mercredi 30 avril
"Culture numérique", vous avez dit cultureS ?
À la fin des années soixante, alors que l'informatique entrait dans les entreprises, il était déjà question de former des informaticiens, certes, mais aussi les non informaticiens, c'est-à-dire les dirigeants, les cadres et les agents d'exécution. L'après-midi du 17 juillet 1970, à Cerisy-la-Salle, Michel Grouchko présentait ce que faisait l'INSEP en la matière devant les participants au colloque intitulé L'homme devant l'informatique - dont l'UGE publiait moins de deux ans plus tard les actes, sous le titre Révolutions informatiques (coll. 10/18).
En ce début du XIX° siècle, les choses se sont diablement complexifiées. L'électronique s'est disséminé sournoisement et implacablement à tous les étages de notre existence, à tous les temps de notre vie. On est ainsi subrepticement passé d'un besoin de formation instrumentale à un besoin d'acculturation globale, de la formation informatique technique à l'acculturation numérique sociétale.
Nous en sommes à l'ère du numérique et la nouvelle divinité idéitique se nomme CULTURE NUMÉRIQUE ! Nous sommes tant et si bien sous sa coupe que notre intelligence même risque de s'y transformer !
Du coup, tout le monde se met en quatre pour l'honorer de son mieux. La Commission européenne l'a inscrite au rang des compétences-clés. L'Éducation hexagonale lui dédie quelques diplômes. Etc.
Quand on tente de comprendre quelles sont les ramifications de cette chose divinisée, on découvre cinq grandes branches : culture technique informatique, culture bureautique, culture communicationnelle, culture informationnelle et enfin culture esthétique ou artistique (là où 'culture' fait fonctionner son ambiguïté, comme dans cyberculture). J'ai tenté le schéma [je double avec un export pdf dudit schéma, à cause de difficultés de connexion au serveur d'IHMC que nous rencontrons souvent, trop souvent (rançon du succès de ce magnifique outil ?)].
J'ai également passé en revue les référentiels des différents diplômes que l'Éduc a mis en place dans le cadre de cette acculturation numérique (B2i et C2i) - sans oublier le TimP@ss de la Région Nord-Pas de Calais. Et bien, quand on essaie de joindre ces référentiels aux extrémités des ramifications de la culture numérique, on se rend compte que tout est pris en compte par ces diplômes - sauf ce qui relève de l'art et de l'esthétique ! Étonnant non ?
[mis à jour le 2 mai 2008]
Commentaires
culture communicationnelle
Joli travail... Je vois que j'ai fait des adeptes de Cmaps tools (mais je le savais) :-)
Juste une remarque, je me demande si la culture communicationnelle ne serait pas un sous-ensemble qui interviendrait de façon transversale au niveau des autres poles culturels ?
Sinon, j'ai l'impression que le lien vers Barralis ne fonctionne pas !
Réponse à Eric
Le lien vers Barralis (en fait le fameux texte de Tim O'Reilly traduit en français) fonctionne sur mon ordi. Sans doute une affaire de paramétrage de chargement pdf dans ton browser (?).
Quant à la place du communicationnel, je suis pétri d'émotions contradictoires comme disait l'autre. En fait tout est communicationnel, comme disait Françoise Dolto (tout est langage). Reste que je prends ici communicationnel précisément dans son sens le plus restreint possible (communiquer par volonté de communiquer, quelque chose comme ça)... Sais pas !
Par contre ce qui me paraît vraiment transversal, c'est bien le pôle cognitif, le sixième pôle, tout en haut du schéma. Le rythme de la mise à jour des connaissances et des pratiques est quasi forcené s'agissant du monde numérique. Savoir apprendre, savoir faire évoluer ses connaissances est primordial. D'où, au minimum, l'intérêt d'une large diffusion des techniques de veille ("NetWatch")...
Qu'en penses-tu ?
ma réponse à la réponse
Je viens de comprendre ce qui se passe avec le lien... Je pensais ouvrir une fenêtre, mais c'est un pdf qui se charge :-))) DOnc, j'ai pas mal de Web2.0.pdf sur mon poste ;-)))
Entièrement d'accord avec toi sur l'importance du pole Cognitif... Ce qui est amusant mais cela doit pouvoir s'analyser, effectivement je placerai ce pole cognitif au dessus, et je garderai quand même le pole communicationnel en dessous, comme interface entre les usages et les autres poles ! Même dans le sens strict auquel tu prends communicationnel, je pense qu'il intervient également dans la création avec l'ordinateur (pour communiquer son oeuvre), dans l'usage de l'ordinateur pour écrire, compter, dessiné, car en partie diffusé... seuls les deux extrêmes : ce que tu appelles l'approche heuristique et l'entretien de l'outil informatique sont moins concernés.
Au passage, je note que l'usage de l'ordinateur pour gérer et stocker des fichiers n'est attaché à aucune culture ?
N'est-il pas lui aussi à place de manière transversale ?
Pour ce qui est de la large diffusion des techniques de veille... je ne peux qu'aprouvé ton point de vue.. et je suis toujours surpris du retard des uns et des autres dans ce domaine :-(
Bon Dieu mais c'est bien sûr !
Bon Dieu mais c'est bien sûr ! J'ai juste oublié de tendre l'arc de la culture bureautique et celui de la culture technique jusqu'au bout ! Je répare dès que possible !
Pour le reste, je campe sur mes positions, par commodité, disons par paresse. Je crains qu'à ce rythme, tout devienne transverse à tout et que nous n'arrivions plus à démêler la pelote...
Par contre, notre accord fondamental sur la place du pôle cognitif signifie, je pense, que nous sommes convaincus, toi comme moi, que le rôle et le travail du formateur - notamment du formateur technique - doit changer pour abandonner le "mode d'emploi", contenu statique, limité par l'objet, ou plutôt dont la date de péremption est celle de l'objet (le formateur apprend comment on utilise la version X du logiciel Y, par exemple) au profit d'une formation dynamique, où l'objet est aussi et surtout le prétexte d'un passage toujours délicat du comment au pourquoi (le formateur montre comment fonctionne la version X du logiciel Y pour que l'apprenant comprenne comment fonctionne les logiciels du même type...). Le formateur doit exercer la capacité à apprendre et à comprendre, etc. L'éducabilité cognitive, l'apprendre à apprendre des années 80/90, doit se reconfigurer aujourd'hui dans le nouvel écrin de la culture numérique... J'ai toujours eu cette vision de la chose pédagogique, mais là, je crois que cette vision n'est plus un choix, c'est une nécessité commandée par le contexte global où l'apprenant évolue et où l'acte pédagogique se déploie.
suite aux réparations...
Voilà qui est mieux....
Nous sommes dans la même optique concernant l'aspect cognitif. Cela rejoint d'ailleur, alors que nous ne nous sommes pas concernés sur le sujet, le billet que j'ai publié ces derniers jours et qui par provocation s'appelle formateur n'est plus un métier d'avenir :-) car d'autres outils permettront toujours l'apprentissage "mode d'emploi" (j'ai bien dit outil, pas formateur) et en plus nous devrons prendre en compte l'apprentissage informel, ce qui nous poussera à vers une nouvelle conception, pour la plupart d'entre nous, de la formation.
Niveaux d'appréhension de l'objet technique
Heureux de constater nos convergences (ce dont je ne doutais pas vraiment), je te remercie de tes apports à mon schéma.
Et apporte juste une petite nuance, petite par la taille mais grande par l'impact pédagogique : j'ai toujours été frappé par le décalage qui peut exister entre les différentes appréhensions de l'objet technique en général, ici l'ordinateur ou le logiciel.
Là où toi tu vas avoir tendance à considérer que la simple lecture du mode d'emploi suffit, une personne en difficulté d'apprentissage (cognitif) ou en manque d'intérêt (conatif) aura besoin qu'on lui apprenne, qu'on l'aide à ... lire un mode d'emploi. Ce décalage est je pense très évident s'agissant de l'environnement numérique [ceci dit, l'accès au fonctionnement de l'objet technique semble avoir été modifié - autre question] mais repose en fait sur des déterminants qui n'en relèvent pas. On est en amont.
Peu importe l'objet technique visé par le mode d'emploi, c'est bien une question de lecture et, donc, de représentation de l'objet et de ses usages...
Ça me rappelle ce formateur du CUEEP qui, au milieu des stagiaires de l'action collective de formation de Sallaumines, démontait de vieilles machines à laver pour expliquer le fonctionnement de la machine. C'était au début des années quatre-vingt, à l'époque où les pouvoirs publics s'intéressaient à la question de la formation de base des personnes de très faibles niveaux de qualification. À l'époque aussi où l'électronique était visible dans l'objet, avec des fils partout et juste quelques petites "boîtes noires" (relais et autres trucs). Aujourd'hui l'objet semble être intégralement sur le mode "boîte noire". Un peu comme les moteurs de voiture : autrefois, le mécanicien regardait, écoutait, touchait le moteur pour diagnostiquer, aujourd'hui on est obligé de passer par un outil électronique de détection pour savoir ce qui s'y passe. Tiens ! J'en suis arrivé à la question que je disais autre !
Homo Numericus, formation technique etc.
Encore une discussion très intéressante !
Merci (à tout deux) pour ce visuel si complet.
Homo Numericus. Je suis tombé par hasard sur une très vielle lecture (datée de 1998) d'un magazine peu diffusé (Sciences sans frontière) où l'Homo Nomadis était cité. A l'époque on faisait surtout référence au téléphone portable et premier gadget nomade. Ces deux espèces ont beaucoup de chose en commun.
L'homme se différencie d'un animal par sa capacité à créer et utiliser des outils (certains singes ne sont pas d'accord, mais bon). Le numérique est un outil. En écrivant ces quelques lignes je suis frappé du danger que représente à long terme la fracture numérique. Pourrai-t-on un jour séparer les hommes en deux groupes ? Les Numericus et les Sapiens ? Il y a suffisamment de fausses raisons qui séparent les hommes, j'espère que nous arriverons à minimiser cette fracture numérique à tant.
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Marrant cette remarque sur les formations techniques et notamment les formations "mode d'emploi".
J'ai en effet toujours eu cette vision : privilégions des fiches pratiques, des documents très courts sur des points très particuliers et mettons de coté les bibles et autres lectures indigestes. La lecture des gros manuel nécessite beaucoup de temps et, quand ils sont très techniques, la lecture en est difficile (voire chiante).
Je fais actuellement parti d'une communauté open source produisant un logiciel ... et je suis en charge des services formations ... Une nouvelle version du logiciel sort tout les 4 mois ! Maintenir à jour le matériel pédagogique, l'équipe de formateur et formatrice (de plus en plus nombreux et répartie sur différents continents), informer les participants des sessions précédentes ... Dur de rentabiliser tout ce travail en si peu de temps (4 mois), comment répondre à ce besoin avec les dispositifs traditionnels ?
de l'usage des modes d'emploi
Je ne pense pas que la lecture d'un mode d'emploi soit la panacé, loin de là. D'ailleurs, qui lit les modes d'emploi ?
De mon côté, j'ai depuis longtemps "lutter" devant ce qui était soit disant "évident". j'avais écrit cela d'ailleurs il y a très longtemps sur le blog ! Nous devons nous mettre (et je n'inclue cette fois pas que le monde de la formation) à la place des utilisateurs qui ne sont peut-être pas à notre niveau, au néophyte... Soyons emphatique ;-)
Je peux même illustré tes propos, hors ordianteur (bien que !)... notamment l'aspect conatif par un exemple concret (l'aspect cognitif est assez simple à imaginer pour une personne en sachant pas lire : pensons nous toujours à employer des images ?). A plusieurs reprises, j'ai animé des formations à la prise de vue numérique... Peu de participants avait lu le mode d'emloi de son appareil et donc, la plupart venait pour avoir une explication des réglages de son appareil photo numérique (j'ai pas osé mettre APN ;-) et je disais en coulisse avec les organisateurs, que je leur expliquais le mode d'emploi qu'ils n'avaient pas lu !
Cette expérience rejoint celle du formateur du CUEEP à notre époque. Au passage, on notera un transfert de la formation de base des personnes de très faibles niveaux de qualification à celle à un public au niveau de qualification général beaucoup plus élevé. Mais, ce qui est curieux, c'est le passage au numérique qui a engendré cette demande. Elle était quasi inexistante à l'époque de l'argentique !
La question que nous devons nous poser également est de savoir si la prédominance de la lecture sous les différentes formes que du décrit (y compris écouter, toucher...) n'est pas entrain de se transformer. je m'explique après un paragraphe pour remettre dans le contexte.
Si je me place à un autre niveau, et là, nous touchons d'autres facteurs, la société de consommation pour ne pas la nommer, je suis toujours surpris lorsque je dis que je répare moi-même les crevaisons des vélos de la maison ! Autre exemple, une cafetière fuit.. Un simple problème de joint, c'est évident. Je le change ! Mes parents fonctionnaient comme cela, mes grand-parents était encore plus récupérateur, réparateur et restaurateur que mes parents....
Je reviens à tes exemples. Évidemment, lorsque ma machine à laver tombe en panne, j'y jette un coup d'oeuil et je fais comme tout le monde, j'appelle le réparateur car c'est la "carte mère" en général qui n'a pas survécu. Mais, à la vue du comportement de pas mal de personnes dans mon entourage, je me demande si la démarche : «j'appelle le spécialiste (réparateur dans notre exemple)» ou "jetter (suffit de passer les jours des encombrants) n'est pas devenu un mode de pensée. Qui cela intéresse t-il aujourd'hui de s'embêter à savoir comment cela fonctionne ?
Reconnaissons également que certains appareils se complexifies à souhait ! je prendrais l'exemple des téléphones portables. Difficile d'en trouver un qui ne soit pas simplement destiné à son usage de base : téléphoner ! Les mémoire en tout genre, appareil photo intégré, connexion internet, envoie de SMS... peuvent être considéré par certain comme du gadget ! L'étude qui montrait le nombre impressionnant de télécommandes qui existaient dans une famille, mais où une seule personne savait s'en servir rejoint cette problématique.
Cela semble nous éloigner de notre préoccupation première, mais je ne le pense pas. Car, comme formateur, devons nous apprendre à utiliser toutes les télécommandes disponibles ou simplement à utiliser une télécommande !
Si je fais un parallèle avec l'informatique, je suis justement entrain de travailler sur la traduction d'un livre sur la PréAO (les présentations PowerPoint). C'est un excellent exemple sur le pôle cognitif que nous évoquions et sur l'aspect mode d'emploi.
Actuellement, la plupart des formations à PowerPoint (ou aux outils équivalents) est systématiquement un usage outil. Au fil des années (les premiers outils de PréAO étaient des gestionnaires d'idées qui transformaient des idées en diapos) PowerPoint (mais c'est la même chose pour les autres), des fonctions supplémentaires sont apparus. Ce sont ces fonctions que l'on étudie dans les formations outils !
Seulement, personne ne pense à expliquer ce qu'est une présentation en public avec un support multimédia, bref, expliquer ce qu'est la PréAO, comment cela fonctionne, que l'on certainement pas besoin la plupart du temps de toutes les fonctions et couleurs proposés (sans parler des modèles).
Chose d'ailleurs assez curieuse, mais humaine que j'ai connu également avec la sortie des outils de mise en page, les utilisateurs qui viennent en formation veulent connaître l'ensemble des fonctionnalités de l'outils. On conçoit sa présentation en fonction de l'outil au lieu d'utiliser l'outil pour faire sa présentation. Ceci explique par exemple mon choix de Cmaptools lors de ma présentation à l'ADBS !
Pourquoi une présentation devrait être réalisé avec PowerPoint et autres outils du même type ? Pourquoi des diapos ? Combien ? Est ce nécessaire ? A entendre les stagiaires : oui, PowerPoint est indispensable, avec beaucoup de dias... Dans les milieux éducatifs combien d'enseignants demandent maintenant un PowerPoint ! Certains étudiants me racontaient d'ailleurs que si ils présentaient un PowerPoint, ils avaient la moyenne à leur exposé :-(
Pour l'anecdote, je propose à des étudiants de me faire un exposé, avec une présentation depuis 3 ans ! Résultat : toutes des présentations PowerPoint, alors qu'ils doivent m'expliquer pour la plupart des notions d'Internet !
De la culture et de l'initiation
Peut-on dire qu'on sait échanger des mails quand on a passé son B2i1 ou C2i ? On sait en envoyer. On sait en recevoir. Mais a-t-on pour autant une pratique, une réflexion, mieux une culture" comme vous dites.
Tout le monde sait taper une requête dans Google. Mais les études commencent à le dire, peut de monde sait exploiter un moteur et même pas (ou surtout pas) les digital natives.
Si la catégorisation est très pertinente, la cartographie dressée fini par être trompeuse dans son objet. On peut avoir l'impression que tout le champ est couvert (ou presque) par les référentiels des "diplomes" TIC de l'éducation nationale, alors qu'en fait, on en reste bien souvent à un fossé entre "initiation" et "culture". C'est peut-être cette perspective là qu'il manque dans le schéma. En haut on parle de culture. En bas, seulement d'initiation. C'est tout de même plusieurs océans qu'il faut franchir entre les deux !
Bonnes questions !
Merci Hubert de votre commentaire.
Vous avez évidemment raison de marquer ainsi le fossé à la fois pratique et théorique entre "culture" et "formation". Peut-être aurais-je dû indiquer les liens du bas en pointillés, pour figurer la distance dont vous parlez...
En fait, ce qui a motivé cette carte était le rapprochement entre "culture numérique" (nébuleuse où je voulais voir clair, dans laquelle je voulais distinguer) et les validations officielles disponibles correspondantes (correspondance à la louche).
Dire, avec raison, que, de la validation officielle à la culture (pratique coutumière et réfléchie ?), il y a un fossé est d'un autre ordre. C'est un autre question, qui met en jeu, d'une part, le rôle social et culturel des instances de formation et, d'autre part, la qualité même de la formation et son impact culturel.
Bonnes questions !
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