J'ai assisté l'autre jour à l'intervention d'un "Conférencier Team Europe" au sujet du traité établissant une Constitution pour l’Europe.

Bien menée, l'intervention. Très didactique. Presqu'un peu trop : le didactisme semblait autoriser des entorses au raisonnement. Le coeur a ses raisons que la raison...

Par exemple, il nous est dit que le traité vise à l'établissement d'une "économie sociale de marché". Du coup, on nous présente une sorte de tableau logique, de tableau de vérité en deux colonnes et quatre lignes. Chaque colonne représente un des termes du projet européen (économie sociale / économie de marché) et les lignes consignent les quatre possibilités avec OUI/NON. Comme ça:
oooo
Jusque là tout va bien : on peut construire des points de vue différents en toute clarté. Peut-être même pourrait-on complexifier un tantinet la chose, histoire d'intégrer dans la donne un ou deux paramètres supplémentaires...

Mais les choses se gâtent quand on lit les bords latéraux. Sur la gauche de ce tableau de vérité, le conférencier avait inscrit la position des souverainistes qui, quelle que soit la teneur du projet économique européen diront NON tout simplement parce qu'il y a "atteinte à la souveraineté nationale" - position présentée comme "extrémiste". Pourquoi pas : ils rejettent en bloc, sans discuter... Mais à droite du tableau logique, notre conférencier avait porté la position des extrémistes symétriques par rapport aux souverainistes : ceux qui jugent le projet économique européen tel qu'inscrit dans le traité comme "ultralibéral"...

Quand j'ai lu ce schéma, quand j'ai entendu notre conférencier le présenter, quelque chose m'a immédiatement mis mal à l'aise. C'est la symétrie qui me chifonnait. Pour moi, en effet, ceux qui caractérisent le traité comme porteur d'un projet ultralibéral - et à ce titre comme non souhaitable - sont entrés dans le débat et proposent des arguments qui fonctionnent en appui sur le corps du traité. Rien à voir avec les souverainistes, dont les arguments sont ailleurs, hors du traité en question - ce qui justifiait éventuellement leur dénomination d'extrémistes. Il suffit de lire la littérature d'ATTAC, du Monde Diplomatique, etc. pour comprendre l'intelligence et la pertinence des arguments...

Que signifie cette extrémisation de la position qui consiste à dire que le traité ne doit pas être accepter parce qu'il va autoriser que se creusent encore et encore les fossés des inégalités? Pourquoi une telle diabolisation, en quelque sorte? Pourquoi une telle exclusion hors débat? Pourquoi un tel refus du débat?

Peut-être parce qu'il n'y a aucun argument sérieusement et publiquement opposable à la crainte de l'ultralibéralisme faiseur de misère humaine. Tout simplement.

J'hésitais encore un peu. Aujourd'hui, je crois que je suis vraiment déterminé !