logocafelivresJ'étais hier soir au Café-Livres. J'aime les livres. L'idée de lire en buvant une bonne bière ne m'est pas désagréable... Mais ce n'est pas pour satisfaire ce type de plaisir que j'étais au Café-Livres hier soir. C'était pour participer à  un Café-converse intitulé Quelle éducation, quelle formation voulons-nous ?. La page du site http://lille.lesverts.fr annonçait un débat autour des propositions d’Europe Écologie avec notamment Sylvain Hannebique, candidat sur la liste Europe Écologie - Nord, membre de l’ICEM - pédagogie Freinet, directeur d’école primaire à Mons en Baroeul. Sandrine Rousseau, scientifique pur jus mais femme politique engagée aussi bien à l'Université de Lille1 (elle y est Vice-Présidente chargée de la Vie étudiante et de l'égalité Femmes-Hommes) que chez les Verts, était là, elle aussi. J'étais venu parce que l'idée me plaisait de discuter de l'avenir de la formation continue avec des gens dont je partage a priori le goût pour le respect de l'autre et la solidarité authentique.

Comme on devait s'y attendre, il n'y avait pas foule. Comme si le débat de proximité était passé de mode et que les citoyens attendaient après Arlette Chabot pour "participer" au débat politique, en spectateurs à qui l'on assène de la publicité commerciale sans qu'ils qu'ils l'aient demandé... Bref, quelques rares sympathisants, en plus des membres du groupe des Verts. Sauf un Monsieur très cérémonieux, à la voix style Piéplu et l'élocution ampoulée, qui intervenait souvent pour exhiber une idéologie entrepreneuriale très classique, pensant jouer ainsi, je suppose, les empêcheurs de penser en rond... 

Le débat fut ouvert par l'intervention de Sylvain qui présenta son expérience, passionnante et porteuse d'espoir et d'utopie. La question des transferts méthodologiques fut posée à partir de son récit. Puis on aborda une foule de sujets fort intéressants. On n'accosta jamais aux rives de l'éducation permanente et/ou de la formation continue, pourtant "compétence" phare des Régions. Dommage !

Dommage car j'avais lu attentivement le programme politique, appréciant que l'on veuille enfin remettre les principes de l'éducation permanente au cœur des dispositifs de formation. Tout un état d'esprit ! Et j'étais fort intéressé d'aller plus loin, de poursuivre la réflexion telle qu'elle s'ébauche sur le papier. J'avais lu ce programme comme abordant la question de la formation sous un aspect "dispositif" et sous un aspect "filières". J'avais même fait un schéma de lecture pour moi. Fort de cette lecture structurée, j'avais du coup un tas de questions, du style

  • Mettre en place d'importants programmes territoriaux de formation permanente, mais comment ? Avec quelle organisation, quelle prise en compte des forces locales (identifiées comment), quelle procédure de concertation territoriale, etc. ? Et comment casser ce détestable esprit de concurrence inhérent au fonctionnement en marché - esprit qui empêche toute cohérence territoriale au profit de la cohérence commerciale des organismes de formation, etc. ?

  • Développer l'enseignement des savoirs fondamentaux afin de faciliter l'accès aux droits et à l'autonomie sociale et professionnelles pour tous, fort bien ! Mais alors comment poser la question du financement (rentabilité, solvabilité de la satisfaction des besoins sociaux fondamentaux) ? Comment réussir à bien marquer l'importance de l'idée d'une "rentabilité sociale" qui ne se compte pas en euros etc. ? Et puis vient fatalement les questions liées aux méthodes pédagogiques. Autant la compétence Formation Initiale d'une Région exclut le pédagogique (sinon par rebonds, à partir de construction et d'aménagement des lieux éducatifs), autant la compétence Formation Continue / Éducation Permanente l'inclut nécessairement. Du coup quelles méthodes préconiser  Et comment évaluer le pédagogique ? etc.

  • Soutenir les formations qui permettent l'émancipation et l'épanouissement des personnes ne peut qu'enchanter les personnes qui, comme moi, se désolent des fragmentations que la politique impose à la personne humaine ! Mais alors comment réussir cette nécessaire cohérence des politiques (éducation permanente, formation initiale, culture, économie, ...) en termes de programmation, d'opérationnalisation et d'évaluation de la politique publique ?

  • etc.

J'avais plein de questions dont je dépose ici quelques exemples, comme Héraclite avait jeté son manuscrit qui n'intéressait personne derrière l'autel d'un temple, espérant qu'il serait enfin lu par un quidam, comme une bouteille à la mer.