typogenerator_1119594323Dès que JPR fut éjecté de son fauteuil, mais avant même sa grande déclaration de politique générale, Dominique de Villepin avait rappelé qu’il n’existait pas de "fatalité pour le chômage" et que "tout n’[avait] pas été tenté", la "bataille pour l’emploi" constituant la priorité du Gouvernement, en particulier pour les jeunes (entretien à TF1 juste après sa nomination, donc). Puis il y eut cette phrase prononcée lors de la déclaration de politique générale : "Je demande donc à l’ANPE de recevoir individuellement les 57.000 jeunes au chômage depuis plus d’un an avant la fin du mois de septembre pour leur proposer une solution adaptée."

Quelque deux semaines plus tard, il récidive devant les préfets : "Pour les contrats aidés dans le secteur non marchand, j’ai demandé à l’ANPE d’engager une opération « jeunes chômeurs ». A partir d’aujourd’hui, elle reçoit les 57.000 jeunes au chômage depuis plus d’un an, pour leur proposer une solution adaptée : un emploi dans une entreprise, un contrat d’apprentissage, ou encore un contrat non marchand. Pour tous ces jeunes qui vont être reçus, et d’une manière générale pour tous les jeunes en difficultés, l’Etat doit se mobiliser en priorité. J’ai donc décidé une mesure d’incitation : jusqu’au 31 décembre prochain, le taux de prise en charge par l’Etat des contrats d’accompagnement dans l’emploi sera de 90%. Cet effort nous permettra de développer rapidement les contrats d’accompagnement dans l’emploi pour les jeunes : 20.000 étaient prévus dans le plan de cohésion sociale ; j’ai décidé de porter leur nombre à 100.000. Je compte sur vous pour promouvoir cette mesure avec volontarisme et dans les délais les plus brefs."

C'est-à-dire que le service public de l'emploi est resté bras croisé depuis tant d'années que le chômage des jeunes pourrit notre monde - mais surtout le leur ? Que non ! Et le premier Ministre le sait bien qui a reçu entre sa déclaration de politique générale et son discours au corps préfectoral une lettre du Président de l'Union Nationale des Missions Locales. Dans ce courrier, Jean-Raymond Lepinay informe que "ces mêmes jeunes sont pour la plupart en cours de signature de CIVIS (contrats d'insertion dans la vie sociale) et accompagnés nouvellement ou antérieurement par des référents conseillers et missions locales". Il s'interroge au sujet des modalités d'accueil par l'ANPE de ces 57.000 jeunes demandeurs d'emploi de longue durée. Question bête :  "comment coordonner le CIVIS, dans lequel est ciblé justement un trajet d'accès à l'emploi, et les propositions d'emploi qui seront formulées par ailleurs par les agents de l'ANPE recevant les mêmes jeunes?". Et le président de l'UNML de poursuivre : "le réseau des 450 missions locales et PAIO a mis en place depuis de nombreuses années un partenariat efficace avec les services de l'ANPE pour mobiliser les jeunes sur les emplois existants. Il souhaite aujourd'hui que ce partenariat soit maintenu et même renforcé s'il en est besoin".

Ainsi les services de Matignon et leur patron ignorerait ce lent et patient travail du SERVICE PUBLIC DE L'EMPLOI en faveur de ces jeunes que le monde économique rechigne à regarder droit dans les yeux, à écouter dans un esprit de dialogue et à inviter à la table du travail ? La lettre du Protocole 2005 des Missions locales  est pourtant on ne peut plus explicite :

« Les missions locales et les PAIO remplissent une mission de service public pour l’insertion professionnelle et sociale des jeunes, mission confiée par chaque niveau de collectivité dans son domaine de compétence. Elles ont une double fonction:
  • Aider les jeunes de 16 à 25 ans révolus à résoudre l’ensemble des problèmes que pose leur insertion professionnelle et sociale en assurant des fonctions d’accueil, d’information, d’orientation et d’accompagnement.
  • Elles favorisent la concertation entre les différents partenaires en vue de renforcer ou compléter les actions qu’ils conduisent. Dans ce cadre, l’action des missions locales et PAIO s’inscrira dans les préconisations des schémas régionaux de développement économique (SRDE) et des plans régionaux de développement des formations (PRDF).»
Cette charte a été largement diffusée lors de la 8ème rencontre natioanle des Missions locales, les 9-10 mai 2005 à la Cité des Sciences et de l'Industrie à Paris. Elle est cosignée notamment par le gouvernement... Et l'UNML a raison de faire connaître l'effort déjà ancien de ce vaste réseau qui tente contre vents et marées de remédier au mieux aux malfaçons que le capitalisme dominateur instille depuis des décennies dans notre cohésion sociale. Son président a raison de clamer sa volonté de poursuivre et de demander au gouvernement de tenir ses engagements en la matière...

Allons ! Je suis pour ma part convaincu que Matignon n'ignore rien de tout cela. Il faudrait ne pas les prendre pour des imbéciles, même quand ils semblent le vouloir ! En matière de politique et de lutte de pouvoir, il convient de ne jamais sousestimer la capacité de ruse, l'intelligence (la fameuse métis) de l'autre ! Je suis convaincu qu'il y a derrière tout ça le stratagème de casser le service public de l'emploi. Tout simplement.

Cet épisode de soi-disant mauvaise information du permier Ministre, compris dans l'environnement d'autres faits récents (chômeur aux enchères sur le Net [cf. jobdumping.de], ouverture du « marché » de placement aux entreprises de travail temporaire et autres officines privées, etc.), devrait inciter les responsables du SERVICE PUBLIC DE L'EMPLOI à une prudence extrême, notamment en déposant sur la place publique tous les indices qui permettent de mesurer l'avancée de cette stratégie de l'État chiracosarkosien, stratégie qui ne date pas d'hier.