J'aime ce qui fuit car je m'y perds
et n'en reviens jamais
vois dans ce puits au dedans la terre
par là rien ne paraît

Tout en haut le soleil est triste
à force d'être là
idiot comme un chien sur sa piste
qu'il ne quittera pas

 

Vois dans ce puits au dedans la terre
par là rien ne paraît
où tu te puisses bien satisfaire
et connaître la paix

Laisse l'immobile aux invalides
donne-leur des miroirs
pour qu'à l'aise ils contemplent leurs rides
et leurs yeux cernés noirs

Car le soleil leur a noirci l'œil
ils n'ont plus de regard
ils sont déjà morts aimant le deuil
le fard et le cafard

Ils suivent de tristes mirages
guettant le déjà-vu
esclaves de leur propre image
qu'ils ne voient même plus

 

J'aime ce qui fuit car je m'y perds
et n'en reviens jamais
vois dans ce puits au dedans la terre
par là rien ne paraît

Tout en haut le soleil est triste
à force d'être là
idiot comme un chien sur sa piste
qu'il ne quittera pas

 

Viens dans ce puits poursuivre la vie
ombre de pénombre
sombre dépression à l'infini
où tout être sombre

vers ce qu'il n'est pas ; sois l'amante
douce et caressante
du lointain sans fin et sans forme
sans règle et sans norme

qui n'est jamais lui ; sois l'amante
douce et caressante
de ténèbres mouvantes où rien
ne se reconnaît sien

Nul soleil nul miroir nul éclair
n'y vient pour entraver
la course vivante de ces sphères
vers les infinités

Rien qu'une immense forêt
sans racine sans toit
sans cœur sans sous-bois où tout renaît
sans ligne sans loi

Forêt sempiternelle et sombre
profondeur de la nuit
inchangée où la vie est ombre
une ombre qui s'enfuit

Le temps qui toujours se dépasse
dénombre les instants
de cette fugue sans espace
mais spatieusement

 

J'aime ce qui fuit car je m'y perds
et n'en reviens jamais
vois dans ce puits au dedans la terre
par là rien ne paraît

Tout en haut le soleil est triste
à force d'être là
idiot comme un chien sur sa piste
qu'il ne quittera pas

Texte retrouvé sur un de mes bouquins lus au tout début des années 70
(Robert Lenoble, Histoire de l'idée de nature chez Albin Michel
(coll.L'évolution de l'humanité)
, éd.poche de 1969)
Poésie d'adolescent grand lecteur
J'en suis tout retourné ;~))