Discussion au boulot l'autre jour sur la question : "droit de blocage = droit de dénier le droit de travailler des autres"...

En fait, si les étudiants qui voulaient crier haut et fort que le CPE était une saloperie à jeter à la poubelle s'étaient contentés, comme le suggérait une de mes collègues juriste, de sécher les cours, ils n'auraient pas été visibles en tant que revendicateurs, ils auraient juste mis leur année d'études en péril - ce dont le gouvernement se fout comme de sa première chemise. DONC ils se devaient de faire de gêner le plus de monde possible, etc. C'est aussi bête que ça.

D'ailleurs cette raison-là est si sûre d'elle-même que les raisons apportées pour la contredire ont toutes été dénoncées comme il se doit.

  • D'abord l'histoire de la majorité silencieuse qui manifestait... Je t'ai déjà fait part, fidèle lecteur, de ce que cela m'inspirait.

  • Ensuite, il semble que l'atteinte au principe de continuité des services publics ne soit pas une atteinte à une liberté fondamentale. En l'espèce, si, "à la suite de l'adoption par le législateur des dispositions instituant le contrat de première embauche dit « CPE », les enseignements délivrés à l'institut d'études politiques de Lille ne peuvent être normalement dispensés (...) en raison du blocage des accès par certaines personnes", les "perturbations ainsi constatées dans le fonctionnement du service public de l'enseignement ne constituent pas une atteinte à une « liberté fondamentale » dont la sauvegarde est susceptible de donner lieu au prononcé de mesures sur le fondement de l'article L. 521-2 du Code de justice administrative". C'est ce que stipule un récent texte du juge des référés du tribunal administratif de Lille [TA Lille, ord. réf., 17 mars 2006, n° 0601600, Darmanin - je cite d'après www.lexisnexis.fr].
    On peut lire une première plainte de sieur Darmanin (8 mars) sur Indymedia Lille. Plainte déboutée (le 13 mars). Il avait remis le couvert, et s'est vu offrir le même dessert.

Pourquoi mettre en parallèle ces deux histoires ?
ump_lilleTout simplement parce que, que ce soit la majorité silencieuse qui tenait sit-in place de l'Hôtel de Ville à Paris dimanche 19 mars 2006 en début d'après-midi, ou sieur Darmanin qui porte plaintes pour dénoncer les méchants étudiants gauchistes, nous avons affaire à une manipulation de la droite syndicale (UNI) et politique (UMP)... une droite pour laquelle l'objectif politique justifie les moyens rhétoriques les plus grossiers... une droite qui ne veut pas dire son nom... une droite qui utilise les méthodes de "l'idéologie" comme elle dit elle-même en voulant brocarder ceux qui s'opposent à elle.