vendredi 23 septembre

Recherche-action de type stratégique

RECHERCHE-ACTION DE TYPE STRATÉGIQUE
PROBLEMES TAXINOMIQUES, ÉPISTÉMOLOGIQUES ET POLITIQUES DE L'ÉVALUATION

ou

De l'évaluation des politiques et des actions publiques à la recherche-action de type stratégique et retour

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Comme dit René Duringer, dans la Revue française de comptabilité (n°227, octobre 1991, p.14), « l'évaluation est partout. L'évaluation est à la mode. C'est même l'un des grands axes de la rénovation du secteur public engagée depuis quelques années. Ce besoin de nouveaux instruments de mesure s'explique par :

  •  les mutations économiques,
  • la décentralisation qui s'est traduite par de nouveaux pouvoirs et de nouvelles responsabilités des élus locaux notamment dans le domaine social,

  • la nouvelle définition des rôles de l'État, des collectivités et des institutions. »

__ambroise_monod__1992__b_Prenant une posture délibérément moins techniciste que René Duringer, Patrick Viveret, dans son rapport de 1989, commence par montrer comment l'évaluation est une fonction et un enjeu de la démocratie, ne serait-ce qu'en permettant l'application de l'un des principes fondamentaux de la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen de 1789 (formulé dans son article 14) :

« Tous les citoyens ont le droit de constater,
par eux-mêmes ou par leurs représentants,
la nécessité de la contribution publique
».

__ambroise_monod__1992__c_Ceci dit, l'évaluation d'une politique publique, c'est concrètement l'émission d'un jugement sur la valeur de l'action engagée au titre de cette politique. Or « ce jugement peut être prospectif et anticiper l'action (évaluation ex ante), ac- compagner l'action (évaluation concomitante), ou la suivre (évaluation a posteriori). Il peut être aussi celui des acteurs eux-mêmes (auto-évaluation) ou d'acteurs extérieurs à la mise en oeuvre de l'action évaluée. Il peut avoir des objet différents : préparer une prise de décision, l'améliorer, l'apprécier après coup. »

Le groupe nominal 'recherche-action' est particulièrement absent du rapport de Patrick VIVERET et l'on pourra légitimement me demander pourquoi je le sollicite au sujet de la recherche-action. Ma réponse tient en deux raisons, d'inégal statut :

  1. la recherche-action étant un axe méthodologique important du Laboratoire Trigone (et, partant, du CUEEP), il se trouve que plusieurs recherches-actions menées par Trigone évaluent des actions publiques ;

  2. de fait, évaluation et recherche-action ont de nombreux points communs, ne serait-ce qu'au plan méthodologique.

Aussi, soucieux d'apporter ma pierre à la constitution de la recherche-action de type stratégique comme méthode de recherche appropriée à l'objet « éducation »[*], je me propose, dans un premier temps, de situer la recherche-action comme méthode d'évaluation, avec les critères proposés par Patrick Viveret. Puis, les chercheurs qui pratiquent la recherche-action de type stratégique fondant l'un des aspects essentiels de leur démarche sur une théorie de la connaissance, nous irons, dans un deuxième temps, du côté de l'épistémologie sartrienne, puis ferons un détour par l'histoire. Enfin (troisième temps), revenant au travail de Patrick Viveret, je vous propose de soumettre la recherche-action de type stratégique au crible de la philosophie politique, afin de répondre à la question : la recherche-action de type stratégique, comme action, respecte-t-elle les termes de cette idée à usage régulateur qu'est la démocratie ?

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Typologie de l'évaluation, théorie de la connaissance et pratique de la démocratie, tel est le triptyque des problématiques où s'in
 terroge la recherche-action de type stratégique. Ma contribution se déroulera donc en trois temps :

 

1. Recherche-action et typologie de l'évaluation

1.1. le critère "temps" : une évaluation "concomitante" ; la conco- mitance présente un grand intérêt

1.2. le critère "fonctions" : l'évaluation est dite "dynamique", dans la mesure où elle devient "un instrument de pilotage de l'action"

1.3. le critère "destinataires" : une évaluation "endoformative"

1.4. quelques remarques pour nuancer

1.4.1. recours à la méthode historique

1.4.2. dans le même temps "récapitulative"

1.4.3. l'évaluateur occupe une position médiane

1.5. le plus de la recherche-action de type stratégique : l'implication du chercheur, à tel point que le chercheur est en même temps acteur

2. Recherche-action et théorie de la connaissance

2.1. la citation et son commentaire

2.2. la citation et son contexte

2.2.1. cet ouvrage est en fait...

2.2.2. dans la note d'où provient le texte cité, ...

2.3. prière de situer

2.3.1. situer les expériences

2.3.2. permettre une mesure aussi précise que possible de l'impli- cation du chercheur dans l'action

2.3.3. des expressions contemporaines de la praxis marxiste/ post- marxiste ; le dilemme du savant et du politique de Max Weber

2.4. faisons un détour par l'histoire

2.4.1. la méthode historique : la question de l'objectivité, la ques- tion de la vérité

2.4.2. typologie des situations du chercheur-acteur

1) l'espace idéologique

2) l'espace de pouvoir

3) l'espace d'action

4) le temps de l'action

2.5. praxis et utopie pédagogique

3. Recherche-action et pratique de la démocratie

3.1. la garantie d'indépendance

3.1.1. comprendre l'indépendance dans la relation entre évaluateur et acteur

3.1.2. comprendre l'indépendance dans la relation entre évaluateur et prescripteur

3.2. la garantie de compétence et de rigueur

3.3. la garantie de transparence

3.4. la garantie de pluralisme

3.4.1. l'"acteur collectif" est-il garantie de pluralisme ?

3.4.2. comment l'espace critique fonctionne-t-il ?

3.4.3. l'espace critique est-il hors de l'acteur collectif ?

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[*] Cette constitution est le projet de la thèse de Marie-Renée Verspieren, Recherche-action de type stratégique et science(s) de l'éducation, Bruxelles/Paris, Coédition Contradictions/L'harmattan, 1990 (396 p.). Sans cet ouvrage, les réflexions dont je vous fais part ici n'auraient pu s'approfondir. C'est à lui et aux différents Cahiers d'Études du CUEEP (les numéros 1, 3, 9, 11, et 15, notamment) que je dois l'essentiel de ma connaissance de la recherche-action, et de la recherche-action de type stratégique en particulier. L'ensemble de ces ouvrages constitue le corpus sur lequel s'appuie mon analyse.

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afp120Ce texte a été publié sous une forme légèrement différente et sous un titre non moins légèrement différent (« Recherche-action de type stratégique : typologie de l'évaluation et implication du chercheur ») dans Actualité de la Formation Permanente, n°120, Septembre-Octobre 1992, p. 103-119. Les dessins sont d'Ambroise Monod, rédacteur en chef de la revue. La notice du service documentation du Centre Inffo propose le résumé suivant : L'article situe dans un premier temps, la recherche-action comme méthode d'évaluation et propose une typologie de l'évaluation. Puis rappelle les fondements théoriques de la connaissance sur lesquels s'appuient les chercheurs qui pratiquent la recherche-action de type stratégique. Enfin, la question de la relation d'un tel type de recherche avec la démocratie est posée. L'auteur fait référence tout au long de son article aux travaux de Patrick Viveret.


Posté par brich59 à 05:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Les suites du sous-texte...

Lecteur attentif,

tu auras sans doute remarqué que, depuis un certain temps, la suite du message intitulé Le sous-texte (1) a été supprimée. Cette suite qui comptait sept épisodes a en effet été (auto-)censurée, dans un souci d'apaisement de la guerre civile qui menaçait...

Dans cette série de texte, entraîné pas ma lecture du superbe livre de Duvignaud, je réfléchissais tout haut sur un certain nombre de sujets, notamment la situation de l'organisation où je travaille depuis plus d'un quart de siècle. Forcément, j'ai été amené, fidèle à Jean Duvignaud en quelque sorte, mais aussi à François Brune, a tenté une explicitation des non-dits qui peuplent ou plutôt qui polluent l'atmosphère - et qui, en tous cas, donnent du sens à ce qui se passe là où je bosse.

Qu'est-ce que je disais ?
Je disais que le CUEEP allait mal et que son existence était menacée. Ça, tout le monde le sait dans le monde régional de la formation continue - pas de quoi crier au scandale de la mise sur la place publique d'une confidence ! Mon analyse, c'était que cette menace vient essentiellement du contexte ultralibéral qui nous entoure aujourd'hui, contexte qui dénature les missions historiques de l'Institut, en les contraignant de se situer sur le "marché" - Saint Marché priez pour nous !
En passant, je tentais de comprendre pourquoi le CUEEP n'arrivait pas à se défendre de cette promesse de mort comme il le faudrait. Et d'égrener quelques raisons, dont celle de la non solidarité interne, notamment du fait de la multiplicité des statuts - et là je pensais très concrètement, mais entre autres, à mes collègues, qui, grâce au CUEEP, sont aujourd'hui installés dans la partie haute de l'institution universitaire et ne jouent plus vraiment, à mon sens à moi, le jeu collectif qui peut-être consisterait à parler haut et fort des missions historiques du CUEEP au lieu d'accepter comme une fatalité, voire comme un progrès, la disparition d'un organisme universitaire qui se voulait "au service des hommes et des femmes de la région".

En fait, quand je dis que la guerre civile menaçait, ce sont plutôt certains de mes collègues qui (me) menaçaient... Pas contents d'être mis en cause, ils sont allés en délégation, un certain jeudi de la mi-septembre, rencontrer les autorités pour dénoncer mes propos, comme un groupe de bons élèves qui, provoqués par un sale gosse coutumier du pied de nez à la maréchaussée, allait se plaindre à la maîtresse de la classe ou au directeur de l'école pour faire punir le vilain petit canard... mais sans adresser la parole au dit-canard, malgré mon invitation au dialogue sur blog. Tout de même, on ne mélange pas les torchons et les serviettes comme disait ma grand'mère !

Donc censure et autocensure.
Le sous-texte restera publiquement et pudiquement en dessous, caché sous le boisseau.

Tant pis.
Mais il faudra qu'un jour j'analyse la notion d'"intouchables". Il me suffira de réagir à l'actualité politique au moment opportun... qui ne saurait tarder !


 

Posté par brich59 à 03:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]