En fait, il est clair, depuis l'intronisation de Nicolas Ier et l'entrée en fonction du nouveau gouvernement, que la fameuse rupture dont ils parlaient ne concerne pas du tout l'ensemble du fonctionnement politique français, mais vise seulement une différence de modes d'action dans le fonctionnement de l'Élysée et du Matignon des cinq dernières années. Il est clair qu'il ne s'agit pas de se distinguer des idéaux et des objectifs d'action de la droite représentée - que Nicolas Ier le veuille ou non - par la bande Chirac, Juppé, Borloo, Alliot-Marie, Bertrand, Darcos, Bachelot, Sarkozy (si si, il était même Ministre d'État, n° 2 du gouvernement Villepin ; mais il ne s'appelait pas encore Nicolas Ier ! juste Rastignac II), Fillon et consorts... Nous sommes toujours dans une politique de continuité du point de vue de l'objectif à atteindre : l'enrichissement des riches et l'appauvrissement des pauvres, comme au Monopoly ! Non, la rupture revendiquée par Nicolas Ier, c'est une différence pragmatique, juste dans la façon de s'y prendre. Et ce qui se voit de cette différence aujourd'hui, c'est :

  • le carnet d'adresses de Sarkozy (depuis trente ans qu'il hante les couloirs des pouvoirs - parti politique, collectivité locale, gouvernement - il a eu le temps de se faire plein de copains, patrons de presse, propriétaires de yachts, etc.) ;

  • l'apparence d'ouverture dans le constitution de l'équipe gouvernemental (comme dit l'AFP [19/05/2007 08h09], "les éditorialistes de la presse nationale et régionale créditent Nicolas Sarkozy d'une certaine habileté dans l'élaboration d'un "séduisant" gouvernement Fillon, principalement marqué par son "ouverture" et sa "parité""), mais, quoi qu'en disent les médias médusés et aveuglés, il s'agit bien d'une apparence et, encore une fois, il y a duperie, le seul objectif de Nicolas Ier étant de se démarquer de Chirac - ce que les éditorialistes ont vite fait de mettre en valeur, comme si "on" le leur avait commander !

  • l'apparence de parité qu'aucun des gouvernements sous Chirac n'avait mise en place... mais là aussi il y a tromperie sur la marchandise !

  • le premier ministre, lui, se présente au suffrage populaire, se démarquant ainsi de Villepin, le "premier-ministre-non-élu" comme lui ont reproché les sarkozistes quand il était en poste à Matignon ; chacun à son étage, il s'agit de montrer très ostensiblement (non non ce n'est pas un pléonasme !) qu'on change le fonctionnement de la politique !

  • le premier ministre, lui aussi (comme son patron), y va de sa larme ostentatoire ; l'AFP met ça bien en avant dans une dépêche : "le Premier ministre se dit "submergé par une émotion extrêmement forte qui se voit j'imagine" et essuie quelques larmes. "Je ne vous quitte pas, je ne vous abandonne pas, je ne vous trahis pas. Sablé, ça reste pour moi l'essentiel. Je sais que je dois tout aux habitants de Sablé"." (SABLÉ-SUR-SARTHE - 19/05/2007 13h30) ; pour un peu on pleurerait avec lui !

et puis il y a le footing ! le fameux footing... Vous remarquerez que le mot est américain et qu'aucun journaliste (à ma connaissance mais je peux me tromper - je l'espère même !) ne commente ce nouveau phénomène de la vie politique française comme il conviendrait ! Le mot est américain et la façon aussi ! La France comme copie de l'Amérique de Bush : pas mal non ! Chirac n'y avait pas pensé !
Hors l'idée d'acclimater les Français à l'idée qu'on a un remake US, Sarkozy Ier et son secrétaire particulier veulent nous faire le coup de l'esprit sain dans un corps sain, pas comme ce Chirac qui se prélassait sur les plages de l'île Maurice ou d'ailleurs...

D'ailleurs, je vais vous dire, moi, la vraie rupture sarkozienne : souvenez-vous ! c'était en juillet 2001, quand le Président de la République offrait des vacances aux journalistes pour les amadouer, les mettre à sa convenance... Relisez Le Canard Enchaîné du 11 juillet : vous y verrez une photo montrant Chirac "lézardant" sur une plage du Royal Palm à l’île Maurice en mai 1992, en maillot de bain et en compagnie d’Elisabeth Friederich, de l’AFP, et Françoise Varenne, du Figaro, en de semblables appareils. Comme ceux de Chirac, "leur voyage et leur séjour au Royal Palm sont intégralement pris en charge par l’AIMF" (Association internationale des maires francophones) dont une réunion de bureau ("bidon") sert de prétexte au séjour. "La séance de travail a été vite expédiée" rapporte Le Canard, et le communiqué de presse de l’AIMF sera "obligeamment repris par l’AFP et par Le Figaro". Ce cliché, paru dans Libé le 5 juillet 2001, a valu au quotidien plusieurs coups de fil de proches de Chirac tandis que Gamma, le diffuseur de la photo, refusait de la diffuser pour cause d’une mystérieuse "exclusivité". Le Canard précise que Gamma, filiale d’Hachette, est « sous la tutelle » d’Anne-Marie Couderc, ex ministre RPR et ex adjointe de Chirac à Paris. [là je cite une page d'Acrimed].

Ce qui n'a pas changé :
la collusion entre les médias et le pouvoir

La vraie rupture sarkozienne :
Chirac se débrouillait pour inviter,
Sarkozy, lui, il est invité !

Ce qui nous ramène au carnet d'adresses...