"Le dialogue n’est jamais rompu, surtout avec la jeunesse", déclare Gilles de Robien.

aef3Ah bon ? Tiens ! Je croyais que... bon on se remémore ce qu'a dit Monsieur le Ministre jeudi 16 mars 2006, lors de l'émission "À vous de juger" sur France 2 (je cite l'AEF) :

  • Ceux qui manifestent contre le CPE ne sont pas concernés. le CPE n'est pas destiné aux étudiants qui détiennent un bac+5 mais aux "450.000 à 500.000 jeunes de moins de 26 ans qui sont aujourd'hui au chômage".

  • Gilles de Robien propose  aux organisations lycéennes, étudiantes et syndicales de "laisser les armes au vestiaire" et de "mettre [leur] amour propre de côté" pour discuter sur "cette période initiale de deux ans qui fait problème" dans le CPE.

  • "Le CPE ne remplace pas les autres contrats et les autres idées". "Ce n'est pas une solution miraculeuse pour tout". Ce nouveau contrat ne "supprime pas le CDI, c'est quelque chose en plus à la disposition des partenaires".

On ne va pas reprendre point par point ces quelques extraits du discours ministériel. Ce serait désobligeant pour l'autorité !
Si ! Juste un point : constester aux étudiants la légitimité de manifester contre le CPE est tout de même assez fort de café ! En ces temps où l'on se plaint, à juste titre, de la non implication des jeunes dans la vie politique du pays, il est assez peu pédagogique dirons-nous, de la part d'un Ministre de l'Éducation (Nationale qui plus est !), de contester aux jeunes de n'être pas d'accord avec l'ultralibéralisation du pays et la casse du droit du travail organisé par le gouvernement. TOUT CITOYEN EST LÉGITIME À CONTESTER LE TRAVAIL DE LA CLASSE POLITIQUE. Et ce n'est pas parce que cette chère majorité silencieuse (on en reparle demain de la majorité silencieuse !) a porté au pouvoir (activement mais surtout passivement) une droite ultralibérale, que les citoyens ne peuvent pas refuser et faire savoir haut et fort qu'ils refusent qu'on brade leurs propres vies à l'encan d'une économie qui n'est après tout que l'inépuisable réservoir à fric d'une minuscule partie de la société française.

Que cette partie de la société fasse tout (mensonge, lobbying, violence, manœuvres financières, etc.) pour garantir l'inépuisabilité de son réservoir à fric, c'est une chose. Mais que les gardiens de la citoyenneté que devraient être les corps exécutif et législatif de la Nation dénient aux citoyens le droit d'exprimer leur désaccord, c'en est une autre.

Ce n'est pas parce qu'on conteste à une minuscule frange de la société le pouvoir d'asservir le reste de la société qu'on doit être traité de monstrueuse fange de ladite société ! J'ai entendu hier matin (France Inter) le Président de l'Assemblée Nationale parler de chienlit et autres termes gaulliens choisis - qui montrent tout le mépris de la haute société politique pour le débat populaire...

Ce qui est sûr c'est que le gouvernement prend les gens pour des cons et des imbéciles ! Ce n'est pas "cette période initiale de deux ans qui fait problème" dans le CPE ! C'est le CPE lui-même, en tant que coup porté au droit du travail et qu'arme offerte au patronat pour asservir toujours mieux la force de travail ! Dire que "le CPE ne remplace pas les autres contrats et les autres idées", dire que ce nouveau contrat ne "supprime pas le CDI" et que c'est "quelque chose en plus à la disposition des partenaires", c'est mentir effrontément : il ne faut pas réfléchir longtemps pour être convaincu que cette aubaine législative pour le patronat ne va pas manquer de provoquer la gangrène finale du droit du travail et de la protection des droits sociaux les plus élémentaires dans une République qui se dit mère des Droits de l'Homme et du Citoyen !

Cette histoire me rappelle irrémédiablement Fernand Reynaud et ses "deux croissants" :

  • la foule crie "Nous ne voulons pas du CPE !"

  • le gouvernement répond "nous sommes d'accord pour ouvrir le dialogue qui permettra de vous satisfaire : nous allons aménager ensemble, dans un souci d'écoute mutuelle, le... CPE"

  • la foule crie encore une fois "Nous ne voulons pas du CPE !"

  • le gouvernement ... etc.

lalibrebelgiqueComme disent si bien nos voisins belges (La libre Belgique d'hier, vendredi 17 mars 2006), "pro et anti-CPE continuent à se regarder en chiens de faïence".
Espérons seulement que, cet après-midi, nous serons nombreux à montrer PACIFIQUEMENT que nous ne sommes pas d'accord avec la vie que le gouvernement et le patronat veulent nous faire ! Les CRS peuvent "laisser les armes au vestiaire"...