maîtresse. Il s'agit d'ouverture au monde et de curiosité (?). Il s'agit enfin, car il faut bien justifier le qualificatif 'humaniste', de développer "la conscience que les expériences humaines ont quelque chose d'universel".
Côté expression ou création, c'est le vide absolu. La culture, ça se consomme ! Peut-être au chapitre de l'autonomie et de l'initiative (item 7), aurons-nous plus de chance ? Mais là, il n'y a rien qui ressemble à de l'activité culturelle !

Mieux, quand on cherche à savoir comment ces compétences clés sont concrètement interprétées dans le cadre de dispositifs de formation, on a une idée du vide culturel : la circulaire DGEFP n° 2008/01 du 3 janvier 2008 relative à la politique d’intervention du ministère chargé de l’emploi en faveur de l’accès aux compétences clés des personnes en insertion professionnelle a tout simplement évacué toute dimension proprement culturelle. C'est que nous sommes soumis, à partir de ce type de fonctionnement, au syndrome de la soumission absolue à la "politique emploi"... Mais c'est une autre histoire.


Revenons sur le terreau des pratiques territoriales, à Bouvines, où échangeaient jeudi dernier des praticiens de la formation et de la culture. Les expériences présentées lors de l'atelier dont je fus le rapporteur étaient :

  • le Guide d’invitations à la lecture en partenariat avec la DRDJS (Association Dire Lire)
  • l'Atelier de sensibilisation aux Beaux Arts (AAE Profil et École régionale des Beaux Arts)
  • l'Atelier d’expression théâtrale (INSTEP Formation Dunkerque)
  • l'action Sur les chemins de la culture (CAPEP)

Réunissant une vingtaine de professionnels de la formation et/ou de la culture, l'atelier fut riche en échanges.
Il en ressort une certitude partagée : la "participation culturelle" contribue à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture ainsi qu'à l'apprentissage de la (prise de) parole ; elle contribue à l'acquisition de compétences qui sont aussi celles de la lecture/écriture. La "participation culturelle" est ici diverse, allant de la rencontre avec un grand chef d'orchestre à la création de mosaïque, en passant par le jeu théâtral et l'écriture poétique.
La "participation culturelle" se réalise dans le cours de projets dont les conditions de réussite ont fait l'objet de discussion : partenariat et brassages (brassage de populations, brassage de projets, brassage de compétences), mais aussi inscription dans la durée et ancrage territorial, principalement.

Partenariat.
Partenariat entre organismes de formation, bien sûr (le réseau LiRE est là pour assurer cette évidence), mais aussi partenariat entre formateurs et acteurs culturels, entre des professionnels de la formation et des professionnels du secteur culturel. Des partenariats forts allant jusqu'à produire du maillage territorial intense.

Brassages.
Brassage de population d'abord, pouvant parfois se concrétiser en échange réciproque de savoirs et de cultures, déclenchant des questionnements collectifs (sur la religion, par exemple) que le "détour artistique" saura repositionner (distanciation en appui sur l'artistique, mise en relations différente, formalisation, etc.).   
Brassage de projets ensuite : autour d'une action culturelle montée sur un territoire pour des publics en situation d'illettrisme, fonctionnent typiquement deux projets, un projet éducatif (apprentissage de la lecture, de l'écriture, etc.) et un projet culturel (pratique culturelle, valorisation de l'œuvre, etc.). On assiste alors à un authentique brassage, à une sorte de symbiose où chaque élément garde toute sa force et préserve son identité, tout en offrant à l'autre le champ de son déploiement, tout en donnant à l'autre la possibilité de prendre du sens autrement (éventuellement non prévue au départ) - d'où une spirale vertueuse d'enrichissement mutuel des projets.   
Brassage des compétences enfin. On n’insistera jamais suffisamment sur la nécessité de professionnalisme des acteurs. Dans le prolongement du brassage des projets, ce professionnalisme va s'ouvrir en une professionnalisation bien particulière. Dans le fonctionnement  d'une action culturelle montée sur un territoire pour des publics en situation d'illettrisme, il y a concrètement combinaison de compétences spécifiques différentes. Certains parlent de connivence, au sens où ces compétences différentes s'exercent vers un objectif commun. D'autres parleront de mutualisation de compétences, sans qu'il y ait dépossession de quoi que ce soit, mais bien au contraire là aussi enrichissement mutuel – jusqu'à éventuellement motiver des acteurs d'un des deux secteurs à se qualifier dans l'autre secteur...
Inscription dans la durée.   
Le travail dans la durée est l'une des compétences attendues des personnes en apprentissage de la lecture et de l'écriture. Il est aussi l'une des conditions de fonctionnement des actions culturelles dans la lutte contre l'illettrisme - une condition que les systèmes d'entrée-sortie permanente en formation mettent à mal. Cette inscription dans la durée prend plusieurs formes : durée même de l'action, répétition de l'action (pour d'autres groupes en formation)  dans le cadre d'un dispositif reconduit, mais aussi suites de l'action hors l'action (transfert vers les "lieux culturels"), etc. - ce qui pose la question des limites spatio-temporelles de l'action de formation et nous amène à la problématique de l'évaluation de l'action.
Ancrage territorial.   
L'ancrage territorial d'une action culturelle et de la lutte contre l'illettrisme revêt une importance particulière, et pas seulement du point de vue financier ! Un tel ancrage, facilité par exemple par l'implication et l'engagement d'élus en charge de la culture, est présenté à la fois comme une aide précieuse au démarrage de l'action, mais aussi comme un espoir de pérennité...
En dernier lieu, une question unanimement posée, celle de la lisibilité. Nous abordons ici les rivages de l'évaluation de l'action. Du moins aux rivages de sa valorisation formalisée, voire chiffrée. La question est simple à énoncer : comment rendre lisible ce qui n'est pas formel [note], comme la reprise de confiance en soi, la capacité à prendre la parole devant autrui, etc. La "culture du résultat" dans sa version la plus arithmétique est-elle sincèrement possible ici ? Qu'est-ce qu'on chiffre ? Qu'est-ce qu'on peut chiffrer ? Par exemple, comment évaluer une "activité culturelle" dont le principal résultat est enfoui au plus profond de l'intimité de la personne et ne se manifestera que plus tard en termes de volonté d'apprendre, cette volonté engageant un système complexe de compétences ?

[note]    Encore faut-il distinguer entre le formel (activité cognitive dans le cadre d'un dispositif éducatif), le non formel (activité cognitive mais hors cadre éducatif) et l'informel (activité sans visée cognitive, mais tout de même valorisable en terme d'apprentissage). 


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