Fin des voeux voeuxprésidentiels pour 2013 : Il y a de l’honneur dans une grande Nation comme la nôtre à être capable de conjuguer compétitivité et solidarité. Performance et protection. Réussite et partage. C’est l’ambition de cette France réconciliée et confiante en elle-même que je porte pour l’année qui s’ouvre. C’est cette ambition qui donne un sens à l’effort de tous. Vive la République ! Vive la France !

Bon ! C'est encore mieux que je croyais ! Il avoue la contradiction objective où il met le socialisme : jouer le grand écart entre compétition et solidarité. Grand honneur en effet pour notre "grande Nation" que d'envisager l'impossible. L'utopie sociodémocrate est ici à son comble. L'Europe de Delors a trouvé là son chantre nationaliste...

Etonnant qu'un homme qui semble si intelligent n'ait toujours pas compris qu'il y a deux libertés incompatibles et inconciliables, celle de l'ultra-libéralisme et celle de l'ultra-humanisme. La première est une liberté individuelle qui laisse, pour l'aspect collectif des choses, apparaître la fameuse main invisible - que personne n'a encore jamais vue. C'est ce qu'on valorise comme liberté d'entreprendre, liberté d'exploiter etc. La seconde est d'abord liberté collective, liberté partagée qui laisse apparaître la fameuse égalité - que personne n'a jamais vue, hormis au fronton de la République. Deux libertés inconciliables donc : la première liberté se déploie dans l'idéologie de la compétition et s'actualise en forme de conflit des uns contre les autres, là où la seconde liberté se déploie dans l'idéologie de la solidarité et s'actualise en forme de partage entre les uns et les autres. La première fait que, dans cette lutte des places que décrivaient assez bien Vincent de Gaulejac, Isabelle Taboada Léonetti et alii, l'arithmétique veut que 1+1=1, voire 0, que de la compétition de l'un contre l'autre un seul sorte vainqueur voire aucun, alors que dans la seconde l'arithmétique est plus généreuse : 1+1=3, de la coopération solidaire chacun se retrouve et gagne le collectif ainsi constitué...

En poésie, l'oxymore permet la nuance. En politique il permet l'entourloupe et la manipulation des consciences. Il s'agit alors, comme disait François Brune, de "tromper les bonnes âmes en affectant de concilier l’inconciliable"... comme je disais à la fin de l'été 2009.