Monsieur le Président de la République,

je suis contraint de vous faire part de ce que je viens de vivre aujourd'hui vers midi, espérant ne pas vous importuner et que vous en me tiendrez pas rigueur du dérangement.

Il doit être 12h10 lorsque j'entre au volant de mon véhicule dans une rue de Lille, la rue Baptiste Monnoyer... Devant moi un véhicule utilitaire s'arrête en plein milieu de la chaussée, interdisant tout passage des autres véhicules. Je fais remarquer au chauffeur-livreur qui descend de son véhicule qu'il pourrait tout aussi bien stationner sans gêner : il y a en effet quelques places disponibles, dont une grande juste à côté de là où il s'est arrêté, une place réservée à l'administration à laquelle il livre je ne sais quoi. Il me fait remarquer à son tour qu'il est interdit de s'y positionner. À quoi je réponds qu'il ne gênerait personne en s'y mettant...
Il ne m'écoute plus et s'engouffre je ne sais pour combien de temps dans le bâtiment. Pour qu'il n'oublie pas qu'il gêne et que je voudrais pouvoir retrouver ma liberté de déplacement, je joue quelque peu de l'avertisseur... Aussitôt une personne, menaçante, sort de l'immeuble où s'est engouffré le livreur. Je dis menaçante parce que cette personne, qui ne se présente pas, mais qui est visiblement fonctionnaire de police en civil, me menace d'usage intempestif de klaxon. Je redonne ma vision de la situation et je reformule haut et fort mon souhait de libre circulation - souhait qui aurait facilement été satisfait si le conducteur de l'utilitaire avait pris la peine de faire une mini-manœuvre.
D'autres véhicules ont fait la même bêtise que moi en s'engouffrant dans la rue Monnoyer ; les conducteurs s'impatientent et jouent de l'avertisseur plus que je ne l'avais fait moi-même auparavant. Je dis auparavant, parce que, suite aux menaces du fonctionnaire en civil qui ne s'est pas présenté, j'ai cessé toute manifestation intempestive, quand même elle eût été tout à fait justifiée...
Le livreur revient enfin, sans s'excuser bien sûr, puis démarre. Enfin!
Quelques feus tricolores plus loin, nous nous retrouvons à l'arrêt, l'un à côté de l'autre. Et le chauffeur-livreur, apparemment certain d'une impunité de complaisance (à moins qu'il ne soit "de la maison"?) me lance haut et fort, la satisfaction aux lèvres : "ils ont relevé votre numéro!".

Diable! qu'ai-je donc commis comme infraction pour mériter cela ? Sur le coup je n'y prête aucune attention, voulant y voir l'arrogance du voyou sûr de son fait. Tout l'après-midi cependant, ceci  - qui constitue en fait une seconde menace, qui aurait activé la première - me trotte gaillardement dans la tête. Et si j'étais réellement menacé ? Après tout, un policier en civil doit être assermentée [?] et ce sera sa parole contre la mienne - qui ne vaudra alors plus un clou ! Dans ma tête se profilent des scénarios de pays aux mains de la seule autorité policière... ce qu'on a coutume d'appeler des dictatures... où le goût du pouvoir individuel avec l'injonction de faire régner un ordre sans exception produit des violations des droits humains les plus élémentaires... Ce monsieur en civil avait vraiment l'air menaçant !

Voilà, Monsieur le Président, ce dont je voulais vous faire part, espérant bien que je n'aurai pas à connaître de réelles menaces pour mon intégrité civile et morale suite à cette affaire. Je vous écris, plutôt que d'écrire à l'actuel Ministre de la Police, qui, si j'ai bien compris, devrait cesser ses fonctions très bientôt. Je vous écris à vous, garant du respect de la loi et de la continuité de l'État de droit.

Votre dévoué