La politique est farcie de paradoxe. C'est pour cette raison que le populisme est un réel danger.

La politique emploi semble être particulièrement sujette à ce phénomène. Par exemple quand on focalise la finalité de la formation sur l'employabilité : cela semble aller de soi (tous ou presque tous ceux qui ont un emploi intéressant ont une bonne formation) sauf que ce n'est pas comme ça que ça marche (tous ceux qui ont un bon niveau de formation n'ont pas nécessairement un emploi intéressant et correspondant à leur qualification)...

Dernier expression paradoxale en date : Matignon lance une campagne intitulée "La compétitivité, c'est l'emploi !"


Moi, je veux bien tout entendre, sauf que, là, quand on s'exclame "La compétitivité, c'est l'emploi !", on mélange les genres.

La compétitivité, "aptitude à affronter la concurrence" disent les dictionnaires, se définit sur le registre du rapport, de la relation etc. On est plus ou moins compétitif en fonction de la concurrence. Le degré zéro de la compétitivité, c'est la situation de monopole, quand il n'y a pas de concurrent. On est le meilleur que tout le monde parce qu'on est seul. De son côté, l'emploi, c'est quelque chose de très concret et d'absolu : le chômage se compte en % (chômeurs par rapport à population active) et en chiffres absolus (3 millions...). Par quelle magie pourrions-nous compter ensemble du relatif et de l'absolu ? Par la magie de la rhétorique politique...

Ensuite, quand on regarde de près les liens qui peuvent exister entre ces deux ordres de réalité, on se rend compte que, la compétition en question étant d'ordre économique, c'est-à-dire financier (idées de productivité, de rentabilité, de rendement de l'investissement, etc.), et l'emploi étant du côté de la dépense (ce qu'il faut réduire), prétendre que "La compétitivité, c'est l'emploi !", c'est proprement se foutre de la gueule du monde.

De prime abord paradoxe, "La compétitivité, c'est l'emploi !" finit par être oxymore !