Jean-Pierre Bouchez, Autour de « l'économie du savoir » : ses composantes, ses dynamiques et ses enjeux, in Savoirs, 34 - 2014, pp.9-45

Chacun en a sa part et tous l'ont tout entier !
Victor Hugo
("Ce siècle avait deux ans" in Les feuilles d’automne)

imageQui veut savoir rapidement ce qui s’est dit de l’économie du savoir sera ici servi. L’auteur nous livre une authentique synthèse bibliographique ou plutôt documentaire : sur un fond de 80 références, ne sont mobilisées que les idées et les informations qui permettent à l’auteur de la synthèse d’étayer et d’illustrer la problématique qui est la sienne.

Cette problématique, nous la connaissons : Marie-France Blanquet en a fait état lorsqu’elle présentait pour Doc-SI l’ouvrage que Jean-Pierre Bouchez publia en 2012, L'économie du savoir : construction, enjeux et perspectives. De cet ouvrage, la présente note de synthèse reprend, d’une part, la seconde partie, intitulée “Un nouveau régime de croissance autour de l'économie de la connaissance et de l'innovation” (pp.147-230), en en condensant drastiquement le propos, et, d’autre part, la conclusion (pp.353-362).

L’auteur commence par exhiber ce qu’il appelle les “composantes de l’économie du savoir”, à savoir le savoir, les finances, les nouvelles technologies de l’intellect et le territoire, autant de pôles dont les “liaisons interactives” produisent la “dynamique de l’économie du savoir”. Dans ce fonctionnement, apparaissent assez nettement les antagonismes entre le pôle du savoir et celui des finances, au sein d’une relation “globalement asymétrique” qui débouche fatalement sur la privatisation et la “marchandisation excessive du savoir”, dit l’auteur, avec la captation et la codification des connaissances, la propriété intellectuelle étant qualifiée de dispositif ambivalent où le brevet finit par empêcher l’innovation.

Parmi les pistes évoquées pour libérer l’innovation, outre la nécessaire sanctuarisation des dépenses d’investissements publiques de R&D et d’éducation, l’auteur revient à un concept forgé par l’économiste néoclassique Paul A. Samuelson au milieu des années cinquante, au concept de bien public mondial. Un bien public satisfait en même temps à deux exigences : celle de “non-rivalité” (bien inépuisable, sa consommation par un usager ne réduit pas la consommation par les autres) et celle de “non-exclusion” (bien dont l’accès n’est pas soumis à condition, d’où sa gratuité notamment). Le fameux rapport publié par la PNUD en 1999 (Global public goods) mettait le savoir au rang des biens publics mondiaux...

Qui veut savoir rapidement ce qui s’est dit de l’économie du savoir sera ici servi. Mais qui veut se poser les bonnes questions au sujet du savoir et de son économie pourra poursuivre sa route avec Jean-Pierre Bouchez, par exemple en lisant son ouvrage de 2012. Et comme disait Pierre Caspar, éditorialiste de la livraison de Savoirs, “face à l’amplitude et à la complexité de cette analyse, nous pouvons nous demander ce qui peut avoir un impact direct sur nous ; en particulier lorsqu‘on exerce les « métiers du savoir » chers à Jean Pierre Bouchez”.

Les documentalistes et autres gestionnaires de l’information ne sont-ils pas des professionnels du savoir, ces “piétons du savoir” dont parlait Serge Cacaly il y a trente ans (Doc-SI, 22-6, pp.208-215) et dont Suzanne Briet revendiquait haut et fort la teneur intellectuelle du métier il y a plus de soixante ans ?

Rédigé pour l'ADBS
publié sur le site de l'association le 25 juin 2015