censur_C'est incroyable, cette histoire relatée par le NouvelObs après Libération (10 juillet). Je reprends le châpo du NouvelObs : La titularisation d'une trentaine de professeurs des écoles de Toulouse, qui viennent de finir une année de stage, serait compromise. La raison : ces stagiaires ont écrit un document critiquant la réforme Darcos sur la formation des maîtres.
Ledit document s'est retrouvé comme par hasard dans leur dossier de titularisation, alors qu'il n'avait rien à y faire, ni théoriquement ni pratiquement. Outre l'énormité de cet acte de basse censure sous couvert d'imposition du devoir de réserve des fonctionnaires, on doit noter la pratique du dossier à charge de la part de la hiérarchie, ici académique.

Cette affaire me rappelle un événement de mon histoire professionnelle.
DossierIl y a très longtemps, mon couple battait de l'aile et le divorce était inévitable. Cela se passait très mal : mon ex qui était activement à l'initiative du malaise cherchait à me nuire afin de me discréditer dans l'espoir que ne me soit pas confiée la "garde" de mes enfants. Bref, sale temps ! Un jour il vint à mes oreilles que mon directeur s'en allait raconter que j'étais volage et fricotais à qui mieux mieux - ce qui était intégralement faux. On appelle ça un ragot de bas étage, juste de quoi amuser les pékins qui n'ont rien d'autre à faire que de colporter pour se rendre intéressants.
Mais la justice matrimoniale étant ce qu'elle était (a-t-elle changé ? je n'en sais rien !), je décidais de couper court à ce ragot, fût-il directorial. Aussi adressai-je une lettre recommandée avec accusé de réception à mon directeur, non en tant que directeur, mais à son adresse personnelle, où je lui demandais de cesser ses persiflages, qui m'étaient préjudiciables. Je l'avais envoyée à son adresse personnelle, à lui en tant que citoyen du même rang que moi, parce que ce n'était pas sa qualité de directeur qui l'avait poussé à proférer ces ragots, mais bien sa qualité d'homme à ragots. En tous cas, sa qualité de directeur ne le contraignait-il pas à tenir ces propos diffamatoires.
Le temps passe.
Un jour où je devais régler un problème de gestion de carrière, j'eus accès à mon dossier, au dossier que ma hiérarchie alimente avec l'ensemble des documents administratifs me concernant en tant que salarié. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je vis, au milieu des arrêtés de nomination et autres pièces concernant mon évolution de carrière, ma lettre recommandée avec accusé de réception ! J'en fus abasourdi. J'hésitais à en parler à mon copain représentant syndical. Mais je n'en fit rien, estimant que le lièvre était à la fois trop petit (mon petit cas sans conséquence) et trop gros (mise en cause de pratique institutionnelle digne du renseignement policier)... Peut-être aurais-je dû... Ce document ne concernait que l'homme qui était par ailleurs directeur et moi, en aucun cas et d'aucune façon l'institution. Cet homme, plutôt sympathique par ailleurs, avait cru bon d'en faire un document à charge contre moi, au cas où j'irais au procès en diffamation. À moins que ce ne fût son chien de garde, véritable propriétaire dudit dossier, qui se construisait ainsi, avec une patience tenace toute administrative, un faisceau de pièces à conviction contre moi au cas où...
Le pire est que je pense, bien évidemment, ne pas être le seul salarié dans ce cas.
Nous sommes décidément bien "managé".