dimanche 02 octobre

Amériques... Amériques... ?

Après les bébés nageurs, voici les bébés flingueurs !

canard_enchaineVous avez tous vu, dans le Canard enchaîné du 28 septembre (p.4), cet article de Louis-Marie Horeau,  intitulé "Le syndicat des commissaires s'attaque aux délinquants en couches-culottes", avec en sous-titre "Un catalogue de propositions délirantes. La très influente organisation propose de passer à l'action dès la crèche".

Ledit catalogue est disponible sur le site dudit syndicat.
secu_prpositionsschfpnLe problème majeur ici, c'est que ce syndicat, le Syndicat des commissai- res et hauts fonctionnai- res de la police nationale (SCHFPN), est très représentatif comme on dit et surtout très influent auprès des autorités ministérielles : les préconisations qu'il émet sont souvent suivies d'effet.
Ça, c'est pour mesurer la gravité de la situation. Parce que, sinon, si l'on s'en tient au texte du catalogue en question, il y aurait plutôt de quoi rire, même si c'est jaune !
Voyons tout d'abord ce que le Canard appelle un catalogue. Il s'agit d'un document de quatorze page intitulé La sécurité du quotidien. Les propositions du SCHFPN, composé de trois grandes parties et d'une brève conclusion :

  1. La prévention de la délinquance et l’accompagnement des publics vulnérables : « le guichet unique »

  2. Le traitement de la récidive et de la réiteration

  3. La réorganisation territoriale de la police nationale

Dans la conclusion, il s'agit de faire de la sécurité un pôle spécifique d’action de l’État.

La partie qui nous intéresse est la première, dont voici l'ossature :

  1. La problématique [La police est le principal guichet des urgences sociales - Les intervenants multiples sont forcément éclatés - La coordination entre les interve- nants de terrain et les dispositifs locaux est quasiment inexistante]

  2. Le "guichet unique" dans les commissariats [Les principes - La struc- ture : une coordination multipartenariale de type GIR]

  3. Structurer au niveau central l’impulsion des missions de pré- vention et d’accompagnement des publics vulnérables

  4. La notion de secret "professionnel partage"

  5. La prévention précoce des enfants à risque

Et que lit-on sous ce dernier point ? Ceci :

secu_prpositionsschfpn_bas_page5

bebeTout un programme, non ? Pour moi, dans ma petite tête, quand on parlait d'enfant à risque, c'est que l'enfant courait un risque (risque sanitaire, en règle générale). Visiblement je n'avais pas tout compris ! Pourquoi ne pas instituer alors un avortement sécuritaire qui permettrait à la police de mettre fin à des grossesses à risques ? Et d'abord, c'est quoi un "comportement prédicteur de délinquance dès la crèche, la maternelle ou l’école primaire" ? Je ne vois qu'une solution : mettre en place une politique de l'eugénisme ! Et tout ce qui n'est pas dans les clous sera éradiqué sans états d'âme ! Ce sera tellement logique et si facile à comprendre !
Et puis, si on vous dit qu'aux Amériques, ils font ça, c'est que c'est forcément bien... Mais, si vous ça vous démange d'en savoir plus sur la généralisation des bébés flingueurs, sachez que Jean-Marie Salanova, secrétaire général du Syndicat des commissaires et hauts- fonctionnaires de la police nationale, sera l'invité des forums de nouvelobs.com le vendredi 14 octobre de 10h00 à 12h00.

Après le Flash-Ball, le Taser !

taserLe second article intéressant de cette page 4 du Canard enchaîné se situe juste en dessous de celui que je viens de compléter. Rédigé par Brigitte Rossigneux, il s'intitule : "La nouvelle arme fatale de Sarko II" avec en suite de titre : "Un pistolet qui ve droit au cœur des flics... et des récalcitrants". Effectivement, le cœur des badauds est menacé par cette arme qui envoie une énorme charge électrique à celui qui est atteint, grâce à des sortes de harpons... si si des harpons, comme pour cette maudite chasse à la baleine. En plus petit j'espère !
Là aussi, ça se fait déjà aux Amériques... même que, comme le fait remarquer Brigitte Rossigneux, Amnesty International a eu le toupet de compter les victimes de cette espèce de lance-harpons à très haute tension, arme qui, technologiquement avancée, est forcément un signe manifeste du progrès de l'humanité.aisf Au niveau international d'abord bien sûr (dès nov. 2004), mais la section fran- çaise aussi, qui s’inquiète de la généralisa- tion des pistolets paralysants Taser, dans son communiqué du 16 septembre dernier.
Texte du communiqué SF05M36 (avec l'autorisation, non sollicitée, d'Amnes- ty International) :

candle_icon«Amnesty International France demande qu’une étude indépendante sur l’utilisation des pistolets paralysants Taser soit menée sur le territoire français dans les plus brefs délais par des professionnels médicaux, juridiques et sécuritaires.
Le 9 septembre 2005, lors de son discours aux Préfets, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy a annoncé que « plusieurs centaines de Taser », pistolets paralysants, allaient être livrés en 2006 afin de renforcer « les capacités d’action des services de police ».
Depuis plus d’un an, le Groupe d’intervention de la Police Nationale et plusieurs brigades anticriminalité (BAC) testent le Taser en France. Le 30 avril dernier, une jeune fille de 19 ans, Virginie, a été la cible de 4 tirs de Taser par un groupe de policiers de la BAC à Lyon lors d’une manifestation. Accusée par ces mêmes policiers « d’appel à la rébellion, tentative de vol d’une arme d’un policier et rébellion », Virginie a été relaxée par le tribunal de grande instance de Lyon qui n’a retenu aucun des chefs d’inculpation. La commission rogatoire de l’Inspection générale de la Police Nationale a reconnu un usage abusif du Taser puisque les policiers n’étaient pas en position de légitime défense.
Selon Amnesty International, l’utilisation d’armes paralysantes violent les normes internationales qui prévoient que les responsables de l’application des lois n’aient recours à la force qu’en tout dernier ressort, après avoir épuisé toutes les autres alternatives non-violentes et proportionnelles à la menace posée. Dans de nombreux cas, leur utilisation s’est apparentée à des actes de torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants, interdits par l’article 5 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et par l’article 3 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme, convention ratifiée par la France.
Par ailleurs, de nombreuses recherches ont été effectuées par Amnesty International sur ces pistolets paralysants aux Etats-Unis et au Canada où leur utilisation est généralisée depuis juin 2001 et a répertorié, dans ces deux pays, 114 cas de décès survenus après utilisation de Tasers.
candle_icon2Pour éviter toute utilisation abusive du Taser, Amnesty International France rappelle que la formation des forces de l’ordre doit être au centre des préoccupations du ministre de l’Intérieur
».

La section française s'appuie notamment sur deux rapports en langue anglaise qu'Amnesty International a publiés le 30 novembre 2004 concernant l'usage de ces armes aux États-Unis et au Canada.

Amériques... Amériques ? Vous avez dit Amériques !



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mardi 27 septembre

À quoi ça sert, un blog ? À râler structuré !

bando

Demain après-midi, je participe à la manifestation Blogs en Nord, qu'organise Éric Delcroix avec Lille3... On risque de se demander à quoi ça sert un blog, dans le secteur de la documentation, dans les entreprises. Ce soir, je sais à quoi ça sert un blog : ça sert à râler, à râler en écriture, c'est-à-dire à râler structuré, si je peux me permettre cette drôle d'expression. Ce soir, malgré la fatigue, je râle !

INTOUCHABILITÉ
pascalcl_mentVous avez sûrement entendu ce ministre de la République, un "homme de loi", comme on dit (pour ne pas dire autre chose), avant d'être le "gardien du sceau de l'État", vous l'avez entendu dire qu'il fallait savoir prendre le "risque de l'inconstitutionnalité", présentant cette prise de risque comme une bravoure politique, une noblesse de caractère, etc. On croit rêver ! On marche sur la tête ! J'espère que notre bon ministre va se faire remonter les bretelles comme il convient, avant qu'il ne soit trop tard !

Ça, c'est ce que j'appelle le syndrome de l'intouchable[*]. J'ai déjà rencontré des gens touchés par ce syndrome dans ma longue vie. Ce sont en général des gens haut placés dans la hiérarchie sociale, économique et/ou politique. La configuration est simple :

  1. il y a un malaise dont personne ne veut porter la responsabilité ;

  2. quelqu'un arrive pour dissiper ce malaise, se présentant comme un Zorro de circonstance (en fait, on est bien d'accord qu'il trouve un intérêt tout personnel à se donner ce travail-là) ;

  3. il s'arroge tous les droits, y compris ceux que la morale la plus élémentaire réprouve, sous prétexte qu'il faut ça pour dissiper le malaise dont personne ne veut assumer la responsabilité ; d'ail- leurs faut pas trop en parler parce que ça raviverait le malaise ;

  4. et comme personne ne veut assumer la responsabilité du malaise, personne ne dénonce l'immoralité du Zorro - qui devient donc proprement - si j'ose dire - INTOUCHABLE ;

  5. et si Zorro fait des victimes, c'est tant pis pour eux ; ils n'avaient qu'à pas se trouver là !

zorroVoilà, c'est un schéma assez simple à comprendre. Je n'insiste pas, et la gravité du malaise de départ ne changera rien à l'immoralité de l'affaire.
Ce que je peux par contre mettre en regard du comportement de ce ministre de la République, c'est qu'on va opposer très durement des arguments de droit pur et dur aux salariés de la SNCM qui ont pris possession de leur outil de travail... C'est comme pour les victimes des Zorros : s'ils clament qu'ils sont victimes et que c'est injuste et immoral, on les assome avec des arguties juridico-moralistes pour qu'ils arrêtent de râler et soient heureux de n'être pas morts tout à fait. En fait, à un certain niveau, on peut voir la morale et le droit se refiler la patate quand elle devient vraiment trop chaude. Encore ce système de "solidarité des complexes" qu'a bien vu François Brune lorsqu'il analyse les mythes de notre modernité... En gros, ça donne ici le jeu suivant : tant que Zorro paraît légitime et (c'est-à-dire, au choix, caresse dans le bon sens les poils de l'opinion morale des gens ou va dans le sens des "affaires"), on n'est pas trop regardant sur la légalité ; mais quand on met en cause la moralité de Zorro, il vous ressort des principes du droit - ceux-là mêmes qu'il a éventuellement bafoués juste avant.
Le second point qu'on peut mettre en avant dans cette discussion sur le syndrome de l'intouchable, c'est qu'il n'est généralement pas seul, l'intouchable - ce qui lui vaudra quelquefois de faire le fusible. Il n'est pas seul : il a une caste derrière lui, une caste dont les membres sont prêts à avancer les arguties de droit ou de morale pour défendre leur ami intouchable. La victime de l'intouchable, elle, est vraiment seule. Seule contre une caste... Dans les petites affaires de la vie professionnelle, on a tous vu ça fonctionner très bien - moi en tous cas, j'ai vu ça de très près, de trop près et n'oublierai jamais, je crois. Dans le cas de notre bon ministre prêt à "risquer l'inconstitutionnalité" et invitant les représentants du peuple à la courir avec lui, les choses risquent de se dérouler un peu plus rudement : pour avoir une caste derrière lui, il risque surtout d'en avoir une ou plusieurs en face de lui (opposition politique, syndicats professionnels du droit, etc.). Et c'est tant mieux !

RÉPRESSION/COMMUNICATION

À propos du même malaise que celui qu'utilise notre Garde des Sceaux pour jouer les zorros intouchables, son collègue ministre mais patron de parti politique en ajoute une dose mais sur un autre registre : il faut attenter à l'intégrité physique des méchants (le fameux suivi médicamenteux, que d'aucuns appellent improprement castration chimique). M'insurgeant contre la seule idée qu'on puisse légalement - au nom de la loi comme disait ce bon vieux Joss - toucher à l'intégrité physique et/ou psychologique des personnes, je ne dis pas que le viol ne doit pas être puni très sévèrement. Mais la gravité du crime ne peut pas permettre qu'on aille jusque là. C'est ce dont Badinter et Mitterand nous ont convaincu. On ne peut pas revenir en arrière. Même par petites touches insensibles... Soyons donc vigilant.
Vous me direz que nos ministres sont en mal de communication et qu'ils sont prêts à tous les excès pour être sur la scène, sur le pont comme on dit à la SNCM ? Vous vous trompez ! Ils communiquent très bien. À preuve, ce qui suit.

m_l_umpIl y a une heure un mèl est tombé dans ma boîte aux lettres professionnelle (bruno.richardot@univ-lille1.fr). Je vous en mets ci-contre l'image du début...
Intéressant non ?
Moi qui un jour m'étais fait engueuler par ma "hiérar- chie" parce que j'avais diffusé à tous mes collè- gues un message dénon- çant ceux qui, en toute légalité, bafouent quotidiennement les droits les plus élémentaires de l'humain, je pensais naïvement, très naïvement que Monsieur Sarkozy, "gardien de l'ordre public" ne ferait jamais ça. On m'a personnellement déjà opposé le fameux "devoir de réserve" (la fonction publique serait la grande muette) et je me suis tu. Eh bien si ! Lui, le ministre de l'intérieur et des cultes, il le fait !
Notre gardien de l'ordre public utilise les adresses électroniques professionnelles des fonctionnaires pour faire sa communication partisane. On vit dans un monde formidable ! Même qu'on dirait que (la lutte contre) le terrorisme et la délinquence finissent par être ainsi mis en scène dans notre bonne vieille République républicaine. Et vous allez voir qu'on va nous présenter ça comme un progrès ! Ah progrès, que ne fait-on en ton nom !

Ceci dit, j'attends avec impatience ce documentaire intitulé Sarkozy mot à mot, co-produit par Serge Moati et France Télévision, prêt à être diffusé depuis avril dernier, documentaire où sont "décortiquées" les paroles du ministre. Dans ce film d'une heure, Gérard Leclerc et Florence Muracciole font réagir des hommes politiques entre autres aux "mots" clés du vocabulaire de Sarkozy. Et depuis que Le canard enchaîné du 8 juin en a parlé, j'attends avec impatience. J'aime quand on m'explique ce qu'il y a sous les mots. J'aime comprendre. Souvenez-vous du sous-texte...

[*] Je ne parle évidemment pas ici des intouchables indiens (les Dalits)... Par certains aspects, ces intouchables-là sont aux antipodes de ceux dont je parle ici. Quand je dis "intouchable", c'est dans le même sens qu'Isabelle Hontebeyrie au sujet des journalistes ou qu'Annick Perbal parlant des chercheurs en France, par exemple. Ou encore au sens où Louis XVI conservait dans la conscience collective une image d'intouchabilité... jusqu'à ce que les députés votent son exécution, le 20 janvier 1793.


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vendredi 23 septembre

Les suites du sous-texte...

Lecteur attentif,

tu auras sans doute remarqué que, depuis un certain temps, la suite du message intitulé Le sous-texte (1) a été supprimée. Cette suite qui comptait sept épisodes a en effet été (auto-)censurée, dans un souci d'apaisement de la guerre civile qui menaçait...

Dans cette série de texte, entraîné pas ma lecture du superbe livre de Duvignaud, je réfléchissais tout haut sur un certain nombre de sujets, notamment la situation de l'organisation où je travaille depuis plus d'un quart de siècle. Forcément, j'ai été amené, fidèle à Jean Duvignaud en quelque sorte, mais aussi à François Brune, a tenté une explicitation des non-dits qui peuplent ou plutôt qui polluent l'atmosphère - et qui, en tous cas, donnent du sens à ce qui se passe là où je bosse.

Qu'est-ce que je disais ?
Je disais que le CUEEP allait mal et que son existence était menacée. Ça, tout le monde le sait dans le monde régional de la formation continue - pas de quoi crier au scandale de la mise sur la place publique d'une confidence ! Mon analyse, c'était que cette menace vient essentiellement du contexte ultralibéral qui nous entoure aujourd'hui, contexte qui dénature les missions historiques de l'Institut, en les contraignant de se situer sur le "marché" - Saint Marché priez pour nous !
En passant, je tentais de comprendre pourquoi le CUEEP n'arrivait pas à se défendre de cette promesse de mort comme il le faudrait. Et d'égrener quelques raisons, dont celle de la non solidarité interne, notamment du fait de la multiplicité des statuts - et là je pensais très concrètement, mais entre autres, à mes collègues, qui, grâce au CUEEP, sont aujourd'hui installés dans la partie haute de l'institution universitaire et ne jouent plus vraiment, à mon sens à moi, le jeu collectif qui peut-être consisterait à parler haut et fort des missions historiques du CUEEP au lieu d'accepter comme une fatalité, voire comme un progrès, la disparition d'un organisme universitaire qui se voulait "au service des hommes et des femmes de la région".

En fait, quand je dis que la guerre civile menaçait, ce sont plutôt certains de mes collègues qui (me) menaçaient... Pas contents d'être mis en cause, ils sont allés en délégation, un certain jeudi de la mi-septembre, rencontrer les autorités pour dénoncer mes propos, comme un groupe de bons élèves qui, provoqués par un sale gosse coutumier du pied de nez à la maréchaussée, allait se plaindre à la maîtresse de la classe ou au directeur de l'école pour faire punir le vilain petit canard... mais sans adresser la parole au dit-canard, malgré mon invitation au dialogue sur blog. Tout de même, on ne mélange pas les torchons et les serviettes comme disait ma grand'mère !

Donc censure et autocensure.
Le sous-texte restera publiquement et pudiquement en dessous, caché sous le boisseau.

Tant pis.
Mais il faudra qu'un jour j'analyse la notion d'"intouchables". Il me suffira de réagir à l'actualité politique au moment opportun... qui ne saurait tarder !


 

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jeudi 15 septembre

CIMADE : communiqué de presse

Un bébé d’un mois placé dans un centre de rétention

Jeudi 8 septembre, à 19 heures, une femme somalienne et son nourrisson de 1 mois ont été amenés au centre de rétention de Rouen, après le départ de tous les intervenants (infirmières, Cimade, greffe, agents d’entretien).
Ils s’étaient fait arrêter au guichet de la préfecture où Madame allait faire renouveler son récépissé de demande d’asile.
Jusque-là, ils étaient logés à l’hôtel et suivis par des services sociaux.
Le responsable du centre a indiqué aux autres personnes retenues, scandalisées par la présence d’un si jeune enfant dans le centre, qu’ "aucune chambre d’hôtel n’avait été trouvée".
Pourquoi alors ne pas les avoir laissés regagner leur hôtel?
Dans le centre, la chambre n’a pas été nettoyée. La femme n’a avec elle qu’un couffin, quelques couches, un biberon, du lait en poudre et une bouteille d’eau. Elle n’a aucun endroit pour laver son fils. Elle tente de le réconforter alors qu’il hurle sous les néons.
Un départ pour la Grèce est prévu pour 5h30 ce matin.
Quand la police aux frontières arrive pour emmener la femme et son enfant à Roissy, la voiture est trop petite pour emporter la poussette, le siège bébé et les affaires personnelles: Madame est menottée dans le dos avant de monter dans la voiture, son enfant de 1 mois sera transporté à côté d’elle dans les bras d’une agente de police.
A l’arrivée à Roissy, la police n’a pas les documents nécessaires pour le vol vers la Grèce: la femme et son fils ne monteront pas dans l’avion.
Ils sont ramenés à Rouen dans les mêmes conditions; ils passent au centre de rétention pour récupérer les effets qui y avaient été laissés et sont finalement ramenés dans l’hôtel où ils étaient hébergés avant l’interpellation.
Il s’agit-là d’une application de la loi et des consignes de renvoyer les étrangers coûte que coûte. Cela conduit à des pratiques aveugles.
Ne nous habituons pas à l’insupportable.

Cimade,
vendredi 9 septembre 2005


Voyez aussi l'article de Patrick Savidan à l'Observatoire des inégalités qui cite l'article de Libé qui rendait compte du discours que le ministre a infligé aux préfets... Édifiantes lectures !


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mardi 13 septembre

L'ActIonaute de Septembre

l'ActIonaute ©Amnesty International               Septembre2005
 mensuel d'information et d'action du site Internet d'Amnesty-France

est paru. Si vous n'y êtes pas abonné, vous pouvez le lire à

http://v2.lkmgr.com/1118832332070118/1126165473161682


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dimanche 11 septembre

et Vive la République !

Deux exemples de la sarkofolie ambiante... 

Un message est passé par ma boîte aux lettres, qui contenait un document pdf relatant deux exemples de situations vécues dans notre bonne République, mère des droits de l'homme, à ce que l'on dit.
Je ne peux pas ne pas vous le donner à lire !charter_tignous

Il est là : 050829_PlanckeR.pdf

J'en profite pour vous informer de l'existence du Réseau Éducation sans frontières dont le site informe de l'un des visages les plus odieux de la sarkofolie ambiante...

Bonne lecture à tous


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samedi 10 septembre

Entreprise citoyenne ?

breton1Youpi ! l'entreprise citoyenne existe !
Nous l'avons tous rencontrée !
Et nous devons cette rencontre à Mr Thierry Breton, ministre de l'économie.
Qu'il soit ici chaleureusement remercié !

Je cite Libé :

  • alors que la hausse du prix du pétrole et ses répercussions (prix à la pompe, renchérissement de la production industrielle et du transport, etc.) font de plus en plus de mécontents et menacent une croissance économique déjà fragile, le gouvernement a décidé de réagir. Intervenant jeudi soir sur France 2, le ministre de l'Economie et des Finances, Thierry Breton, a menacé d'instaurer une «taxe exceptionnelle» sur les compagnies pétrolières, en leur demandant de se comporter en «entreprises citoyennes» face à l'envolée des prix du pétrole.breton4

     

DONC
Définition actuelle
- provisoire et impertinente -
de l'Entreprise Citoyenne :


entreprise qui rogne
un
(tout petit) peu sur ces marges
pour calmer un gouvernement menaçant
qui ne veut pas d'histoire
avec son petit peuple
(particuliers et petites entreprises)
.


Naguère, j'avais déjà entendu parler d'entreprise citoyenne. Mais c'était dans une problématique de l'insertion des plus défavorisés au niveau local voire régional ou alors dans la saga médiaticopolitique du développement durable... En tout cas, ce n'était pas dans un souci de gestion économique à court terme ou dans une problématique électoraliste au plus haut niveau.

Pour moi, ce type de discours pose au minimum un énorme problème de signification : c'est qui, 'entreprise' ? C'est pour qui les marges ? Etc. De toutes façons, ce mélange contre nature entre le vocabulaire économique et le vocabulaire politique laisse place à toutes les significations possibles et dans tous les milieux idéologiques possibles...

Il serait donc intéressant que les blogueurs entassent ici, en commentaires du présent message, leurs définitions de l'entreprise citoyenne, sans aucun tabou, sans aucune retenue, sans aucune censure. Leur définition ou - et peut-être surtout - celle qu'ils connaissent des autres.

Après on se fera une petite analyse sémantique formelle et "par en dessous" (vous savez le fameux sous-texte !).



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jeudi 25 août

Phrases ...

Petite collection de phrases assassines proférées de la façon la plus naturelle qui soit...

  • sur les chômeurs et les rmistes

"Mais ils ne veulent pas travailler, les chômeurs. Etre payés à ne rien faire, c’est cela qui les intéresse !"
Le député Auclair (UMP) à l'Assemblée nationale le 2/02/05

"Ce n'est pas un acquis social quand on a un minima social de ne pas être obligé d'exercer une activité pour justifier ce minima. C'est une lâcheté, un oubli, une faiblesse, une habitude. Ce n'est pas un acquis social, quand on est au chômage indemnisé, que de pouvoir refuser sans aucune limitation des emplois que l'on vous propose."
Nicolas Sarkozy
- 18/06/05

"Doit-on s'excuser de ne pas avoir été chômeur ou Rmiste? Il est temps de réconcilier les Français avec la réussite et de réhabiliter le travail. Cessons donc de complexer ceux qui ont la chance que leurs parents aient travaillé pour leur laisser quelque chose !"
Nicolas Sarkozy
à l'Assemblée nationale le 21/10/04

  • De quoi se plaint-on ?

"Il est bon pour la France, les Français et l'économie d'avoir une baisse de l'impôt sur le revenu et une baisse de la dépense publique."
Ernest-Antoine Seillière
sur RTL le 23/01/05

"Je crois que mon gouvernement a fait beaucoup pour les personnes les plus démunies."
Jean-Pierre Raffarin
sur France 2 le 10/11/04

"Je pense que les CDI seront des CNE et que beaucoup de CDD seront des CNE parce que c'est objectivement les meilleurs contrats pour tout le monde."
Jean-Louis Borloo
pour Reuters le 24/08/05

  • Soyons "modernes" !

"En France, l'entreprise est la seule vraie force d'adaptation et de modernité."
Ernest-Antoine Seillière le 22/01/05 à l'Opéra-Comique de Paris

"Je suis fier d'être un patron français qui délocalise ! Assez de faux-semblants : la perte de l'emploi, la déstabilisation industrielle, c'est normal, c'est l'évolution."
Guillaume Sarkozy
, vice-président du Medef

"Mes collègues de gauche ici présents ne connaissent pas l'entreprise et ne tiennent que des discours de lutte de classes. Débaucher, ce n'est pas un acte de délinquance !"
Jean-Michel Fourgous
(UMP) à l'Assemblée nationale le 3/12/04

"La modernité et la liberté de penser s'arrêtent là où commence le droit du travail."
Laurence Parisot (IFOP), présidente du Medef (cf. un ancien billet sur ce blog)

actuch_magePhrases  lues
sur l'excellent


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lundi 08 août

L'ActIonaute d'Août

l'ActIonaute ©Amnesty International                      Août 2005
            
mensuel d'information et d'action du site Internet d'Amnesty-France 

est paru. Si vous n'y êtes pas abonné, vous pouvez le lire à

http://v2.lkmgr.com/1118832332070118/1122539169485219



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mardi 05 juillet

Laurence Parisot, présidente des patrons

h_4_ill_669469_gamma_789155_331Comme prévu, Laurence Parisot a été élue aujour- d'hui présidente de l'orga- nisation patronale.

Elle est la première femme portée ainsi à la tête des patrons français... "Vous m’avez choisie, a-t-elle aussitôt déclaré, pour présider notre Mouvement qui en choisissant de porter une femme à sa tête indique à la France entière l’esprit de modernité qui anime ses entreprises."
Une victoire pour notre trop bonne et trop belle démocratie française ?
Neteconomie.com clame que c'est historique.  Je propose que nos sœurs de Ni putes ni soumises fêtent ça avec la dignité requise ! La Tribune y voit de une "innovation" importante. La CGT, elle, salue déjà l'événement, tout en se demandant, la perfide, "si cela contribuera à une dynamique d'égalité professionnelle dans les entreprises. Rien n'est moins sûr", conclue-t-elle. Aucun sens du dialogue cette CGT ! Elle fait du procès d'intention, non ? La ministre déléguée à la Parité, Catherine Vautrin, dément formellement, y voyant "un symbole fort pour l'évolution de l'égalité professionnelle" en France. La CFTC, quant à elle, veut y croire... En tout cas une femme admirable, si l'on en croit FR3.Franche Comté : "Née le 31 août 1959 à Luxeuil-les-Bains en Haute-Saône, Laurence Parisot, fille et petite-fille d'entrepreneurs, dit être "tombée toute petite dans le chaudron de l'entreprise, comme Obélix dans la potion magique". Après des études de droit et de sciences politiques, elle devient directrice générale de Louis Harris à 26 ans, puis à 30 ans PDG de l'Ifop, un des plus anciens instituts de sondage. En 2002, à la mort de son père, elle reprend la présidence de la la société familiale Optimum, leader français de la porte de placard, implanté dans le Lot-et-Garonne. Elle siège en outre dans plusieurs conseils d'administration de grandes entreprises, telles Michelin, Eurodisney et Havas. Célibataire, sans enfant, elle est chevalier de l'Ordre national du Mérite." Bref, une femme comme les autres mais qui a su mériter d'arriver là où elle est arrivée !

Laurence est venue se faire élire avec un Cahier des charges pour une France qui gagne. Côté face du programme. Elle dit qu'il faut "reformater" l'État, cette chose omniprésente et trop crispée à son goût. Côté pile du programme. Ses trois valeurs fortes seraient "le travail, l'esprit d'entreprise et le pragmatisme". Ça a l'air mieux que Travail-Famille-Patrie de triste époque. Mais ATTENTION ça pourrait très bien vouloir dire
  • travail de ces feignants de salariés
    (ne parlons pas des feignantissimes fonctionnaires ni des chômeurs, tous volontaires bien sûr, ou alors ils l'ont sûrement bien cherché !),
  • esprit d'entreprise de ceux qui ont mérités (de par leur naissance) d'être riches, et donc sont les seuls habilités à avoir de l'esprit, à réfléchir,
  • avec le pragmatisme comme religion d'État, c'est-à-dire comme absence de principes moraux et politiques (il me semble que le mot grec pragma, très polysémique, veut dire entre autres affaire(s), quelque chose comme business).
En fait, c'est la liberté qui l'intéresse, au fond, Laurence. Une grande démocrate, quoi ! L'un des ses principaux objectifs est de "libérer [les] entreprises de toutes les contraintes qui pèsent sur elles". Quand la CGT dit que Laurence "veut gagner la liberté des entreprises contre celle des salariés, contre leur droit à travailler dans la dignité", elle fait encore du procès d'intention ? Quoi qu'il en soit, comme dit Le Monde, "sa philosophie est connue : "Il est insupportable de constater que la liberté de penser s'arrête là où commence le droit du travail", déclarait-elle en janvier à l'assemblée générale du Medef. Depuis, elle a toutefois nuancé son propos et se dit prête à "prouver que libéral ne veut pas dire antisocial"".
Il s'agit juste de moderniser la France. Celle qui gagne, celle des patrons, se modernise à vue d'œil - serait-ce en élisant une femme à sa tête. L'autre France - celle qui perd ? - n'a qu'à suivre ! Trève de mauvais esprit ! On attend. Sans rire.

[photo DE MALGLAIVE ETIENNE / GAMMA
repiquée de la page web du Monde
daté du 6 juillet 2005
]


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