Divina Commedia :
        Inferno, primo canto
(v.1-7)

statueDante Nel mezzo del cammin di nostra vita
    mi ritrovai per una selva oscura,
    ché la diritta via era smarrita.
        Ahi quanto a dir qual era è cosa dura
    esta selva selvaggia e aspra e forte
    che nel pensier rinova la paura  !
        Tant'è amara che poco è più morte.

 La Divine Comédie :
        L'Enfer, premier chant
(v.1-7)

  Au milieu du chemin de notre vie
    je me retrouvai dans une forêt obscure
    car j'avais perdu le droit chemin.
        Ha, combien il est dur de dire ce qu'était
    cette forêt sauvage et âpre et rude
    qui, du seul fait d'y penser, renouvelle ma peur !
        Elle est si cruelle que la mort ne l'est guère plus.

 

Dans ce texte qui ouvre la descente aux enfers de Dante, avant même que Virgile ne se soit institué son guide, deux forces distinctes se succèdent : tout d'abord (v.1 à 3) le sentiment de déperdition, ensuite la peur (v.4 à 7). D'où les deux périodes du madrigal (pour ensemble vocal mixte) que j'ai composé pour ce texte.

 

La déperdition, ici concrètement le sentiment de se perdre dans une forêt obscure, se traduit musicalement par un mélange de rectitude et de confusion. Ce mélange occupe toute la première partie du madrigal (pp.1-9, i.e. mes.1-129).
La rectitude est tant mélodique [thème initial par exemple] qu'harmonique [mes.110-129, par exemple]. Elle signifie la linéarité de la vie, de notre vie, que l'on prend en son milieu, la rectitude du droit chemin, rectitude perdue. Quant à la confusion, elle se matérialise dans le foisonnement, dans les bruissements parfois insupportables, sombres et terrifiants qui marquent les respirations de la forêt obscure. Cela s'indique dans le malaise incessant généré par le frottement quasi permanent du ré bémol avec le do, ou du ré naturel avec le ré bémol [mes.28-42 ou 110-115, par exemple] ; et, plus terrible, l'épaisseur de l'obscure forêt est rendue par un couple d'accords identiques et différents (échanges) où la respiration devient suffocation [mes.16-19 (ci-dessous), 58-61, 64-67, 85 et suiv.].

 

 

Toute la seconde partie du madrigal (pp.10-20, i.e. mes.130-266) est habitée par la peur, peur de la déperdition dans l'obscure forêt, plus terrifiante encore que la peur même de la mort. Tout d'abord une longue et lente plainte, développée dans l'interjection de souffrance ahi (mes.130-174). Puis le discours se reforme, reprend de la consistance, avec un thème sinueux inlassablement répété, l'épaisseur harmonique de l'obscure forêt étant toujours là, tapie dans l'ombre, dans sa propre ombre, prompte à envahir l'espace sonore... Enfin (mes.223 sqq.), la grande peur frissonne dans la déchirante voix de celui qui ne fait que se souvenir de l'obscure forêt, la peur frissonne jusqu'à s'éteindre dans la mort.

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Chefs de choeurs, directeurs d'ensembles vocaux, si vous souhaitez étudier ce madrigal ou le mettre à votre répertoire, n'hésitez pas à télécharger la partition (nouvelle édition 2011 !)...

Une présentation plus détaillée et un document de travail sont disponibles sur Tard-Bourrichon.fr.

 Mais l'idéal, c'est de chanter ! Alors, si vous faites quelque chose de cette composition, il serait sympa de me le faire savoir.

Juste pour savoir ;-)