Un jour - je ne dirai ni où ni quand -, il m'est arrivé une drôle d'histoire !

Un groupe d'enseignants et de quelques professeurs-documentalistes étaient réunis pour écouter la bonne parole d'un gourou ès intelligence économique & veille pédagogique, se posant volontiers en ostensible garant de l'ordre public et en inlassable dénonciateur des pratiques de piratage et de plagiat, oboulo et wikipedia en prenant ici pour leur grade. Le thème qui motivait un tel regroupement relevait de la problématique de la "culture informationnelle" telle que les enseignants du secondaire peuvent avoir envie d'en entendre parler, sans peut-être savoir exactement de quoi il retourne - expression relativement nouvelle, généreusement créée et abondamment utilisée par les professionnels de l'information et de la documentation, expression que lesdits enseignants tentent d'approcher, malgré les éventuelles peurs qu'elle peut susciter en eux. Courageux donc, ces enseignants, qui bravent leur propre peur et sont prêts à affronter un inconnu multiforme qu'ils ont le sentiment de partiellement connaître par ses usages - ceux de leurs élèves - et par ses promesses - celles du monde autorisé ambiant qui ne jure plus que par les ENT et autres merveilles de l'informatique webesque. 

Bref ! Le gourou fait le gourou. Rien d'extraordinaire en somme : il parle de lui et de lui, de ses interventions à des colloques à l'étranger, mais aussi de sa famille, femme et enfants - que des gens bien ! Il parle de ses étudiants aussi - de ses étudiants qui plagient comme on n'en peut plus, osant lui présenter des mémoires webpatch­workesques. C'est difficile à prononcer, je sais ! Mais faut qu'on s'habitue... Gourou nous cite maintes et maintes manipulations plagiantes dans des circonstances complétement folles ! Vraiment nuls ces étudiants : le gourou sait débusquer la faute morale et le manquement cognitif, sans faiblir ! Faut dire qu'il a la faconde, le gourou ! Un minuscule défaut d'élocution ajoute d'ailleurs je ne sais quel charme à cette "logorrhée verbale" (je mets les guillemets parce que j'emprunte cette exquise expression à un ami que je ne citerai pas mais qui ne mérite pas que je lui pique purement et simplement son expression - l'amitié n'autorise pas le vol), logorrhée verbale pourtant relativement vide d'apport informatif positif et transférable. Il parle de lui et de lui...

Bon !
Puis vient le moment où l'on comprend que la culture informationnelle est en fait la connaissance sinon la maîtrise d'outils webesques qui permettent de trouver de l'info sur la toile, la toile visible, la toile invisible, la toile entre deux, bref toutes les toiles. Un vrai musée !

Ils ne jurent tous que par Google ! Les imbéciles ! Imbéciles parce que, primo, il faut savoir l'utiliser le Google qui veut nous manger tout cru sans qu'on y puisse rien, et, secundo, il n'y a pas que le Google qui veut nous manger tout cru sans qu'on y puisse rien ! Et notre gourou de défiler alors une liste d'outils webesques. Moi qui m'étais glissé dans le groupe pour en finir avec mes bricolages en matière de veille stratégique (bricolage technique) et en matière de formation à la culture informationnelle (bricolage pédagogique), je dois avouer que je fus fort dépité lorsque, très vite, je me suis rendu compte que notre gourou s'était confectionné comme support exhibé de son intervention une stricte copie du superbe multipage consacré aux outils de recherche Web que tiennent à jour mes complices de l'ADBS, Clipboard01Véronique Mesguich et Armelle Thomas, en prolongement du non moins superbe Net recherche 2009 : le guide pratique pour mieux trouver l'information utile et surveiller le web que publie l'ADBS (3e édition, 2009). Un super copier-coller de pages html vers un document en .doc.
Encore a-t-il sélectionné à l'oral quelques outils particuliers, mais sans rien ajouter à la présentation si ce n'est de vagues expériences très personnelles (mon fils, ma femme, moi et les autres ).
Je crois donc
que j'ai bel et bien perdu ma demie journée ! Moi qui cours après le temps, c'est bien ma veine !

Sauf que j'ai tout de même appris quelque chose : les gourous sont (nécessairement ?) des filous. Car notre homme, à aucun moment, n'a indiqué la source du document qu'il exhibait comme sien. Notre pourfendeur du plagiat en était en fait un adepte ! Du coup, la seule valeur pédagogique ajoutée résidait dans la barde expérientielle dont il enveloppait l'information disposée par d'autres, comme la tranche de viande grasse voire de gras de viande qui entoure une belle pièce de viande. Sauf que le lard n'a jamais tenté de se faire passer pour du rôti - sauf en temps de grande misère...

Pauvres de nous !