Ces élections européennes auront été riches d'enseignement sur la dictature des idées simplistes et fausses.

Par exemple l'idée selon laquelle l'immigration cr&ée le chômage. Le sophisme est le suivant : "s'il travaille, l'immigré nous prive d'un emploi ; s'il ne travaille pas, il profite d'une générosité que l'état de nos finances publiques ne nous permet plus. Dans tous les cas, un immigré de plus, c'est un chômeur supplémentaire. Il suffit d'inverser l'argument pour alimenter la folie nationaliste : refoulez les immigrés, et le chômage disparaîtra…" (Thibault Gajdos, "L'immigration aide l'emploi", Le Monde du 28 mai 2014)... Cela fait un bail qu'on a montré et démontré qu'il n'en était rien et que c'était même l'inverse. Et pourtant, le F-Haine continue de diffuser la contre-vérité qui permet aux chômeurs d'attribuer à l'Immigré la raison de leur état. Dans une économie mondialisée où le dumping social pénalise le salariat des pays dits "avancés", dans un pays où l'État diminue les effectifs de la fonction publique (les gens qui font tourner les services publics, c'est-à-dire les mécanismes qui globalement maintienne la solidarité à un certain niveau), dans une époque où la technique s'emballe à perdre haleine, s'évertuant à rendre l'intervention humaine de plus en plus inutile dans les process de production et de service, dans une course au profit maximal où les entreprises contraignent leurs salariés à toujours plus de productivité, COMMENT VOULEZ-VOUS QUE LE CHÔMAGE N'AUGMENTE PAS ? Pourquoi ces quatres raisons du chômage ne sont-elles quasiment jamais avancées, mises sur la place publique. Pourquoi Jean-Pierre Pernaut n'en parle-t-il pas au JT de TF1 ? Parce que c'est trop compliqué pour des cerveaux que la pub contamine et vérole ? Pourquoi les experts en tous genres mettent-ils tout ça sous le tapis ? Parce qu'ils sont effectivement les "nouveaux chiens de garde" du libéralisme ? Pourquoi la Commission européenne impose-t-elle au États de ne pas lutter correctemetn contre le chômage ? Parce que l'Europe est ultra-libérale, limite libertarienne ? Pauvres de nous !

Une des idées les plus dévastatrices qui soit en ces temps de montée du populisme ultra-libéral, c'est celle qui veut que le F-Haine ne soit pas (plus) raciste. C'était bon du temps de papa LePen. La vague bleu marine a refoulé le racisme au rang des accessoires pour l'histoire. Le problème c'est que les propos tenus pas la droite en général et l'extrême en particulier contredisent absolument cette idée, malgré Patrick Sébastien. Qu'à cela ne tienne, on trouvera toujours de couillons pour affirmer que si le F-Haine est raciste, les gens qui votent pour lui ne le sont pas fatalement (entendu à plusieurs reprises, notamment sur France Inter). C'est faire peu de cas de l'intelligence des électeurs : pour une personne respectueuse du visage-humain-en-général, voter F-Haine, c'est, quelle que soit la raison du vote, déchirer son âme. Or qui veut déchirer son âme ? Donc deux solutions : soit les non-racistes électeurs du F-Haine sont intellectuellement et psychologiquement suicidaires, soit ils n'ont pas d'âme. Ce qui est sûr, c'est qu'on a deux mouvement conjoints : d'un côté, l'élite médiatique ne fait que trop peu obstacle au déferlement des "idées" du F-Haine, alors que de l'autre les difficultés concrètes de vie - et notamment le chômage, on y revient - nourrissent à l'orgie les populismes de la haine.

Autre champ où le populisme dévastateur est la chose la mieux partagée (et encore plus que sur la question du rapport chômage/immgration) : celui de la formation et de la qualification. L'assertion se déroule en deux sophismes renvoyant l'un à l'autre. Premier sophisme : les emplois correspondent à des qualifications professionnelles, or la collectivité finance l'acquisition de qualifications (système scolaire - du primaire à l'université -, formation professionnelle continue, etc.), donc la collectivité, ce faisant, prépare (doit préparer) à l'emploi. Second sophisme : le chômage est dû à l'écart entre la demande de qualification et l'offre de qualification, or la collectivité finance l'acquisition de qualifications, c'est-à-dire construit de ses deniers l'offre de qualification, donc la collectivité est responsable du chômage (n'a pas construit la bonne offre de qualification). Le premier sophisme fait l'impasse sur tout ce qui n'est pas lié à la caractérisation de l'individu comme travailleur (ou demandeur d'emploi). C'est bien dommage, car les femmes et les hommes ne sont pas que des travailleurs - d'autant plus qu'ils luttent tous à leur manière contre la déshumanisation imposée par le travail. Le second sophisme oublie que le chômage n'est pas dû à un écart entre demande et offre de qualification, mais, restons simples !, à la raréfaction des emplois. Messieurs de l'économie réelle, commencez par créer des emplois, après on discutera qualification.

Pourquoi perpétuer tant d'idées fausses et surtout fallacieuses, portées par l'ensemble du monde politique et économique ? Juste pour détourner le regard de la vraie responsabilité pour l'orienter arbitrairement vers l'État en premier lieu, puis vers le chômeur en second lieu. Cette manoeuvre grossière (mais les mensonges les plus grossiers sont ceux qui passent le mieux) est inscrite dans les gènes du libéralisme, de l'ultralibéralisme, du libertarianisme. Il faut moins d'État et l'homme de la rue doit se soumettre au rythme de l'Entreprise elle-même conduite par la recherche du profit capitalistique.
Cette idée d'adéquation entre formation et emploi est de ces idées fausses mais tenaces qui peuplent notre idéologie : il y a un lien direct entre formation voire éducation et insertion voire emploi. Comme disait un copain d'il y a trente ans, la formation n'a jamais créé d'emploi, mis à part les emplois de formateurs ! Je passe sur les justifications théoriques et pratiques de ce que j'avance : il est trop clair qu'il n'y a aucun lien direct entre la formation et l'emploi. Tous ceux qui prétendent le contraire sont ignorants ou salauds (faisant porter la responsabilité du chômage à ceux qui n'y sont ni directement ni indirectement pour rien).