Quel bonheur que de lire en clair ce que l'on ruminait au tréfonds de soi !
Encore que, quand je dis 'tréfonds', je pousse un peu : ce blog a déjà fait résonner ce que je pensais de toute cette rhétorique qui tient lieu de politique...
Encore que, quand je dis 'bonheur', j'exagère carrément : cette clarté qui vient après la rumination n'exhibe rien de très gai !

Meheust2009Il s'agit du dernier ouvrage de Bertrand Méheust, La politique de l’oxymore, publié cette année chez La Découverte (Les empêcheurs de penser en rond).

Déjà le titre ! Je ne pouvais pas ne pas y accrocher mon attention, moi qui, depuis la campagne électorale pour la dernière élection présidentielle, ne cesse d'être interloqué par le culot rhétorique de celui qui allait devenir le roi d'Maubeuge, notamment par sa capacité à manier l'oxymore et à brouiller les repères que la raison commune se doit de respecter. Je ne suis bien sûr pas le seul à pointer cette pratique : l'équation 'sarkozy oxymore' proposée à un moteur de recherche est fructueuse. Par exemple avec Exalead ou avec Google. La cour de ce roi fourmille de faiseurs d'oxymores... car l'oxymore est la figure rhétorique en vogue à la cour. Ou plutôt elle est la figure rhétorique imposée lorsque la cour et son roi s'adressent à la population, les médias s'empressant, tels de vils courtisans, de répéter à l'envi tous ces si beaux discours, tous ces si bons mots.

Bref, Bertrand Méheust, avec sa La politique de l’oxymore, nous offre l'occasion de réfléchir à tout cela et bien plus encore : il reconstruit sous nos yeux la mécanique qui produit cette rhétorique fallacieuse. Le cas de figure auquel s'attache l'auteur est celui de la politique écologique, ou plutôt celui du discours sur les préoccupations de l'écologie. Je ne vais pas présenter ici plus avant l'ouvrage. Il suffit de le lire. Ce qui n'est que plaisir tant il est d'une belle écriture rigoureuse et coulée cependant...

En poésie, plus globalement en littérature, l'oxymore consiste en une dissonance sémantique. La poésie est contrainte de pratiquer l'oxymore pour  échapper à la logique aristotélicienne du "discours raisonnable" qui bannit la contradiction et interdit l'indicible. Ne pourrait-on prétendre que, sans l'oxymore, les peintres italiens de la Renaissance n'auraient jamais pratiquer le clair-obscur ? L'écriture de Rimbaud est pleine d'oxymores, et c'est  ce qui fait sa puissance. Etc.
En poésie, l'oxymore permet la nuance. En politique il permet l'entourloupe et la manipulation des consciences. Il s'agit alors, comme disait François Brune, de "tromper les bonnes âmes en affectant de concilier l’inconciliable"...