Quelle misère, toutes ces mises en scène qui veulent nous faire croire que Sarkozy est :

  • un homme comme les autres qui peut s'émouvoir et verser une larme bien visible ;

  • un père qui sait prendre son enfant dans les bras devant les caméras ;

  • un mari qui aime sa femme et le montre à la population, toujours devant les caméras ;

  • un jeune quinqua qui veut nous faire croire qu'il a l'esprit sain parce qu'il veut un corps sain ;

  • un chef d'entreprise qui sait récompenser la beurette méritante ;

  • etc.

Quelle misère aussi, cette porosité entre lui et les médias étalée au grand jour, avec ces journalistes de l'hebdomadaire Le Point et du quotidien Le Figaro promus à des rôles politiques, comme si leur rôle dans la propagande sarkozienne était récompensé au nez et à la barbe des gens qui ont la démarche pure et croient encore en la séparation des pouvoirs (y compris donc le quatrième). Quand je dis croire en la séparation des pouvoirs, je ne veux pas dire que les moralement purs sont niais au point de croire que cette séparation existe de facto. Ils ont juste la faiblesse de croire que c'est un idéal à atteindre, un principe régulateur à respecter...

Deux séries de signes ostentatoires :

  1. ceux qui ont pour fonction de fabriquer une image d'Épinal d'un homme qui n'a jamais fait que courir après son ambition, nous le montrant à la fois tendre et activiste, image idéal du gentil et compétent patron d'industrie, celui que tous les salariés voudraient avoir comme chef, en même temps qu'un gentil papa amoureux de sa femme, et sensible à la misère du monde, etc.

  2. et ceux qui ont pour fonction de faire accepter par l'opinion, doucement mais sûrement, la réalité (et donc, par un tour de passe passe bien connu en politique, sa légitimité de fait) de la confusion des pouvoirs, la servilité de certains médias vis-à-vis d'un pouvoir qui se donne de plus en plus les traits d'une monarchie à côté de laquelle celle de Tonton 1er finira par faire pâle figure...

Tout cela donne à la victoire de cet homme un autre sens que celui qu'on veut nous présenter (les Français auraient donné un signe fort de leur volonté de "changement"!), mais ce qui est fait est fait et il n'est pas question de revenir sur les résultats du vote populaire, même s'il est évident que la manipulation a été grandiose ; comme Chirac qui au lendemain de son élection de 2002 oublie qu'il a été élu grâce à ceux qui ne voulaient pas de lui... Voilà ce que m'inspire ce que j'ai vu, entendu et lu aujourd'hui. Encore n'en sommes-nous qu'au deuxième jour de l'ère Sarkozy !

En tout cas, concernant la larme démagogique à la lecture de la fameuse lettre de Guy Moquet, un petit commentaire. Les instituteurs et professeurs de France n'ont pas attendu le petit Nicolas pour faire connaître ce texte à leurs élèves. Non pas la larme démagogique d'un jour de celui qui veut se faire aimer des Français (chantons tous : "Sarkozy, nous voilà !" sur un air connu), mais le travail pédagogique de femmes et d'hommes qui ne visent que la liberté de conscience des enfants qu'on leur confie. Ces instituteurs et professeurs se sont d'ailleurs vu quelquefois intenter des procès ès idéologie par les bourgeois de France, parce qu'ils expliquaient que Guy Moquet était un jeune communiste, fils d'un communiste condamné par cette France qui a dû à Affiche_RougeLouis Aragon de connaître le courage de ceux dont les noms figuraient en lettres de sang sur L'affiche rouge. Ces noms aux consonances étrangères étaient ceux de membres de la Main d'œuvre Ouvrière Immigrée, la fameuse MOI organisée par le parti communiste français dans le cadre de la résistance. Des résistants présentés comme des immigrés criminels par la France envahie !
Le poème d'Aragon commence par ces mots : "Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes"... Alors, petit Nicolas qui se voit grand, ravalez votre larme qui coule comme une injure ! Écoutez plutôt Léo Ferré chanter !

Et puisque vous célébrez l'esprit de résistance, attendez-vous à ce que votre souhait soit entendu au delà de vos espérances : nous serons des milliers à résister à l'invasion ultralibérale que vous êtes en train de préparer et ma chronique de la révolte tranquille est, je l'espère, une infime gouttelette de cet océan qui va bientôt submerger notre pays.