dimanche 28 juin

Sur le désengagement financier de l'État

Dépenses éducatives en chute libre, inégalités dans leur répartition : une étude de la DEPP vient confirmer le sentiment général. Sous Xavier Darcos et plusieurs de ses prédécesseurs, la dépense intérieure d'éducation a diminué. De 7,6% en 1995 elle est descendue à 6,8% en 2006 puis à 6,6% en 2007. SiteENLa part de l'État dans la dépense intérieure d'éducation qui était de 61% en 1980 ne représente plus que 55% en 2007. Inversement celle des collectivités locales est passée de 14 à 23%. Les écarts restent forts entre catégories d'élèves. La dépense moyenne par élève est de 7.470 euros mais il faut compter 5.350 dans le primaire, 7 930 pour un collégien, 10.240 pour un lycéen et 10.150 pour un étudiant...
L'étude est présentée et accessible .



jeudi 25 juin

Message(s) : décryptage à fleur de discours

Eh ben ! Ça promet !

Quand je suis tombé hier après-midi sur la dépêche de l'AEF qui rendait compte de la passation de pouvoir au ministère de l'Éducation Nationale, mon sang n'a fait qu'un tour !

Extraits des propos rapportés de Luc Chatel.

  • Un pays qui croit en l'avenir est un pays qui investit dans l'éducation.
    Formidable ! Nous avons affaire à un homme de foi, à quelqu'un qui croit dans l'éducation et dans l'Éducation Nationale l'avenir. Plus loin le jeune ministre insiste : il est "fier" d'avoir été nommé au "ministère de l'avenir". L'avenir de qui, de quoi ? On ne saura jamais : l'avenir c'est tout ! Quelle est donc cette foi sans objet, cette foi aveugle non parce qu'elle croit tout mais parce qu'elle ne voit pas ce en quoi elle croit... Comme disait Sartre de la conscience, tout avenir est avenir de. Avenir tout seul, ça ne veut rien dire.
    C'est la deuxième partie de la phrase qui va nous éclairer : la foi dans l'avenir y est enserrée dans un discours sur l'investissement, dans un discours économique [investir = placer de l'argent, des capitaux dans un secteur de l'économie ou dans une entreprise, pour en tirer des revenus, selon l'excellent TLFI] où l'éducation est une instance dont on peut tirer profit...
    Nous sommes donc dans la zone de la marchandisation de l'école... Nous sommes dans l'idéologie libérale la plus orthodoxe, c'est-à-dire celle qui est socialement la plus dure.

  • Notre pays a besoin de tous ses enfants pour gagner le pari de l'intelligence.
    Belle phrase en vérité, mais qui en reste au niveau de l'annonce et de la pétition de principe. Et tout le monde sait que les principes annoncés en politique sont rarement dans ce monde libéral les véritables moteurs de l'action publique...
    De quelle intelligence parle-t-on ici ?
    Et puis, ces relents de patriotisme : allons z'enfants de la patri-i-e etc. Ça sonne bizarre au moment où le premier ministre nous chante l'unité nationale face à l'ennemi, la crise - qui, soit dit en passant, permet à pas mal de copains de la droite au pouvoir de s'en mettre plein les fouilles...

  • Interrogé sur les 16.000 suppressions de postes à la rentrée 2010 annoncées dans la presse hier mercredi par Xavier Darcos, il répond : Ce qui est important c'est que le taux d'encadrement reste identique. Intéressant comme tour de passe-passe ! Pour moi, à l'Éducation nationale, il y a trois grands types de fonctions : le face-à-face pédagogique, l'encadrement direct et l'environnement direct du face-à-face pédagogique, et l'encadrement ministériel (super-structure qui ne travaille pas dans les établissements scolaires, mais dans les services du Ministère). Quand donc Luc Chatel dit "taux d'encadrement", il veut dire quoi  précisément ? Il se compte dedans ?
    En fait, taux d'encadrement, ça me fait penser aux ratios de calcul de financement des colonies de vacances et autres activités socio-éducatives... On est bien dans le monde de la calculette.

  • Plus loin, le ministre précise qu'il aborde cette nouvelle mission avec humilité, sens de l'écoute mais aussi détermination et sens des responsabilités. En clair, il veut bien réunir pour discuter, mais, de toute façon, il est déterminé (il sait déjà ce qu'il veut) et le sait parce qu'il a un grand sens des responsabilités - ce qui n'est clairement pas le cas de ceux qu'il invitera à discuter...

  • Ensuite, interrogé sur le cumul des fonctions - Luc Chatel est à la fois ministre de l'Éducation nationale et porte-parole du gouvernement - il fait valoir que le porte-parolat, c'est faire preuve de pédagogie », ce qui « se marie très bien avec l'Éducation nationale. Alors là, c'est le pompon ! Il se trahit, mettant sur le même pied, ce que l'homme politique appelle pédagogie et la pédagogie dont parle les pédagogues ! La pédagogie de l'homme politique, c'est quand il bute sur le refus de la population et déploie une panoplie rhétorique grandiose pour "convaincre" le populo d'accepter de se faire berner. Ce qui n'est pas tout à fait le propos d'un Philippe Meirieu ou d'un Célestin Freinet... Ça ferait plutôt ministère de l'Instruction publique comme on disait il y a très très longtemps.

  • Mais le pompon des pompons revient au Sieur Darcos qui lache un Luc Chatel va apporter dans cette maison un regard neuf, un regard sain. Pourquoi donc ? Avec lui c'était vieillot et malsain ?

Á suivre.


mercredi 24 juin

Les motivations profondes remontent toujours à la surface...

LatribuneLu sur le site de La Tribune ce matin :

POLITIQUE
Éducation : 16.000 postes seront supprimés en 2010
Grâce à une réforme de la formation des enseignants, l'éducation nationale supprimera un nombre record de postes.

On comprend mieux dès lors pourquoi la droite (ultra)libérale s'attaque régulièrement au "pédagogisme" des professionnels de l'enseignement. Tout n'est donc qu'une histoire de redistribution financière... Et Monsieur Luc Chatel,  diplômé de troisième cycle en marketing qui remplace le roi de la règle de trois, devra nous convaincre qu'il est bien responsable de la politique éducative de notre pays...


jeudi 18 juin

la dissert et la règle de trois...

φ Selon les termes de l'agence AEF, une quarantaine de professeurs de philosophie de l'académie de Lille, réunis en assemblée générale mercredi 17 juin 2009, ont décidé de ne pas corriger l'ensemble des copies du baccalauréat qui leur seront remises, alors que l'épreuve de philosophie a lieu ce matin, jeudi 18 juin. Ils demandent un délai supplémentaire d'une journée et demie pour restituer les notes, au nom de la qualité de la correction. « Il ne faut pas exagérer, on doit arriver à corriger une centaine de copies en huit jours », réagit ce matin Xavier Darcos sur i-Télé.

darcos_r_glede3« Ils ont 24 heures de moins qu'ils n'avaient l'an dernier », admet le ministre de l'Éducation nationale. « Ils ont généralement une centaine de copies à corriger chacun alors que les cours sont arrêtés par ailleurs. Ils sont payés 5 euros par copie. Il y a beaucoup de Français qui seraient contents de toucher 500 euros pour corriger cent copies en huit jours. »

On notera la finesse du propos ! Son sens politique ! Son côté langage de vérité surtout pas démago... ! La droite française contemporaine, celle que les Français ont installé au pouvoir, nous a habitué à cette détestable rhétorique.
Ceci dit, je pense que Monsieur Darcos n'a jamais corrigé de copies de philo ! Là, il sort la calculette pour répondre à une question qui relève de la déontologie et de la qualité professionnelle. Soit ! Mais qui se dévoue pour lui dire qu'une dissertation de philosophie, c'est plus complexe qu'une règle de trois, même composée ?

Regle_de_trois


jeudi 11 juin

HADOPI, le Conseil constitutionnel, l'opposition politique et le roi d'Maubeuge

Entendu ce matin (6h30) sur France Inter : le Conseil constitutionnel du côté de l'opposition etc.

Je crois bien que la rédaction de France Inter est dans l'erreur et dit les choses à l'envers (pour la rhétorique de l'envers, c'est du déjà connu et du largement utilisé par la bande sarkozienne, Brich59 pointait ça dès avril 2007). Ce n'est pas le Conseil constitutionnel qui est du côté de l'opposition, c'est l'opposition qui est du côté de la justice - celle que rend souverainement ledit Conseil qui n'est pas vraiment un repère de gauchistes. Depuis le temps que de nombreuses voix s'élèvent pour montrer comment la bande sarkozienne est du côté de l'injustice... !

Ceci dit, à l'UMP, certains, relativement nombreux, étaient d'accord avec l'opposition sur ce sujet précis (coupure de communication Internet). Sauf que, comme le fonctionnement du parti du roi d'Maubeuge est aux antipodes de la démocratie la plus élémentaire, ses voix n'ont jamais eu raison - ce que leur rend le Conseil constitutionnel ! Et j'en suis heureux, même si l'UMP n'est pas, loin s'en faut, ma tasse de thé. Reste que le fonctionnement du parti politique du chef suprême de l'exécutif doit nous alerter sur le fonctionnement politique du chef de ce parti, c'est-à-dire sur les risques politiques qu'il fait courir au pays.

C'est peut-être tout cela que la radio publique aurait dû expliquer, plutôt que de montrer une espèce de jeu de cour de récré, non ?



samedi 06 juin

Microsoft Corporate

framasoftQuand Microsoft sabote Firefox avec une extension non désirée !
Microsoft côté scène, cela donne cette affligeante publicité. Mais côté coulisses c’est moins reluisant.
En effet, ceux qui sous Windows ont depuis février dernier mis à jour leur framework .NET (version 3.5 Service Pack 1), ont eut la très très désagréable surprise de constater qu’une extension de plus apparaissait désormais dans leur navigateur Firefox !

Ceci est le début d'un message de FRAMABLOG. Je vous invite à lire la suite. C'est édifiant ! Surtout quand on sait que Microsoft fait les yeux doux au monde éducatif. En tout cas, ça en dit long sur les pratiques du commerce...


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mardi 26 mai

Comment Sarkozy veut contrôler l'Internet

Terrifiant mais terriblement crédible, cet article que Guillaume Champeau a publié le 20 mai sur Numerama !

Je n'en dis pas davantage !

Article à lire toute affaire cessante...


Quand la calculette prend le pas sur la pensée...

S'il y avait un bibliothécaire de plus dans un établissement [scolaire] ça changerait quoi ?, demande Monsieur Darcos sur France2 (Mots croisés)...

Hum!!! Il fait semblant ou quoi ?
Mais on ne sait jamais : il faut vite prévenir Monsieur le Ministre qu'il n'y a pas de "bibliothécaire" dans les établissement scolaire et qu'il n'y a aucune raison qu'il y en ait, puisque les documentalistes (je pense qu'il voulait parler des documentalistes... ?) sont des professeurs, qui ont été intégrés dans la grande maison qu'il dirige après avoir  réussi un concours, qui s'appelle le CAPES...
Quelqu'un explique à Monsieur le Ministre ce qu'est le CAPES ? Il a affirmé "être passionné pour les questions d'école depuis toujours". Jusqu'à dire : "Je ne souhaite nullement m'intéresser à autre chose pour l'instant". Ouf ! On peut prendre le temps de lui expliquer...

Sérieux : ça cache quoi cette rhétorique de l'ignorance / rhétorique du déni ?


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jeudi 21 mai

Les a priori de la rhétorique

Hier, 20 mai, c'était l'anniversaire de mon voisin. On a trinqué dans le jardin, sous un soleil prometteur. On a discuté, bien évidemment, des études de nos bambins et bambines, du collège du quartier, du lycée du quartier, de l'école communale aussi où les enseignants ont du mal à interpréter avec des actions les décisions venus d'en haut...

Ce matin, en prenant mon petit déjeuner, j'entends (merci France Inter) que le roi d'Maubeuge est allé discuté dans un lycée de Massy Palaiseau et y a dit que :

  1. la réforme du lycée se fera
  2. elle doit être issue du bas (il dit exactement qu'elle ne doit pas être "plaquée du haut"), être le résultat d'un bouillonnement de tous (que chacun ait "le sentiment de s'exprimer", très exactement)
  3. "on part à zéro, c'est-à-dire sans a priori"

C'est là (reprise du blog mis en place par Richard Descoings)

On notera avec intérêt la nuance de l'expression "sentiment de s'exprimer" ! Comme si l'important était que les gens aient le sentiment de s'exprimer et non qu'ils s'expriment... Au moment où sort le rapport Apparu qui propose une réforme du lycée bien ficelée, la nuance n'est pas gratuite.

Que dire, d'autre part, de cette histoire de "sans a priori" ? Ca me rappelle un de mes responsables qui un jour voulut discuter sans tabou ni a priori. Il s'avéra par la suite qu'il y avait bien des tabous, et que "sans a priori" signifait seulement qu'il ne fallait rien expliciter des sous-entendus nécessaires à toute prise de position. C'est bien cela que nous ressert le roi d'Maubeuge : "sans a priori" veut dire, je pense, qu'il est hors de question de prendre le temps de discuter des fondamentaux politiques (politique éducative s'entend, pas conflit entre partis politiques ou entre hommes de pouvoir...!) C'est en fait le coup du "pas d'politique" que les gens de droite assène régulièrement au milieu des débats où l'on veut juste comprendre ce qui se dit, ce qui se trame... C'est le coup des "apolitiques de droite"... etc. Pauvres de nous !
Moi qui avais toujours pensé que pour comprendre, il fallait justement expliciter au maximum tous les a priori, sans tabou aucun !


lundi 11 mai

Les titres du Monde

Décidément Le Monde ne tourne plus rond ! Voici les titres du jour tels qu'envoyés ce jour aux lecteurs abonnés à la newsletter de 17h :

LeMonde

On appréciera le : Européennes : finalement, Bernard Kouchner votera UMP. Le débat sur les intentions de vote de M. Kouchner ne tarissait pas, lundi, jusqu'à ce que le ministre lève l'insoutenable suspense. Insoutenable, sûrement ! Mais pour qui ? C'était évident qu'il allait se ranger sous la bannière sarkozienne : les traîtres ont leur fierté, non ?

Deuxième choc : la danse du traitre et les problèmes de consommation de drogue dans les milieux sportifs (mens sana in corpore sano qu'ils disaient !) passent avant la politique française de l'immigration et avant la question des droits de l'homme. Question de priorité, sans doute !

Suivent d'autres titres, visiblement (du point de vue de la mise en page, s'entend) de second ordre. Le premier d'entre eux est celui-ci : Christine Lagarde : "Je crois à une reprise graduelle". Si ce que prétend la Marilyn-qui-n'aime-pas-la-France-qui-pense [cf. sa déclaration du 10 juillet 2007] est aussi fondé en vérité et en bonne foi que ce que prétendait la ministre de l'économie fin 2008, il y aurait vraiment de quoi reporter ce titre en fin de liste.


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