Sarkozy_2« Un diplôme qui ne débouche pas sur un emploi ne mérite pas son nom de diplôme. C'est un mensonge de dire à des étudiants qui s'engagent dans certaines voies qu'ils auront un diplôme s'il ne débouche pas sur une place ». Voilà ce qu'a dit Sarkozy à l'adresse des personnels de l'éducation, de l'enseignement supérieur et de la recherche, ce jeudi 5 janvier. Il poursuit en affirmant qu'« il faut accepter de dire que la première mission de l'école, c'est de préparer à la vie active. Il faut rapprocher l'école et le monde du travail ».

Tout est dit.

Pourtant c'est tout faux ! Ou plutôt un tel discours - qui n'est pas propre à celui qui l'a tenu jeudi - induit trop facilement en erreurs. Regardons de plus près.

Ce qui est indiscutablement vrai, c'est que les seuls emplois créés par la grâce de la formation (et donc des diplômes auxquelles elle prépare) sont les emplois nécessités par le fonctionnement de ladite formation, emplois qui relèvent de l'enseignement et de l'ingénierie éducative en général.
Ce qui est également indiscutablement vrai, c'est que les emplois se créent quand il y a risques de production de richesse comme dirait le sage économiste.

À l'autre bout de la chaîne du raisonnement malin, il y a le constat que les jeunes diplômés trouvent plus facilement du boulot que les jeunes sans diplôme. On a ici un phénomène bien connu où ce qui est en jeu n'est pas le nombre d'accès à l'emploi mais la distribution des demandeurs d'emploi dans la file d'attente à la porte de l'insertion professionnelle. En d'autres termes la qualité de la formation et donc du diplôme qui sanctionne la formation n'a aucun effet sur la création d'emploi, juste sur les chances de tel ou tel jeune d'être devant les autres (ceux qui n'auraient pas le même diplôme) dans la file d'attente.

NouvObsSarkoSi l'on s'en tient à ce niveau du raisonnement, celui qui un jour lança "casse-toi, pauvre con !" à un quidam a bigrement raison - avec les journalistes (ci-contre, couverture retravaillée par mes soins d'une livraison récente du Nouvel Obs) qui font un marronnier de ces questions de relation entre formation et insertion - de tenir les propos qu'il tient.

Reste que, malgré la gente journalistique et malgré Sarkozy, un diplôme n'a jamais "donné" du travail. Si l'on veut employer les mots justes, on dira qu'un diplôme place plus ou moins bien son détenteur dans la file d'attente des demandeurs d'emploi - ce qui n'est pas du tout la même chose ! En d'autres termes, ça organise, hiérarchise la fameuse "armée de réserve"...

Et tous ces gens feraient bien d'utiliser les mots justes, car leur rhétorique  donne implicitement raison par exemple à ces étudiants de médecine qui arrachent les pages des bouquins de la bibliothèque universitaire pour être les seuls à en connaître le contenu et à pouvoir ainsi bien répondre aux questions pointues du concours qui leur permettra de passer en année supérieure voire d'accéder au diplôme convoité par trop de monde, etc. Une telle valorisation de la compétition et de la concurrence entre les jeunes justifie que certains en écrasent d'autres - et pour des raisons qui ne tiennent pas au diplôme en dernière analyse, mais bien à des raisons de type sociales et très matérielles hors d'atteinte des logorrhées de la méritocratie béâte.

Mais il est très clair que toute cette rhétorique fallacieuse (méritocratie et croyance dans l'idée que la formation ou le diplôme donne du travail) n'a qu'un objectif : justifier que les offreurs d'emploi aient la haute main sur l'éducatif (le fameux rapprochement dont on parle tant), mais en faisant payer aux contribuables l'adaptation de la main d'oeuvre à leurs desiderata trop souvent incohérents.